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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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24 septembre 2026 4 24 /09 /septembre /2026 15:04

 « La laïcité signifie que dans la société nous sommes définis par notre citoyenneté, et en aucun cas par notre religion.  »

Abd al Malik souligne l'identité citoyenne 

Chronique moderne à la manière d’Edmond Rostand  
(Cyrano des Statues de l’Île de Noël) Crèche ou prêche ? 

Place de la Loge, Perpignan.  
Le vent de tramontane fouette les drapeaux.  
Don Aliot di Arena s’avance, cape au vent,  
et d’un geste large désigne le ciel :

« Ah ! vous voulez des statues ?  
Pas celles de l’Île de Pâques,  
ces géants muets aux yeux morts  
qui regardent l’océan depuis des siècles !  
Non, messieurs…  
Je vous offre les statues de l’Île de Noël,  
archipel secret de la mémoire catalane,  
où Joseph mesure dix-huit mètres et demi,  
où Marie domine les toits comme une reine,  
et où l’Enfant Jésus, déjà roi,  
sourit à la foule depuis trois mètres cinquante  
à quatre mètres de hauteur !  

Répliques exactes du Belén gigante  
de maître José Manuel García Esquiva, dit Pachi,  
celui d’Alicante, inscrit au Guinness  
comme la plus grande crèche du monde.  
Trois colosses destinés à s’élever  
sur la voie publique de Perpignan  
pour Noël 2026… ou 2027,  
si la tramontane et les ingénieurs  
exigent encore un peu de temps.  

La Ligue des droits de l’homme  
a joué trop fort la partition de la laïcité.
 
Elle a transformé un petit pessebre  
en crime contre la République.  
Elle a chassé les santons du patio  
de l’hôtel de ville  
— et le tribunal administratif de Montpellier  
a confirmé, en février 2025,  
que l’enceinte des bâtiments publics  
n’admettait point ces figures.  

Alors moi…  
je réponds par une provocation digne de panache !  

Puisque vous interdisez les petits,  
j’élève les géants.  
Puisque vous criez à la neutralité  
dans les murs de la mairie,  
je plante la Sainte Famille  
en pleine rue,  
sous le ciel,  
sous le regard de tous,  
dans le cadre légal que vos propres juges  
ont laissé ouvert :  
le caractère festif des fêtes de fin d’année  
sur la voie publique.  

Cent vingt mille écus ?  
Oui.  

Tirés du budget d’investissement,  
pas de celui des illuminations.  
Et je les jette comme on jette un gant.  
Ce n’est pas une dépense :  
c’est un duel.  
C’est une œuvre monumentale,  
comparable à l’achat d’un tableau,  
destinée à rendre Perpignan  
toujours plus attractive,  
fidèle à la tradition catalane du pessebre.  

Vous avez surjoué la laïcité ?  
Moi, je surjoue Noël.  
Vous avez fait de la neutralité une forteresse ?  
Moi, j’en fais un théâtre.  

Que la tramontane vienne !  
Que les ingénieurs étudient le poids et la sécurité !  
Que l’opposition crie au scandale,  
à l’acte idéologique,  
à la dépense buzz !  
Je resterai debout,  
Don Aliot di Arena,  
devant mes colosses de l’Île de Noël,  
et je dirai :  

“Regardez-les.  
Ils ne prêchent pas.  
Ils ne convertissent pas.  
Ils sont là.  
Grands.  
Absurdes.  
Magnifiques.  
Et parfaitement légaux.” »  

Il s’arrête net,  
lève un doigt,  
sourit sous la plume de son chapeau,  
et, d’une voix qui porte jusqu’aux dernières tables :

« C’est un pic !…  
C’est un cap !…  

— Non, monsieur.  

Ce sont trois géants de crèche.  

Joseph, dix-huit mètres de pierre et de défi,  
Marie qui domine les toits,  
et l’Enfant, déjà plus haut que vos principes.  

Vous aviez un petit santon dans un patio ?  
Je vous offre une péninsule de Nativité !  
Un pic de tradition,  
un cap de provocation,  
trois colosses dressés contre le surjeu de la laïcité.  

La LDH a voulu faire d’une crèche un crime :  
moi, j’en fais un archipel.  
L’Île de Noël, messieurs,  
et ses trois géants qui n’ont pas besoin de se cacher  
derrière les grilles de la mairie.  

Alors…  
regardez-les bien.  
Ce n’est plus un roc.  
Ce n’est plus un pic.  
Ce n’est plus un cap.  

C’est une réponse.  
En trois statues.  
Et en panache. »  

Il s’incline légèrement,  
le regard brillant :  

« À vous de jouer, maintenant.  
Ou de lever les yeux. »  

Rideau.

Monty Python : la vie de Brian | La scène de la Nativité Noël, c'est aussi (et avant tout peut-être) un symbole religieux. De par son étymologie latine ("natale"), le mot évoque la nativité ; le jour de la naissance d'un certain Jésus de Nazareth à l'origine bien malgré lui de toute cette tradition de Noël.

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24 septembre 2026 4 24 /09 /septembre /2026 11:09

« Le monde est mûr pour toute forme de cruauté, comme pour toute forme de fanatisme ou de superstition.  »

Les Grands Cimetières sous la lune, essai publié en 1938 par Georges Bernanos

Dans la chaleur moite d’une fin d’été barcelonaise, le genre de soirée où la Rambla sue encore le sang séché des souvenirs et où les ventilateurs des bars de la Barceloneta tournent comme des moulins à rumeurs, Pepe Carvalho alluma un cigare et regarda la fumée se perdre dans la brume des néons. Il n’avait pas de client ce soir-là, seulement une ville qui changeait de peau sous ses yeux. Plus de drapeaux estelades claquant au vent comme des draps de lit trop sales. À la place, des conversations basses, des regards en coin, des files d’attente devant les commissariats et l’odeur tenace de la peur démographique. Neuf ans après le grand fiasco du référendum de 2017, le rêve d’indépendance avait été assassiné dans un backroom politique, et le cadavre pourrissait lentement sous les projecteurs des sondages.

