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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 13:37

« Refuser de se taire n’est pas un crime. Revendiquer de meilleures conditions de travail n’est pas un délit. Défendre les droits des travailleurs, c’est défendre la justice sociale. Réduire les syndicats au silence, c’est affaiblir la démocratie. » 

Confédération générale du travail (CGT)

Le rail jaune et l’ombre : Management par la sanction : la CGT accuse la SNCF de viser ses militants

Il y a des hommes qui portent le chemin comme on porte une cicatrice. Julien Berthélémy est de ceux-là. Conducteur du Train jaune, ce serpent électrique qui rampe entre les crêtes de Cerdagne, de Villefranche à Latour-de-Carol, il conduit aussi, depuis des années, la colère ordonnée des cheminots dans les Pyrénées-Orientales. Secrétaire général de la CGT du département, il marche droit, la tête haute, dans un pays où les rails se font rares et les sanctions se multiplient.

On l’a convoqué. Conseil de discipline le 17 septembre.

La direction, cette machine froide aux rouages invisibles, lui reproche d’avoir repris la marche sans attendre le feu vert du chef de ligne. Un geste, peut-être, une impatience, un oubli dans le grand ballet des autorisations. Pour cela, on lui promet le dernier avertissement avant la chute, douze jours de mise à pied, et la mutation disciplinaire — ce bannissement soft qui arrache un homme à sa terre, à son train, à sa mémoire. À côté de lui, un collègue subit le même tribunal pour avoir laissé monter un journaliste en cabine. Sans permission. L’un et l’autre se tiennent au bord du même précipice.

L’été a été brûlant. Les trains ont souffert.

Climatisations mortes, toilettes scellées, rames supprimées, voyageurs à bout, agressions qui doublent sur les contrôleurs isolés. Sous-effectif chronique. On part avec un seul agent là où il en faudrait deux, parfois aucun. Et pendant que le métal grince sous le soleil, la direction multiplie les dossiers. Dès qu’un cheminot relève la tête, la sanction tombe, disproportionnée, lourde comme une dalle. Mécaniciens, contrôleurs, conducteurs : la liste s’allonge. On punit la fatigue, on punit l’initiative, on punit la parole.

Le Train jaune n’est pas seulement une ligne.

C’est une veine ouverte dans la montagne, un fil de survie pour les villages, un défi lancé à l’abandon. Berthélémy le sait. Il l’a défendu longtemps, ce rail étroit, contre les oubliés et les calculs. Aujourd’hui, c’est lui qu’on veut déplacer, suspendre, briser un peu plus. La grève a grincé le 8 septembre dans l’ex-Languedoc-Roussillon. On a réclamé des embauches, des conditions dignes, la fin de ce management par la peur. Mais la machine continue. Elle convoque. Elle propose. Elle menace.

Il y a quelque chose d’impitoyable dans ces procédures.

L’homme sur le quai, le geste trop vif, la règle non respectée à la lettre, et soudain le dossier s’épaissit. On ne regarde plus le corps fatigué, ni la chaleur collée aux rails, ni la solitude du conducteur face à la pente. On regarde la faute. On la grossit. On la transforme en exemple. Douze jours sans salaire. Une mutation. Le dernier avertissement qui pèse comme une lame.

Berthélémy reste debout.

Le Train jaune continue de grimper. La montagne n’a pas changé. Seulement les hommes, parfois, se retrouvent plus seuls face aux papiers et aux conseils. Le 17 septembre, on tranchera. Ou on n’entendra rien. Dans le silence des bureaux, le rail jaune continue de vibrer, indifférent aux dossiers, fidèle seulement à ceux qui le font vivre.

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