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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 10:44


“L'esclave n'a qu'un maître ; l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune.”

“L’on voit des hommes tomber d’une haute fortune par les mêmes défauts qui les y avaient fait monter.”
 

Jean de La Bruyère / Caractères 

Dans un monde où l’idéal se noie dans le cloaque des ambitions mesquines, un ouvrage audacieux voit le jour : *Dictionnaire amoureux de la corruption*, signé d’un mystérieux collectif d’auteurs qui, sous le pseudonyme d’Émile C., rend hommage à la fois au cynisme de Cioran et à l’implacable mécanique des appétits humains. Ce livre, à mi-chemin entre le pamphlet et l’élégie, ne célèbre pas la corruption par complaisance, mais la dissèque avec une lucidité qui glace le sang. Car, comme le dirait Cioran, « l’homme n’est libre que dans ses vices ».

Ce *Dictionnaire* n’est pas un simple catalogue de scandales : il est une méditation sur l’inéluctable, une plongée dans l’économie de la rente, ce système où la richesse ne naît pas du travail mais de la capture des privilèges. L’auteur, ou plutôt les ombres qui se cachent derrière ce nom, nous entraînent dans une danse macabre où les marchés publics, ces théâtres de l’hypocrisie moderne, deviennent le terrain de jeu des prédateurs en costume. Les appels d’offres, ces rituels d’une fausse transparence, sont ici dépeints comme des masques posés sur la face hideuse de la corruption.

 L’économie de la rente : un engrenage fatal

L’économie de la rente, nous dit le *Dictionnaire*, est une machine à corrompre. Elle repose sur une vérité simple : pourquoi créer de la valeur quand on peut s’approprier celle des autres ? Les marchés publics, censés incarner l’équité et la concurrence, sont en réalité des champs de bataille où les puissants se disputent des monopoles déguisés. L’auteur cite l’exemple de la construction d’une autoroute dans un pays fictif d’Europe de l’Est, où une entreprise locale, liée à un ministre par des jeux d’actionnariat opaque, remporte systématiquement des contrats. L’appel d’offres, rédigé avec un soin bureaucratique, exige des « critères d’excellence » si spécifiques qu’ils semblent taillés sur mesure pour l’entreprise en question. Les concurrents, s’ils osent se présenter, sont écartés pour des détails administratifs ou des offres jugées « non conformes ». Le *Dictionnaire* ironise : « La conformité est l’art de transformer l’arbitraire en règle. »

Un autre exemple frappant concerne les contrats de gestion des déchets dans une métropole méditerranéenne. Une société, toujours la même depuis des décennies, rafle les marchés grâce à des relations privilégiées avec les élus locaux. Les appels d’offres vantent la « durabilité » et l’« innovation », mais les critères techniques, volontairement flous, permettent de disqualifier toute concurrence. Les pots-de-vin, versés sous forme de « conseils » ou de donations à des associations culturelles, assurent la reconduction des contrats. Comme l’écrit Émile C., avec une pointe de sarcasme cioranien : « La corruption n’est pas un accident, c’est la grammaire de la rente. »

Le discours officiel : une farce en trois actes

Le *Dictionnaire amoureux de la corruption* consacre un chapitre entier à l’absurde théâtre des appels d’offres. Ces documents, rédigés dans une langue technocratique qui simule l’objectivité, sont des chefs-d’œuvre d’hypocrisie. Prenons un cas concret : un appel d’offres pour la rénovation d’un hôpital public. Le cahier des charges exige une « expertise locale » et une « capacité d’exécution rapide », termes suffisamment vagues pour favoriser une entreprise proche du pouvoir. Les autres candidats, souvent des PME ou des outsiders, s’épuisent à produire des dossiers de centaines de pages, tandis que le vainqueur, déjà désigné en coulisses, bénéficie d’informations privilégiées sur les attentes réelles du donneur d’ordre. « L’appel d’offres, écrit Émile C., est une prière adressée à un dieu qui a déjà choisi ses élus. »

Ce système, explique le livre, repose sur une triple imposture : la transparence affichée, la concurrence simulée, et la moralité proclamée. Les discours officiels regorgent de mots comme « équité », « intégrité », ou « responsabilité », mais ils ne sont que des paravents. Le *Dictionnaire* cite un maire d’une grande ville française qui, lors d’un scandale de marchés truqués, déclarait : « Nous avons suivi les procédures à la lettre. » Émile C. commente, lapidaire : « La procédure est le cercueil de l’éthique. »

Une méditation cioranienne sur l’âme humaine

Ce qui rend ce *Dictionnaire* si troublant, c’est sa capacité à mêler l’analyse froide des mécanismes économiques à une réflexion presque métaphysique sur la nature humaine. À la manière de Cioran, Émile C. ne juge pas : il constate. La corruption, nous dit-il, n’est pas une déviance, mais une inclination. Elle prospère là où l’homme peut se dispenser de créer pour se contenter de prendre. L’économie de la rente, avec ses marchés publics captifs, n’est que l’expression moderne de cette vieille pulsion.

Le livre s’achève sur une note désabusée : « La corruption n’est pas une maladie, c’est une condition. On ne la guérit pas, on l’habille de mots. » Pourtant, malgré son pessimisme, le *Dictionnaire amoureux de la corruption* n’est pas un appel à la résignation. En exposant les rouages de cette machine infernale, il invite à une vigilance lucide, celle qui refuse de se laisser duper par les apparences de la vertu. Comme Cioran, Émile C. ne propose pas de solutions, mais une clarté impitoyable : « Mieux vaut contempler l’abîme que s’y jeter les yeux fermés. »

Ce livre, disponible dès aujourd’hui dans les librairies fictives de notre esprit, est une lecture essentielle pour quiconque veut comprendre pourquoi l’honnêteté est un luxe que l’économie de la rente ne peut se permettre. À lire, un soir d’insomnie, lorsque le monde vous semble trop lourd pour être sauvé.

 

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