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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 18:56

"L'électeur perpignanais est un poète qui rêve de fleurs inaccessibles !"

anonyme

Perpignan n’existe pas. Ou plutôt, elle existe comme une insulte lancée au vide quantique : une ville qui, par pure malice cosmique, refuse de s’effondrer sur elle-même malgré toutes les raisons qu’elle en a.

Les astrophysiciens, ces fossoyeurs élégants de l’absurde, nous l’ont pourtant dit : l’univers est une fluctuation improbable, un pet de rien dans le néant. Et voilà que Perpignan, avec ses artichauts, ses CRS et son maire qui parade comme un coq sur un tas de fumier électoral, ose persister.

C’est une provocation.

Regardez-la, cette cité catalane qui se prend pour une métropole. Les derniers événements ? Des cabanes qu’on rase, des trafiquants qu’on pourchasse, un conseil municipal où l’on vote des budgets comme on récite un rosaire à l’envers. Rien.

Du bruit de fond.

Pourtant, la physique quantique nous murmure à l’oreille que tout cela devrait s’évaporer dans un effondrement de fonction d’onde. Perpignan devrait être un mirage, un artefact de simulation ratée, un glitch dans le grand programme où l’on a oublié d’effacer les figurants.

Mais non. Elle tient. Elle pue la vie, cette chose obscène.

Et les personnages politiques ? Ah, ceux-là ! Louis Aliot et sa clique d’abord, ces ombres qui gesticulent sur la scène d’un théâtre vide.

Mais l’équation s’enrichit, se complique, devient farce : entrez Agnès Langevine, vice-présidente du néant régional, psychologue du désespoir climatique, tête d’une liste « Plus forts pour Perpignan » qui n’a jamais été aussi faible.

Elle, la candidate du pacte vert et du bon sens, qui dépose des recours comme on jette des fleurs sur une tombe, persuadée que l’union de la gauche et du centre va terrasser le dragon RN.

Et à ses côtés, ou plutôt dans son dos, Mathias Blanc, l’avocat du doute, le socialiste orphelin de son parti, qui court avec sa « Perpignan Autrement » comme un fantôme qui refuse de mourir. Lui, deuxième sur la liste d’hier, premier dans l’amertume d’aujourd’hui : le PS l’a lâché pour elle, et lui court encore, avec ses militants égarés, ses communistes nostalgiques et ses radicaux de gauche en quête d’une revanche quantique.

Toutes ces probabilités qui ont mal tourné, ces particules entrelacées dans un scandale localisé !

L’un parle de sécurité, l’autre de climat et de transports, le troisième d’écoute citoyenne – tous se pavanent comme si l’entropie n’allait pas les dévorer demain. On les observe, ces élus de province, ces candidats recalés par la réalité et par leur propre camp, et l’on se demande : comment une telle médiocrité peut-elle défier les lois de l’implosion cosmique ?

Cioran l’aurait su : parce que l’homme est assez bête pour transformer l’absurde en routine, la rivalité en tragédie de poche, l’élection perdue en recours judiciaire éternel.

Dans ce décor de fin du monde provincial, où les processions de la Sanch côtoient les Foir’Expo et leurs artichauts triomphants, la ville n’est pas plausible : elle est une insulte. Une insulte à la raison quantique, à l’histoire qui se répète en boucle, à nous tous qui feignons d’y croire.

Si Dieu existait, il aurait rasé Perpignan par pitié, avec Aliot, Langevine, Blanc et le reste de la troupe.

Mais Dieu est mort, et la ville rit jaune sous le soleil catalan, en attendant que la prochaine fluctuation du vide vienne enfin la balayer comme un mauvais rêve. D’ici là, elle persiste. Comme nous. Comme la bêtise éternelle.

 

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18 avril 2026 6 18 /04 /avril /2026 16:16

"Je suis trop curieux, trop voué aux questions, trop exubérant pour me satisfaire d'une réponse grosse comme le poing. Dieu est une réponse grossière, une indélicatesse à l'égard de nous autres penseurs, - au fond, c'est même une grossière interdiction qui nous est faite: vous ne penserez point ! "

 Ecce Homo: Comment on devient ce que l'on est

    Friedrich Nietzsche

 

Gabriel Llesta (vers 1958 – avril 2026) était un enseignant, traducteur, humaniste et militant engagé de longue date dans la défense des droits des immigrés, des sans-papiers et des exilés, particulièrement actif dans les Pyrénées-Orientales (Perpignan et environs). Fils de réfugiés politiques espagnols ayant fui le franquisme, il a fait de l’enseignement son métier par goût de la transmission, tout en restant fidèle, toute sa vie, aux idéaux d’humanisme et de solidarité hérités de ses parents. Il était également connu comme un ami fidèle et généreux dans les milieux militants et associatifs locaux. 

 

Origines familiales et jeunesse

Gabriel Llesta est le fils de réfugiés républicains espagnols qui ont fui la guerre civile et le franquisme lors de la Retirada de 1939. Sa mère, Rose Llesta (née Torres), décédée en 2019 à l’âge de 94 ans à Perpignan, portait un nom de famille typiquement espagnol (Torres). Dans le cadre du projet artistique et mémoriel « Pasos » (2009) d’Olivier Moulaï, commandé pour le 70e anniversaire de la Retirada, Gabriel Llesta a témoigné en tant que « fils d’exilé » : il évoquait notamment la conscience, dès l’enfance, de ne pouvoir retourner dans son pays d’origine, qu’il n’avait jamais connu. 

 

Ce passé familial a profondément marqué son engagement : toute sa vie, il est resté fidèle aux valeurs d’humanisme et de défense des exilés héritées de ses parents.Carrière dans l’enseignement et la transmissionGabriel Llesta a choisi l’enseignement « par goût de transmettre ». Il a été professeur au lycée Jean Lurçat (Perpignan) et y a animé la section syndicale SNES-FSU (S1 de Lurçat), aux côtés de figures locales comme Guy César et Catherine Parayre, notamment lors des grands mouvements sociaux de 2000 et 2003. 

 

Parallèlement à son métier, il s’est investi dans la culture et la création. En 1998, il a co-traduit avec Nathalie Vivé La Nuit des rois de William Shakespeare (Éditions Espaces 34, collection Théâtre de l’Envolée, Perpignan). Cette traduction, saluée pour sa précision et sa fidélité à l’esprit du texte, reflète son amour de la littérature et de la transmission culturelle. 

