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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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4 juillet 2020 6 04 /07 /juillet /2020 22:11
Perpignan / L Aliot nouveau maire: le nommé centre d'art Walter Benjamin ! par Nicolas Caudeville et Jordi Vidal

“

Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard.

Douglas MacArthur”

L'élection du RN sans étiquette Louis Aliot à la mairie de Perpignan
dimanche dernier génère encore des répliques : dès avant, dès le
début, et peut être même jusqu'à la fin, on lui a supposé, on lui
suppose, on lui supposera des intentions maléfiques (jamais
dédiabolisé) pour tout et spécifiquement pour la culture. Peu de gens
se sont manifestés lorsque le maire républicain Jean-Marc Pujol a fait
fermer l'école des beaux-arts qui avait prés de 100 ans
http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/08/perpignan-si-le-fn-voulait-fermer-l-ecole-des-beaux-arts-vous-auriez-hurle-par-nicolas-caudeville.html.
Silencieux encore lorsque le même Jean-Marc Pujol fit fermer le centre
d'art Walter Benjamin créé par Jordi Vidal alors directeur de la
culture de la ville de Perpignan (centre inaugurée le 12 octobre 2013
voir vidéo plus bas). Et Aliot maire veut rouvrir l'école des beaux
arts et le centre Walter Benjamin. De beaux esprits vivant loin dans
les Albéres à 2 pas du chemin où Walter est mort, se sont émus qu'un
maire issu de Satan, puisse rouvrir ce lieu dont il semble que ces
personnes soient les ayants droit du philosophe avec exclusive, et
qu'ils s'arrogent le droit de distribuer dignités et les indignités
quant au droit de passage sur les chemins de Walter Benjamin. Le tout
s'est coagulé dans une pétition reprise par Médiapart, et à laquelle
se sont ajoutées des indignations d'intellectuels parisiens
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030720/si-l-ennemi-triomphe-meme-les-morts-ne-seront-pas-en-surete

«Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté…»
Rien que ça, parce que Louis Aliot Satan l'habite!
Avant de s'emballer sur la légitimité ou pas de ré-ouvrir le centre
d'art (parce que :"« Il est urgent d’arracher le nom de Walter
Benjamin – pour le mettre en sûreté – des mains de l’extrême droite et
de tous ceux qui réécrivent l’histoire »), il faut revenir aux
origines du centre et à la pensée stratégique de son créateur qui a
prévalu pour son érection...un texte

 
 

 

de la survie des beaux-arts au centre d’art contemporain Walter benjamin

Par Jordi vidal

Il m’a toujours semblé, pour répondre à une offensive ennemie, que la meilleure des stratégies ne découlait pas seulement de l’analyse des positions, des forces en présence et de l’action prévisible qui en découlait, mais dépendait, aussi, d’une prise en compte d’éléments extérieurs, même si ces éléments pouvaient sembler irrationnels et sans lien direct avec les conditions réelles du conflit. C’est en ne réduisant pas l’offensive aux seules conditions qui nous sont imposées (ou que nous nous imposons sans en avoir conscience), que nous pouvons, sinon l’éviter, du moins la contourner. Dans tout conflit, il faut refuser que la riposte soit circonscrite aux positions respectives des adversaires ; s’imposer de telles limites équivaut à se placer soi-même en situation d’échec. La riposte doit contenir une proposition, une zone de repli, une feinte, un leurre, un contournement qui échappe aux conditions initiales du conflit.  

Perpignan 2010 à 2014

En 2010, l’école d’art de Perpignan, la heart survivait avec son second cycle : une vingtaine d’étudiants sur deux ans ; s’en tenir à ce constat pour déterminer les conditions de l’affrontement futur, c’était légitimer une décision déjà prise par la Ville et la drac (Direction Régionale des Affaires culturelles) : la fermeture de l’école. Il s’agissait bien moins de réfuter une telle l’hypothèse, que de l’ignorer. Comment aurions-nous pu nous soumettre à une telle décision, puisque pour nous, selon notre conception tactique, elle n’avait même pas été envisagée ? Notre riposte devait donc être dirigée vers l’extérieur et non vers l’intérieur : le théâtre des opérations devait quitter Perpignan, du moins pour un temps. Il me fallait impérativement obtenir le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication à Paris ; Ministère que je n’ai jamais confondu avec la drac. Un effet pervers de la décentralisation a été de « délocaliser » en strates régionales innombrables les attributs du pouvoir parisien, et bien plus les incompétences que les moyens financiers. Si certains conseillers de la drac Languedoc-Roussillon sont remarquables — je songe ici à Florence Caudrelier et Jean-Pierre Bezombes — rien ne nous dit qu’il en sera de même de leurs successeurs, ni même qu’ils auront des successeurs. À la culture comme ailleurs, il n’existe plus de continuité du service public. Lorsque l’ancien conseiller aux arts plastiques (en charge des écoles d’art), Jean-Christophe Royoux, a quitté le Languedoc-Roussillon pour la région Centre, si Catherine Dumon lui a succédé après avoir été sous ses ordres, est-ce sa faute à elle ? N’est-ce pas plutôt celle d’un système ? Le relevé de sa subordination à la seule sphère d’influence montpelliéraine reflète, celui bien plus tragique, de son Ministère de tutelle aux seules normes du Marché.

Pour impliquer plus directement le Ministère au sein de la heart, pour qu’il ne puisse rien ignorer des conditions qui nous sont faites, je décide de répondre à son appel à candidatures pour des projets de recherche. Celui que je rédige met en perspective le cern de Genève (boson de Higgs), Gabriele Veneziano (théorie des cordes), l’artiste contemporain Gianni Motti, les philosophes Walter Benjamin et Søren Kierkegaard, la critique de l’expertise et la pataphysique. (1) Pour l’année 2011, sur les cinquante huit écoles supérieures d’art françaises, quatre projets sont retenus, dont le mien que la heart va pouvoir développer sur trois ans.

–––––––––––––––––––––––––

(1) Mon projet s’intitule : « étant donnés... le temps, l’histoire et la mémoire, la physique des particules, les flux informatifs, les images dialectiques... » Il porte comme sous-titre : « Mise en place d’un dispositif expérimental basé sur le hors-champ (relevant du style documentaire), l’aléatoire (relevant de l’imaginaire poétique), l’expérimentation (relevant de l’art), la mise en perspective critique et théorique (relevant d’une approche transversale de la recherche, au sens très précis de la bibliothèque de Aby Warburg) ».  Titre et sous titre sont complétés par cette énumération : « Soit l’écrivain Thomas Pynchon qui se cache, comme le boson de Higgs. Soit le physicien Ettore Majorana qui a disparu, comme le peuvent certaines particules dans la théorie des cordes. Soit le retour attendu du docteur Faustroll. »

Fin octobre 2013, je rédige et adresse au Ministère mon rapport final. Il est intitulé : « Campagne de 2011 à 2013 (de la heart à la Direction de la Culture de Perpignan) ». On peut y lire : Le compte rendu final sur un projet de recherche peut prendre des formes diverses : lénifiantes, attendues ou surprenantes. Il arrive, le plus souvent, que la conclusion soit dans la simple continuité de l’énoncé du projet ; il arrive quelquefois que des résultats singuliers et imprévus soient atteints ; il arrive, bien plus rarement, qu’un projet de recherche change radicalement les conditions de vie de ses participants et en vienne à modifier les conditions existantes dans lesquelles s’est développé ce projet. On peut dire du projet de recherche Étant donnés… qu’il a changé la heart et qu’il commence à modifier la ville même de Perpignan.

À partir d’une situation de repli et d’une école d’art que la plupart des observateurs considéraient déjà comme « un cadavre » (conséquence d’une logique économique dont nous pouvons tous mesurer les effets dévastateurs), nous sommes parvenus à sauver une nouvelle fois l’école et à mener une contre-offensive qui commence à modifier le rapport de l’art et de la culture à Perpignan.

