« J'ai pas peur de l'avouer, j'avais quarante ans passés, eh bien, le jour de la mort de Brassens, j'ai pleuré comme un môme. J'ai vraiment pas honte de le dire. Alors que - c'est curieux - mais, le jour de la mort de Tino Rossi, j'ai repris deux fois des moules. »
Pierre Desproges
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Perpignan ! Ville où le Rassemblement national de Louis Aliot a terminé de s’installer confortablement, tandis que la gauche, fidèle à sa tradition séculaire, a préféré s’étriper entre elle. Résultat : Aliot réélu dès le premier tour le 15 mars 2026 avec un confortable 50,61 %.
Au centre de ce petit mélodrame digne d’une pièce de boulevard : Mathias Blanc, avocat de 42-43 ans, ancien conseiller départemental, membre du Parti socialiste depuis 2008. En 2020, il était déjà le numéro deux de la liste d’Agnès Langevine. En 2026, il se lance tête de liste de « Perpignan Autrement », un mouvement qui prétendait rassembler « la gauche et le centre » pour enfin peser face à Aliot. Soutenu par les militants locaux du PS (33 voix contre 6 au conseil fédéral des Pyrénées-Orientales en janvier), par des Place publique locaux, le PCF, Debout !, L’Après, l’Alternative Endavant et autres, sa liste comptait environ deux tiers de colistiers encartés. Un beau monde, enthousiaste, démocratique, de terrain. Bref, tout ce que la direction nationale du PS adore… jusqu’au moment où il faut décider.
Car voilà le coup de théâtre digne d’un mauvais feuilleton : le 8 février 2026, le conseil national du PS retire à Blanc son investiture pour la donner au duo Agnès Langevine (Place publique, vice-présidente de la Région Occitanie) et Annabelle Brunet (centriste), avec le soutien appuyé de Carole Delga et de Frédéric Monteil, poids lourd local, ex-cabinet Hollande et directeur de cabinet d’Hermeline Malherbe.
L’argument ? L’impératif d’union face au RN.
L’ironie ? Cette « union » a abouti à… trois listes de gauche concurrentes. Blanc refuse de se ranger. Un mois avant le scrutin, il est suspendu du PS, avec ses partisans. « Je ne lâcherai en aucun cas les militants qui m’ont désigné », martèle-t-il. Les tentatives d’alliance avec la liste LFI-Écologistes de Mickaël Idrac échouent. Chacun reste dans son coin, les bras croisés, pendant qu’Aliot rafle la mise.
Les scores du 15 mars 2026 parlent d’eux-mêmes, dans un silence éloquent :
Louis Aliot (RN) : 50,61 % (43 sièges)
Agnès Langevine : 15,94 % (4 sièges)
Bruno Nougayrède (droite) : 13,45 % (4 sièges)
Mickaël Idrac (LFI) : 9,60 % (2 sièges)
Mathias Blanc (Perpignan Autrement) : 8,94 % (2 973 voix, 2 sièges – lui et Françoise Fiter)
Participation : 47,74 %.
Deux sièges pour Blanc, deux pour Idrac, quatre pour Langevine. Un joli partage des miettes pendant que le RN s’installe pour sept ans.
Des recours (Langevine accusant Blanc de « parasitisme » d’étiquettes PS et Place publique) sont rejetés par le tribunal administratif de Montpellier début octobre. Aliot reste maire. Les Perpignanais, eux, digèrent leurs nouilles.
Et puis, miracle du 7 octobre 2026 : sept mois après le scrutin, la commission nationale des conflits du PS réintègre « immédiatement de plein droit » Mathias Blanc et les siens.
Deux jours avant une primaire PS-Place publique-GRS, histoire de remettre un peu d’ordre dans la maison. Blanc, dans un élan de sagesse olympienne, commente : « La résistance n’est pas une dissidence. La dissidence, c’est mépriser les militants qui se sont exprimés clairement et tourner le dos à toute une partie de la gauche pour privilégier une alliance baroque avec d’anciens pujolistes. » Frédéric Monteil, de son côté, se dit « dans un état d’esprit positif » et attend que tout le monde le soit aussi. Ils se retrouveront bientôt au conseil municipal, sur les bancs de l’opposition, à s’observer du coin de l’œil pendant qu’Aliot gouverne.
Le programme de Blanc était pourtant plein de bonnes intentions : plan Marshall pour les écoles, bus gratuits, assemblées citoyennes, police de proximité, réinvestissement des quartiers, participation démocratique… Un virage à gauche, issu d’ateliers participatifs. Mais dans le grand jeu des égos et des appareils, les bonnes intentions finissent souvent en sauce.
Ainsi va la gauche perpignanaise : capable de s’écharper pendant des mois pour une investiture, de suspendre, de réintégrer, de commenter finement la différence entre « résistance » et « dissidence », tout en laissant le RN s’ancrer un peu plus. Les militants locaux ont voté, les cadres nationaux ont tranché, les électeurs ont tranché encore plus fort. Et les Perpignanais, selon Desproges, se retrouvent à reprendre deux fois des nouilles : La gauche éclatée, réconciliée sur le papier mais toujours aussi efficace pour changer quoi que ce soit.
Moralité de cette fable moderne : quand la gauche fait la guerre, ce n’est jamais pour gagner. C’est pour s’assurer que quelqu’un d’autre le fasse à sa place.
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