 

Militantisme humaniste et défense des défavorisés

Dès les années 2000 et jusqu’à ses dernières années, Gabriel Llesta a été une figure incontournable du militantisme associatif dans les Pyrénées-Orientales :Vice-président et responsable de l’ASTI 66 (Association de Solidarité avec Tous les Immigrés des Pyrénées-Orientales).
Porte-parole du Collectif Sans-Papiers de Perpignan, qui regroupait l’ASTI 66, la Cimade, le MRAP 66, la Ligue des Droits de l’Homme et le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF).
Animateur du Collectif SOS Chibanis 66 (défense des travailleurs âgés immigrés d’Afrique du Nord, souvent privés de droits sociaux).

Il s’est illustré dans de nombreux combats concrets :

Soutien aux familles menacées d’expulsion (ex. familles albanaises en 2018-2022).
Lutte contre la précarisation des sans-papiers et pour leur régularisation.
Mobilisations contre les politiques migratoires restrictives et les idées d’extrême droite.
Interventions publiques sur la solidarité, le racisme et la mémoire de l’exil républicain espagnol (conférences lors des commémorations de la Retirada en 2014, par exemple). 

 

En 2015, il a défendu publiquement un bénévole de l’ASTI poursuivi pour « aide au séjour irrégulier » d’une famille sans-papiers, dénonçant une « manœuvre d’intimidation »

Son engagement était constant, concret et sans concession : il dénonçait « la terrible aggravation de la situation des réfugiés » et la dégradation des conditions d’accueil, tout en maintenant une présence sur le terrain (hébergement, accompagnement administratif, manifestations). 

 

Un grand ami qui nous a quittés

Gabriel Llesta était aussi, comme vous le soulignez, « un grand ami ». Dans les milieux associatifs, syndicaux et culturels de Perpignan et du département, il était apprécié pour sa disponibilité, sa chaleur humaine et sa fidélité aux causes et aux personnes.Selon les informations que vous transmettez, il nous a récemment quittés (avril 2026).

 

Gabriel Llesta incarne une figure typique de l’humanisme concret : un fils d’exilés qui a fait de sa vie un combat permanent pour que d’autres exilés ne soient pas abandonnés. Son héritage – celui de la transmission, de la solidarité et de la mémoire – reste vivant à travers les associations qu’il a animées et les nombreuses personnes qu’il a aidées ou inspirées.

 

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14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 12:56

« Nous tous, chrétiens, sommes les disciples
d’un prisonnier politique. »

Frei Betto, religieux dominicain

 « Le christianisme n’est pas l’opium du peuple,
c’est l’opium de la bourgeoisie, qui vient calmer
sa mauvaise conscience. »

Leonardo Boff, théologien brésilien

 

Demain soir au Clap de Canet : « L’Évangile de la Révolution », quand la croix rencontre le fusil et que Dieu descend dans la rue ! Mercredi 15 avril 2026, 20 h 30.

Imaginez un peu : des prêtres en soutane qui troquent l’encens pour la dynamite, des nonnes qui prient en brandissant le poing, et des millions de chrétiens persuadés que le Royaume de Dieu ne s’attend pas sagement au ciel mais se construit ici et maintenant, à coups de grève, de barricades et de théologie de la libération.

C’est exactement le brasier que François-Xavier Drouet a décidé d’attiser dans son documentaire L’Évangile de la Révolution, qui débarque demain soir au Clap Ciné de Canet-en-Roussillon.

1 h 55 de pure dynamite documentaire. Pas de voix off pontifiante, pas de reconstitution en costume d’époque : juste des visages, des voix, des souvenirs qui brûlent encore.

On y croise Frei Betto, le conseiller de Lula qui a passé des années en prison sous la dictature brésilienne ; Leonardo Boff, le théologien excommunié (presque) par le Vatican ; Júlio Lancellotti, l’évêque des sans-abri de São Paulo ; ou encore María López Vigil, qui a vu ses amis tomber sous les balles des escadrons de la mort au Salvador. Tous ont cru, dur comme fer, que la révolution était l’autre nom de l’Évangile.

À rebours de l’image poussiéreuse d’une religion « opium du peuple », Drouet nous montre une foi explosive, une foi qui a fait trembler les généraux, les oligarques et même une partie de la hiérarchie catholique.

Né dans les années 60-70 en Amérique latine, ce christianisme de combat a payé le prix fort : assassinats, tortures, disparitions. Mais il a aussi fait naître des espérances folles. Et le film pose la question qui fâche encore aujourd’hui : qu’en reste-t-il en 2026, alors que les dictatures ont changé de visage et que les théologies de la libération semblent parfois reléguées au rayon des utopies vintage ?

François-Xavier Drouet, ce documentariste français qui a déjà scruté les forêts en crise ou la formation des petits soldats du capitalisme dans Le Temps des forêts et L’Initiation, signe ici son film le plus politique et le plus émouvant.

Un long-métrage qui respire l’urgence et la tendresse, tourné entre le Brésil, le Salvador, Cuba et le Nicaragua, et qui ose nous rappeler que la spiritualité peut être, quand elle le veut, une arme de construction massive.Mercredi 15 avril 2026, 20 h 30. Clap Ciné Canet-en-Roussillon.

Projection exceptionnelle suivie d’une rencontre avec le réalisateur en personne.

Oui, François-Xavier Drouet sera là, en chair et en os, pour discuter, débattre, peut-être même s’engueuler un peu avec le public.

Parce que ce film ne laisse personne indifférent : il remue, il questionne, il redonne des couleurs à des idées qu’on croyait fanées.Tout public, 115 minutes de puissance pure, déjà salué dans une ribambelle de festivals (Cinéma du Réel, Biografilm, Filmar…).

Un documentaire qui sent la sueur, la terre rouge et l’encens mêlés. Le genre de soirée où l’on sort du cinéma avec l’envie de relire les Béatitudes… ou de reprendre la Bastille.

Alors demain soir, si vous êtes du côté de Canet, ne ratez pas ça.
Le Clap vous attend.
Et l’Évangile de la Révolution aussi.À vos billets, citoyens ! 