Tout avait commencé, comme les meilleures affaires pourries, dans une petite ville des Pyrénées.

Ripoll. Berceau mythique de la Catalogne, tombeau de Guifré el Pilós, le fondateur légendaire. En août 2017, six semaines avant le grand jour du 1er octobre, la cellule terroriste qui allait ensanglanter La Rambla et Cambrils y avait germé. Des jeunes Maghrébins nés ou élevés là, parlants catalan, bons élèves, joueurs de foot du coin, apparemment intégrés jusqu’à la moelle. Radicalisés par l’imam Abdelbaki Es Satty, confidents de certains services selon les rumeurs qui circulaient encore dans les cercles fermés. Quinze morts. À Ripoll, le choc fut un coup de poignard dans le dos de la convivialité catalane. Les voisins qui croyaient connaître ces garçons découvrirent qu’une autre vérité dormait sous la couche d’intégration. Certains actes de solidarité envers les familles des auteurs, perçus comme excessifs, laissèrent un goût de bile. C’est dans ce terreau de colère rancie et de peur sourde que Sílvia Orriols planta ses graines.

Née en 1984 à Vic, diplômée en bibliothéconomie, elle avait déjà quitté le Front Nacional de Catalunya en mars 2020, jugeant trop tiède sa position sur l’immigration maghrébine et sur le traumatisme des attentats.

Le 28 octobre de la même année, elle fonda Aliança Catalana avec un programme clair et tranchant comme un couteau de cuisine : indépendance unilatérale, oui, mais surtout limitation de l’immigration et lutte contre la criminalité. En mai 2023, aux municipales, son parti rafla six sièges à Ripoll. Les autres forces tentèrent un cordon sanitaire, un de ces pactes de cuisine pourrie qui sentent le chou et la trahison. Junts se retira au dernier moment. Le 17 juin, Orriols fut investie maire. Le « moment Orriols » était né, et avec lui une nouvelle façon de tuer les vieux rêves.

Un an plus tard, aux élections régionales de 2024, Aliança obtenait deux députés au Parlement avec 3,8 % des voix.

Depuis, les sondages lui avaient donné des ailes de corbeau. De 3,8 % on était passé, selon les dernières enquêtes de septembre 2026 – Sigma Dos pour El Mundo, GESOP pour El Periódico, baromètre du CEO –, à 16,7 %, plaçant le parti en deuxième position derrière les socialistes du PSC de Salvador Illa, devant ERC et Junts. Une coalition hétéroclite d’électeurs : anciens de Junts, déçus de Vox, abstentionnistes, jeunes qui se sentaient trahis par l’échec du 1er octobre et par la coopération ultérieure des dirigeants séparatistes traditionnels avec Madrid. Les priorités avaient basculé. Les données gouvernementales montraient désormais que le logement, la criminalité et l’immigration avaient remplacé les différends constitutionnels au sommet des préoccupations. Environ 45 % des Catalans soutenaient encore l’indépendance, mais pour beaucoup la menace démographique paraissait plus immédiate que le statut juridique de la région.

Orriols elle-même le clamait sans fard, comme un détective qui jette les cartes sur la table : son mouvement répondait à une colère contre l’establishment et à la crainte que la culture catalane ne soit effacée.

Elle regardait du côté de l’Allemagne et d’autres pays européens, y voyant un réveil continental pour la survie culturelle. Les factions indépendantistes établies refusaient toute alliance, qualifiant ses stratégies de discriminatoires et irréalisables. Junts tentait de se repositionner en option centriste et pragmatique. Les tensions internes au mouvement séparatiste s’aiguisaient comme des lames mal aiguisées.

Les détracteurs accusaient Aliança d’exploiter la peur et la frustration à travers une rhétorique xénophobe, plutôt que d’apporter de véritables solutions.

Carvalho écrasa son cigare dans le cendrier d’un bar du Raval où l’on servait encore de la tripe à la catalane digne de ce nom. Il n’avait pas besoin d’enquête officielle. La ville elle-même était le cadavre. L’indépendance, ce grand plat trop lourd que l’on n’avait jamais réussi à digérer, avait été étranglée dans un backroom. À sa place s’installait un autre menu, plus âpre, plus noir : l’immigration, la sécurité, la survie culturelle. Aliança Catalana, taxée d’extrême droite, avançait avec la détermination de ceux qui croient tenir le couteau. Les élections de 2028 approchaient. Pendant ce temps, à Ripoll, l’odeur des montagnes se mêlait toujours à celle du souvenir des attentats. Et dans les rues de Barcelone, tandis que la nuit tombait comme un rideau de scène sur une pièce trop longue, on se demandait si le rêve d’une Catalogne souveraine n’avait pas simplement changé de visage, ou s’il n’était pas en train de se diluer dans les eaux troubles de nouvelles peurs. Comme toujours ici, la mémoire digérait mal, et l’avenir se mangeait à petites bouchées, avec le goût métallique du sang séché.