« Nous n’avions en notre faveur aucun avantage stratégique, sinon un nouvel état d’esprit qui s’est développé par la suite de manière tactique. En bref, nous n’avions plus rien à perdre et nous n’avions plus peur. Carl Von Clausewitz note : « Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s’y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l’incertitude. Les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l’action flottent dans le brouillard d’une incertitude plus ou moins épaisse. C’est donc dans ce domaine plus qu’en tout autre qu’une intelligence fine et pénétrante est requise, pour discerner la vérité à la seule mesure de son jugement. »

Il s’agissait donc, de manière collective et volontariste, de faire un pari positif sur l’avenir, au moment même où tous les instruments de communication nous certifiaient que demain serait pire qu’aujourd’hui. Pour moi, si un autre monde est possible, c’est en s’opposant à deux types d’idéologies : celle qui ne pense qu’au seul profit issu de la spéculation financière, et celle des idéologues de la décroissance qui valide la victoire de l’hypercapitalisme en organisant le renoncement à toute richesse, serait-elle une richesse non-marchande. Il m’a toujours semblé que la production de biens, de services, d’habitats devait s’accompagner d’un supplément d’art et d’une nouvelle formulation de la dépense somptuaire : un au-delà du seul profit au nom d’une création artistique appliquée à tous les domaines de la vie quotidienne, aujourd’hui colonisée par les marchandises et les dispositifs médiatiques et politiques de déréalisation.

Avec Étant donnés… nous avions fait le pari de l’incertitude, de l’entropie, de la physique quantique, de la pataphysique et de la critique acerbe de l’expertise. Nous entendions redéfinir les termes de la recherche appliqués aux écoles d’art, dans ce qui rattache celles-ci à l’enseignement supérieur. Ceci explique en partie le croisement improbable, mais riche de sens, de Gianni Motti et de la théorie des cordes ; de Thomas Pynchon et Walter Benjamin ; de Ettore Majorana et Aby Warburg.

Quand le projet de recherche fut rédigé, l’école de Perpignan était menacée une nouvelle fois. Il nous fallait donc réagir très vite. Nous l’avons fait en organisant notre contre-attaque sur deux fronts. D’abord, en rédigeant avec l’Université de Perpignan, en la personne de Francesca Caruana, un projet de Master conjoint qui devait répondre aux singuliers critères de l’aeres ; ensuite, en envoyant au Ministère de la Culture et de la Communication le projet de recherche Étant donnés… qui, de manière très contradictoire et dialectique, était pensé comme une critique de la doxa de l’aeres ; tout en conservant une vraie cohérence, une rigueur et un système référentiel, il répondait bien moins aux directives de l’Université issue des accords de Bologne, qu’aux attentes et aux aspirations de l’enseignement artistique expérimental dans les écoles supérieures d’art.

Avec notre vingtaine d’étudiants, selon l’expression consacrée, la messe semblait dite. Nous avons reçu, à l’inverse de tous les mauvais pronostics, une notation A par l’aeres : nous sommes parvenus à convaincre les experts de l’agence, que le rond que nous leur montrions était bien le carré qu’ils attendaient et croyaient voir. (1)

Le premier résultat de la validation par l’aeres — sur laquelle nous avons massivement communiqué — a été de négocier auprès de la municipalité le retour d’une première année. Nous l’avons obtenu. Placer son pied pour empêcher la porte de se refermer est un exercice dont il convient de savoir mesurer la portée… Par la suite, pour obtenir l’accord du Maire sur le retour d’une seconde année, nous nous sommes engagés à sortir l’école de ses murs et à développer sur toute la Ville des actions artistiques et culturelles à « forte résonance médiatique » (2)

–––––––––––––––––––––––––

(1) Malheureusement, parce que la puissance bureaucratique se renouvelle sans cesse quelles que soient les circonstances, le cneser (Conseil National de l’Enseignement Supérieur Et de la Recherche) refusera la mise en œuvre de notre master conjoint, au motif qu’un master universitaire n’est pas comparable à un diplôme au grade de master. Cette argutie juridique spécieuse et corporatiste nous empêchera de mettre en pratique cette validation : ce ne serait plus le cas aujourd’hui. Comme quoi, là comme ailleurs, dans nos sociétés frileuses et sans imagination, c’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt. Yourcenar

(2) Nous avons organisé une série d’expositions de grande ampleur : À la recherche de l’Anti-Motti (sur deux cent cinquante mètres carrés au sein du Musée des Beaux-Arts Hyacinthe Rigaud), Principes d’incertitude (sur mille cinq cents mètres carrés au Couvent des Minimes), Un monde invérifiable (sur mille cinq cents mètres carrés, toujours au Couvent des Minimes), Entropia1 métamorphose(s) (sur deux mille trois cents mètres carrés entre le Couvent des Minimes et le nouveau Centre d’art contemporain Walter Benjamin). Nous prévoyons début 2014 une exposition Walter Benjamin : l’Ange de l’histoire qui se déroulera au Centre d’art contemporain Walter Benjamin.

Il était convenu qu’à Perpignan l’art contemporain n’aurait jamais de public. Nous avons contredit cette contre-vérité. Nos vernissages ont atteint les mille visiteurs et toujours dépassé les cinq cents. Ce qui ne s’était jamais vu à Perpignan en dehors du festival de photojournalisme Visa pour l’image.

Si le projet de recherche Étant donnés… était parvenu à quitter les limites de l’école pour se répandre sur la Ville et rencontrait un vrai succès public, il nous semblait que nous pouvions espérer, en retour, que la heart recouvre les cinq années de son cursus. C’est dans ce contexte de reconquête d’un territoire perdu que Maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, m’a contacté en juin 2012 pour me proposer la Direction de la Culture de la Ville. Je lui ai répondu que je souhaitais, avant de prendre ma décision, rédiger un projet personnel, et qu’il le valide. Ce projet s’organisait autour d’une mise en avant des arts plastiques et d’un redéploiement des compagnies de spectacle vivant installées tout aussi bien en ville que dans le département. Je proposais, par ailleurs, de transformer les huit cents mètres carrés du bâtiment annexe de la heart en un Centre d’art contemporain rattaché à l’école par un système de conventionnement : la municipalité avait prévu de vendre le bâtiment pour y installer des commerces. Par la suite, j’ai proposé que ce Centre d’art contemporain soit dédié à Walter Benjamin. J’expliquais dans mon projet, qu’à partir du redéploiement de l’art et de la culture dans un centre-ville totalement déshérité il était possible de développer, d’un point de vue psychogéographique, de nouvelles unités d’ambiance urbaines qui en modifieraient la sociologie. Le Maire a ratifié mon projet.

Lors d’une entrevue avec le Maire, j’ai insisté sur la nécessité de conforter l’école par le retour d’une troisième année : un premier cycle enfin complet. Le Maire a accepté ma proposition en souhaitant que l’école se limite à ce premier cycle. J’ai pensé qu’en cet instant il était inutile de poursuivre un combat pour le second cycle ; je considérais, qu’adossé à l’école d’art, le développement du Centre d’art contemporain favoriserait rapidement son retour. C’est ce qui s’est passé, encore plus vite que je ne l’imaginais, puisque moins d’un an s’est écoulé entre la décision de créer le Centre d’art contemporain Walter Benjamin et son inauguration le 12 octobre 2013 ; à cette date, la heart de Perpignan venait d’intégrer une quatrième année.

Lors d’une installation de l’école d’art au Muséum d’histoire naturelle, une vidéo montrait un étudiant jetant des bouteilles vides contre un mur où elles se fracassaient. Selon la physique quantique, rien n’empêche que l’une de ces bouteilles ne passe à travers le mur. C’est ce que nous avons fait à Perpignan. Nous sommes passés de l’autre côté.