 

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12 avril 2026 7 12 /04 /avril /2026 21:21

"Gatsby avait foi en cette lumière verte, en cet avenir orgastique qui chaque année recule devant nous. Pour le moment, il nous échappe. Mais c'est sans importance. Demain, nous courrons plus vite, nous tendrons les bras plus avant...Et, un beau matin...Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, refoulés sans fin vers notre passé. "

 

 Gatsby le magnifique

    Francis Scott Fitzgerald

PERPIGNAN CONFIDENTIEL
Le magazine des secrets et des scandales de la Côte Catalane
Édition Spéciale – Avril 2026  LA CHUTE D’UNE DAME DE LA SOCIÉTÉ

Marion Bravo, la distinguée 10e adjointe au maire, prise au piège d’un cauchemar absinthé  Perpignan, dimanche de Pâques 2026. Elle n'est pas passé entre les gouttes...

Les cloches de la cathédrale Saint-Jean tintent encore dans l’air embaumé de la Méditerranée lorsque Mme Marion Bravo, élégante administratrice de biens et figure montante de la liste Aliot, quitte une table joyeuse où l’on avait servi, murmure-t-on, une absinthe « coupée d’eau et adoucie d’un sucre ». Ce sirop anisé, traîtreusement doux, avait tout d’un innocent digestif… 

Légère, confiante, la dame monte dans son automobile.

Mais le destin, ce metteur en scène cruel des tragédies modernes, lui réserve une scène digne des plus noirs films de la Warner Bros. Zigzaguant à allure réduite sur les avenues de Perpignan, elle est repérée par une passante. La police nationale intervient. Et c’est là que le drame bascule dans le mélodrame le plus pur.  Interpellée par une jeune policière, Mme Bravo – que l’on décrit d’ordinaire comme une femme de tête, droite et digne – perd soudain tout empire sur elle-même. Insultes, menaces (« J’ai le pouvoir de vous faire muter ! »), griffures au bras et au visage… Un véritable éclat de fureur en pleine rue !

Placée en cellule de dégrisement, on lui révèle plus tard un taux d’alcoolémie de 1,50 g dans le sang.

Elle ne se souvient de rien. Un trou noir total. « J’étais dans un brouillard », confiera-t-elle ensuite avec émotion.  Mercredi, devant le tribunal, la malheureuse plaide coupable pour sortir au plus vite de ce cauchemar. Quatre mois de prison avec sursis, cinq mois de suspension de permis, un stage de sensibilisation à la sécurité routière et 500 francs de dommages et intérêts à la jeune policière : le couperet tombe, sec et implacable. 

Mais la véritable fin de l’acte survient le lendemain.

Jeudi matin, la mairie de Perpignan publie un communiqué laconique : Marion Bravo démissionne de son mandat d’élue. Elle n’aura exercé ses nouvelles fonctions que quelques jours à peine. La ville entière retient son souffle.  Son propre récit, tel un monologue de tragédie hollywoodienne

Dans un message publié sur les réseaux (et que nous reproduisons ici fidèlement, comme une lettre intime tombée entre les mains de la presse), la dame s’exprime avec une émotion qui rappelle les grandes confessions des stars des années 30 :  "Un cauchemar  dont j’espère me remettre, petit à petit.
Des convives lors d’un déjeuner de Pâques nous avons été invités à boire de l’absinthe coupée de beaucoup d’eau et édulcorée par un sucre ; j’ai eu l’impression de boire un sirop anisé, doux et sucré.
Je n’avais jamais ni vu ni bu cet alcool, j’en méconnaissais les effets secondaires dont j’ai pris connaissance par la suite, et je ne me sentais pas en état d’ébriété lorsque j’ai pris mon véhicule ; dans le cas contraire, je n’aurais jamais pris le volant.
J’ai eu un trou noir ensuite en voiture ; la police m’a arrêtée car une personne m’aurait vue zigzaguer à vitesse très réduite sur la route ; mais j’étais dans un brouillard et je ne me souviens de rien.
Plus tard, à peine sortie tant bien que mal de ce brouillard, on m’a annoncé que j’avais 1,50 g dans le sang, et que j’aurais été violente et insultante lors de mon interpellation, jusqu’à m’en prendre physiquement à une jeune policière que j’aurais griffée à l’avant-bras ; elle a déposé plainte.
Qu’est-ce que j’aurais dit, fait lors de cette interpellation ? Je n’en ai aucune idée, aucun souvenir.
J’ai plaidé coupable pour sortir au plus vite de ce cauchemar.
Délation, médiatisation, ignominies écrites à mon encontre.
Et j’ai démissionné immédiatement du conseil municipal pour garder la tête haute, pour garder ma dignité, et protéger l’équipe municipale dont je faisais partie.
Un nombre incalculable de messages de soutien m’arrive de toutes parts, en permanence, car bien évidemment ce qui m’est arrivé ne correspond pas à ma personnalité.
Quoiqu’il en soit, je remercie les forces de l’ordre, que j’ai toujours soutenues et que je continuerai toujours à soutenir, de m’avoir arrêtée car j’aurais pu provoquer un accident, et que si j’avais causé des dommages physiques à autrui je ne me le serais jamais pardonné.
J’adresse mes regrets les plus sincères aux policiers pour mon comportement inacceptable, que j’ai été dans l’incapacité de maîtriser car sous emprise des effets de l’absinthe ; il faudrait que cet alcool ne soit pas commercialisable. " 

Ainsi s’achève, dans les larmes et la dignité blessée, la bréve saison 2  de Marion Bravo sur la scène politique perpignanaise. Une chute aussi fulgurante qu’un film de série B, mais une sortie de scène digne des plus grandes ladies de l’écran.  Perpignan murmure encore dans les cafés du boulevard. Louis Aliot garde un silence de sphinx. Et la ville, fidèle à son tempérament catalan, attend déjà le prochain acte de ce drame moderne.  Fin du premier rôle.
(À suivre… ou pas.)  Par notre envoyé spécial à Perpignan

 

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11 avril 2026 6 11 /04 /avril /2026 17:53

Le Stage Betterave – Instruction Militaire, Picardie, 2026

Le vent du nord balayait la plaine picarde comme un adjudant en rogne. À perte de vue, des rangées de betteraves alignées au garde-à-vous, racines plantées dans la terre grasse de la Somme.

Au milieu des champs, un hangar en tôle ondulée portait une pancarte rouillée :  CENTRE D’INSTRUCTION BETTERAVE – 1er RÉGIMENT DE LA RACINE

« La betterave est ton fusil. Sans elle, t’es rien qu’un civil. »

Le caporal-chef Bourboulon, un gaillard de deux mètres aux moustaches qui auraient pu servir de balai à chiottes, attendait les bleus devant le hangar. Vingt recrues descendirent du bus, valises à la main, l’air aussi perdu qu’un lapin dans un champ de mines.« Garde-à-vous ! » hurla Bourboulon.