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10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 12:42

« Chaque fois que nous transformons le choc d’autrui en objet de mépris, nous alimentons le sbeule collectif. Choisissons plutôt d’élever le climat relationnel. »
— Dr. Élise Vartan, Neuroscience & Social Cognition, 2023

« Réduire le Sbeule Index commence par un geste simple : cesser de s’indigner de l’indignation des autres. »
— Dr. Sophie Bernard, Revue Française de Sociologie des Émotions, 2022

« Le plus grand acte de maturité émotionnelle de notre époque pourrait bien être celui-ci : laisser les autres se choquer sans y répondre par une nouvelle vague d’indignation. »
— Dr. Thi Nguyen & Dr. Claire Moreau, Social Neuroscience Letters, 2024

 

 

 

 Le Dr. Armand Lefebvre, PhD en psychosociologie interactionnelle, Laboratoire d’Études des Dynamiques Affectives Collectives (LEDAC), Institut Supérieur des Sciences Humaines Appliquées et notre correspondante Kimberley Dainar.

Dans le cadre de nos recherches longitudinales menées entre 2019 et 2025 auprès de plus de 4 200 sujets en milieu urbain occidental, une tendance sociétale alarmante s’est imposée avec une clarté statistique incontestable : l’indignation face au chocapisme. Ce phénomène, que nous proposons de nommer chocapismophobie, désigne la réaction d’irritation, de rejet ou de mépris systématique face à la propension d’autrui à exprimer un choc émotionnel ou moral rapide. Loin d’être une simple posture discursive, cette réaction s’apparente à un mécanisme pathologique générateur de génance relationnelle et de dégradation de l’ambiance sociale — ce que les sujets de nos panels désignent familièrement sous le terme de « sbeule ».

Définition opérationnelle et cadre théorique

Le chocapisme (du grec khokē, choc, et du suffixe -isme) correspond à une sensibilité affective élevée face à des stimuli symboliques, discursifs ou comportementaux perçus comme transgressifs. La chocapismophobie, quant à elle, se manifeste par une indignation secondaire : le sujet chocapismophobe ne tolère pas que l’autre puisse être choqué. Il interprète cette sensibilité comme une faiblesse, une forme de tyrannie morale ou un manque de « robustesse cognitive ».

Nos observations indiquent que cette indignantion de second ordre active un circuit de rétroaction négative. Selon le modèle que nous avons formalisé (Lefebvre & al., 2024), la chocapismophobie produit :

Une élévation mesurable du cortisol salivaire chez les interlocuteurs (augmentation moyenne de 18,7 % en situation de confrontation conversationnelle).
Une diminution de la synchronie émotionnelle interpersonnelle, objectivée par analyse micro-expressionnelle.
Un climat de génance diffuse — état de gêne relationnelle chronique caractérisé par l’anticipation d’un jugement de « trop de sensibilité » ou, inversement, de « trop d’insensibilité ».

Données empiriques

Dans l’étude multicentrique « Ambiance Sociale et Seuils de Tolérance Affective » (ASSTA-2023), 67 % des participants déclarant une forte chocapismophobie ont également rapporté une détérioration subjective de la qualité des interactions quotidiennes. Plus précisément :

54 % évoquent un « alourdissement de l’atmosphère » (le fameux sbeule).
41 % déclarent éviter certaines discussions par crainte de déclencher soit un chocapisme, soit une réaction chocapismophobe.
Les analyses de variance montrent une corrélation significative (r = 0,62 ; p < 0,001) entre le score de chocapismophobie et la perception d’une « toxicité relationnelle diffuse ».

Le Dr. Élise Vartan, spécialiste en neuropsychologie des émotions sociales, précise : « Lorsque l’indignation se déplace du contenu initial vers la simple existence de la sensibilité d’autrui, on assiste à une forme de méta-indignation qui appauvrit le champ conversationnel. Le sbeule n’est pas une impression subjective ; c’est un marqueur de dysrégulation collective. »

Mécanismes de propagation

La chocapismophobie se propage selon un modèle épidémiologique classique de contagion sociale. Un individu exprime une irritation face à ce qu’il juge être une « facilité à être choqué ». Cette irritation est perçue par d’autres comme légitime, ce qui renforce la norme implicite selon laquelle la sensibilité est suspecte. Résultat : un climat où chacun surveille à la fois sa propre capacité à choquer et sa propre capacité à tolérer le choc des autres. La marge de manœuvre communicative se rétrécit. La génance s’installe.

Nous avons observé que ce phénomène est particulièrement marqué dans les contextes de forte exposition médiatique et numérique, où la visibilité des réactions émotionnelles est amplifiée. La chocapismophobie y fonctionne comme une stratégie de distinction : « Je ne suis pas de ceux qui se choquent facilement, donc je m’indigne de ceux qui le font. »

Conséquences et perspectives

Laisser prospérer la chocapismophobie sans la nommer revient à normaliser un appauvrissement du tissu relationnel. La génance chronique et le sbeule ne sont pas de simples désagréments ; ils constituent des facteurs de risque pour la cohésion sociale à moyenne échelle. Nos travaux suggèrent qu’une prise de conscience collective — analogue à celle qui a permis de reconnaître d’autres formes de toxicité interactionnelle — pourrait contribuer à restaurer une plus grande plasticité émotionnelle dans les échanges.

En conclusion, la chocapismophobie toxique n’est pas une opinion. C’est un processus observable, quantifiable et, dans une certaine mesure, contournable. Reconnaître que s’indigner de la sensibilité des autres peut elle-même devenir source de mauvaise ambiance constitue, selon nous, un premier pas vers une écologie relationnelle plus durable.

Le Dr. Armand Lefebvre porte une blouse blanche lorsqu’il présente ces résultats en colloque. Cela n’a aucun effet sur la validité des données, mais renforce la perception de sérieux. Comme dans les publicités de dentifrice.

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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 19:27

« Le Catalan peut encercler ses ennemis, tout seul » proverbe

Le 66 a choisi de rester le 66. Ou plutôt : il a choisi de ne pas choisir.

