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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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26 juillet 2026 7 26 /07 /juillet /2026 15:17

"... qui s’attache à un mauvais arbre reçoit mauvais ombre, et qui se met à l'abri sous la feuille se mouille deux fois, et qui se couche avec des chiens se lève avec des puces. Quelque petit que je sois, je tiens mon rang dans le monde ; chaque fourmi a sa colère ; chaque cheveu fait son ombre sur la terre, et chaque coq chante sur son fumier."

(Sancho Panza ; ch : Le petit-fils de Sancho Panza) 

 Don Quichotte - Intégrale
Miguel de Cervantes

Une épopée célinienne par Nolan : « Le Chevalier Errant et les Vents de Troie »

Imaginez ça. Plus d’Ulysse le rusé, le calculateur à la langue de miel. À sa place, Alonso Quichano, dit Don Quichotte, le vieux hidalgo maigre comme un clou, l’armure rouillée, Rocinante qui boite, Sancho qui râle en castillan approximatif. L’Iliade et l’Odyssée fusionnées, réécrites dans la langue de Céline – cette prose qui halète, qui vomit, qui zigzague avec des points de suspension à n’en plus finir… Et tout ça tourné par Nolan : plans IMAX vertigineux, temporalité éclatée, rêves et réalité qui se bouffent la queue, bande-son de Zimmer qui cogne comme un marteau sur l’âme.

L’Iliade revisitée : La Guerre des Illusions

Achille boude toujours dans sa tente, mais c’est Don Quichotte qui mène les assauts.  
Il ne voit pas des Troyens. Il voit des géants. Des enchanteurs. Des Maures.  
Il charge Hector en hurlant : « Viens çà, fils de Priam, fantôme de Freston ! Je vais te fendre en deux comme un vulgaire moulin ! »

La prose célinienne :

« Ah ! ils me parlent de gloire… de butin… de belles captives… Moi je voyais que du vent… du vent partout… les Grecs qui gueulaient comme des porchers ivres… et moi sur mon canasson crevé… lance en avant… trois fois rien… la cervelle en feu… les dieux ? Des fumistes… des metteurs en scène de pacotille… Ils nous font danser comme des pantins… et après ils rigolent… je les entends rigoler derrière les nuages… »

Patrocle meurt quand même. Mais Don Quichotte, au lieu de venger, se lance dans un monologue de trois pages sur la folie des hommes qui croient posséder la mort. Achille le regarde comme un dingue. Agamemnon veut le faire enchaîner. Seul Ajax le comprend un peu : deux fous furieux.

Troie tombe pas à cause du cheval de bois. Non. Don Quichotte persuade les Grecs de construire un énorme moulin à vent géant qu’ils laissent devant les portes. Les Troyens, hilares, le tirent à l’intérieur. La nuit, le Chevalier sort de la structure avec Sancho, Dulcinée (une Hélène kidnappée de force dans son délire) et met le feu à tout. « C’est ainsi qu’on vainc les illusions, messires ! » hurle-t-il pendant que la ville brûle.

L’Odyssée : Le Retour du Délirant

Vingt ans de mer. Mais pas les sirènes, les Cyclopes et compagnie version Homère. Tout est filtré par la folie chevaleresque et la bile célinienne.

Le Cyclope** : Polyphème devient un géant qui taxe les voyageurs. Don Quichotte l’aveugle pas avec un pieu. Il lui fait un discours sur la chevalerie errante jusqu’à ce que le monstre se suicide d’ennui.
Les Sirènes** : Elles chantent pas. Elles lui parlent de Dulcinée. La vraie. Celle qui n’existe pas. Il se fait attacher au mât en pleurant : « Elle m’attend… elle m’a toujours attendu… la garce… »
Circé** : La magicienne transforme ses compagnons en pourceaux. Don Quichotte refuse la métamorphose : « J’étais déjà cochon dans l’âme, madame, depuis longtemps… » Et il la convertit à sa cause. Elle devient sa nouvelle écuyère le temps d’un épisode.
Les Lotophages** : L’île où on oublie tout. Lui, il oublie rien. Il se souvient de chaque coup de lance, de chaque humiliation, de chaque rêve brisé. C’est les autres qui deviennent amnésiques.

Nolan filme ça en non-linéaire. On saute entre le siège de Troie, le retour, et les hallucinations du Chevalier dans sa bibliothèque de La Manche, avant même le départ. Le spectateur ne sait plus ce qui est réel. Est-ce que toute l’épopée n’est qu’un long délire d’un vieux fou qui a lu trop de romans de chevalerie ? Est-ce que les dieux sont des projections ? Est-ce que le temps est une boucle où Don Quichotte rejoue éternellement sa quête ?

La scène finale, chez Pénélope :  
Elle l’attend depuis vingt ans. Il arrive, maigre, cassé, puant le sel et la folie. Il ne la reconnaît pas vraiment. Il voit Dulcinée. Il s’agenouille : « Madame… j’ai terrassé tous les moulins du monde pour vous… »  
Puis il meurt, doucement, en murmurant des injures contre les dieux, les hommes, et surtout contre lui-même. Sancho pleure. Les prétendants, survivants, regardent ce spectacle pathétique et se sentent soudain sales.

Générique sur un plan-séquence de dix minutes : Rocinante qui marche seul sur une plage infinie, au coucher de soleil orange sang, tandis que la voix off célinienne continue de râler contre l’humanité entière.

Ce serait immonde, sublime, insupportable, génial. Un film de quatre heures qui vous laisse vidé, avec l’envie de relire à la fois Homère, Cervantes et Voyage au bout de la nuit.  

