"Voici le port ; le navire gonfle sa voile : Là se profilent les mers sombres et vastes. Mes marins, Âmes qui ont travaillé, et œuvré, et pensé avec moi— Qui ont toujours accueilli avec joie Le tonnerre et le soleil, et opposés Des cœurs libres, des fronts libres—vous et moi sommes vieux ; La vieillesse a pourtant son honneur et son labeur ; La mort clôt tout : mais quelque chose avant la fin, Quelque œuvre de noble renom, peut encore être faite, Non indigne des hommes qui ont lutté avec les Dieux. Les lumières commencent à scintiller des rochers : La longue journée décline : la lune lente monte : les profondeurs Gémit autour avec de nombreuses voix. Venez, mes amis, Il n'est pas trop tard pour chercher un monde nouveau. Poussez, et assis bien en ordre frappez Les sillons sonores ; car mon dessein tient À naviguer au-delà du coucher du soleil, et des bains De toutes les étoiles occidentales, jusqu'à ce que je meure. Il se peut que les gouffres nous engloutissent : Il se peut que nous touchions les Îles Heureuses, Et voyions le grand Achille, que nous avons connu. Bien que beaucoup soit pris, beaucoup demeure ; et bien que Nous ne soyons plus cette force qui autrefois Mouvait la terre et le ciel, ce que nous sommes, nous le sommes ; Un tempérament égal de cœurs héroïques, Affaiblis par le temps et le destin, mais forts de volonté De lutter, de chercher, de trouver, et de ne pas céder."
Ulysse par Alfred, Lord Tennyson
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Perpignan, 2025, sous un ciel d’étain fondu, où les étoiles s’effacent dans la brume électrique d’un soir d’été. Les rues de la ville, pavées d’histoire et de sueur, vibrent d’une fièvre étrange, comme un écho de la chanson d’Axel Bauer, *Cargo de nuit*, où les guitares râpent l’âme et les vagues appellent au large. Le vent charrie des parfums de sel et de jasmin, mais aussi l’odeur âcre des promesses électorales, ces mots jetés comme des filets sur la foule. La campagne municipale bat son plein, et Perpignan, vieille gitane aux yeux de braise, se transforme en un cirque halluciné, une cour des miracles où chaque candidat joue son rôle dans une parade grotesque et sublime.
Ils sont là, surgissant dans la persistance rétinienne du narrateur, ombres mouvantes dans la lumière crue des réverbères.
Voici d’abord le fakir, chemise blanche et sourire acéré, qui marche sur une planche à clous, chaque pointe une voix d’électeur qu’il prétend apaiser. Ses mots sont des incantations, mais ses pieds saignent, et la foule, fascinée, ne voit pas le rictus de douleur sous son masque. Puis viennent les nains de cour, costumes impeccables, gesticulant sur des estrades improvisées, leurs discours pleins de révérences et de promesses naines, petites mais pesantes, qui s’effritent dans l’air moite. Les moines d’ornement suivent, drapés de pourpre et d’idées creuses, psalmodiant des lendemains qui chantent, leurs encensoirs balançant des fumées toxiques d’utopie. Les montreurs d’ours, eux, traînent des bêtes fatiguées, symboles d’un peuple qu’ils flattent et enchaînent, tandis que les cracheurs de feu, voix rauques et regards fiévreux, enflamment les places publiques de slogans qui brûlent sans réchauffer. Enfin, les trapézistes, audacieux et fragiles, sautent d’une idée à l’autre, suspendus au fil ténu des sondages, leurs mains glissant parfois dans le vide.
Et moi, narrateur errant, je traverse cette ménagerie, ce cirque où Perpignan se mire dans ses propres chimères.
Les remparts de la ville, ocre et usés, semblent murmurer des secrets catalans, mais mon cœur bat ailleurs. Je veux reprendre la mer, fuir ce carnaval d’illusions, retourner à Ithaque. Pas l’île des cartes, non, mais *elle*, Ithaque, ma femme, mon rivage, mon ancre. Elle est la tempête et le calme, le mât brisé et la voile tendue, celle qui m’attend au-delà des flots, dans un ailleurs où les fakirs ne mentent pas, où les nains ne se prennent pas pour des géants, où les moines prient pour de vrai. Chaque pas dans les ruelles de Perpignan, entre les étals du marché Saint-Charles et les ombres du Castillet, me rappelle son souffle, son regard qui m’appelle comme une marée.
La ville, pourtant, me retient. Les guitares d’Axel Bauer résonnent dans ma tête, et le port, là-bas, au loin, chante sa complainte de cargos rouillés.
Perpignan, court des miracles, cirque enfiévré, m’enlace de ses bras poussiéreux. Les candidats dansent leur sabbat, et moi, Ulysse perdu, je cherche la mer, je cherche *elle*, Ithaque, la femme qui est plus qu’une île, l’horizon où mon âme jettera l’ancre.
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Politique 66, une fable: Le loup et le Perroquet nain! - L'archipel contre-attaque !
Il n'y a pas que les politiques qui soient amateurs de fables, certains de nos lecteurs aussi. Cela renouvéle le genre, et l'on croit distinguer entre les lignes des allusions à des personnages qui
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