Personne ici n’a d’avis particulier sur le nom. Pyrénées-Orientales, Pyrénées Catalanes ou Pyrénées Méditerranée… ce ne sont que des étiquettes collées sur le même paysage, le même vent, le même vin. Ce qui compte, c’est l’idée qui a gagné : celle de se prononcer. Même à 10 %. Même de justesse. Même pour aboutir au statu quo. Et même si ces 10 % de participation ressemblent surtout à 90 % d’abstention.

Voici le tableau, pour ceux qui préfèrent les chiffres aux discours :

| Option                  | Pourcentage | Nombre de voix |
|-------------------------|-------------|----------------|
| Pyrénées-Orientales    | 47,21 % | 18 025    |
| Pyrénées Catalanes      | 42,15 % | 16 092    |
| Pyrénées Méditerranée   | 10,64 % | 4 061     |

38 178 voix exprimées.

Un peu plus de 10 % des inscrits. Autrement dit, près de neuf habitants sur dix ont préféré rester chez eux. Deux mille voix d’écart entre le premier et le second. Assez pour que le nom reste le même. Pas assez pour que l’on puisse dire que rien ne s’est passé. Et largement assez pour rappeler que la liberté de choisir inclut aussi celle de ne pas choisir.

On avait écarté « Pays catalan », trop tranchant sans doute.

On a proposé trois options plus sages. Les habitants ont voté. Certains en ligne, d’autres par courrier. La grande majorité a regardé passer le débat comme on regarde passer un nuage. Et le résultat est tombé : on garde l’ancien nom.

Ce n’est pas une victoire du nom. C’est une victoire relative de l’idée qu’il valait la peine de demander. Comme le rappelait Périclès, rapporté par Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Ici, une minorité a choisi de ne pas se reposer. Une majorité écrasante a choisi le repos. Les deux ont exercé leur liberté. On aurait pu laisser dormir la question. On a préféré la poser. Le silence des 90 % fait partie de la réponse.

Hermeline Malherbe parle d’attachement à la catalanité. Louis Aliot de tour de manège.

Peu importe. L’essentiel n’est pas dans ce qu’ils disent du nom. Il est dans le fait que, pour une fois, on a forcé le département à regarder ses habitants dans les yeux et à leur demander : que voulez-vous porter ? La plupart ont répondu en restant silencieux. C’est déjà une forme de choix.

Le 66 reste le 66. Mais l’idée, elle, a progressé d’un pas. Même fatigué. Même ironique. Même en gardant le même costume. Et même avec 90 % d’abstention pour lui rappeler que la liberté, parfois, préfère se reposer.

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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 13:37

« Refuser de se taire n’est pas un crime. Revendiquer de meilleures conditions de travail n’est pas un délit. Défendre les droits des travailleurs, c’est défendre la justice sociale. Réduire les syndicats au silence, c’est affaiblir la démocratie. » 

Confédération générale du travail (CGT)

Le rail jaune et l’ombre : Management par la sanction : la CGT accuse la SNCF de viser ses militants

Il y a des hommes qui portent le chemin comme on porte une cicatrice. Julien Berthélémy est de ceux-là. Conducteur du Train jaune, ce serpent électrique qui rampe entre les crêtes de Cerdagne, de Villefranche à Latour-de-Carol, il conduit aussi, depuis des années, la colère ordonnée des cheminots dans les Pyrénées-Orientales. Secrétaire général de la CGT du département, il marche droit, la tête haute, dans un pays où les rails se font rares et les sanctions se multiplient.

On l’a convoqué. Conseil de discipline le 17 septembre.

La direction, cette machine froide aux rouages invisibles, lui reproche d’avoir repris la marche sans attendre le feu vert du chef de ligne. Un geste, peut-être, une impatience, un oubli dans le grand ballet des autorisations. Pour cela, on lui promet le dernier avertissement avant la chute, douze jours de mise à pied, et la mutation disciplinaire — ce bannissement soft qui arrache un homme à sa terre, à son train, à sa mémoire. À côté de lui, un collègue subit le même tribunal pour avoir laissé monter un journaliste en cabine. Sans permission. L’un et l’autre se tiennent au bord du même précipice.

L’été a été brûlant. Les trains ont souffert.

Climatisations mortes, toilettes scellées, rames supprimées, voyageurs à bout, agressions qui doublent sur les contrôleurs isolés. Sous-effectif chronique. On part avec un seul agent là où il en faudrait deux, parfois aucun. Et pendant que le métal grince sous le soleil, la direction multiplie les dossiers. Dès qu’un cheminot relève la tête, la sanction tombe, disproportionnée, lourde comme une dalle. Mécaniciens, contrôleurs, conducteurs : la liste s’allonge. On punit la fatigue, on punit l’initiative, on punit la parole.

Le Train jaune n’est pas seulement une ligne.

C’est une veine ouverte dans la montagne, un fil de survie pour les villages, un défi lancé à l’abandon. Berthélémy le sait. Il l’a défendu longtemps, ce rail étroit, contre les oubliés et les calculs. Aujourd’hui, c’est lui qu’on veut déplacer, suspendre, briser un peu plus. La grève a grincé le 8 septembre dans l’ex-Languedoc-Roussillon. On a réclamé des embauches, des conditions dignes, la fin de ce management par la peur. Mais la machine continue. Elle convoque. Elle propose. Elle menace.

Il y a quelque chose d’impitoyable dans ces procédures.

L’homme sur le quai, le geste trop vif, la règle non respectée à la lettre, et soudain le dossier s’épaissit. On ne regarde plus le corps fatigué, ni la chaleur collée aux rails, ni la solitude du conducteur face à la pente. On regarde la faute. On la grossit. On la transforme en exemple. Douze jours sans salaire. Une mutation. Le dernier avertissement qui pèse comme une lame.