Et vous, vous le verriez comment, ce Don Quichotte odysséen sous acide nolanien et célinien ?

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25 juillet 2026 6 25 /07 /juillet /2026 18:21

"On se plaît à orner de mille perfections une femme de l'amour de laquelle on est sûr ; on se détaille tout son bonheur avec une complaisance infinie. Cela se réduit à s'exagérer une propriété superbe, qui vient de nous tomber du ciel, que l'on ne connaît pas, et de la possession de laquelle on est assuré." 

Stendhal 

https://www.instagram.com/kll.taylor/

Un Américain s’extasie devant Perpignan : la grande mise en abîme d’extase qui remplit les caisses

Perpignan, le 25 juillet 2026 — C’est officiel : nous tenons le nouveau genre littéraire préféré de la presse locale. L’Indépendant s’extasie qu’un Américain s’extasie devant Perpignan. Une mise en abîme d’extase si pure, si profonde, qu’elle mériterait presque d’être enseignée à l’université sous le nom de « syndrome de l’influenceur bienveillant ».

Sur son compte Instagram kll.taylor, Keirien Taylor, trentenaire originaire du Maryland reconverti en Toulousain d’adoption, a lâché deux vidéos dégoulinantes d’enthousiasme sur la cité catalane. Il y vante, avec une candeur désarmante, les façades colorées, les briques rouges, la « belle gare » avec son joli verre orange, le Castillet « superbe », et la vue depuis le Palais des Rois de Majorque qui lui coupe littéralement le souffle. « La ville est magnifique », répète-t-il comme un mantra. On frôle le Stendhal syndrome version low-cost.

L’innocent providentiel

Ce cher Keirien a fui les États-Unis il y a deux ans, lassé de la politique « de pire en pire », des voitures obligatoires pour aller chercher le pain et d’un environnement qui lui donnait des boutons. Arrivé en France avec son visa travail, il a découvert les joies du train, de la marche et des villes « authentiques ». Depuis, il arpente l’Occitanie comme un missionnaire de la bonne humeur, transformant des ronds-points et des quartiers discrets en merveilles du monde moderne.

Et c’est là que réside toute la beauté ironique de l’affaire. Il faut parfois des Américains innocents, au regard vierge de tout fait divers et au portefeuille encore bien rempli, pour redonner le sourire à une ville. Ils arrivent, s’extasient devant ce que les locaux ne remarquent plus depuis vingt ans, postent leurs vidéos, et surtout : ils réservent des chambres d’hôtel, mangent au restaurant, achètent des souvenirs et lâchent des devises convertibles. Le touriste parfait : il consomme sans se plaindre, ignore les problèmes structurels et repart avant que la réalité ne vienne gâcher le filtre Instagram.

C’est beau comme un spot de l’Office de Tourisme. Pendant que certains Perpignanais ruminent les difficultés du quotidien, un Américain en short compare gentiment leur ville à un joyau architectural. Et tout le monde applaudit.

Communication gratuite ou opération politique ?

Car derrière l’émerveillement candide se pose une question qui fâche : l’Américain fait-il, sans le savoir (ou peut-être avec une naïveté angélique), le jeu du maire RN Louis Aliot ? En offrant une image positive, dynamique et attractive de Perpignan sur les réseaux sociaux, ses vidéos servent objectivement la narrative municipale. Une belle opération de communication gratuite, relayée avec enthousiasme par la presse locale. 

Pas besoin de payer une agence parisienne hors de prix quand un expatrié américain, tombé amoureux des briques rouges et des fontaines, fait le travail mieux que n’importe quel slogan officiel. 

On imagine déjà les services communication se frotter les mains : « Perpignan, la ville que même les Américains trouvent magnifique ». C’est presque trop beau pour être vrai. Ou plutôt : c’est exactement aussi beau qu’on veut bien le montrer.

En attendant, Keirien Taylor continue sa tournée occitane, probablement déjà en route vers Collioure ou Port-la-Nouvelle. Prêts pour le prochain épisode de « L’Américain qui aimait trop nos villes moyennes » ? 

Le rideau ne tombe jamais sur cette comédie humaine. Et tant qu’il y a des devises à la clé et des likes à récolter, tout le monde y trouve son compte. Même les plus grincheux.

 

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23 juillet 2026 4 23 /07 /juillet /2026 20:36

    "Puisque mes ennemis me cernent pour me précipiter dans l'abîme, j'éteindrai sous les ruines l'incendie qui me menace."

Salluste onjuration de Catilina, XXXI 

Les incendies historiques s’enchaînent dans les Pyrénées-Orientales, après plusieurs canicules records sur le territoire français. Ce n’est pas un hasard : tout ceci est lié au réchauffement climatique. Les faits annoncés par les scientifiques sont très clairs : le monde tel qu’on l’a connu, avec son eau abondante, ses étés plus frais et sa biodiversité extraordinaire, n’existera plus. Il n’existe déjà plus dans de nombreuses zones du Pays Catalan, et c’est le fait de l’action humaine.

Pourquoi autant d’incendies actuellement dans les Pyrénées-Orientales ?
Les causes sont bien connues localement : sécheresse chronique, tramontane violente qui accélère la propagation, végétation ultra-inflammable, et surtout une origine humaine dans la très grande majorité des cas (négligences, activités humaines, pression touristique). L’interface habitat-forêt s’est renforcée avec l’urbanisation et le développement des zones touristiques (campings, lotissements), multipliant les départs de feu près des axes routiers et des massifs sensibles comme les Aspres, les Albères ou les Corbières catalanes. Des événements récents (2026) l’illustrent : incendie majeur de Trévillach (plus de 4 900 ha, évacuations massives), feux à Canet-en-Roussillon et Sainte-Marie-la-Mer touchant directement des campings et des touristes.