J’espère avoir démontré par un exemple local, un peu à la manière de Paul‑Louis Courier s’adressant aux puissants depuis sa campagne, qu’il était possible d’obtenir certains résultats, en introduisant dans nos pratiques artistiques et culturelles un peu de stratégie et de culture historique.

Je conclurai ce rapport avec une nouvelle citation de Clausewitz : « C’est certainement un des principes les plus importants et les plus efficaces de la stratégie que de mettre séance tenante à profit un succès de quelque manière qu’on l’ait conquis, autant que les circonstances le permettent, car tous les efforts que l’on fait pendant que l’adversaire est dans cette crise, sont d’une efficacité bien plus grande que dans la suite. » Je pense que la définition de la recherche au sein des écoles supérieures d’art, dans ses rapports contradictoires avec le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, devrait s’en inspirer. 

Je me trouve dans le bureau de Michel Sitja, directeur de cabinet du Maire. Il aime jouer au chat et à la souris. En souriant, il me déclare : « Walter Benjamin, ce n’est pas bon comme nom pour un Centre d’art contemporain, ce n’est pas bon pour Perpignan. Qu’est-ce qu’il a fait, Walter Benjamin, pour Perpignan, pour le département, à part y mourir ? On aurait dû choisir quelqu’un d’autre, par exemple Pierre Restany. Quelqu’un d’ici, quelqu’un d’important dans l’histoire de l’art. » (Restany, le « théoricien » des « Nouveaux réalistes » est d’Amélie les bains, comme Sitja.) Je réponds : « Benjamin n’a rien fait de spécial pour Perpignan, au sens où tu l’entends, mais il a beaucoup fait pour l’humanité dans son ensemble, et donc aussi pour Perpignan. Nous lui devons de comprendre un peu mieux le XXe siècle. Mais c’est vrai qu’à Perpignan donner le nom de Walter Benjamin à un Centre d’art contemporain suppose de sortir la Ville de la pesanteur du localisme et de la tourner pour une fois vers l’universel. »

Jusqu’au bout la menace va peser sur la présence du nom de Walter Benjamin sur le fronton du Centre d’art. Tous les moyens sont bons pour l’empêcher : on invoque des ayants droits éventuels ; on alerte les services juridiques pour trouver la faille. Quelques heures avant le passage de la délibération au conseil municipal, je ne sais toujours pas si celle-ci ne sera pas retirée de l’ordre du jour, au dernier moment.

 

Lorsque Jean-Marc Pujol, le Maire de Perpignan m’a proposé de prendre en charge la Direction de la culture il m’a rappelé que j’étais parvenu à le convaincre, dans un climat toujours hostile à l’école d’art, du retour d’une seconde année, contre l’avis de son Directeur de cabinet Michel Sitja et d’un grand nombre d’élus. Il m’explique qu’il m’a trouvé convaincant. Il me parle de son grand-père qui se fiait à ses premières impressions pour juger un homme. Je sais qu’il prépare sa future élection. Il n’a pas été élu Maire, il a succédé à Jean-Paul Alduy qui a démissionné pour prendre la présidence de la Communauté d’agglomération.

Pujol est marqué à droite ; son image se confond avec les associations de Pieds-Noirs. Je représente pour lui la carte d’une ouverture calculée, qu’il envisage sans trop de risques. La liberté qu’il pourra m’octroyer sera compensée par un gain potentiel d’image. A ce moment, il est encore inconnu de la plupart des Perpignanais. Il développera pendant toute la campagne électorale des municipales de 2014 une stratégie de visibilité et de prise de parole systématique. Il sera le seul à parler au nom de la ville, pour que le nom de la ville se confonde avec le sien. Ce sera le début de sa conquête du pouvoir : il prendra la ville et deviendra Président de la Communauté d’agglomération. Les rapports entre Alduy et Pujol rappellent les anecdotes politiques entre certains amis de trente ans.

Après avoir fait sa proposition, Jean-Marc Pujol m’observe et attend. Il m’a parlé de son grand-père, je songe au mien : on n’échappe jamais complètement à ses racines. Il doit se douter des conditions de mon acceptation, et je suppose qu’il a prévu de les accepter. Tout tournera autour de la survie de l’École des Beaux-arts. Je souhaite que ma décision soit appuyée par un texte irréfutable. Je lui propose donc de rédiger un projet, très rapidement, et de lui soumettre. Sa réponse conditionnera la mienne. Je le rédige et lui soumet ; il valide mon projet : « Art et cultures en mouvement » ; j’accepte de prendre en charge la Direction de la culture. L’école des Beaux-arts est temporairement sauvée, je mettrai en pratique mon projet pendant les deux années que va durer mon action.

Lors de la discussion, je remarque l’intérêt que Pujol porte, tout comme moi, à la stratégie militaire. Nous en sommes surpris, l’un et l’autre. Je voyais en lui, au mieux un avocat fiscaliste, au pire un comptable, mais certainement pas quelqu’un qui s’intéresserait à l’histoire du côté de la pensée stratégique. Il me voyait dans la posture du libertaire hostile par principe à toute forme de référence militaire. Nous citons quelques auteurs communs ; Clausewitz et Thucydide sont convoqués, puis la discussion s’achève sur les campagnes de MacArthur. A cette première rencontre, il m’apparaît évident que le personnage est plus complexe et opaque qu’il ne semble. La suite de sa campagne justifiera ce sentiment. Il organisera sa liste, certains noms surprendront puis inquiéteront ; d’autres, séduits par de vaines promesses devront vite déchanter et se contenter des restes. Enfin élu, Pujol confirmera tout aussi bien la nouvelle génération des prétendants que ses ambitions jusqu’ici freinées. Le temps de dissimuler est passé. Son choix pour la culture ne me convient plus, et n’étant pas quelqu’un qui reste pour la place, je démissionne le 17 juillet 2014.

 

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 13:34

13 / Les nouvelles formes de la Guerre

Le langage de l’hypercapitalisme est celui de l’économie, et comme tel, c’est un langage de guerre. Le seul qui lui permette d’asseoir le pouvoir de ses féodalités mafieuses et d’assurer son extension planétaire. À l’image de son modèle féodal, le développement de l’hypercapitalisme exige donc d’envahir, de dévaster, de conquérir et de vassaliser.

La subordination de toute activité économique à une activité guerrière transforme toute économie de paix en économie de guerre. De même que le droit à une libre colonisation marchande attise tous les conflits guerriers, l’appel permanent à la violence et à la conquête nous confirme que l’intégrisme marchand n’a rien à envier à l’intégrisme religieux.

Puisque la guerre est un état d’exception qui légalise le crime, le développement d’une économie de guerre justifie la transformation de l’état de droit en état d’exception. Un tel état d’exception se substitue durablement à l’état de droit en transformant tout état de paix en état de guerre permanente.

Bien loin d’un affrontement de civilisations, le retour du fétichisme religieux, comme le transfert du fétichisme de la marchandise en fétichisme de la finance, témoignent de l’effondrement d’un modèle humaniste de civilisation héritier des Lumières qui reposait explicitement sur la raison, la logique, la vérification des faits et la pensée historique. La domination planétaire des barbaries marchandes, spéculatives et religieuses est la conséquence directe de cet effondrement.

De même que les féodalités mafieuses ont besoin de chômage pour entretenir la paix sociale, de peur pour imposer la suppression des avantages sociaux, elles ont besoin de chaos pour légitimer la mise en place d’un état d’exception. Cependant, leur constant recours à des dispositifs chaotiques les rend profondément instables et les rapproche, d’ailleurs, des anciennes sociétés féodales. Cette instabilité structurelle s’observe tout aussi bien dans les accords de libre-échange, que dans les alliances, mésalliances, désunions et conflits guerriers qui répondent aux exigences d’une libre circulation de marchandises solidaires dans leur principe, mais adverses dans leur pratique. Cette instabilité s’observe également dans le développement d’intégrismes religieux, marchands et financiers toujours concurrents et fatalement ennemis. Cette instabilité de nature exponentielle n’a pas de limite, sinon celle que pourrait lui imposer la destruction achevée et définitive de la planète.