Berthélémy reste debout.

Le Train jaune continue de grimper. La montagne n’a pas changé. Seulement les hommes, parfois, se retrouvent plus seuls face aux papiers et aux conseils. Le 17 septembre, on tranchera. Ou on n’entendra rien. Dans le silence des bureaux, le rail jaune continue de vibrer, indifférent aux dossiers, fidèle seulement à ceux qui le font vivre.

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8 septembre 2026 2 08 /09 /septembre /2026 17:22

"Sans curiosité on meurt et sans courage on ne vit pas."

 Hugo Pratt en verve 

 

Il y avait une fois un homme de Perpignan, opticien de son métier, qui regardait le monde à travers des verres trop nets pour se contenter des mirages. Jean-Jacques Bedu s’appelait-il. Il avait déjà démantelé, pièce par pièce, le grand mensonge de Rennes-le-Château, ce trésor fantôme qui faisait encore battre des cœurs longtemps après que les archives eurent parlé. Il savait que les hommes préfèrent parfois le mystère intact à la vérité déshabillée.

Puis vint l’automne 2022.

Sur les écrans, une série nommée Ancient Apocalypse déroula ses images séduisantes : une civilisation mère engloutie, des savoirs interdits, des archéologues complices d’un silence millénaire. Des millions d’yeux s’y perdirent comme on se perd dans les brumes d’une lagune. Bedu, lui, sentit le vieux démon revenir. Celui qui transforme les pyramide en soucoupes, les mégalithes en messages d’ailleurs, les sages en gardiens d’un secret qu’ils n’ont jamais possédé.

Alors il se mit en route.

Pas vers un continent perdu, mais vers le vrai continent : celui de la mémoire humaine. Il prit pour boussole une idée simple et dangereuse : la réalité, quand on ose la regarder en face, est plus vertigineuse que toutes ses contrefaçons.

Le premier tome de son odyssée parut au printemps 2026, aux Éditions du Cerf. Sept cents pages denses comme un journal de bord. L’Odyssée du savoir. Vraies sagesses et fausses croyances. Des origines à l’Antiquité tardive.

On y entre comme on embarque sur un brick aux voiles usées.

D’abord les grottes ornées, où le chaman danse encore dans la lumière tremblante des torches. Puis Göbekli Tepe, ces piliers dressés avant même que l’homme ne sache cultiver le blé. Carnac, Stonehenge, les alignements qui parlent aux étoiles sans avoir besoin de théories folles. L’Égypte et la Mésopotamie, non plus comme décors de films d’aventures, mais comme laboratoires où l’esprit inventa les dieux, l’écriture, le temps mesuré. La Crète, les Hittites, les Étrusques. La Grèce des mystères d’Éleusis et de Pythagore, où l’âme cherchait son salut dans le silence des initiations. Rome, carrefour de tous les cultes, Isis et Mithra préparant déjà le terrain à une autre parole. Les druides sous leurs chênes, Zarathoustra et son feu, Bouddha, Confucius, Lao-Tseu… Tous croisés, interrogés, dépouillés de leurs oripeaux modernes.

À chaque étape, Bedu fait ce que peu osent : il démêle le fil d’or de la sagesse authentique du fil d’argent des légendes fabriquées.

L’Atlantide redevient ce qu’elle fut chez Platon : un mythe politique, non une carte au trésor. Les civilisations perdues s’effacent devant le génie réel des peuples. Et le lecteur, peu à peu, comprend que le vrai scandale n’est pas ce que l’on nous cache, mais ce que nous refusons de voir : la grandeur nue de l’homme.

Ce livre n’est que le premier volume d’une trilogie. Les suivants prolongeront la route, jusqu’aux dérives de notre siècle et aux défis de l’intelligence artificielle. Car Bedu le sait : le combat entre la lumière et son ombre n’a jamais cessé. Il a seulement changé de navire.

Et pendant que d’autres continuent de chercher des continents engloutis, lui a choisi une autre mer : celle du savoir véritable. Plus profonde, plus dangereuse, et infiniment plus belle.

 

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6 septembre 2026 7 06 /09 /septembre /2026 13:34

"C'est un sort étrange que nous souffrions tant de peur et de doute pour une si petite chose..." 

"Le vaste monde est tout autour de vous : vous pouvez vous enfermer, mais vous ne pouvez pas le clôturer pour toujours."

 Le Seigneur des Anneaux 

Reportage exclusif – Tribunal de la Pureté Culturelle  
Paris, salle d’audience n° 42, 3 septembre 2026

Ce matin, sous les néons blafards du Tribunal de la Pureté Culturelle, s’est tenu le procès de M. X, citoyen ordinaire accusé d’« appropriation culturelle successive et aggravée » pour avoir, durant des années, incarné des personnages de Donjons & Dragons.

Les faits  
Le prévenu a avoué sans détour : nain, magicien, voleur, elfe, barbare, druide… Il a tout essayé. « À l’insu de mon plein gré », a-t-il plaidé. Les plaigants, une coalition de « défenseurs des peuples imaginaires », ont exigé une sentence exemplaire.

Composition du tribunal  
Présidente** : Madame la Juge Émeraude Bleue-Cheveux, coiffée d’une perruque turquoise fluorescent et d’un collier de cristaux de « justice intersectionnelle ».  
Procureure** : Me Inès Outrage, robe noire et foulard arc-en-ciel.  
Avocat de la défense** : Me Jean-Raison, costume gris, regard las.  
Partie civile** : représentants auto-proclamés des Nains de la Montagne, des Elfes de la Forêt Éternelle, des Barbares des Steppes et des Druides de la Clairière Sacrée (tous absents, évidemment, car purement fictionnels).