Conséquences
Vies humaines** : Évacuations de milliers de personnes (habitants et touristes), blessés chez les pompiers et civils, stress psychologique important.  
Habitations et économie** : Destruction de mobil-homes, maisons, infrastructures touristiques ; perturbations (Tour de France adapté, routes fermées).  
Biodiversité** :
Perte massive de garrigue, forêts et habitats méditerranéens, avec une régénération difficile dans un climat qui se dérègle.

Le surtourisme et la pression estivale aggravent le problème : forte consommation d’eau (piscines, besoins touristiques), fréquentation accrue des massifs sensibles et risque accru de départs de feu.

Débats locaux et visions contrastées
Dans les interviews récentes menées par Nicolas Caudeville sur sa chaîne YouTube, deux voix emblématiques du territoire s’expriment sur ces enjeux :

Laurent Gauze** (président de la CCI des Pyrénées-Orientales) croit toujours au potentiel de la croissance touristique. Il mise sur la résilience économique, l’innovation et les avancées technologiques (meilleure détection, moyens de lutte renforcés, gestion optimisée) pour réduire les risques tout en maintenant le développement du secteur. Pour lui, le territoire doit continuer à attirer tout en s’adaptant via la modernisation.

Joan Nou** (mouvement Agissons en Pays Catalan) plaide plutôt pour des investissements en amont : prévention structurelle, retour aux « coupes-feu naturels » (pastoralisme, gestion extensive des paysages, vignes et espaces ouverts), limitation de l’artificialisation et remise en question d’un modèle de croissance touristique infinie. Il critique les grands projets (comme le golf de Villeneuve-de-la-Raho) qui ignorent les limites écologiques et augmentent la vulnérabilité.

Ces deux approches reflètent un débat de fond dans les Pyrénées-Orientales : faut-il miser sur la techno et la croissance maîtrisée, ou sur une sobriété écologique et une remise en question des usages du territoire ?

Rôle des dirigeants
Même s’ils nient souvent une responsabilité directe, nos dirigeants portent une part concrète du désastre par des politiques d’aménagement qui ont favorisé l’extension touristique et périurbaine sans toujours anticiper suffisamment les risques climatiques (eau, débroussaillement, coupures de combustible). Les alertes scientifiques sont anciennes, mais l’action reste souvent réactive plutôt que préventive.

Compréhension plus large
Ces incendies s’inscrivent dans un changement de régime des feux : plus précoces, rapides et intenses. Dans les Pyrénées-Orientales, la combinaison climat + tramontane + pression anthropique (tourisme, habitat diffus) en fait une zone particulièrement exposée. Une vision globale exige de concilier prévention renforcée, gestion de l’eau, aménagement raisonné et transition écologique. Les solutions locales existent (pastoralisme, débroussaillement collectif, limitation de la fréquentation en période à risque), mais elles demandent une vraie rupture avec le « toujours plus » estival.

Le Pays Catalan, terre de résilience historique, a les atouts pour montrer la voie d’une adaptation lucide et équilibrée. Les échanges comme ceux portés par Nicolas Caudeville avec Laurent Gauze et Joan Nou sont précieux pour nourrir ce débat citoyen et politique. Il est urgent d’agir collectivement avant que les cycles canicules-incendies ne deviennent insurmontables.

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19 juillet 2026 7 19 /07 /juillet /2026 15:01

« Timeo Danaos et dona ferentes »

« Je crains les Grecs, même lorsqu'ils apportent des cadeaux ».

dans la bouche de Laocoon par Virgile dans l'Énéide (II, 49)

"La théâtrocratie correspond à ce stade d'évolution de la démocratie où tout le monde se croit compétent sur tout sans avoir rien appris. Chacun acquiert alors une assurance qui se transforme bientôt en impudence, refuse toute autorité et, finalement, cherche à désobéir aux lois, ne respectant plus ni serment, ni engagement. "(Platon, Lois III, 701 A-D). 

 Petites lecons sur le grec ancien
Jacqueline de Romilly

Première impression : Littré, Jacqueline de Romilly et Lord Byron face à *L’Odyssée* de Nolan

Imaginez la scène : trois esprits hors du temps, réunis dans une salle IMAX le 18 juillet 2026, découvrent le blockbuster de Christopher Nolan. Voici leurs réactions à chaud.

Jacqueline de Romilly : « Magnifique, mais… » https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacqueline_de_Romilly
« Quel spectacle ! Ces images en IMAX, ces paysages méditerranéens filmés avec une ampleur homérique… On sent enfin l’immensité de la mer, la pontos infinie, l’errance. Matt Damon en Ulysse a cette ruse dans le regard, cette endurance ; Anne Hathaway en Pénélope apporte une profondeur émouvante. Zendaya en Athéna, Charlize Theron en Circé… les dieux et les monstres prennent une présence presque tangible. »

« Pourtant, je regrette un peu. Nolan impose sa marque : le temps circulaire, la obsession de la mémoire et de la perte, les grandes idées philosophiques superposées. L’Odyssée est aussi une épopée de la parole, des récits enchâssés, de la séduction du langage. Ici, tout est visuel, spectaculaire, parfois un peu trop moderne. Où est la métis pure, la patience rusée d’Ulysse face aux tentations ? On gagne en épopée cinématographique ce qu’on perd en intimité psychologique grecque. Mais quelle émotion tout de même : ce retour à Ithaque, cette fidélité conjugale… cela touche au cœur de ce que j’ai toujours aimé chez Homère. »