Les vingt corps se raidirent. 

« À partir de maintenant, vous n’êtes plus des stagiaires. Vous êtes des betteraviers de combat. Votre arme ? La betterave. Pas une betterave. La betterave. Elle est votre fusil, votre meilleure amie, votre maîtresse, votre mère et votre grand-mère tout à la fois. Et comme tout bon fusil, elle se monte, se démonte, s’entretient et se manie avec tact. Compris ? »

Un silence. Puis un « Oui, mon adjudant ! » hésitant.

« Plus fort, nom de Dieu ! On n’est pas à la maternelle des carottes ! »« OUI, MON ADJUDANT ! »Première leçon : Présentation de l’arme.Bourboulon attrapa une betterave énorme, presque aussi grosse que sa tête, et la brandit comme un trophée.«

Voici la betterave modèle 2025, calibre 12-15 cm, poids moyen 1,2 kg en condition de combat.

Feuille de tir : verte, robuste, légèrement dentelée.

Racine : chair ferme, sucrée, prête à l’emploi. Cette saloperie peut nourrir un régiment ou vous défoncer le crâne si vous la laissez tomber sur votre pied. 

Règle numéro un : on ne dit jamais “betterave”.

On dit “mon arme” ou “ma betterave” quand on est seul avec elle. C’est intime.  Règle numéro deux : elle ne vous quitte jamais. Ni pour pisser, ni pour dormir, ni pour pleurer dans votre oreiller. Elle dort avec vous. Elle mange avec vous. Elle est votre meilleure amie. »

Un petit gars de Beauvais, les lunettes de travers, leva timidement la main.

« Mon adjudant… on la… on la charge comment ? »Bourboulon le fusilla du regard.
« On ne la charge pas, Ducon. On la prépare. On la caresse. On la respecte. Et si t’es vraiment bon, elle te donne du sucre. Maintenant, tout le monde à la table de démontage ! »

Deuxième leçon : Démontage et entretien.Les recrues étaient alignées devant des tables en bois. Devant chacune : une betterave fraîchement arrachée, encore couverte de terre picarde.

« Démontez ! » cria Bourboulon.

Les mains tremblantes, les stagiaires arrachèrent les feuilles une à une, comme on démonte un FAMAS.
« Plus doucement, bordel ! C’est pas une grenade ! Tact, tact, tact ! La feuille, c’est la culasse. Tu la casses, t’es mort. La racine, c’est le canon. Tu la cognes, elle te le rendra en te faisant un bleu gros comme une betterave. »Un sergent adjoint passa dans les rangs avec un seau d’eau et une brosse à chiendent.
« Nettoyage ! On frotte la terre comme si c’était de la merde de général. On essuie avec un chiffon doux. On polit la peau jusqu’à ce qu’elle brille comme les pompes d’un saint-cyrien. Et on parle à son arme. Oui, on lui parle. Dites-lui que vous l’aimez. »

Un grand gaillard de Péronne, rouge comme une tomate, murmura à sa betterave :
« T’es belle, ma betterave… T’es ma meilleure amie… »
Puis, plus bas : « Putain, je suis en train de parler à un légume. »

Bourboulon, qui avait l’ouïe d’une taupe enragée, hurla :

« Plus fort, le Picard ! Dis-lui que tu l’aimes comme ta mère ! »« JE T’AIME COMME MA MÈRE, MA BETTERAVE ! »

Troisième leçon : Montage et maniement tactique.

« Maintenant, on remonte ! Feuille gauche, feuille droite, racine au centre. Alignez-moi ça au millimètre près. Et quand c’est fait… on charge ! »

Les recrues apprirent à « charger » : enfoncer la betterave dans un sac à dos spécial, la sortir d’un geste fluide, la présenter au jugé, la pointer vers l’horizon comme une baïonnette.«

Au pas de charge ! »  Ils coururent dans les champs, betterave à la main, hurlant « Pour la Picardie ! Pour la racine ! » pendant que les corbeaux s’enfuyaient, terrifiés.

À la fin de la journée, épuisés, couverts de terre, ils étaient assis en cercle autour d’un feu. Chaque recrue tenait sa betterave sur les genoux comme un nouveau-né.

Bourboulon, soudain presque humain, s’assit parmi eux.« Écoutez-moi bien, les bleus. Demain, on passe aux tirs réels : arrachage en conditions de combat, tri, calibrage, et transport sous feu (c’est-à-dire sous la pluie picarde).

Mais retenez une chose : le fusil, on peut le changer. La betterave, elle, elle ne te trahit jamais.

Elle pousse ici, elle meurt ici, elle te nourrit ici. C’est la seule arme qui te donne à manger après t’avoir fait chier.  Alors maniez-la avec tact. Toujours avec tact.  Et maintenant… caressez-la. Doucement. Et dites-lui merci. »Dans la nuit picarde, vingt voix murmurèrent en chœur, presque tendres :« Merci, ma betterave. »Et quelque part dans les champs, une betterave sourit dans le noir. 

Fin de la première journée de stage.
Demain :
exercice de nuit avec les betteraves de combat.

 

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8 avril 2026 3 08 /04 /avril /2026 11:29

 "Lee Mellon vivait dans la maison abandonnée d'un ami qui était alors champion de ping-pong série C d'un asile pour aliénés aux fins fonds de la Californie.Le classement A, B ou C était fonction du nombre d'électrochocs subis par les patients."

 Un Général sudiste de Big Sur , Richard Brautigan 

 

Perpignan : la guerre de sécession de l’énergie !

Un Général de l’Appartement de Big Sur
ou
Le Guide du Camping Chez Soi en Temps de Crise Énergétique

Chapitre 1– La mer d’Ormuz et le radiateur qui tousse

La mer d’Ormuz était calme comme un général confédéré qui a perdu son cheval.
Personne ne tirait plus sur la gâchette du pétrole. Les tankers flottaient là-bas, immobiles, comme des idées qu’on a oubliées dans le frigo. Et pourtant, ici, dans mon appartement du cinquième étage à Perpignan, le radiateur toussait déjà comme un vieux soldat qui sait que l’hiver arrive même si le thermomètre dit le contraire.  On appelait ça la crise. Moi j’appelais ça mardi. Et Perpignan, c’était le champ de bataille.