L’audience

La procureure ouvre le bal d’une voix vibrante :  
« Messieurs et mesdames du jury moral, ce prévenu a successivement usurpé l’identité de peuples mythiques ! Il a bu de la bière en tant que nain, tiré à l’arc en tant qu’elfe, hurlé à la lune en tant que barbare. C’est un pillage systématique des imaginaires ancestraux ! Chaque dé de 20 faces lancé était une violence symbolique ! »

Me Outrage brandit un manuel de règles usé comme pièce à conviction.  
« Regardez ! Il a même osé jouer un druide… sans demander l’autorisation aux arbres ! »

L’avocat de la défense se lève, soupirant :  
« Madame la Présidente, mes clients n’ont jamais existé. Les nains viennent des sagas nordiques, les elfes de Tolkien qui lui-même les a tirés de la mythologie celtique et germanique. Personne n’a de certificat de propriété sur un personnage de papier. Mon client a simplement… joué. »

La juge le coupe sèchement :  
« Me Raison, votre argument sent le privilège. Passons aux témoignages. »

Un « expert en études critiques du fantastique » défile à la barre. Il explique longuement que chaque classe de personnage est une « construction coloniale ». Le public (une vingtaine de militants à cheveux pastel) applaudit.

Le prévenu, appelé à la barre, reste calme :  
« J’ai juste passé de bons moments avec des amis. On mangeait des chips et on inventait des histoires. Je ne savais pas que j’étais un criminel culturel. »

La procureure rugit :  
« L’ignorance n’est pas une excuse ! Autocritique immédiate ! »

Plaidoiries finales

Me Outrage :  
« Nous demandons la condamnation maximale : destruction publique de tous ses dés, interdiction à vie de tout jeu de rôle, et une séance d’autocritique filmée face aux gardes rouges de la nouvelle génération. »

Me Raison, d’une voix posée :  
« Si l’on condamne aujourd’hui un joueur de Donjons & Dragons, demain on interdira de lire Le Seigneur des Anneaux, de regarder Star Wars ou de déguiser ses enfants en pirates à Halloween. La fiction n’appartient à personne. Elle appartient à tout le monde. »

Le verdict

Après une délibération de trois minutes (le temps de consulter son téléphone), la juge Émeraude Bleue-Cheveux se redresse :  

« Au nom de la Pureté Culturelle et des peuples imaginaires opprimés, je déclare le prévenu coupable.  

Sentence :  
Confiscation immédiate de tous ses manuels, figurines et dés.  
Obligation de publier chaque jour pendant un an un post d’autocritique sur les réseaux sociaux.  
Interdiction de toute incarnation de personnage non strictement conforme à son identité réelle (c’est-à-dire : un humain moyen, sans barbe, sans magie, sans arc).  
Stage de sensibilisation de 200 heures auprès d’un collectif de “réparation narrative”.  

Toutefois… » – la juge hésite, un sourire ambigu aux lèvres – « … le tribunal note que les plaigants n’ont produit aucun nain, elfe ou druide vivant pour témoigner. En conséquence, la peine est suspendue sine die, jusqu’à comparution effective des victimes.  

Le prévenu est libre. Qu’il aille rejouer s’il le souhaite.  

Mais qu’il se le tienne pour dit : le Tribunal de la Pureté Culturelle veille. »

Coup de marteau.  
Dans la salle, les cheveux bleus s’agitent, indignés. Dehors, le prévenu range discrètement un dé à 20 faces dans sa poche et murmure :  

« Session ce soir ? »

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4 septembre 2026 5 04 /09 /septembre /2026 12:08

"Les films sont d’abord un moyen de relier les êtres et les choses."

 Emir Kusturica 

Nous l'avions croisé à de nombreuses reprises à Perpignan et interviewé (voir vidéo en bas)  

Tony Gatlif s’est barré. Le 2 septembre 2026, à Arles, à 77 piges, pendant qu’il planchait encore sur un film historique. Sa famille a lâché la nouvelle ce vendredi matin, en parlant de sa générosité, de sa joie, de sa poésie et de son amour démesuré pour la musique. Et ils lui ont souhaité « Latcho Drom ». Bonne route, quoi. Comme dans son film. Comme dans sa vie. Comme il le disait toujours aux siens.

Né Boualem Dahmani (ou Michel, selon les jours et les papiers) le 10 septembre 1948 à Alger, d’un père kabyle et d’une mère gitane andalouse, le gars a pas eu le parcours des enfants de bonne famille.

Guerre d’Algérie, bidonville de Belcourt, misère noire, pieds nus, plaies jamais soignées. Il racontait souvent : « Nous marchions pieds nus. Les plaies n’étaient jamais soignées, on nous arrangeait les dents avec une pince… » Son père, libre et un peu voyou, ne respectait pas le couvre-feu. Le soir, les enfants attendaient sur le pas de la porte de la chabola, le cœur qui battait, jusqu’à apercevoir au loin le phare de la moto qui faisait des es. « Ils pouvaient le tuer à un contrôle. Mais chaque nuit, il revenait. »

À douze ans, contrôle de police. Pour pas se faire renvoyer de l’autre côté de la Méditerranée, il se chope un nouveau nom : Gatlif, comme le parc d’Alger. Arrivé en France, c’est l’errance, la délinquance, les bandes autour de la Gare du Nord, les vols, la maison de correction. Il s’évade plusieurs fois. « Avant j’étais violent, il ne fallait pas me toucher, j’étais un mauvais garçon… je n’écoutais personne, pour moi les grands, tous les gens, étaient des ennemis. »

Puis la Camargue. Décision de justice.