Émile Littré : « Techniquement impressionnant, linguistiquement… discutable » https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Littr%C3%A9
« J’admire la rigueur technique : un film entièrement tourné en IMAX 70 mm, une prouesse matérielle digne d’un ingénieur. La langue est belle, le scénario condense habilement les aventures. Mais je m’interroge sur certaines traductions et adaptations des termes grecs. « Métis » devient presque une stratégie de survivaliste hollywoodien ; le nostos (le retour) se teinte de trauma post-guerre à la Nolan. »

« Homère n’est pas un blockbuster. L’Odyssée est une œuvre de civilisation, de formation de l’esprit grec. Ce film la rend accessible, spectaculaire – ce qui est une victoire pour la culture –, mais risque de la transformer en machine à sensations. Les sirènes hurlent trop fort, le Cyclope est un effet spécial. J’aurais préféré plus de fidélité philologique… même si, avouons-le, voir Polyphème en grandeur nature impressionne même un vieux positiviste comme moi. »

Lord Byron : « By Jove ! Voilà enfin un Ulysse à ma démesure ! » https://fr.wikipedia.org/wiki/Lord_Byron

« Magnificent ! Explosif ! Romantique jusqu’à la moelle ! Ce Damon-Ulysse, errant, tourmenté, rusé, séducteur et maudit, c’est mon héros par excellence. J’ai toujours vu en Ulysse un esprit libre, rebelle aux dieux comme aux hommes, un aventurier qui préfère la tempête à l’ennui domestique – un peu comme moi sur le lac Léman ou en Grèce. Nolan a compris cela : il en fait un homme moderne, hanté par ses choix, pris entre la gloire de Troie et le désir du foyer. Ces scènes de mer déchaînée, ces monstres titanesques, cette sensualité chez Circé et les Sirènes… enfin du sang, de la passion, du sublime ! »

« Bien sûr, les puristes vont pinailler. Trop de spectacle ? Trop d’effets ? Balivernes ! L’Odyssée était déjà une épopée sauvage et sensuelle. Nolan y ajoute ce que j’aimais tant : l’énergie byronienne, ce mélange de mélancolie et d’exaltation, cette ironie tragique face au destin. Pénélope (Hathaway) est plus forte et plus émouvante que dans bien des versions ; Télémaque (Holland) a cette fougue juvénile que j’aurais pu écrire. Si j’avais eu ces caméras IMAX en 1810, j’aurais filmé Childe Harold exactement comme cela ! »

« Un bémol tout de même : un peu trop propre, un peu trop hollywoodien dans la résolution. Moi, j’aurais laissé Ulysse plus ambigu, plus sombre, plus… byronien. Mais dans l’ensemble : un triomphe. Je lève mon verre de vin grec à Nolan ! »

Synthèse
Romilly** défend l’âme grecque et regrette la perte d’intimité psychologique et verbale.  
Littré** salue la technique mais exige plus de rigueur philologique.  
Byron** exulte : il y retrouve son romantisme passionné, son goût pour l’aventure rebelle et le sublime visuel.  

Le film est un triomphe visuel et technique qui ravive l’intérêt pour Homère, même s’il le réinvente à la sauce Nolan : plus spectaculaire, plus introspectif et plus romantique que le poème antique. Trois grands esprits en ressortiraient fascinés, mais avec des réserves très révélatrices de leur personnalité.

Avez-vous d’autres figures à ajouter ? Ou vos propres impressions après avoir vu le film ?

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18 juillet 2026 6 18 /07 /juillet /2026 16:01

"On se dit que ce monde d'aujourd'hui est celui de Satan, puis on relit Sénèque, ou n'importe quel historien du passé, pour s'apercevoir que, dans la médiocrité, le monde a toujours été semblable à lui-même.
Peut-être notre siècle n'a-t-il progressé que dans l'organisation administrative de la déshumanisation. "

 Carnets, tome 12 : Traversée (1990)
Louis Calaferte

Pour un Jean Vilar déconstruit, parce que la culture est un marché comme un autre du fétichisme marchand...

Dans l’après-guerre, Jean Vilar fonde le Festival d’Avignon avec une ambition claire : faire du théâtre un service public démocratique, un art exigeant accessible au plus grand nombre, un lieu de communion populaire et de confrontation avec les grandes œuvres. « Élitisme pour tous », disait-il. Soixante-dix ans plus tard, ce projet semble s’être mué en son contraire : la culture est devenue un ornement social au service d’une nouvelle classe dominante.

Cette nouvelle bourgeoisie ne s’appelle plus bourgeoisie. Elle se nomme progressisme. Diplômée, urbaine, cosmopolite, elle a remplacé l’ancienne distinction par des signes de vertu morale : inclusivité, décolonialité, lutte contre les discriminations, célébration du métissage, écologie performative. La culture n’est plus un outil d’émancipation collective, mais un marqueur d’appartenance à cette classe éclairée.

Avignon : le temple mondain
Le Festival d’Avignon illustre cette évolution avec éclat. Du projet populaire de Vilar, il reste le prestige et l’exigence formelle. Mais le public est devenu massivement diplômé, âgé, issu des classes supérieures culturelles. Le In fonctionne comme un grand rendez-vous estival où l’on consomme de la création « disruptive » et des positions politiques convenues. Le Off apporte un peu de foisonnement, mais l’ensemble reste perçu comme un entre-soi élitiste. La subvention publique finance un rituel qui rassure plus qu’il ne trouble. La culture y est exigeante, certes, mais surtout confortable pour ceux qui en maîtrisent déjà les codes.