Chapitre 2– L’inflation qui galope

L’inflation, elle, ne se contentait pas de monter. Elle galopait. Elle galopait comme un cheval volé par un général qui n’avait plus d’armée. Le prix du pain avait pris la forme d’un petit nuage gris au-dessus de la table de la cuisine. Le prix de l’électricité, lui, avait carrément disparu dans les montagnes de Big Sur – sauf qu’il n’y avait plus de Big Sur, juste un studio de 28 mètres carrés avec vue sur le parking des Arènes.  On disait : « L’hiver prochain sera rude malgré le réchauffement climatique. »
Je trouvais ça poétique. Le monde se réchauffait et nous allions quand même geler. C’était le genre d’humour que seul un général confédéré pouvait apprécier. Et à Perpignan, on avait décidé de faire sécession.

Chapitre 3– Le guide du camping chez soi

Alors, dès aujourd’hui, lisez le guide du camping chez soi. 

Page 1 : Comment transformer votre salon en tente apache.
Prenez les draps de lit (ceux que vous n’avez pas lavés depuis la dernière crise). Accrochez-les aux tringles à rideaux avec des pinces à linge. Vous obtenez ainsi une yourte urbaine. La lumière du jour passe à travers comme une vieille légende catalane. La facture d’électricité reste dehors, vexée, devant la porte du 5 bis rue de la Révolution.

Page 7 : Le feu de camp sans feu.
Une bougie, trois piles AA et une casserole de haricots froids. Ça sent la fin du monde, mais ça sent bon. On chante des chansons de scout autour. Personne ne connaît les paroles, mais tout le monde chante quand même. C’est la règle de la sécession énergétique.

Chapitre 4– La tribu du cinquième sans chauffage

On était toujours en crise.
C’était devenu notre climat à nous. La crise, c’était comme l’air : on respirait dedans, on toussait dedans, on faisait l’amour dedans.  Mais cette fois, quelque chose avait changé.  Les gens commençaient à camper ensemble.
Pas dehors – dehors c’était encore trop froid pour les romantiques du pétrole.

Non. Dans les appartements de Perpignan.  D’abord, c’était le voisin du dessus qui descendait avec sa couverture polaire et sa bouteille de rouge à 2,99 €. Puis la dame du troisième arrivait avec son chat et son réchaud à gaz (interdit, mais plus rien n’était vraiment interdit). Puis le jeune du rez-de-chaussée montait avec son ampli et ses chansons tristes.  On devenait une résidence personnelle qui devenait de plus en plus collective.  On appelait ça « la tribu du cinquième sans chauffage ».
On n’avait plus de général à Paris. On avait juste un vieux radiateur électrique qu’on allumait une heure par soir, comme un drapeau confédéré qu’on hisse une dernière fois avant de le plier soigneusement sur le balcon qui donne sur les Pyrénées.

Chapitre 5– On a gagné sans quitter le canapé

Dehors, le réchauffement climatique continuait son petit numéro.
Les oiseaux chantaient en janvier. Les fleurs sortaient en février. Les gens disaient : « C’est beau quand même. »  Dedans, on avait froid.
Et on trouvait ça beau aussi.Parce que dans la tente du salon, autour de la bougie qui tremblait comme un général qui a perdu sa guerre, on se disait que l’hiver, finalement, c’était juste une autre façon d’être ensemble.  On était en crise.
On campait chez soi.
Et pour la première fois depuis longtemps, à Perpignan, ça ressemblait à une victoire.  Même le radiateur était d’accord.
Il toussait moins fort.
Il avait compris.
 

C’était la guerre de sécession de l’énergie.
Et nous l’avions gagnée sans quitter le canapé.

 

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6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 20:37


"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine...."

“Tu ne connais pas le pouvoir du coté obscurs de la Farce.” — Dark Vador

“Un Jedi utilise la Farce pour la connaissance et la défense… jamais pour faire des blagues"-Yoda

 

Discours d’après élections municipales – Perpignan, avril 2026
(À prononcer d’une voix calme, presque lasse, comme si les mots étaient déjà usés avant même d’être dits)

Mes chers Perpignanais, mes chers compatriotes,Parce que les mots ne veulent plus rien dire, je ne vais pas vous en servir de nouveaux.
Je vais simplement vous resservir ceux qui ont déjà servi partout ailleurs, ceux qui ont déjà fait leurs preuves… de vide.Ce soir, nous célébrons une victoire.
Ou une défaite.
Ou peut-être les deux en même temps, car au fond, qui peut encore faire la différence ?

Nous avons choisi ensemble.
Nous avons choisi l’avenir.
Nous avons choisi le progrès, la dynamique, le renouveau, la transition, la cohésion, la résilience, l’excellence et la singularité de notre territoire – tous ces jolis mots qui sonnent bien et qui ne coûtent rien.Perpignan n’est pas une ville comme les autres.
Elle est unique.

Comme toutes les autres villes qui disent exactement la même chose.Devant nous se dessine un futur radieux.
Un futur où nous serons plus forts, plus unis, plus verts, plus numériques, plus inclusifs, plus attractifs, plus sécurisés, plus dynamiques, plus tout ce que vous voulez.

Nous allons faire de Perpignan une ville où il fait bon vivre. C'est dire !
Comme partout.
Où les jeunes resteront.
Comme partout.
Où les anciens seront respectés.
Comme partout.
Où les entreprises viendront s’implanter.

Comme partout.Nous allons investir massivement dans l’éducation, la culture, la mobilité douce, la transition écologique, le sport pour tous, le lien social, la mémoire de notre histoire catalane et l’ouverture à l’Europe et au monde.

Nous allons créer un écosystème innovant, une gouvernance participative, une ville à taille humaine dans un monde à taille démesurée.

Nous allons relever les défis du XXIe siècle avec courage et lucidité.Et si demain quelqu’un vous dit que rien n’a changé, vous lui répondrez que si :
les mots ont changé de bouche, mais ils restent les mêmes.Car les mots ne veulent plus rien dire.
Ils sont devenus des billets de banque usés qu’on se passe de main en main.
On les recycle, on les polit, on les repeint, on les recycle encore.
Et pourtant, ce soir, vous les applaudirez quand même.
Parce que c’est le rituel.
Parce que c’est ce qu’on attend de moi.