Penser de manière raisonnée et globale la tactique guerrière des féodalités mafieuses, c’est ne plus séparer les campagnes militaires du Moyen-Orient des nouvelles formes de la colonisation en Afrique, en Asie, en Amérique Latine et en Europe. C’est ne plus dissocier le développement planétaire du terrorisme islamique et les accords internationaux de libre-échange. Toutes les féodalités militaro-industrielles entendent bien retourner à leur profit les guerres nationalistes et religieuses qu’elles soutiennent et entretiennent, tout comme elles se font fort de liquider les services publics, de privatiser la culture, de détruire l’instruction publique, d’ignorer les mises en garde écologistes et d’écraser les révoltes sociales.

C’est en ces termes que doivent être comprises les guerres qui existent déjà, comme celles qui vont s’étendre en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et en Europe. Elles ne différencient plus leurs ennemis, mais les condamnent tous, indifféremment. En portant les formes étatiques locales à leur effondrement, elles poussent l’idée d’État-nation jusqu’à son retournement.

Pour paraphraser la novlangue contemporaine, la profusion de « plans sociaux » anticipe toujours de futures « campagnes de libération » toujours menées au nom du « droit d’ingérence humanitaire ».

Après avoir produit des Ben-Laden « en série » pour lutter contre « le communisme », les apprentis sorciers du chaos ont modélisé en Irak, puis en Syrie, une opposition « démocratique » inféodée au jihadisme ; ils ont instrumentalisé une renaissance chiite, ouvert la région à l’influence de l’Iran, accordé les pleins pouvoirs à la puissance financière et religieuse de l’Arabie-Saoudite, détruit la Libye, liquidé Khadafi, négocié sans états d’âme avec Ankara, abandonné à nouveau les Kurdes, renforcé la corruption et la barbarie du gouvernement israélien, intensifié l’islamisation de l’Afrique, ouvert la porte au flux incontrôlable des réfugiés et des migrants, déstabilisé toute l’Amérique Latine.

Pour ruiner si durablement la planète tout entière, les nouvelles formes de la guerre ne se réduisent pas au seul spectacle des conflits locaux ; si elles contiennent leur médiatisation spectaculaire, elles ne s’y limitent pas. Leur vrai « théâtre d’opération » englobe la totalité des activités humaines, leurs déterminations et leurs attributs ainsi que leurs finalités et leurs modes opératoires. Cette « globalisation » guerrière reste le plus souvent invisible aux yeux des post-citoyens : si elle les affecte durablement dans leurs non-vies quotidiennes, elle tend nécessairement à être ignorée d’eux. Cette ignorance est elle-même l’un des attributs de cette « globalisation » guerrière.

La gestion de la paix comme un état de guerre fait appel à un nouveau « savoir » qui postule, en s’appropriant la technologie informatique, la confusion du virtuel et du réel. Selon les termes de la post-logique, les armes de destructions massives, qui ont été le prétexte à l’occupation de l’Irak, existent et simultanément n’existent pas. De même que la recherche virtuelle de telles armes a justifié une guerre, l’oubli de leur découverte a justifié l’excellence de l’occupation militaire.

Dans le monde réellement inversé du nouvel ordre féodal, le vrai n’est plus seulement un moment du faux, ils sont dorénavant devenus indifférents l’un à l’autre, et cette séparation achevée vient confirmer la disparition d’une vérité vérifiable.

La guerre moderne qui confond dans une même visée tacticienne les critères de vérité et les mensonges, épaissit « le brouillard de la guerre » dont parlait Clausewitz. Son degré d’abstraction, sa forme nécessairement déréalisée tend à ne considérer les morts que de manière virtuelle. Dans une sur-représentation médiatique, mais nécessairement indifférenciée, la part du crime est devenue de plus en plus obscure, de moins en moins identifiable. Les cibles s’équivalent, se superposent, se confondent, se remplacent ; il en va de même des conflits, qu’ils soient guerriers ou économiques. Cette confusion, ce chaos permanent s’étend aux victimes civiles, aux morts, aux blessés, aux chômeurs comme aux réfugiés. Pour la guerre moderne une telle confusion suppose que le front extérieur se confonde dorénavant avec le front intérieur. Sous sa forme spécifique, la guerre moderne tend à devenir une guerre civile généralisée.

Le 22 mars 2000, Mark Lombardi est retrouvé pendu dans son atelier. Un des tableaux du « suicidé » a retenu l’attention du FBI au lendemain des attentats islamistes du 11 septembre. Sur celui-ci apparaissent les noms des banques et des institutions liant la famille Bush à celle des Ben Laden.

La mort de Mark Lombardi nous informe sur la manière dont la Société du chaos gère toute remise en cause trop documentée sur sa domination.

Une société dans la gestion de laquelle s’est installée durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduite stratégiquement.

Tous les épisodes ici:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 15:50

Au profit de mon déconfinement et pour relancer l'économie de la France, je suis retourné au restaurant.

Quelle ne fut pas ma surprise en parcourant la carte de voir qu'il y était encore proposé du "Merlan Colbert" ! Je ellais le serveur (un blanc, qui se servait de son privilège pour occuper cet emploi) et lui signalais ce qui pourrait être le départ d'une polémique, voir d'un scandale. "Alors comme ça, vous affichez au menu, un plat portant le nom d'un personnage historique ayant écrit le "code noir" , vous faisant ainsi complice de la traite des noirs!" Fis-je d'un ton dont la radicalité de l'anti-racisme ne laisser paraître aucune faille. "Mais, monsieur" fit le serveur rouge de confusion "Le merlan Colbert, n'a jamais mis en esclavage personne, et n'a jamais pu écrire quelques codes que ce soit, puisque lorsqu'il n'est pas en filet, il est muni de nageoire, non dotées de pouces préhensibles" . Je ne me laissais pas démonter par l'argument anatomique sur le poisson et reprenais "Si ce n'est lui, c'est donc son frère, ou l'un des siens!" . "écoutez monsieur, si vous n'aimez le "merlan Colbert" , nous avons aussi de "la raie au beurre noir et aux câpres" concéda le loufiat . Pour moi, s'en était trop et parce que je ne mettrai jamais un genou en terre face au racisme,et au cri de "décolonisons nos assiettes!", je quitter l'établissement, plein d'une colère sombre et juste ( parce que dire une colère noire, c'est désormais faire un "black face sémantique", ce qui pourrait me donner des "nuits blanches"!) . Ainsi pour calmer mes émotions, je cherchais un restaurant Végan (le régime pas le général) où j'étais sur que quoi que ce soit n'était exploité, en tout pas de souffrance animal, car je ne sus pas que les fruits et légumes eussent une âme!

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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 22:26

12 / Le nouvel ordre féodal

Sagement abandonnés à leurs réseaux sociaux, les post-citoyens sont soumis à des messages algorithmiques venus leur signifier que, n’étant pas encore morts, ils sont pourtant tous condamnés. Mais l’hypothèse d’un sursis, aussi minime soit-il, semble les rassurer.

Quel sens accordent les post-citoyens aux propos de dirigeants les entretenant de leur avenir ? Que retiennent-ils de cette suite de mots qui s’enchaînent trop vite : « pénurie, crise, réactivité, éducation, recherche, compétitivité, privatisation, taille critique » ? Peuvent-ils imaginer que la nouvelle pauvreté de leurs vies est le contre-pied des aides qu’ils ont accordées massivement au symbole même de leur exploitation : à leurs banques ?

La Bourse ou la vie ! Ils en connaissent tous l’injonction, mais plus la signification actuelle. Comment être surpris que ceux qui ont si facilement participé au sauvetage de leur système bancaire soient les mêmes qui ont remisé l’histoire au placard, abandonné l’Instruction publique et évincé le passé ou, du moins, redoublé son obscurité.