Et là, quelque chose bascule. « Du moment où j’ai mis pied en Camargue, j’ai commencé à écouter et ça tient au respect avec lequel les gens me parlaient, sans préjugé. La Camargue fait partie des choses qui m’ont sauvé. » Il y a appris à aimer les chevaux, la nature sauvage, les hommes un peu fous. Des années plus tard, il y tournera Tom Medina. Arles, où il est mort, c’était un peu sa terre d’adoption.

Un jour, avenue de l’Opéra, il voit l’affiche de Michel Simon dans Du vent dans les branches de sassafras. Il se pointe dans le camerino, le culot monstre. « Tu veux quoi ? » lui demande le grand acteur. « Je veux faire l’Indien. » Simon lui écrit une lettre de recommandation. Tony devient comédien, puis réalisateur. « J’ai mené une bataille contre ma destinée, contre moi-même et ce n’est pas rien. »

Toute sa vie, il a filmé les siens : les Gitans, les Roms, les voyageurs, les exilés, les fous de musique et de liberté. Les Princes, Latcho Drom, Gadjo Dilo (celui qui a filé sa première vraie chance à Romain Duris), Vengo, Exils (prix de la mise en scène à Cannes 2004), Liberté, jusqu’à Ange en 2025 avec Arthur H. Toujours la même obstination. « J’ai dit la vérité des gens que j’aime. Et quand la planète crie “gitan-voleur”, c’est une honte ! »

Sur la reconnaissance ? Il s’en foutait un peu : « Bof… Reconnu ou pas, j’aurais quand même fait mes films. Disons que la reconnaissance permet de continuer à faire des films en toute liberté, et peut-être d’aider les copains. Mais c’est comme la richesse, ça peut disparaître du jour au lendemain. »

Et Perpignan dans tout ça ? Un amour de gitan
Ah, Perpignan. La ville où vit la plus grande communauté gitane sédentarisée de France, là-haut à Saint-Jacques, autour de la place Cassanyes et du Puig. Un vrai village dans la ville, avec ses codes, sa langue catalane gitane, ses fêtes, ses rixes, sa fierté et ses galères. Gatlif connaissait ça par cœur. Il aimait les Pyrénées-Orientales comme on aime une terre de famille.

« Ça fait très longtemps que je voyage, j’aime les Pyrénées Orientales et aussi le Sud, la Méditerranée. J’ai tourné en Transylvanie, j’ai tourné dans d’autres pays, mais je tourne toujours autour de la Méditerranée. Parce que la Méditerranée, c’est moi. C’est ma famille. C’est une façon de s’exprimer, une façon de vivre. »

En 2007, il débarque aux Estivales pour coller son spectacle Vertiges, du flamenco à la transe.

Créé aux Nuits de Fourvière, le truc est un concentré de musique qui monte jusqu’au délire. « Le mot m’a été inspiré par Théophile Gautier. Il parle d’une musique qui monte, qui monte… et amène les gens jusqu’au vertige. Toutes les fêtes de village sont à base de cela. » Quant à la musique gitane : « Je l’ai toujours reçue comme une transe. Le rythme monte, gagne les cœurs et les emballe jusqu’aux vertiges. »

En 2013, il s’installe presque à Perpignan pour tourner Géronimo.

Éducatrice de rue (Céline Sallette), amour interdit entre une jeune Turque qui fuit un mariage forcé et un gamin gitan, clans qui s’affrontent à coups de flamenco et de hip-hop… Le film pue le bitume et la sueur de Saint-Jacques et des environs (Barcarès, Torreilles, Argelès…). « À Perpignan, dans le quartier Saint-Jacques, vous avez des Gitans, des Africains du Nord, des Turcs… Ces communautés vivent sans histoire depuis des années. Chacune fait attention à l’autre. » Il disait de l’histoire : « C’est un amour défendu, mais qu’on ne peut pas vraiment empêcher. Comme dans Shakespeare, il est impossible d’arrêter la passion. »

Et en octobre 2024, il revient encore.

Ange, tourné entre Tautavel, Perpignan, Port-Vendres et Opoul-Périllos. Un road-movie avec Arthur H en ethnomusicologue baroudeur qui roule avec sa maison dans un vieux van, Mathieu Amalric dans le rôle de l’ami perdu. Avant-première au Castillet, bien sûr. Gatlif présent, content d’être « chez lui ». « Les paysages que j’ai montrés dans le film sont comme des monuments, très très forts. » Et sur la philosophie gitane qu’il filme encore : « Le Gitan ne vit ni dans le passé ni dans l’avenir, il ne connaît que le présent. Quand on se retourne vers le passé, il n’y a que des fantômes. »

Il ne faisait pas de l’ethnologie de salon. Il venait, il regardait, il écoutait, il respectait. « J’aime les gitans, ils sont là depuis des siècles et des siècles mais il faudrait un peu les comprendre ! Ils sont dans la République, ils paient des impôts, ils respectent les gens, les lois et les feux rouges mais ils ont des codes. Depuis toujours. »

Tony Gatlif est mort à Arles, pas loin de la Camargue qui l’avait accueilli adolescent. Mais une partie de lui traîne encore dans les rues de Saint-Jacques, dans les notes de rumba catalane qui sortent des fenêtres, dans les regards de ceux qui n’ont jamais baissé la tête.

Latcho Drom, vieux frère.  
La route continue, et elle est toujours aussi belle, aussi rugueuse, aussi libre.

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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 14:47

"Il n'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse. Sans la danse, un homme ne saurait rien faire. Tous les malheurs des hommes, les travers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques et les manquements des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de savoir danser."