Parce que c’est ce qu’on attend de vous.Alors je vous le dis avec toute la sincérité dont je suis encore capable :nous allons continuer.
Ensemble.
Pour Perpignan.
Pour ses quartiers.
Pour ses enfants.
Pour son avenir.Et si un jour vous avez l’impression que tout cela sonne creux…
c’est normal.
 

C’est parce que les mots ne veulent plus rien dire.Mais nous, nous continuons quand même.

Parce qu’il faut bien dire quelque chose.Vive Perpignan.
Vive la République.
Et vive… les mots qui ne veulent plus rien dire, mais qu’on répète quand même.(Applaudissements polis. Rideau.)

 

Agnès Langevine à Mathias Blanc de le rejoindre pour faire l'oignon de la gauche !

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5 avril 2026 7 05 /04 /avril /2026 17:49

    "Aux moments les plus imprévus nous nous demandons bien sûr qui nous sommes vraiment derrière les couches de peinture dont la culture nous a recouverts."

Les jeux de la nuit (2010) de Jim Harrison

là, c'est Myriam Pied la ceuilleuse qui livre son ail des orus frais...

Carnet – Perpignan, rue de la Fusterie

Je suis entré chez Gogui comme on pousse la porte d’une mémoire qui n’existe pas encore.

Véronique Souloy était là, derrière son comptoir, avec ce sourire  des gens qui ont déjà beaucoup voyagé dans leur tête et dans leur cuisine. Elle venait de parler en direct à L’Archipel contre-attaque, la voix encore chaude du micro, et elle m’a tout de suite servi un verre de saké japonais,– pas ce machin sucré qu’on trouve dans les épiceries, non, un vrai, sec, un peu sauvage, qui vous prend par la nuque comme un bon vent du nord.

Le restaurant est au numéro 2 de la rue de la Fusterie, une petite artère de Perpignan qui sent encore le vieux Roussillon et le sel de la mer toute proche.

Après sa cuisine vagabonde aux 3 Journées, Véronique a planté là ses nouvelles racines : l

es grillades coréennes traditionnelles, celles où la viande marine des jours durant, où le bulgogi et le samgyeopsal crépitent sur la plaque au milieu de la table, où l’on mange avec les doigts et le cœur. Pas de chichis. On cuit, on retourne, on parle, on rit, on boit.Et boire, chez elle, ce n’est pas une affaire de snobisme.

Quoi qu’on mange et qu’on boit, dit-elle, et elle tient parole.

Du vin nature bien sûr, mais surtout du saké japonais aujourd’hui, bientôt du coréen, et de la bière coréenne bien fraîche, celle qui descend comme une caresse après une bouchée de galbi trop épicée.

Tout est choisi en filière ultra-locale : les légumes du marché du matin, les viandes d’éleveurs qu’elle connaît par leur prénom, le pain, le riz, même les herbes. Rien ne voyage plus loin que nécessaire. C’est rare, et ça se sent dans chaque assiette.

Je suis resté longtemps. La conversation était aussi bonne que les plats – et chez moi, c’est le plus beau compliment que je puisse faire. On parlait de Corée sans y être allé, de Perpignan sans la quitter, de la vie qui passe trop vite et des braises qui, elles, ne mentent jamais.

Véronique a cette manière tranquille de vous faire sentir que vous êtes chez quelqu’un, pas chez un restaurateur.

C’est la différence entre un endroit où l’on mange et un endroit où l’on vit un peu.Je suis ressorti dans la nuit tiède de la ville avec cette odeur de grillade  dans la tête. Je pensais à Jim Harrison, à ses carnets pleins de steaks, de vins fous et de grands espaces. Il aurait aimé ça, lui qui venait souvent dans les Albéres . Il aurait commandé une deuxième tournée de saké, aurait parlé trop fort, et aurait écrit, quelque part dans son propre carnet :

« À Perpignan, une femme a compris que la meilleure façon de voyager reste encore de rester chez soi, mais en mettant le feu à la table. »

Gogui.
2 rue de la Fusterie, Perpignan.
À ouvrir bientôt, et à ne plus jamais refermer.

 

 

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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 15:38

Espagne L’espoir de 1931

"Imaginez cela. Une nation qui déborde littéralement d’espoir, passant pacifiquement d’une monarchie à une toute nouvelle république moderne. On l’a même surnommée la Niña Bonita, la jolie petite fille. […] Mais à peine cinq ans plus tard, cette même nation pleine d’espoir sombre dans une guerre civile incroyablement brutale. Comment ? Comment est-ce possible ?  " 

Jean-Marcel Goger Historien UPVD Perpignan

 

Jean-Marcel Goger n’est pas un youtubeur comme les autres. Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d’histoire et docteur ès-lettres (EHESS, 1988), il a passé sa carrière universitaire comme spécialiste de l’histoire économique moderne et contemporaine, avec une expertise reconnue sur l’histoire des routes en France et en Europe. Professeur honoraire à l’Université de Perpignan Via Domitia (UPVD), cet historien né en 1954 à Nancy a aujourd’hui choisi une nouvelle tribune : YouTube.

Sa chaîne, JMG Histoire (@JMG-histoire), est exactement ce que son nom annonce :

un espace dédié à l’histoire contemporaine et à l’histoire des routes, animé par un universitaire chevronné qui met son érudition au service d’un public curieux.Une chaîne modeste mais rigoureuse Créée par Jean-Marcel Goger lui-même et son fils Martial, la chaîne compte aujourd’hui environ 192 abonnés et 81 vidéos.

Ce n’est pas une chaîne de masse, mais une chaîne de niche qui s’adresse aux amateurs d’histoire sérieuse, aux étudiants, aux enseignants et à tous ceux qui cherchent des analyses approfondies plutôt que du spectaculaire. 

La description officielle est claire :« Bienvenue sur la chaîne histoire contemporaine et histoire des routes de Jean-Marcel Goger. »

Les vidéos, d’une durée moyenne de 10 à 17 minutes (ou plus longues pour les émissions radio), adoptent un style sobre, narratif et documentaire.

Pas d’effets spéciaux inutiles, pas de mise en scène tape-à-l’œil : l’essentiel est dans le contenu. Le professeur y expose, avec clarté et précision, des synthèses historiques souvent originales.Un contenu centré sur l’Amérique latine, les Caraïbes… et l’histoire contemporaine de l’Espagne (dont il a écrit un livre non encore publié, toujours avec son fils Martial 

Si l’histoire des routes reste une thématique de fond, la grande force de la chaîne réside dans ses grandes fresques contemporaines, notamment sur l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi sur l’Espagne du XXe siècle.