Les grandes entreprises multinationales qui obéissent fort virtuellement aux directives d’un accord de libre-échange ne font qu’obéir aux ordres qu’elles ont elles-mêmes édictées ; elles sont donc libres de pénaliser les États qui contreviendraient d’une manière ou d’une autre à l’objectif véritable d’un tel accord : le seul enrichissement de ces firmes. Elles n’ont pas à se justifier devant des électeurs, ni à craindre aucun contrôle sur l’origine de leur richesse.

Warren Buffett a raison d’afficher sa satisfaction : « La lutte des classes existe, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène actuellement la guerre ; et nous sommes en train de la gagner. »

Assurance maladie, culture, droits d’auteur, énergie, équipements publics, formation professionnelle, immigration, liberté du Net, normes de toxicité, prix des médicaments, protection de la vie privée, ressources naturelles, sécurité des aliments : pas un domaine d’intérêt général qu’un accord de libre-échange bien conçu n’abandonne aux grandes entreprises multinationales. Comme l’écrivait Guy Debord, « Ceux qui ont fait confiance au Marché et lui doivent leur “extraordinaire bonheur” admettent qu’il n’y a pas à lésiner sur son coût ; tandis que les autres désinforment ».

L’hypercapitalisme est un racket pyramidal à une échelle globale. Le genre de pyramide au sommet de laquelle on fait des sacrifices humains. Sous les paysages de haute crapulerie créés par les « élites de la spéculation » il y a des gouffres où l’escroquerie à la petite semaine est devenue un crime capital contre l’humanité. Partout la spéculation est devenue souveraine; elle gouverne, selon les prépondérances locales, autour des Bourses, ou des États, ou des Mafias. Tout le reste est misère.

Ce qui est encore innaperçu, c’est que dans les deux décennies qui viennent, les innovations technologiques et marchandes dans la robotique et le numérique vont détruire massivement des emplois sans en créer de nouveaux, sinon des emplois sous-payés qui étendront au plus grand nombre le règne de la misère sociale. Au cours de cette période, une autre calamité, aujourd’hui largement passée sous silence, deviendra déterminante : celle d’une démographie africaine devenue folle, au pire moment qui soit, celui où le travail salarié, tout comme l’eau, sera devenu une rareté.

Plus que toute autre, notre époque nous fait ressentir la gravitation, la fatigue et la vague impuissance du futur, le « sombre recul abyssal du temps » du vers de Shakespeare. C’est lorsque, devenue structurelle, l’actuelle crise économique donnera sa pleine mesure que se manifesteront ses pires conséquences. Le dénuement dans lequel les post-citoyens sont invités à vivre aujourd’hui, deviendra leur quotidien demain. Le Marché leur imposera une nouvelle « loi d’airain des salaires » qui les soumettra à la plus extrême des précarités et aux ordres d’une consommation dévalorisée et réduite au seul univers médiatique : à l’hypnose d’une richesse virtuelle censée les habituer au manque et à la pénurie. Après la liquidation de tous les droits sociaux acquis lors des luttes de l’ancien prolétariat, pourquoi les féodalités mafieuses distribueraient-elles un revenu universel au peuple, alors qu’elles ont aujourd’hui les moyens technologiques de programmer son obsolescence ? Pour exercer leur domination, elles n’ont plus besoin de travailleurs socialement, syndicalement et politiquement protégés, mais de serfs « taillables et corvéables à merci ».

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 16:19

11 / Les fictions de l'Écopolitique

Au début des années 1970, l’écopolitique était encore porteuse, comme l’ombre portée de son origine scientifique, d’une dimension rationnelle et critique. Elle a même été, à ses meilleurs moments, la seule rationalité critique d’un monde irrationnel.

Mais, fort rapidement, les mises en garde raisonnables de l’écopolitique contre les désastres présents et futurs n’ont plus été accompagnées d’une remise en cause du système économique qui en portait la responsabilité.

Depuis, son unique aspiration a été de purifier la marchandise, comme si une telle purification pouvait, à elle seule, sauver le monde de la catastrophe.

L’écopolitique s’est contentée de promouvoir la chimère d’une libre circulation assainie des marchandises et la vision angélique d’un libre-échange débarrassé des ses péchés originaux. Elle s’est abstenue de contester la pire part du monde qu’elle prétendait combattre, celle d’une économie devenue folle.

Là où l’écologie était en prise avec la totalité, l’écopolitique n’a fait que fortifier le totalitarisme marchand, en corrigeant tout au plus quelques abus de détail. Elle s’est bornée, dans ses meilleurs jours, à se rêver comme l’âme d’un monde sans âme.

Si l’écopolitique a vaincu, dans les médias et sur les réseaux sociaux, la satisfaction spectaculaire, c’est en contribuant au spectacle de l’insatisfaction. Si elle a médiatiquement et très illusoirement émancipé l’homme de l’abondance empoisonnée, c’est pour mieux l’habituer à la pénurie obligatoire.

Ses appels à la décroissance, tous dans le sens du renoncement et de la soumission, se sont accompagnés, avec les infinies variations imposées par le sujet, d’une constante volonté d’effacer la lutte des classes au profit de celle des genres.

Sous sa manifestation pratique, l’écopolitique est la pensée sublime de l’économie.

Ce que l’écopolitique ne dénonce pas, c’est qu’au nom de la toute-puissance de l’économie, la société du Chaos en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais à celles de leur survie.

Le recours à la justification mensongère est naturellement apparu dès les premiers symptômes de la décadence de la société spectaculaire, avec, par exemple, la prolifération des pseudo-sciences humaines. Mais la médecine alors pouvait encore se faire passer pour utile ; et ceux qui avaient vaincu nombre de maladies étaient autres que ceux qui ont bassement capitulé devant les radiations nucléaires, la chimie agro-alimentaire ou la liquidation de la santé publique.

Tant il est vrai qu’aujourd’hui la médecine n’a, bien sûr, plus le droit de défendre la santé de la population contre l’environnement pathogène, car ce serait s’opposer à l’État, ou seulement à l’industrie pharmaceutique.

Les experts scientifiques détachés au contrôle des post-citoyens soutiennent « doctement » que l’alimentation de la population s’est améliorée, que l’espérance de vie n’a cessé de croître, qu’on se soigne mieux aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Pourtant, le problème de la dégradation de la totalité de l’environnement naturel et humain a complétement cessé de se poser sur le plan d’une prétendue qualité ancienne, pour devenir radicalement le problème même de la possibilité matérielle de survivre dans un tel monde, et plus dramatiquement encore, qu’un tel monde puisse survivre.

Sur le mode de l’injonction paradoxale, les mêmes experts vont informer les post-citoyens, avec un ton d’autorité indiscutable, des déséquilibres et des dysfonctionnements qui s’établissent entre la nature et la société humaine ; de l’empoisonnement par des substances toxiques (pesticides, isotopes radioactifs, détergents, produits pharmaceutiques, engrais artificiels, plomb, mercure, fluor, substances carcinogènes et mutagènes etc…).

C’est-à-dire, de l’air de moins en moins respirable, de l’altération de l’eau des rivières, des lacs et des océans, des dangers de la radioactivité accumulée par le développement pacifique de l’énergie nucléaire, de l’envahissement de l’espace humain par des produits dangereux et difficilement dégradables, de la corruption des aliments, de la lèpre urbanistique qui partout s’est imposée au détriment des villes et de la campagne, et tout autant, de la pollution psychique.

Mais, pour parler de toutes ces pollutions, les experts se sentiront obligés d’en falsifier les causes, sinon les conséquences ; en culpabilisant, par exemple, les post-citoyens sur leurs comportements non-écologiques.

Ils éviteront pourtant de conclure que tout est dorénavant entré dans la sphère des biens économiques, même l’eau des sources et l’air des villes, c’est-à-dire que tout est devenu le mal économique, ce « reniement achevé de l’homme » qui atteint maintenant sa parfaite conclusion matérielle.

