[Martial Pombo, l'auteur] : Combien d'Espagnols manquaient à ce triomphal acte d'allégeance de la Castellana au cours duquel fut définitivement adopté le cri de « Franco, Franco, Franco », trois fois comme "Sanctus, Sanctus, Sanctus", dans l'orgasme de la consécration eucharistique ? Un million de citoyens étaient morts, ou sur les divers chemins de l'exil. Dans les prisons s'entassaient des milliers et des milliers de suspects torturés et bientôt fusillés ou condamnés à des peines hallucinantes, je ne me risquerais pas, ne voulant faire ni le généreux ni l'avare, dans cette dispute scientifique des historiens pour savoir si entre 1939 et 1943 vous avez envoyé au peloton d'exécution ou au garrot deux cent mille vaincus ou plus, mais en tout cas je ne transigerai pas sur le chiffre de deux cent mille. […]
Moi, franco
Manuel Vázquez Montalbán
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Je suis tomber sur un reportage France 3 Pays-Catalans narrant comment le mémorial de Rivesaltes compter faire ressentir le vécu intransmissible historique du lieu par des artistes qui avez eu accès aux archives pour créer des outils culturels d'émotions rafraichisseurs de mémoire de l'instant présent, Carpé quelque chose : #cétaitpasfrançoisvillon ! Il ne faut pas confondre une tragédie avec un drame, et un drame avec un "fais divers", même au nom de tous les biens https://www.youtube.com/shorts/TQO30K7D6K8
IMAGINEZ: un récit, où le mémorial de rivesaltes qui associe des artistes à la présentation du parcours, qui n'ont rien de Jean Ferra dans "nuit et brouillard"https://www.youtube.com/watch?v=CwGaG5IMiyE&list=RDCwGaG5IMiyE&start_radio=1. Mais plutôt de baladins exaltés sortis tout droit de "l'île aux enfants" (l'homme dans casimir vient de nous quitter) . Avec de surcroit un public conquis et ravi "d'apprendre quelque chose": genre les internés à l'époque n'avait pas de WC à la japonaise à leur disposition , pas plus que de mobiliers suédois dans les dortoirs, et ne parlons pas de la cantine: une époque où Uberheat n'existait pas!
Bref à l'époque de sa pleine activité le camp de Rivesaltes aurait été dénoncé sur les réseaux sociaux....Imaginons alors, comme dans la série "la quatrième dimension", dans le même mémorial, soit fait une visite par un groupe de franquistes à la retraite en guise de sortie d'Hepad et accompagnés par leurs petits enfants: qu'aurait été leur regard ?
Ils descendent du car de l’Ehpad Espagnol, un groupe de vieux franquistes , accompagnés de leurs petits-enfants.
Don Emilio a 93 ans, don Ramón 91. Ils n’ont jamais mis les pieds à Rivesaltes en 1939 ou en 1941. Pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils étaient du bon côté. Ils avaient gagné.
Ce qu’ils savent du camp, c’est ce qu’on en disait alors dans la presse franquiste, ou ce qu’ils ont pu lire plus tard dans L’Indépendant de l’autre côté de la frontière. Pour le reste, c’était simple : les "rojos" avaient perdu, les anarchistes avait déjà commencé d'être purgés des mai1937 par les "stal"...
Beaucoup auraient préféré les voir fusillés sur place plutôt que de les laisser fuir. Dieu en a disposé autrement. Ils ont traversé les Pyrénées. La France les a parqués. Affaire classée.
Depuis la mort de Franco en 1975 et le retour de la démocratie, ils se sont un peu assouplis. Un peu. Pas plus. Aucun remords. Ni chez eux, ni chez la plupart de leurs descendants.
Le Mémorial de Rivesaltes les accueille avec son architecture de béton, ses îlots pédagogiques, ses tablettes, ses médiateurs souriants et ses œuvres d’art contemporain. On leur explique les conditions de vie des internés : le froid, la faim, l’absence de confort. Pour un peu, on préciserait, avec un sérieux presque enfantin, qu’il n’y avait ni WC à la japonaise, ni mobilier suédois, ni plusieurs menu à la cantine . Le public d’habitués hoche la tête, content d’avoir « appris quelque chose ».
Don Emilio écoute, les mains sur sa canne.