Parmi les vidéos les plus représentatives :

Curaçao (1492-2021) : From the Slave Trade to Oil
Saint Lucia (1492-2021) : the Helen of the Caribbean
Trinidad and Tobago (1498-2021) : The Story of Fractured Wealth
Uruguay : de champ de bataille à faro social
French Guiana : Silence and chaos / The history and paradoxes of French Guiana
Mexico from 1810 to 2021
Chile from 1818 to 2021
Cuba de 1492 à 2021

Sur l’Espagne contemporaine, Jean-Marcel Goger propose des analyses particulièrement riches et nuancées :

La Restauration bourbonienne (1875-1917) et la crise qui mène à la dictature de Primo de Rivera.
La Seconde République et la Guerre civile espagnole (1931-1939), dans une vidéo majeure intitulée From Niña Bonita to Brutal War : The Unraveling of Spain’s Second Republic and the Spanish Civil War. Il y retrace l’espoir initial de la « Niña Bonita » (la jolie petite république de 1931), les réformes audacieuses (Constitution de 1931, suffrage universel, réforme agraire, autonomie catalane), la polarisation extrême, les soulèvements de 1934, l’élection du Front populaire en 1936 et l’embrasement de juillet 1936. 

Il analyse les interventions étrangères (Allemagne, Italie, URSS, non-intervention franco-britannique), les massacres, les divisions internes républicaines (anarchistes, communistes, POUM) et la Retirada, jusqu’à la victoire de Franco en 1939. Une synthèse claire qui montre comment les fractures politiques, sociales et religieuses ont fait basculer une jeune démocratie dans la tragédie.

En complément, plusieurs émissions radio diffusées sur Radio Zygomar à l'invitation du journaliste Nicolas Caudeville sur la chaîne (en 6 parties) reviennent en détail sur la Guerre d’Espagne, avec un focus sur les réactions internationales :

hypocrisie de la politique de non-intervention, aides clandestines de la France du Front populaire, stratégie soviétique, rôle des Brigades internationales, etc.

Un thème fort : l’histoire et sa manipulation

Jean-Marcel Goger ne se contente pas de raconter les faits : il interroge aussi la manière dont l’histoire est construite, instrumentalisée et parfois manipulée.  Dans la série d’émissions-débat Histoire et manipulation de l’histoire (3 parties, diffusées sur Radio Zygomar), il est l’invité principal aux côtés d’un étudiant et d’un journaliste (toujours Nicolas Caudeville). Il y explique comment les pouvoirs (d’hier comme d’aujourd’hui) fabriquent des mythes nationaux pour légitimer leur autorité : des Capétiens aux Bourbons, en passant par la propagande nazie, les films de Goebbels ou les récits simplifiés de la crise de 1929. Il distingue l’histoire comme science (synthèse honnête et humble face à la complexité) de la propagande (sélection émotionnelle des faits) et de la « mémoire » collective (qui préfère les mythes réconfortants). Une réflexion rare et salutaire sur le métier d’historien à l’ère des médias et des réseaux.

Pourquoi suivre JMG Histoire ?

Pour la rigueur académique : chaque vidéo ou émission est signée par un professeur honoraire qui maîtrise son sujet.
Pour la clarté : les exposés sont structurés, précis, sans jargon inutile.
Pour la rareté : peu de chaînes francophones offrent des synthèses aussi complètes et actualisées sur l’histoire contemporaine de l’Amérique latine et sur la Guerre civile espagnole, tout en osant aborder frontalement la question de la manipulation de l’histoire.
Pour le plaisir de l’histoire « longue » : ici, on prend du recul sur plusieurs siècles, sans céder à la mode de l’actualité chaude.

La chaîne est également mentionnée sur la page Wikipédia de Jean-Marcel Goger, preuve que ces vidéos et émissions constituent aujourd’hui une extension naturelle de son travail de recherche et de transmission.

Un trésor pour les passionnés

Dans un paysage YouTube saturé de contenus rapides et souvent superficiels, JMG Histoire fait figure de havre de sérieux et de profondeur. Avec seulement 192 abonnés, elle reste confidentielle… mais c’est précisément ce qui en fait le charme : on y découvre un historien qui partage généreusement son savoir, sans chercher la viralité, et qui n’hésite pas à aborder les zones d’ombre de l’histoire – y compris sa propre instrumentalisation.Si vous aimez l’histoire contemporaine, l’Amérique latine, les Caraïbes, l’Espagne du XXe siècle ou les questions de mémoire et de manipulation historique, abonnez-vous sans hésiter :

https://www.youtube.com/@JMG-histoire

Une petite chaîne, un grand historien. Jean-Marcel Goger continue, à sa manière discrète et exigeante, de faire vivre la passion de l’histoire.

 

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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 21:13

« Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et les marins.»

Aristote

" Un bon marin n'est pas celui qui sort par tous les temps, c'est celui qui sait par quel temps ne pas sortir" adage sans doute relevé dans l'Almanach du Marin Breton.

Les dernières municipales à Perpignan ont démontré que des candidats enfants "prendaient" les électeurs pour des enfants alors que plus de 50% d'entre eux ont démontré qu'ils étaient adultes, puisque ne croyant pas à la fable de la dernière "représentation démocratique", ils restèrent sur leur Aventin et n'allèrent pas voter! 

Il y a près de 40 ans une série animée à destination des enfants contenait entre les lignes plus de signifiant politique que l'actualité! En creux d'Esteban, personnage principal, il y avait dans l'ombre l'ambigu capitaine Mendoza... https://mco.fandom.com/fr/wiki/Mendoza

Thèse:
Dans Les Mystérieuses Cités d’Or, le capitaine Gomez de Mendoza n’est pas un simple antagoniste. Il incarne avec une fidélité stupéfiante l’idéal du Prince de Machiavel, tout en étant, dans une lecture marxiste complémentaire, l’archétype de l’ouvrier spécialisé marin et pilote : un prolétaire hautement qualifié dont la force de travail (maîtrise de la navigation, du pilotage, de la mer) devient l’arme décisive de l’accumulation primitive capitaliste au service de la conquête coloniale.