La plupart des commentaires sur le réchauffement climatique, les gaz à effet de serre, la pollution industrielle, la bio-diversité, l’extinction des espèces n’existent médiatiquement qu’en tant que contre-pied positif et faussement critique d’une idéologie dominante, strictement mortifère et nihiliste.

Tous ces commentaires, recensent une série de faits catastrophiques qu’il n’est plus possible de taire, ni d’entièrement falsifier.

Ils vont tous dans le même sens et témoignent d’un processus unique, à savoir que la Société du chaos est condamnée à plus ou moins brève échéance en raison même du modèle hypercapitaliste de sa do mination. Or, ce modèle est celui qui, précisément, lui a assuré jusqu’ici le contrôle à long terme de la planète. Elle ne peut donc en changer sans remettre en cause la permanence de son pouvoir, tant sa forme chaotique et destructrice est la forme naturelle de ce pouvoir.

La Société du chaos se trouve confrontée à une crise que tous leurs experts sont incapables de résoudre et dont tout leur fait penser qu’elle lui sera fatale.

La science, réduite à l’innovation, ne peut qu’accompagner la destruction du monde qui l’a produite et qui la tient ; mais elle est forcée de le faire avec les yeux ouverts. Elle montre ainsi, à un degré caricatural, l’inutilité de la connaissance sans emploi.

Par ailleurs, les maîtres de la Société du chaos n’ignorent pas que la simple vérité des nuisances, des risques présents et de l’issue fatale pourrait constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités.

La soi-disant « lutte contre la pollution » ne peut devenir une volonté réelle, qu’en transformant le système productif actuel dans ses racines mêmes. Et elle ne peut être appliquée fermement qu’à l’instant où toutes ses décisions, prises démocratiquement en pleine connaissance de cause, par les citoyens, seront à tout instant contrôlées et exécutées par les citoyens eux-mêmes.

« La révolution ou la mort », ce slogan n’est donc plus l’expression lyrique de la conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre siècle.



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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 14:40

Dans l'enfer du déconfinement à Perpignan, Salima voulait juste acheter des écouteurs, comme David Vincent cherchait un raccourci, elle a trouvé ses écouteurs, lui n'a pas trouvé son raccourci...tan tan tan comme dirait Renaud le chanteur: récit!

"En fait, je me suis retrouvée à la nouvelle Fnac qui est, un peu en sous-sol des "Galeries Lafayette" qui est faut-il l'avouer, bas de plafond. Toujours est-il, qu'en entrant, le vigile à fait le "cow-boy" direct en me hurlant que:" le masque se mettait derrière la barrière et pas une seconde après".

Bon déjà mon aversion de l'autorité s'allume en rouge immédiatement et me tend direct, je l'envoie chier en le traitant de" Walker Texas Ranger". Oui, c'est pas cool...mais lui n'a pas envie de me parler et moi j'ai pas envie de l'écouter, la situation ubuesque et liberticide liée au Covid, m’apparaît violemment, ainsi que sa stupidité: tout cela me saute à la gueule.

Dans le magasin il fait chaud, et avec mon masque et mes lunettes de vue je ne vois rien.

J'ai chaud et j'arrive pas à respirer. J'essaye de retirer mon masque 2 secondes et bim, on me retombe dessus. Je le remet, je suffoque, je fais de la buée sur mes lunettes, je vois rien et je commence à avoir vraiment très chaud alors je prend mes saloperies d'écouteurs (qui au passage ont augmenté de 8€ depuis ma dernière visite) et je me met en quête de la sortie (après que la dame de la caisse ait voulu me renouveler mon abonnement Fnac, me proposer une réduction sur chépakoi et autres choses en moins de 10 secondes alors que j'ai juste envie de partir d'ici).

Et me voila en train de tourner en rond, en panique, dans une enchevêtrement de barrières, de flèches et de voie sans issue, agrémentée d'un type qui me crie de remettre mon masque à chaque fois que je veux reprendre mon souffle.

Et là, je me vois comme un animal qui va à abattoir, mais genre vraiment. La panique dans un chemin tout tracé avec un mec qui me crie dessus, je m'y suis VRAIMENT vue. La peur de mourir, bêtement, d'un coup. Alors je me suis mise dans un coin pour essayer de calmer ma suffocation qui était là et bien là.

Impossible de reprendre mon souffle, je haletais comme un chien qui a soif.

Et un vigile est venu (il s'appelle Blay et il a été très doux et très gentil) et m'a amené vers la sortie en me proposant de boire un peu d'eau. Quand je suis sortie j'étais en nage et j'avais la tête qui tournait. J'ai haleté comme ça, toute seule 5 bonnes minutes avec les jambes en coton avant de m'exfiltrer chez moi comme j'ai pu en cachant mon visage noyé et en essayant de garder les jambes droites quand je me suis rendue compte que je faisais pas mal de bruits en cherchant de l'air et que les passants me regardaient avec inquiétude (mais sans me demander si ça allait, évidement!)

Voilà, c'était "Les aventures de Salima dans le grand magasin" , attendez pas la suite y en aura pas. C’était officiellement ma 1ère et dernière visite à la Fnac."

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 15:09

"Le chat de Schrödinger est une expérience de pensée imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l'interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure. Un chat est enfermé dans une boîte avec un flacon de gaz mortel et une source radioactive. Si un compteur Geiger détecte un certain seuil de radiations, le flacon est brisé et le chat meurt. Selon l'interprétation de Copenhague, le chat est à la fois vivant et mort. Pourtant, si nous ouvrons la boîte, nous pourrons observer que le chat est soit mort, soit vivant."

Ainsi la ville de Perpignan, pour son deuxième après l'abandon de Romain Grau (de là, à se sentir orphelin...) et de la chlorophane Agnès Langevine: les électeurs se sont alors glissés malgré eux dans la boîte de Pandore , enfin non,  celle à qui, Schrödinger , réservait un sort funeste pour son chat. Soit, qu'à partir du moment où il est rentré dans la boîte, on puisse le considérer comme mort, même s'il est à l'instant encore en vie. Donc, on considérera qu'au sortir de l'expérience à l'instar du chat, ils sont "en même temps" mort et vivant!

Vous me direz alors (et vous aurez raison, bien que j'en crève de vous l'avouer), "ha ben, on est bien avancé, et tout cela ne nous ramènera pas Joe Dassin et encore moins Guy Bedos!

Et c'est à cet instant que frappera l’épiphanie, et qu'à un jour de la pentecôte, vous serez touché par l'esprit sain : peut importe qui sortira des urnes de Pujol où d'Aliot, la ville n'aura toujours pas les couilles sorties des ronces!   Comme on est cantonné au quantique: on reste dans l'infiniment petit!

Quelques chats de Shrödinger
Quelques chats de Shrödinger
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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 19:09
Un jour sans fin (Groundhog Day), ou Le Jour de la marmotte au Québec et au Nouveau-Brunswick, est un film américain réalisé par Harold Ramis et sorti en 1993.
Le film met en scène Phil Connors, présentateur météo sur une chaîne de télévision régionale américaine. Phil, homme prétentieux, aigri et imbu de lui-même, est obligé de se rendre en reportage le 2 février à l'occasion du Jour de la marmotte, une festivité traditionnelle célébrée en Amérique du Nord (le même jour que la Chandeleur). Mais, une fois son sujet tourné, un blizzard le force à passer la nuit sur place. Par la suite, à son corps défendant, la même journée recommence encore et encore à chaque fois que son réveil sonne : Phil semble bloqué dans le temps jusqu'à ce qu'il ait donné un sens à sa vie.
 