Nostre Mar à Perpignan : le versant militant
À l’échelle locale, le Festival Nostre Mar (organisé par SOS Racisme) en est la version « combat ». Dans une ville dirigée par le RN, il propose conférences d’historiens reconnus, débats sur les discriminations, la Méditerranée « métissée », les mémoires, le climat et les luttes progressistes. Formellement riche et souvent gratuit, il se veut « à contre-courant ».  

Pourtant, il incarne le même phénomène : une religion du bien-penser. Les conclusions sont connues d’avance. La Méditerranée est célébrée comme espace de mélange obligé, les débats sont cadrés dans une grille morale progressiste. Le public visé est celui des milieux associatifs, intellectuels et militants de gauche. Loin d’être un outil de réflexion populaire, c’est un exorcisme symbolique : la bourgeoisie progressiste locale se donne bonne conscience en territoire « perdu », tout en évitant l’affrontement réel avec les questions qui fâchent les classes populaires.

Le même processus de capture
Dans les deux cas, on observe la même trahison de l’esprit vilariste :
Passage d’un universalisme exigeant à un particularisme moral de classe.
Remplacement du « donner à penser » (risqué, inconfortable) par le « bien-penser » (rituel, rassurant).
Transformation de la culture en hochet : distinction sociale pour les uns, arme symbolique contre l’adversaire politique pour les autres.

Perte de la dimension réellement populaire et démocratique.

La bourgeoisie traditionnelle assumait son statut. La bourgeoisie progressiste, elle, a besoin de se croire du côté des opprimés tout en conservant les leviers du capital culturel, des réseaux et des subventions. La culture est son instrument le plus raffiné : elle permet de moraliser le peuple « égaré » sans jamais remettre en cause les mécanismes qui creusent le fossé.

Ainsi, ce qui devait être un outil d’émancipation collective est devenu un ornement démilitarisé pour les gagnants de la méritocratie culturelle. Vilar voulait réunir et élever. La nouvelle classe dominante préfère séparer et se légitimer. Tant que la culture restera captive de cette idéologie de classe rebaptisée « progressisme », elle cessera d’être un enjeu démocratique majeur pour n’être plus qu’un joli hochet mondain ou militant.

Le diagnostic est sévère, mais lucide. La question reste ouverte : la culture française saura-t-elle un jour échapper à cette capture et renouer avec son ambition originelle ?

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12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 16:29

"Je me suis assis près de la rivière, près d'une statue d'herbe. Les brins d'herbe étaient en cuivre, et la pluie au fil des ans avait fini par leur donner leur couleur naturelle.
Ils étaient quatre au cinq en train d'installer cette tombe. C'était l'équipe des fossoyeurs. Ils descendaient la tombe sur le lit de la rivière. Ici, c'est comme cela que nous enterrons nos morts. Bien sûr, à l'époque des tigres, il ne nous fallait pas autant de tombes.
Nous les enterrons dans des cercueils de verre, au fond des rivières, et nous plaçons du phosphore dans ces tombes, ainsi elles brillent la nuit, et l'on peut apprécier ce qui arrive, après.
J'ai vu des truites qui observaient la scène. C'étaient de belles truites arc-en-ciel. Il y avait peut-être une centaine. Elles sont d'une grande curiosité, et elles se pressaient là, serrées les unes contre les autres. "

 La pêche à la truite en Amérique - 

Richard Brautigan

"Avant même le début du sommet dédié aux investissements étrangers, au château de Versailles, le géant japonais SoftBank a annoncé dimanche 31 mai injecter la somme de 75 milliards d’euros dans l’économie française, dont 45 milliards d’ici 2031 pour la construction de centres de données dans les Hauts-de-France. Son président, Masayoshi Son, a assuré à La Tribune dimanche : « Ce sera l’investissement le plus important en Europe dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle."

https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/emmanuel-macron-presente-a-choose-france-un-eldorado-des-data-centers-malgre-les-critiques-sur-l-environnement_264304.html

Oui, plantons des Data-Centers dans les Pyrénées-Orientales (mais avec des panneaux solaire et des éoliennes sur le toit !) 

Les oliviers brûlent comme des allumettes mouillées. Les vignes se tordent sous le soleil qui n’en finit plus de rire. Le vent, ce vieux complice catalan, emporte les cendres vers la mer où elles se noient poliment. C’est le stress hydrique de surface, disent les messieurs en costume qui viennent de Paris ou de Bruxelles. Un nom presque poétique pour dire que l’eau a décidé de vivre ailleurs.

Alors, naturellement, on se pose la question avec le sérieux d’un moine tibétain qui aurait avalé un ordinateur : faut-il remplacer l’agriculture par des data-centers ?

Imaginez. À la place des champs de pêchers qui n’ont plus soif que de souvenirs, on dresserait de grandes boîtes grises, silencieuses, bourdonnantes. Elles ne demandent presque rien à la terre. Juste un peu d’électricité (qu’on ira chercher très loin, chez des voisins qui ont encore de l’eau, c’est plus pratique) et surtout beaucoup d’eau pour refroidir les milliers de petits cœurs en silicium qui battent nuit et jour.

L’eau. Celle qui manque aux tomates. Celle qui manque aux rivières. Celle qui manque aux pompiers. Mais pour les serveurs, soudain, on en trouvera. C’est comme ça. L’eau pour les machines a un goût plus noble que l’eau pour les salades. Les salades ne rapportent pas de milliards en valorisation boursière. Les serveurs, si. Ils stockent nos photos de vacances, nos colères politiques et les recettes de grand-mère en format JPEG.