1. La fin justifie les moyens : un pragmatisme machiavélien absolu

Machiavelli écrit au chapitre XVIII : « Un prince doit donc apprendre à ne pas être bon, et à en user ou non selon la nécessité. »
Mendoza l’applique à la lettre. Son objectif unique — s’emparer des Cités d’Or pour s’enrichir et s’élever dans la hiérarchie espagnole — justifie tous les moyens :  Il kidnappe Zia, ment à Esteban, trahit ses propres soldats quand ils deviennent un fardeau.  
Il s’allie temporairement avec les enfants quand cela sert sa quête, puis les abandonne sans remords dès que leur utilité diminue.  
Face aux Olmèques ou aux Mayas, il n’hésite ni à employer la torture ni à feindre la négociation.

Pour lui, la morale n’est qu’un luxe de ceux qui ont déjà le pouvoir. Comme le renard et le lion de Machiavelli, il sait être cruel quand il le faut et trompeur quand la force seule ne suffit pas.

2. Mieux vaut être craint que aimé

Chapitre XVII du Prince : « Il est beaucoup plus sûr d’être craint que aimé, si l’on ne peut être les deux à la fois. »
Mendoza ne cherche pas l’affection de ses hommes ni des indigènes. Il impose le respect par la terreur et la détermination. Ses subordonnés le suivent moins par loyauté que par peur de sa colère ou de son ambition dévorante. Même lorsqu’il se montre « humain » (notamment dans la seconde partie de la série où il devient presque un allié de circonstance), c’est toujours par calcul : il a compris que la peur seule, sans un minimum de reconnaissance, finit par se retourner contre le prince.

3. L’apparence de la vertu : le masque du bon serviteur du Roi

Machiavelli insiste : le prince doit « paraître » clément, fidèle, humain, religieux, tout en étant prêt à agir exactement à l’opposé.
Mendoza se présente constamment comme le loyal officier de la Couronne d’Espagne, défenseur de la foi et de la civilisation. Il brandit le nom du Roi et de l’Église quand cela lui sert. Pourtant, son véritable maître est son ambition personnelle. Cette duplicité est parfaitement visible dans la façon dont il manipule les autorités coloniales tout en poursuivant son propre trésor. Il est le prince qui « sait bien colorer » ses actions, pour reprendre les mots de Machiavelli.

4. Virtù contre Fortuna : le conquérant qui plie le destin

Machiavelli compare la fortuna à une rivière violente qu’il faut canaliser par la virtù (la force d’âme, l’intelligence politique, le courage).
Mendoza incarne cette virtù dans un environnement hostile : jungles, trahisons, civilisations inconnues, tempêtes, intrigues de cour. Il ne se laisse jamais abattre par l’adversité ; il l’utilise. Quand le destin lui offre Esteban et le médaillon du Soleil, il transforme cette « chance » en levier. Quand tout semble perdu, il trouve toujours une nouvelle ruse ou une nouvelle alliance. Il est le capitaine qui, face à la roue de la fortune, refuse de se soumettre et la fait tourner à son avantage.

5. Vision marxiste : Mendoza, ouvrier spécialisé marin et pilote – figure de l’accumulation primitive

Du point de vue marxiste, Mendoza n’est pas un « prince » de naissance aristocratique. Il est d’abord et avant tout un ouvrier spécialisé : marin de métier, pilote expert, dont le savoir-faire technique (connaissance des courants, des vents, des cartes, du commandement d’un navire) constitue sa seule véritable force de travail.  Dans le contexte historique de la conquête du Nouveau Monde (XVIe siècle), cette compétence prolétarienne hautement qualifiée est mise au service de l’accumulation primitive décrite par Marx dans Le Capital (livre I, section 8).

Le pillage des richesses américaines n’est pas une simple aventure féodale : c’est le moment fondateur du capitalisme, où l’or volé aux civilisations indigènes devient le capital initial qui va financer l’essor bourgeois en Europe. 

Mendoza incarne dialectiquement cette contradiction : 

Prolétaire par son origine : il ne possède rien d’autre que sa force de travail maritime. Sans son navire et ses compétences de pilote, il n’est rien.  
Bourgeois en devenir par sa conscience de classe : au lieu de vendre passivement sa force de travail à la Couronne d’Espagne, il l’instrumentalise avec une lucidité machiavélienne pour s’approprier personnellement les moyens de production symboliques (les Cités d’Or). Il transforme son savoir-faire prolétarien en levier d’enrichissement individuel.  
Ses trahisons, ses alliances tactiques, ses ruses ne sont donc pas seulement machiavéliennes ; elles sont la ruse du travailleur qui refuse l’aliénation et cherche à briser les chaînes de l’exploitation coloniale pour passer de la vente de sa force de travail à la propriété des richesses produites par celle-ci.

En ce sens, Mendoza fusionne les deux théories : il est le Prince de Machiavel parce qu’il est l’ouvrier spécialisé marxiste qui a compris que, dans le mode de production colonial naissant, seule la combinaison de la force (le lion) et de la ruse (le renard) permet au prolétaire qualifié de s’élever et de devenir lui-même exploiteur.Conclusion révisée (version plus percutante et dialectique)

Le capitaine Mendoza n’est pas un méchant de dessin animé. Il est bien davantage : la plus fidèle, la plus vivante et la plus impitoyable incarnation du Prince de Machiavel et, simultanément, l’archétype de l’ouvrier spécialisé marin et pilote que le marxisme place au cœur de l’accumulation primitive. 

Ambitieux sans illusion, cruel sans sadisme inutile, manipulateur sans hypocrisie naïve, il démontre avec une clarté tranchante que, dans un monde où « les hommes sont méchants » (Machiavel) et où règne l’exploitation de classe (Marx), seul celui qui sait allier à la perfection le lion et le renard, la force et la ruse, triomphe de la fortuna et transforme sa force de travail prolétarienne en capital personnel. 

En refusant d’en faire un monstre unidimensionnel et en lui donnant cette complexité fascinante, Les Mystérieuses Cités d’Or glisse, sous ses airs d’aventure pour la jeunesse, une double leçon de machiavélisme et de marxisme d’une rare puissance.

Mendoza n’est ni l’antithèse du héros, ni un simple outil de l’Empire : il en est la version réaliste, politique, implacable et dialectique.

Plus de quarante ans après sa création, il reste le portrait le plus authentique, le plus troublant et le plus moderne du pouvoir à la télévision : un prince qui n’oublie jamais qu’il fut d’abord un ouvrier de la mer.  Un chef-d’œuvre discret qui prouve qu’une série pour enfants peut, parfois, enseigner la dure vérité du pouvoir et de l’exploitation mieux que bien des traités de philosophie ou d’économie politique.

 

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