A Perpignan, c'est le 28 juin prochain que l'on va revivre "le jour de la marmotte" (titre original d" un jour sans fin" ) soit le 30 mars 2014 https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_municipales_de_2014_%C3%A0_Perpignan 
Mais en lieu et place de Bill Murray et Andie Mac Dowell, ce sera Jean-Marc Pujol et Louis Aliot https://www.valeursactuelles.com/politique/municipales-2014-a-perpignan-deux-pieds-noirs-pour-un-fauteuil-44323. Les autres auront été trop court ou auront abandonné.
C'est comme dans Rocky 2 ,la possibilité pour Rocky Balboa le challenger, de prendre sa revanche sur son aîné.
Mais même comme disait Héraclite , "on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", les perpignanais risquent d'avoir un goût de "déjà vu''https://www.youtube.com/watch?v=jTTEeg0iM34
 
Et ce déjà vu n'a peut être pas un goût de "revenez-y".
 
Les acteurs ont vieilli, Louis Aliot a poli son coté "prince consort des ténèbres", il ne boit plus des coups "chez la Montalan", mais il passerait plutôt son temps entre notabilisant à "l'Auberge des 3 faisans" . Il est devenu l'ami du riche comme du pauvre, pour peu bien-sûrs qu'ils soient vertueux!
 
D'un autre bord, Jean-Marc Pujol défend son bilan à la manière d'un maréchal soviétique, comme le disait le regretté Georges Marchais pour le bilan de l'URSS "globalement positif" . Comme on dirait en russe:"Теперь свяжитесь с охраной и скажите, что все в порядке." "Maintenant dites à la sécurité que tout va bien."
 
Il y aura autant de front républicain, que de neige à Noël!
 
Alors y aura-t-il une vague qui se dressera face au "fascisme" et Jean-Marc Pujol représentera-t-il "un rempart contre la barbarie" ? 
 
Je crois que le manque de "trépidance" de la campagne n'ayant pas su donner les enjeux pour la ville(pas plus de perspectives que de prospectives) : on ne vous donnera pas les coins à enthousiasme citoyen, que ses coins à champignons!
 
Autonomie de la ville par rapport à la nouvelle capitale de région Toulouse, connectivité réel avec la Catalogne Sud, retour de l'enseignement de la médecine à l'université (double tutelle franco-catalane)  et transformation de l’hôpital en CHU, remembrement du marché place Cassanyes pour son optimisation et son utilisation comme une vitrine des productions d'ici, mis en en valeur de la vie culturel comme outil de dévelopement économique et touristique, défense du train de fret "Roussillon express" en coordination avec la région face à l'état...J'en passe et des meilleurs. La plupart des citoyens n'en ont pas grand chose à faire! Et l'ambiance Corona, n'a couvert qu'un résultat de participation qui aurait été à peine meilleur!
 
La seule obsession des candidats semblait faire des voix: ils auraient du s’inscrire à " the voice"!
 

Le second tour aura plus de temps pour déployer sa campagne mais pas de manière physique , en virtuel , déconfinement en mode Corona oblige...

Alors à moins d'un miracle  :le nouveau monde, c'est l'ancien avec des prothèses de hanche toutes neuves!

 
Perpignan:duel final et municipal Aliot / Pujol, comme un goût de ''Jour sans fin''! par Nicolas Caudeville
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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 16:53

10 / Le web profond et les réseaux sociaux

Internet, aujourd’hui, c’est le web, un exceptionnel outil de recherche et de connaissance, mais dont l’accès est de moins en moins facile, car de plus en plus bridé, privatisé et contrôlé. Internet aujourd’hui, c’est le web des forums de discussion, des blogs, des réseaux sociaux, des achats en ligne, de la Bourse en direct, des avatars, des leçons de fanatisme, de l’apologie de la marchandise, de la désinformation, de la calomnie, de l’intimité bafouée, des amitiés surnuméraires, de l’apologie du complot, du sexe en sous-texte.

Et la pire des critiques qu’on puisse y formuler, c’est de déclarer que tout cela est peut-être devenu « trop commercial ». Et l’éloge commun nous certifie qu’Internet a permis à des milliards d’individus davantage d’autonomie, la promesse d’une plus grande liberté, et la liberté elle-même.

Ordinateurs, tablettes, téléphones portables, tous interconnectés et désormais plus personne pour se perdre. Voici le monde de la totale transparence, auquel il est impossible d’échapper, et où chacun se sent d’autant plus libre qu’il est librement surveillé. Et tout le monde de supplier pour avoir le droit de porter les menottes du futur.

C’est le rêve formidable de la démocratie des maîtres de la société du Chaos, une loi martiale, librement consentie et étendue au monde entier.

Nous n’avons rien entendu ni vu venir. Au-dedans comme au-dehors, ce que nous prenions sur nos écrans pour une issue donnant sur l’extérieur est un artefact qui s’interpose entre nous et le réel. Et ce que nous voyons du monde, sur ces écrans, ne réfléchit qu’une image composite du néant.

Nous vivons au sein d’une monade numérique, aux trop nombreuses issues pour en avoir une seule d’utilisable, soumis à un flux continu qui nous submerge sous les informations invérifiables, les mensonges, les links, les amis, les images et les connaissances sans liens, sans relations, sans cohérence, sans pensée ni raison ; un flux qui méprise l’inconscient et brise toute résistance psychique ; un flux qui valorise la superstition, le mensonge et la paranoïa ; un flux qui ne nous laisse aucun répit et nous emporte, sans qu’il nous soit possible de résister, ni même de débattre.

Nous ne sommes plus capables d’écouter, silencieusement, pousser l’herbe de l’histoire ; ni d’interroger le passé pour mieux imaginer le futur ; ni même de faire le silence en nous.

Dans un monde déclaré sans avenir, les informations se succèdent dans un processus d’accumulation où l’oubli des premières et des dernières, semble déjà chasser le souvenir des suivantes. Ce qui domine cette incessante quête de la nouveauté se résume finalement à une permanente reproduction du même. Les variations qualitatives et quantitatives des données informatives ne sont que des simulacres, ou, pour le dire selon le lexique d’aujourd’hui, des effets de mode.

La surabondance de données informatives interchangeables et insignifiantes. Plus les post-citoyens sont soumis au flux de ces données, et plus la simple vérification de chacune d’entre elles leur devient inaccessible. Leur quantité seule les rend invérifiables et s’accompagne en retour d’une paupérisation informative croissante.

Au final, le développement exponentiel de ce flux n’est ni d’informer, ni de désinformer, ni même de distraire. Il s’agit seulement d’occuper un espace médiatique sous forme de discours, d’images, de sons, de 0 et de 1 ; de faciliter l’accès à une donnée informative invérifiable de plus.

Pour y parvenir, le monde de la « transparence achevée », le monde de la « fraternité numérique » n’utilise que deux valeurs : vrai et faux, oui et non, 0 et 1, like et no like. Après la ruine de leurs vies et de leurs désirs, même les rêves des post-citoyens ressortent du système binaire.

Face aux impostures d’une liberté light, comment les post-citoyens pourraient-ils échapper à leurs amis numérisés, à tous ces amis qui ne leur veulent que du bien. Pendant qu’ils pétitionnent (likes), qu’ils se mobilisent (likes), comment pourraient-ils comprendre, une bonne fois pour toutes, qu’il serait temps d’abandonner la proie et l’ombre ! Peuvent-ils imaginer qu’ils participent d’un inconscient collectif, d’une conscience collective, d’une noosphère, ou, plus poétiquement que le hasard objectif pourrait exister pour eux aussi ?

Pourtant, ce sont des femmes et des hommes, au service de quelques intérêts « bien compris », qui génèrent et consomment l’ensemble exponentiel de ces données informatives. Rien n’est destiné aux êtres humains qui ne soit l’œuvre des êtres humains eux-mêmes : en matière médiatique, comme ailleurs, les post-citoyens ne consomment que ce qu’ils ont produit consciemment ou laisser produire sans résistance.

