"Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat."
Alberto Giacometti
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La grande salle de Kaamelott pue la fumée, le pin cramé et le désespoir administratif. Arthur a la tête du type qui a compris depuis longtemps que tout le monde se foutait de sa gueule. Les chevaliers sont là, blasés, comme des vieux briscards qui ont vu trop de magouilles.
Arthur : Allez, mes chers abrutis, encore une belle saison des feux dans les Pyrénées-Orientales. Plus de mille hectares partis en fumée, et tout le monde qui fait semblant de tomber des nues. On découvre, avec une surprise feinte, que l’arrachage des vignes, c’était exactement autant de pare-feu qu’on a nous-mêmes liquidés à coups de primes européennes. La fin du pastoralisme ? Autant de touffes d’herbes sèches qui n’ont pas été broutées et qui ont servi de relais impeccable pour les flammes. C’est beau, hein ? On détruit ce qui protège, on paye pour ça, et après on pleure en commission d’enquête. Du travail de haute voltige.
Perceval : Ouais, Sire. Avant, y’avait des bergers et des bestiaux qui tondaient gratis. C’était ringard, ça. On a préféré la modernité : arracher, subventionner la friche, laisser la garrigue reprendre ses droits. Résultat ? Le feu cavale plus vite qu’un député qui sent l’odeur des enveloppes. L’année dernière dans l’Aude, seize mille hectares qui ont cramé comme du papier à cigarette. Là où la vigne tenait encore, elle a fait son boulot. Là où on avait tout arraché… ben c’était l’autoroute pour l’enfer. Les pompiers l’ont dit : facteur aggravant. Mais bon, qui écoute les pompiers quand on a des objectifs de « restructuration » à tenir ?
Lancelot : Magnifique. On file quatre mille balles l’hectare pour arracher ce qui marchait depuis des siècles, et on s’étonne que la nature devienne un immense bidon d’essence. Les vignes, c’était le dernier coupe-feu gratuit dans ces caillasses. Bien tenues, pas d’herbe au pied, le feu se casse les dents. Maintenant ? Des friches à perte de vue. Bravo les génies. On a transformé des pare-feu vivants en zones sinistrées subventionnées. Du pur génie administratif.
Karadoc : Le pastoralisme ? Ringard aussi, évidemment. Des moutons qui entretiennent le terrain sans rien demander ? Trop simple. On préfère payer des machines, des études, des rapports, et laisser brûler. C’est plus moderne. Et puis ça fait de belles images pour le journal de 20 heures : « Le drame climatique ». Ouais, le climat a bon dos. Nous, on a juste passé des années à scier la branche sur laquelle on était assis.
Léodagan : Un quart du vignoble des Pyrénées-Orientales qui va disparaître en deux ans. Et après on viendra nous expliquer que c’est la faute au réchauffement, pas à nos conneries. C’est comme si on virait tous les gardes du corps d’un caïd et qu’on s’étonnait qu’il se prenne une bastos. Cynique ? Non. Réaliste.
Arthur, avec un rire amer : La vigne, c’était le meilleur rempart qu’on avait. On l’a vu clairement : là où elle restait, le feu s’arrêtait net. Là où on l’avait liquidée pour « adapter la production », la garrigue a fait le reste. On paye pour détruire les solutions naturelles, et on s’indigne que le problème empire. C’est pas de la politique agricole, c’est une vaste escroquerie à ciel ouvert. On restructure, on optimise, on modernise… et on finit avec des cendres et des viticulteurs ruinés qui demandent des aides. Cercle vicieux de première classe.
Perceval : Au fond, on n’aime pas vraiment la terre. On aime les plans sur le papier. Le berger ? Trop sale. La vigne bien entretenue ? Trop compliqué. On préfère tout laisser partir en friche et appeler ça « transition écologique ». Pendant ce temps, le feu rigole. Il sait qu’on est plus forts pour distribuer des subventions que pour empêcher la catastrophe.
Arthur, glacial : Alors on continue, hein ? Encore un peu d’arrachage, encore un peu de friche, encore quelques beaux incendies pour justifier de nouvelles primes. Le contribuable adore ça. Et pendant qu’on y est, on va blâmer le climat, qui ne vote pas. C’est plus facile que d’admettre qu’on a passé dix ans à tout foutre en l’air avec application.
Léodagan : Si un jour ils veulent vraiment arrêter les conneries, ils ramèneront les troupeaux et ils garderont les vignes stratégiques. Mais bon… je parie plutôt sur une nouvelle commission et un beau rapport de trois cents pages. Ça fera plus sérieux.
Arthur : Allez, messires. Le spectacle continue. La France brûle, mais au moins elle brûle proprement… avec des subventions.Rideau. c'est une autre bibliothèque qui a brulé...
Quelque part, un fonctionnaire remplit un formulaire en sirotant un pastis, pendant qu’un berger marmonne : « Bande d’enfoirés… »Avec toute la tendresse cynique qu’on doit à Michel Audiard et à la réalité du terrain.
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