Et le plus beau dans tout ça : les touristes pourront enfin se rafraîchir en les visitant.  

Plus besoin de ces plages bondées et brûlantes. On proposera des visites guidées « Data Chill Experience ». Vous entrez dans la cathédrale fraîche des serveurs, température constante de 18 degrés, air conditionné comme une caresse polaire. Les enfants courent entre les allées en criant « C’est froid, maman ! » pendant que les parents, en tongs et chapeau de paille, prennent des selfies devant les racks qui ronronnent doucement. On vendra même des glaces à la sortie – parfum « Silicon Valley » ou « Climat Refroidi par l’IA ».  

Le guide, en polo floqué « Bienvenue chez nos serveurs », expliquera avec un sourire zen : « Ici, on ne fait plus pousser des fruits. On fait pousser de la fraîcheur. » L’ancien agriculteur reconverti en agent d’accueil racontera comment, avant, il ramassait des abricots qui fondaient dans la main. Maintenant, il vend des tickets à 19 euros pour venir grelotter devant des machines qui calculent l’avenir.

Dans le style des anciens paysans d’ici, on pourrait dire : « Avant, on faisait pousser des abricots. Maintenant on fait pousser du cloud… et on fait payer l’air conditionné aux Allemands et aux Parisiens. »

Le data-center ne se plaint pas quand il fait 42 degrés. Il ne fait pas la gueule quand la tramontane souffle à 120 km/h. Il reste là, impassible, royal, en train de calculer combien de likes a reçu la dernière vidéo d’un chat qui tombe d’un arbre. Pendant ce temps, l’agriculteur d’autrefois regarde ses terres craquelées comme la peau d’un vieil éléphant et se demande s’il ne devrait pas reconvertir sa ferme en parking pour les cars de touristes en quête de froid.

C’est beau, au fond. On passe d’une économie qui dépend du ciel à une économie qui dépend des câbles sous-marins. Le ciel, on ne le contrôle pas. Les câbles, si. Presque. Et surtout, on contrôle enfin la température pour le touriste qui paie.

Et quand tout aura brûlé, quand les dernières vignes seront devenues des souvenirs sur un disque dur, nous pourrons enfin dire, avec la fierté tranquille des peuples qui ont compris leur époque :

« Nous n’avons plus d’eau pour les arbres. Mais venez donc vous rafraîchir chez nous. Nos serveurs sont à température idéale, et le Wi-Fi est gratuit. »

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10 juillet 2026 5 10 /07 /juillet /2026 13:34

"C'est pas Versailles ici ?"

Anonyme 2026

Allons, enfilons nos lorgnons de détective, sans trop nous faire d’illusions. Le jeu des sept différences, ou peut-être des sept ressemblances, c’est selon. On va gratter un peu la surface, histoire de rire jaune.

Premier indice, le pantouflage, ce grand ballet national.  
Chaque saison, une fine brochette de hauts fonctionnaires quitte les lambris de Bercy ou de l’Élysée pour atterrir, comme par enchantement, dans les conseils d’administration des banques, des cabinets de conseil ou des grands groupes. On appelle cela « pantouflage », mot charmant qui sent bon la laine et le velours. Demain ils seront les mêmes hommes, simplement avec une carte de visite plus dorée. Curieux comme l’élite formée dans les mêmes écoles finit toujours par se retrouver du même côté de la table, n’est-ce pas ? Pure coïncidence, bien entendu.

Deuxième indice, à qui appartiennent les journaux, déjà ?  
Arnault, Niel, Bolloré, Drahi… Une poignée de très grandes fortunes qui tiennent des empires de presse et de télévision. On leur doit sans doute une certaine variété d’opinions : ils choisissent eux-mêmes les nuances. Posséder le récit, c’est déjà posséder une partie du pouvoir. Certes, il reste quelques îlots de presse indépendante et des médias publics, mais on sent bien que la liberté de ton a ses limites raisonnables.

Troisième indice, le financement de la vie politique.  
Ici, la France se donne des airs vertueux : plafonds de dépenses, interdiction des dons d’entreprises, remboursement public. Rien à voir avec les grandes orgies américaines. Un milliardaire ne peut pas, légalement, acheter une élection d’un seul chèque. Il peut toutefois acheter les journaux, les instituts de sondage, les think tanks qui préparent les esprits. C’est plus raffiné, plus discret.

Quatrième indice, la fiscalité et ses délicates attentions.  
Suppression de l’ISF, remplacement par un IFI plus léger, flat tax sur les revenus du capital, niches fiscales accueillantes… Autant de mesures présentées comme modernes et dynamiques. On nous assure pourtant que la France reste championne de la redistribution, avec ses services publics et sa protection sociale. Sans doute. Mais on remarque tout de même que les plus habiles paient souvent, proportionnellement, un peu moins que le médecin de quartier. Simple arithmétique, paraît-il.

Cinquième indice, le lobbying, ce discret murmure.  
Les cabinets de conseil qui soufflent les réformes, les représentants d’intérêts qui entourent les textes, les grandes entreprises qui inspirent les lois agricoles ou environnementales… Tout cela existe, fort poliment enregistré auprès de la Haute Autorité pour la transparence. Est-ce de l’influence légitime ou une capture progressive ? La question reste d’un goût exquis.

Alors, verdict ?  