Ils ont oublié que des femmes et des hommes ont vécu en des temps qui n’étaient pas réductibles aux seuls algorithmes boursiers ou aux divinations journalistiques, politiques, économiques, religieuses, voire même scientifiques : des temps étrangers aux « humanités numériques ». S’ils accueillent si facilement la réalité d’Internet, c’est peut-être parce qu’ils soupçonnent que rien n’est réel dans leurs propres vies.

La trace de ce qui a été perdu dans le souvenir, la trace de ce qu’il n’est plus possible de transmettre, se retrouve, comme inversé, comme la négation de tous nos souvenirs perdus, dans les processus contemporains de contrôle et de destruction de la mémoire.

Il s’agit là d’armes de guerre qui peuvent prendre deux formes disjointes, mais solidaires : celle du fanatisme islamique et celle de Google.

Le fanatisme islamique s’attaque à la mémoire humaine, aux traces historiques et archéologique qui contredisent le mensonge qu’il veut imposer.

Google attaque la Grande mémoire au nom d’un artefact de mémoire, au nom de la seule mémoire numérique. Cette mémoire, dont elle a le contrôle et l’usage, entend effacer au nom de l’obsolescence, jusqu’au souvenir de toutes les formes anciennes de transmission.

La mémoire numérique n’est pas destinée à l’histoire ; ce qu’elle autorise à survivre ne l’est que provisoirement, comme un condamné à mort qui attend quotidiennement l’exécution de la sentence.

Google et le fanatisme islamique veulent en finir avec l’histoire : ils ne comptent pas laisser d’archives. Leur domination du présent qu’ils rêvent éternel, est la seule histoire possible, celle qui précisément en est dépossédée. C’est toujours, actualisé par une commune barbarie, le même vieux fantasme dérisoire, sanglant et criminel de la fin de l’histoire.

Voir aussi,les autres épisodes ici:

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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 19:56


 

9 / L'innovation contre l'invention

Non contents d’accuser la science occidentale d’avoir été dénaturée par les Lumières, les agents du postmodernisme l’accusent également d’être colonialiste, raciste et sexiste. Intrinsèquement mauvaise, elle est tenue pour responsable de l’ordre social actuel, de ses divisions comme de ses modes de domination.

Après avoir conditionné les post-citoyens à considérer la culture comme un luxe inutile, les agents du postmodernisme veulent maintenant leur imposer de vivre dans un monde où l’expérimentation et la raison n’auront plus cours ; un monde où les conquêtes de la science seront ravalées au rang du récit et du mythe.

Voici une position qui doit réjouir les détenteurs du pouvoir : pouvoir dont ils pourront se réserver l’usage, la maîtrise et le monopole. Ils peuvent être reconnaissants à leurs agents très spéciaux lorsque ceux-ci proclament que « la science est un système qui, en lui-même, légitime l’autorité des chefs, et que tout défi à cette autorité doit se comprendre comme un défi à la rationalité ».

Ainsi est retournée la position critique qui autrefois associait l’éducation et l’émancipation. Un tel renversement n’est pas sans rappeler le penchant commun de toutes les religions à prêcher l’ignorance comme unique « salvation » des populations indisciplinées : l’encadrement psychique des contre-révolutions… Avec de tels axiomes, si subtilement formatés, le postmodernisme pourra parfaitement faire entrer Dieu dans l’ordre du connaissable.

Au terme d’une telle campagne, la société du chaos se précise chaque jour davantage : c’est un monde où l’hypertechnologie peut cohabiter sans conflit durable avec l’intégrisme et l’obscurantisme.

Dans le monde sans valeurs de l’hypercapitalisme, sinon celles de la domination et de l’enrichissement personnel, la recherche n’a pas échappé aux conséquences d’une conception aussi cynique du destin de l’humanité.

Elle est dorénavant réduite à la seule innovation et s’affiche l’ennemie de tous les rêves et désirs qui mènent à l’invention.

Ce qui peut encore être découvert de manière toujours partiale et partielle sera subordonné aux seuls critères de l’innovation, tels que les ont définis les « élites de la spéculation ».

Pourquoi des spéculateurs qui peuvent s’enrichir en quelques nanosecondes sur les marchés boursiers du monde entier, s’engageraient-ils à financer une recherche et des chercheurs dont les résultats sont incertains et où le hasard a parfois le dernier mot ? Ils les préfèrent à leur service pour concevoir les algorithmes boursiers les plus innovants, et non au service d’une science utile au bien commun.

Il en va de même des experts que l’hypercapitalisme a détachés au contrôle de la recherche. Ils récuseront les déclarations de principe des chercheurs qui soutiennent que le but de la recherche est dans la recherche elle-même. Et que la découverte est souvent la conséquence inattendue d’une expérience qui semblait voué à l’échec avant qu’une bifurcation soudaine ouvre sur de nouveaux horizons.

L’innovation est une nouveauté à qui l’on demande de reproduire avec d’infimes variations un univers déjà connu.

Pour être rentable, l’innovation ne doit perturber ni le spéculateur, ni le consommateur ; elle doit s’inscrire dans un espace où toute incertitude a fait place au familier, au connu, à la mise à jour, à l’éternelle faculté d’obsolescence.

Toute mise à jour innovante n’existe que par son effet d’annonce. Chaque jour, l’innovation révolutionne un monde qui demeure inchangé : le flux constant de l’innovation le conserve identique à lui-même, tout en affirmant médiatiquement le contraire, tout en le dégradant.

Les post-citoyens ne sauront jamais que toute innovation n’est au final que la copie d’une copie, dont la dégradation technique et humaine contient juste ce qu’il faut de différence pour qu’il leur soit impossible de remarquer tout ce qu’ils ont perdu d’essentiel, à chaque nouvelle mise à jour.

Le monde de l’hypercapitalisme n’admet de changements que ceux qui sont utiles au maintien de son apparence et de sa domination. Il sera donc hostile à toute transformation soudaine et non-programmée qui viendrait mettre en danger les lois qui lui donnent sa légitimité, celles du Marché. Ce sont ces lois qui déterminent ce qu’il faut chercher, ce qu’il est bon d’avoir découvert, quel type d’innovation sera immédiatement rentable.

C’est ainsi que fonctionne le modèle économique de l’informatique, des médias, des médicaments et plus généralement de toute la production marchande. La réduction de l’espérance de vie de toutes les marchandises produites est la première victoire de l’hypercapitalisme. Il n’en restera pas là. Pour répondre aux exigences du Marché, à la manière d’un « cheval de Troie », l’obsolescence programmée sera appliquée aux services publics et à l’ensemble des prolétaires inemployables.

Comme la démocratie, la science expérimentale a fait son temps sur terre.

En des temps plus instruits, l’art et la recherche devaient leur survie, puis une partie de leur développement, à leur indépendance et coexistaient difficilement avec l’autorité.

Lorsqu’un dirigeant chinois s’engage à financer massivement l’intelligence artificielle, il ne se comporte pas autrement qu’un dirigeant des GAFA. Tous deux pensent que l’immortalité leur est due et, qu’à ce titre, elle justifie l’accroissement des budgets d’une recherche si innovante. Tous deux savent que le monde, qu’ils détruisent inexorablement et qu’ils ne pourront jamais sauver, n’est plus vivable. Mais ils espèrent encore pouvoir y échapper, grâce à leurs ingénieurs.

Cette misérable fiction d’une évasion possible se remarque dans le bien étrange renouveau d’une conquête spatiale devenue extérieure à toute démarche strictement scientifique : elle n’est plus pensée pour élargir l’univers connu à tous êtres humains, mais pour permettre à quelques privilégiés de s’enfuir.

« Après moi le déluge ! » La célèbre formule, qui unit le sort du dirigeant chinois à celui des GAFA, résume assez bien leur commune conception du futur. Elle témoigne surtout du vide saisissant de leur pensée, et de leur incapacité à répondre stratégiquement aux contradictions et aux défis de la nouvelle époque.

L’innovation parle la langue de l’hypercapitalisme, et l’hypercapitalisme veut contrôler le futur, pas l’inventer.

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