Molière

Dramaturge français (1622 - 1673)

 

Sarah Mesquida : la danse fluide comme un foulard

 

À Perpignan et Canohès, Sarah Mesquida incarne une vision de la danse à la fois technique, expressive et profondément humaine. Directrice de la compagnie de danse et de l’école ApSara (Studio ApSara – Art chorégraphique), elle était récemment en direct depuis la Cantoche du Jaja pour évoquer son parcours, l’enseignement de la danse, la vie culturelle locale et un spectacle actuellement en production.

Une école ancrée dans le territoire
Installé au 9 rue Galceran de Villaseca à Perpignan (rue parallèle à l’avenue de la Gare), le Studio ApSara propose un large éventail de cours : danse contemporaine, classique, stretching, pilates, fitness et ateliers parents-enfants. Ouvert aux enfants dès 4 ans comme aux adultes, l’enseignement de Sarah Mesquida mise sur la technique tout en favorisant l’expression personnelle, l’improvisation et l’exploration chorégraphique.

Passionnée de danse depuis l’enfance et riche de plus de 25 ans d’expérience, Sarah a notamment dansé au Casino de Paris et à la Salle de la Mutualité. 

La danse comme vecteur de mieux-être
Ce qui distingue ApSara, c’est l’approche globale : la danse n’est pas seulement un art, c’est un outil de connaissance de soi, de confiance et de bien-être. Sarah Mesquida le résume souvent par cette image : un mouvement « fluide comme un foulard » – souple, libre, organique, sans rigidité inutile. Les cours mêlent rigueur technique et spontanéité, invitant chacun à développer sa créativité et à vivre pleinement l’instant présent.

Lors de son passage en direct à la Cantoche du Jaja, elle a abordé avec authenticité les réalités de la vie culturelle : l’engagement quotidien des enseignants et des artistes, les défis de la transmission, et la nécessité de soutenir la création locale.

Un spectacle en production
Sarah Mesquida a également dévoilé des éléments sur un spectacle actuellement en préparation avec sa compagnie. Sans en révéler tous les détails, elle a partagé l’énergie créative qui anime le projet, l’importance du travail collectif et l’envie de proposer au public une expérience à la fois poétique et accessible.

Une invitation à bouger
Que l’on soit débutant, passionné ou simplement curieux de redécouvrir son corps, le Studio ApSara ouvre ses portes. Cours d’essai gratuits, planning varié et ambiance bienveillante : tout est pensé pour que chacun trouve sa place.

Pour suivre l’actualité de Sarah Mesquida, de l’école ApSara et des prochaines dates de spectacles :  
Site : www.apsara-art-choregraphique.com  
Instagram : @apsara_66  
Contact : sarah.mesquida@gmail.com – 06 66 40 09 83

Sarah Mesquida rappelle avec simplicité et passion que la danse reste l’un des plus beaux langages du corps et de l’âme. Fluide, libre, et toujours en mouvement.

Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
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Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
Sarah Mesquida : la transmission de la danse à Perpignan et Canohés, fluide comme un foulard! interview par Nicolas Caudeville
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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 11:36


"Nul n'a le droit d'effacer ma culture,car une communauté sans culture est un peuple sans être humains "

Léopold Sédar Senghor

CadPO, ou la présence souveraine des afro-descendants au cœur de la terre catalane

Voici que s’élève, dans le paysage des Pyrénées-Orientales, une voix collective, ferme et harmonieuse : la Convention des Afro-Descendants des Pyrénées-Orientales, CadPO. Née en 2019 à Perpignan, elle rassemble ceux qui portent en eux les mémoires de l’Afrique, des Antilles, de La Réunion, des océans Indien et Atlantique. Elle ne revendique point une séparation, mais une présence : celle d’un peuple qui, enraciné ici, veut faire rayonner sa culture dans la pleine lumière du jour catalan.

Brigitte Vumbi, fille de Kinshasa devenue fille de Perpignan, incarne cette force tranquille.

Auto-entrepreneuse, porteuse de la flamme olympique, elle a su transformer l’offense en ancrage plus profond encore. Lorsqu’en 2024 une lettre haineuse lui enjoignit de « préparer son départ pour l’Afrique », elle répondit par un engagement plus large, plus clair, plus résolu. Elle n’a pas quitté la terre ; elle l’a davantage embrassée. En elle se rejoignent la dignité de l’ancêtre et la détermination de la citoyenne.

Aujourd’hui, CadPO offre au regard du monde une exposition photographique, « Regards sur les cultures afro-descendantes », dans le cadre du Off de Visa pour l’Image. Du 29 août au 12 septembre 2026, dix-sept images s’épanouissent au Restaurant Mondial, 45 rue du Maréchal Foch, et dans d’autres lieux de la ville où battent encore les rythmes afro-antillais. Vernissage le 29 août à 18 h 30. Puis viennent les rencontres : musique, danse, paroles, rhum partagé, défilé de créations. Chaque soirée est un acte de mémoire vivante, un tissage entre l’ici et l’ailleurs, entre le présent et les racines.

Ainsi CadPO ne se contente pas d’exister : elle célèbre. Elle fait de Perpignan un carrefour où la culture afro-descendante n’est plus marginale, mais fertile, rayonnante, nécessaire. Elle rappelle que la diversité n’est point une addition de différences, mais une symphonie où chaque voix enrichit l’harmonie commune.

Dans cette entreprise de visibilité positive, d’entraide et de transmission, CadPO trace un chemin. Celui d’un humanisme concret, ancré dans le sol catalan, nourri de toutes les sources africaines. Que cette présence continue de grandir, fière et ouverte, comme un baobab planté au bord de la Méditerranée.

Le site officiel de la CadPO (Convention des Afro-Descendants des Pyrénées-Orientales) est :

 

https://cadpo.fr/

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