On trouve assez d’éléments pour nourrir le soupçon : allers-retours public-privé, concentration des médias, fiscalité complaisante, influence discrète mais constante de l’argent. De quoi faire naître l’impression tenace que le bulletin de vote pèse parfois moins lourd que certains carnets de chèques.

Pourtant la France conserve encore quelques garde-fous : élections disputées, encadrement du financement politique, une justice qui bouge parfois, une presse plurielle quoique fragile, et un État qui redistribue encore beaucoup, du moins sur le papier.  

Entre la caricature d’un pays dirigé par quelques grandes fortunes et le beau récit d’une démocratie sociale exemplaire, la vérité loge dans une zone grise fort étendue. Grise à souhait. Et l’on sent bien que ce gris ne va pas s’éclaircir de sitôt.

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9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 14:16

Dans un contexte de crise climatique qui accentue les risques de feux de forêt, l’incendie qui a ravagé une partie des Pyrénées-Orientales début juillet 2026 illustre à la fois la vulnérabilité des territoires et la résilience d’une société locale capable de se mobiliser rapidement. Au-delà de l’action déterminante des pouvoirs publics, la solidarité entre villages et habitants révèle un potentiel précieux de « mise en commun ».

Un feu « gigantesque » aux conséquences lourdes

Déclaré le samedi 4 juillet 2026 près de Trévillach, l’incendie a rapidement pris une ampleur exceptionnelle. Selon les données de la préfecture et des services de secours :

4 900 hectares** parcourus par les flammes au bilan des premiers jours.
Plus de 10 000 à 12 000 personnes évacuées préventivement sur une vingtaine de communes (jusqu’à 26 ou 27 communes concernées selon les points de situation).
Environ 800 sapeurs-pompiers mobilisés sur le terrain, appuyés par des moyens aériens (Canadair et renforts européens en cours d’acheminement).
Une vingtaine de maisons endommagées ou détruites dans certains villages, une quarantaine de véhicules touchés, et des dégâts importants sur l’arboriculture, la viticulture et l’élevage.

Le feu, attisé par la sécheresse exceptionnelle, des températures élevées et un vent changeant (Tramontane), n’était toujours pas « fixé » en début de semaine malgré une progression contenue. Des reprises de feu ont nécessité une vigilance constante. Au total, une douzaine de blessés légers ont été recensés, dont plusieurs pompiers.

La mobilisation des pouvoirs publics

La préfecture des Pyrénées-Orientales, sous l’autorité du préfet Pierre Regnault de la Mothe, a coordonné les opérations : évacuations massives, interdictions d’accès, et déploiement de forces de gendarmerie (environ 170 gendarmes en soutien). Des hébergements d’urgence ont été ouverts dans des salles communales. Certains habitants ont pu regagner leur domicile à partir du mercredi 8 juillet dans une douzaine de communes, tandis que d’autres restaient sous ordre d’évacuation.

La solidarité locale en action : le « en commun » à l’œuvre

Face à l’ampleur de la catastrophe, les initiatives citoyennes et villageoises ont rapidement complété l’action institutionnelle. À Millas, un collège a été transformé en base logistique offrant repos, repas et soutien aux pompiers épuisés. Des habitants ont spontanément apporté denrées, matériels et aide logistique. Des réseaux de voisinage ont pris en charge l’accueil des évacués, transformant des salles des fêtes en lieux de vie temporaire.

Cette entraide n’est pas anecdotique. Elle repose sur une connaissance fine du terrain et une réactivité que les structures centralisées ont parfois plus de mal à égaler dans l’urgence. Agriculteurs, maires de petites communes, associations et simples citoyens ont contribué à maintenir le lien social et à limiter les difficultés pratiques (hébergement, ravitaillement, premiers besoins).

Un capital social à valoriser

Cet épisode rappelle que la France dispose encore d’un tissu social capable de « faire société » même dans un monde perçu comme individualiste. La solidarité de proximité ne concurrence pas l’État : elle le complète en apportant souplesse, humanité et efficacité locale. Dans un département rural et périurbain comme les Pyrénées-Orientales, déjà confronté à des risques accrus d’incendies, ce potentiel représente une véritable ressource pour la résilience collective.

Pour pérenniser cette dynamique, plusieurs pistes méritent d’être explorées : renforcement des réserves communales de sécurité civile, création de chaînes d’entraide villageoises formalisées, et plus grande association des citoyens à la prévention (débroussaillage collectif, sensibilisation). Alors que le changement climatique rend ces événements plus fréquents et plus précoces, miser sur ce « en commun » pourrait s’avérer décisif pour l’avenir.

La bataille contre l’incendie n’est pas terminée, mais la manière dont les villages et les habitants des Pyrénées-Orientales ont fait face témoigne d’une force collective précieuse. Un exemple à méditer et à cultiver.

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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 12:42

🔥 #Incendie de Trévillach | Point de situation
✅ Évolution favorable : le feu n'a pas progressé cette nuit. Il n'est toutefois pas encore fixé. À ce stade, 4 900 hectares ont été parcourus.
🏠 Les habitants de Taulis, Taillet, Arboussols, Corbère, Corbère-les-Cabanes, Llauro, Oms, Montalba-le-Château, Montauriol, Sainte-Colombe-de-la-Commanderie, Tarerach et Tordères peuvent réintégrer leur domicile.
🚧 La RD66 rouvre à la circulation à partir de 9h00 dans les deux sens. Les accès à Ille-sur-Têt, Vinça, Rodès et Bouleternère restent interdits. Consultez l'état des routes sur http://www.inforoute66.fr .
🐾 Les habitants des zones évacuées peuvent confier leurs clés à leur maire afin de leur permettre de nourrir  leurs animaux de compagnie.
👩‍⚕️ Les professionnels assurant des missions essentielles (médecins, professionnels de santé...) sont invités à se signaler auprès de leur mairie afin de solliciter, si nécessaire, une dérogation de circulation.
⚠️ Malgré cette évolution encourageante, le risque de reprise demeure. Respectez strictement les consignes des autorités et ne retournez pas dans les zones évacuées tant que cela n'est pas autorisé.
📞 Cellule d'information du public (24h/24) : 09 70 80 90 40

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7 juillet 2026 2 07 /07 /juillet /2026 18:06

"Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat."

