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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 22:26

12 / Le nouvel ordre féodal

Sagement abandonnés à leurs réseaux sociaux, les post-citoyens sont soumis à des messages algorithmiques venus leur signifier que, n’étant pas encore morts, ils sont pourtant tous condamnés. Mais l’hypothèse d’un sursis, aussi minime soit-il, semble les rassurer.

Quel sens accordent les post-citoyens aux propos de dirigeants les entretenant de leur avenir ? Que retiennent-ils de cette suite de mots qui s’enchaînent trop vite : « pénurie, crise, réactivité, éducation, recherche, compétitivité, privatisation, taille critique » ? Peuvent-ils imaginer que la nouvelle pauvreté de leurs vies est le contre-pied des aides qu’ils ont accordées massivement au symbole même de leur exploitation : à leurs banques ?

La Bourse ou la vie ! Ils en connaissent tous l’injonction, mais plus la signification actuelle. Comment être surpris que ceux qui ont si facilement participé au sauvetage de leur système bancaire soient les mêmes qui ont remisé l’histoire au placard, abandonné l’Instruction publique et évincé le passé ou, du moins, redoublé son obscurité.

Les grandes entreprises multinationales qui obéissent fort virtuellement aux directives d’un accord de libre-échange ne font qu’obéir aux ordres qu’elles ont elles-mêmes édictées ; elles sont donc libres de pénaliser les États qui contreviendraient d’une manière ou d’une autre à l’objectif véritable d’un tel accord : le seul enrichissement de ces firmes. Elles n’ont pas à se justifier devant des électeurs, ni à craindre aucun contrôle sur l’origine de leur richesse.

Warren Buffett a raison d’afficher sa satisfaction : « La lutte des classes existe, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène actuellement la guerre ; et nous sommes en train de la gagner. »

Assurance maladie, culture, droits d’auteur, énergie, équipements publics, formation professionnelle, immigration, liberté du Net, normes de toxicité, prix des médicaments, protection de la vie privée, ressources naturelles, sécurité des aliments : pas un domaine d’intérêt général qu’un accord de libre-échange bien conçu n’abandonne aux grandes entreprises multinationales. Comme l’écrivait Guy Debord, « Ceux qui ont fait confiance au Marché et lui doivent leur “extraordinaire bonheur” admettent qu’il n’y a pas à lésiner sur son coût ; tandis que les autres désinforment ».

L’hypercapitalisme est un racket pyramidal à une échelle globale. Le genre de pyramide au sommet de laquelle on fait des sacrifices humains. Sous les paysages de haute crapulerie créés par les « élites de la spéculation » il y a des gouffres où l’escroquerie à la petite semaine est devenue un crime capital contre l’humanité. Partout la spéculation est devenue souveraine; elle gouverne, selon les prépondérances locales, autour des Bourses, ou des États, ou des Mafias. Tout le reste est misère.

Ce qui est encore innaperçu, c’est que dans les deux décennies qui viennent, les innovations technologiques et marchandes dans la robotique et le numérique vont détruire massivement des emplois sans en créer de nouveaux, sinon des emplois sous-payés qui étendront au plus grand nombre le règne de la misère sociale. Au cours de cette période, une autre calamité, aujourd’hui largement passée sous silence, deviendra déterminante : celle d’une démographie africaine devenue folle, au pire moment qui soit, celui où le travail salarié, tout comme l’eau, sera devenu une rareté.

Plus que toute autre, notre époque nous fait ressentir la gravitation, la fatigue et la vague impuissance du futur, le « sombre recul abyssal du temps » du vers de Shakespeare. C’est lorsque, devenue structurelle, l’actuelle crise économique donnera sa pleine mesure que se manifesteront ses pires conséquences. Le dénuement dans lequel les post-citoyens sont invités à vivre aujourd’hui, deviendra leur quotidien demain. Le Marché leur imposera une nouvelle « loi d’airain des salaires » qui les soumettra à la plus extrême des précarités et aux ordres d’une consommation dévalorisée et réduite au seul univers médiatique : à l’hypnose d’une richesse virtuelle censée les habituer au manque et à la pénurie. Après la liquidation de tous les droits sociaux acquis lors des luttes de l’ancien prolétariat, pourquoi les féodalités mafieuses distribueraient-elles un revenu universel au peuple, alors qu’elles ont aujourd’hui les moyens technologiques de programmer son obsolescence ? Pour exercer leur domination, elles n’ont plus besoin de travailleurs socialement, syndicalement et politiquement protégés, mais de serfs « taillables et corvéables à merci ».

Les autres épisodes:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/

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