Il regarde les photos de 1941 : des hommes maigres, des femmes, des enfants. Des Espagnols pour plus de la moitié. Des républicains. Des rojos.
« Ils en font tout un cinéma », dit-il à don Ramón, sans hausser le ton.
« À l’époque, on était contents qu’ils soient de l’autre côté. On avait gagné la guerre. Eux, ils avaient perdu. Ils sont partis. La France, cette république sentimentale (il a du mal avec le mot) les a mis là. Et maintenant on nous raconte qu’ils n’avaient pas accès à des toilettes modernes. »
Sa petite-fille, un peu crispée, murmure :
«Quand même grand-père… c’étaient des familles. Des réfugiés. »
Don Emilio la regarde avec une patience usée.
« Des familles de ceux qui avaient mis l’Espagne à feu et à sang, ma fille.
On les a battus. Point.
Ici, on transforme ça en leçon de morale avec des écrans et des artistes.
On parle de “mémoire”, de “traumatisme”, d’“indésirables”.
Comme si on devait s’excuser d’avoir gagné.
Il n’y a pas de remords. Ni chez nous, ni chez nos enfants. »
Ils avancent dans le parcours.
Les panneaux parlent de la Retirada, des centaines de milliers qui ont traversé en février 1939, des camps de plage d’abord, puis de Rivesaltes. Des conditions dures, des morts de faim et de froid. Plus tard les juifs, les Tsiganes, les Harkis. Le mémorial empile les souffrances, prétend les rendre universelles, éducatives, touchantes.
Don Ramón s’arrête devant une vitrine et secoue la tête.
« Ils ont de la chance, ceux d’ici.
On leur a fait un beau bâtiment, des expositions, des visites guidées.
En Espagne, les fosses communes, c’est eux qui y sont. Les rojos, les accusés d’être rojos, tous ceux qu’on a mis dessous.
Pas nous.
Nous, le vrai drame récent, c’est d’avoir vu le corps de Franco sorti de la Valle de los Caídos.
Ce monument construit par des prisonniers républicains, dont nombreux sont morts pendant les travaux.
On l’a déplacé. Comme si on pouvait effacer le Caudillo.
Ça, c’est une offense.
Les fosses des autres, c’est leur affaire. »
Le médiateur s’approche, souriant, pour expliquer un îlot sur les conditions sanitaires.
Don Emilio l’écoute poliment, puis demande, d’une voix calme :
« Et est-ce qu’on explique aussi pourquoi ils étaient là ?
Parce qu’ils avaient perdu une guerre ?
Ou seulement parce qu’il manquait le confort moderne dans l'Espagne régénérer de Franco ? »
Le médiateur hésite. Le public autour regarde ailleurs.
Dans le car, au retour, les petits-enfants postent déjà des photos : « Visite émouvante. On n’oublie jamais. #Mémoire ».
Certains d’entre eux, pourtant, partagent le silence des grands-pères. Pas de remords non plus.
Don Emilio regarde par la fenêtre la plaine du Roussillon qui s’éloigne.
« Ils ont adouci l’histoire », dit-il à don Ramón.
« Ils en ont fait une visite pédagogique pour gens de bonne volonté.
Nous, on savait ce que c’était.
On avait gagné.
Les rojos et les anarchistes avaient perdu.
Dieu en a disposé autrement en les laissant s’enfuir.
Et maintenant on nous demande d’être émus parce qu’ils n’avaient pas de WC japonais.
Depuis 75, on s’est un peu assouplis.
Un peu.
Pas plus.
Pas de remords.
Les fosses, c’est les leurs.
Le vrai scandale, c’est d’avoir touché au Caudillo. »
Le car franchit la frontière.
Derrière, le Mémorial continue d’accueillir des classes qui apprennent, avec une certaine ,génance problématique que les internés d’autrefois n’avaient pas de mobilier suédois...
La Nueve ou les oubliés de la victoire. Un film de Albert Marquardt Premiers soldats de la France Libre à entrer dans Paris occupé le 24 août 1944, les républicains espagnols de la Nueve sont les héros oubliés de la victoire alliée contre la barbarie nazie. Composée d'anarchistes, de socialistes et de républicains modérés, la Nueve est une unité atypique.
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