Alberto Giacometti 

La grande salle de Kaamelott pue la fumée, le pin cramé et le désespoir administratif. Arthur a la tête du type qui a compris depuis longtemps que tout le monde se foutait de sa gueule. Les chevaliers sont là, blasés, comme des vieux briscards qui ont vu trop de magouilles.

Arthur : Allez, mes chers abrutis, encore une belle saison des feux dans les Pyrénées-Orientales. Plus de mille hectares partis en fumée, et tout le monde qui fait semblant de tomber des nues. On découvre, avec une surprise feinte, que l’arrachage des vignes, c’était exactement autant de pare-feu qu’on a nous-mêmes liquidés à coups de primes européennes. La fin du pastoralisme ? Autant de touffes d’herbes sèches qui n’ont pas été broutées et qui ont servi de relais impeccable pour les flammes. C’est beau, hein ? On détruit ce qui protège, on paye pour ça, et après on pleure en commission d’enquête. Du travail de haute voltige.

Perceval : Ouais, Sire. Avant, y’avait des bergers et des bestiaux qui tondaient gratis. C’était ringard, ça. On a préféré la modernité : arracher, subventionner la friche, laisser la garrigue reprendre ses droits. Résultat ? Le feu cavale plus vite qu’un député qui sent l’odeur des enveloppes. L’année dernière dans l’Aude, seize mille hectares qui ont cramé comme du papier à cigarette. Là où la vigne tenait encore, elle a fait son boulot. Là où on avait tout arraché… ben c’était l’autoroute pour l’enfer. Les pompiers l’ont dit : facteur aggravant. Mais bon, qui écoute les pompiers quand on a des objectifs de « restructuration » à tenir ? 

Lancelot : Magnifique. On file quatre mille balles l’hectare pour arracher ce qui marchait depuis des siècles, et on s’étonne que la nature devienne un immense bidon d’essence. Les vignes, c’était le dernier coupe-feu gratuit dans ces caillasses. Bien tenues, pas d’herbe au pied, le feu se casse les dents. Maintenant ? Des friches à perte de vue. Bravo les génies. On a transformé des pare-feu vivants en zones sinistrées subventionnées. Du pur génie administratif.

Karadoc : Le pastoralisme ? Ringard aussi, évidemment. Des moutons qui entretiennent le terrain sans rien demander ? Trop simple. On préfère payer des machines, des études, des rapports, et laisser brûler. C’est plus moderne. Et puis ça fait de belles images pour le journal de 20 heures : « Le drame climatique ». Ouais, le climat a bon dos. Nous, on a juste passé des années à scier la branche sur laquelle on était assis.

Léodagan : Un quart du vignoble des Pyrénées-Orientales qui va disparaître en deux ans. Et après on viendra nous expliquer que c’est la faute au réchauffement, pas à nos conneries. C’est comme si on virait tous les gardes du corps d’un caïd et qu’on s’étonnait qu’il se prenne une bastos. Cynique ? Non. Réaliste.

Arthur, avec un rire amer : La vigne, c’était le meilleur rempart qu’on avait. On l’a vu clairement : là où elle restait, le feu s’arrêtait net. Là où on l’avait liquidée pour « adapter la production », la garrigue a fait le reste. On paye pour détruire les solutions naturelles, et on s’indigne que le problème empire. C’est pas de la politique agricole, c’est une vaste escroquerie à ciel ouvert. On restructure, on optimise, on modernise… et on finit avec des cendres et des viticulteurs ruinés qui demandent des aides. Cercle vicieux de première classe. 

Perceval : Au fond, on n’aime pas vraiment la terre. On aime les plans sur le papier. Le berger ? Trop sale. La vigne bien entretenue ? Trop compliqué. On préfère tout laisser partir en friche et appeler ça « transition écologique ». Pendant ce temps, le feu rigole. Il sait qu’on est plus forts pour distribuer des subventions que pour empêcher la catastrophe.

Arthur, glacial : Alors on continue, hein ? Encore un peu d’arrachage, encore un peu de friche, encore quelques beaux incendies pour justifier de nouvelles primes. Le contribuable adore ça. Et pendant qu’on y est, on va blâmer le climat, qui ne vote pas. C’est plus facile que d’admettre qu’on a passé dix ans à tout foutre en l’air avec application.

Léodagan : Si un jour ils veulent vraiment arrêter les conneries, ils ramèneront les troupeaux et ils garderont les vignes stratégiques. Mais bon… je parie plutôt sur une nouvelle commission et un beau rapport de trois cents pages. Ça fera plus sérieux.

Arthur : Allez, messires. Le spectacle continue. La France brûle, mais au moins elle brûle proprement… avec des subventions.Rideau. c'est une autre bibliothèque qui a brulé...

Quelque part, un fonctionnaire remplit un formulaire en sirotant un pastis, pendant qu’un berger marmonne : « Bande d’enfoirés… »Avec toute la tendresse cynique qu’on doit à Michel Audiard et à la réalité du terrain.

 

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