« Timeo Danaos et dona ferentes »
« Je crains les Grecs, même lorsqu'ils apportent des cadeaux ».
dans la bouche de Laocoon par Virgile dans l'Énéide (II, 49)
"La théâtrocratie correspond à ce stade d'évolution de la démocratie où tout le monde se croit compétent sur tout sans avoir rien appris. Chacun acquiert alors une assurance qui se transforme bientôt en impudence, refuse toute autorité et, finalement, cherche à désobéir aux lois, ne respectant plus ni serment, ni engagement. "(Platon, Lois III, 701 A-D).
Petites lecons sur le grec ancien
Jacqueline de Romilly
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Première impression : Littré, Jacqueline de Romilly et Lord Byron face à *L’Odyssée* de Nolan
Imaginez la scène : trois esprits hors du temps, réunis dans une salle IMAX le 18 juillet 2026, découvrent le blockbuster de Christopher Nolan. Voici leurs réactions à chaud.
Jacqueline de Romilly : « Magnifique, mais… » https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacqueline_de_Romilly
« Quel spectacle ! Ces images en IMAX, ces paysages méditerranéens filmés avec une ampleur homérique… On sent enfin l’immensité de la mer, la pontos infinie, l’errance. Matt Damon en Ulysse a cette ruse dans le regard, cette endurance ; Anne Hathaway en Pénélope apporte une profondeur émouvante. Zendaya en Athéna, Charlize Theron en Circé… les dieux et les monstres prennent une présence presque tangible. »
« Pourtant, je regrette un peu. Nolan impose sa marque : le temps circulaire, la obsession de la mémoire et de la perte, les grandes idées philosophiques superposées. L’Odyssée est aussi une épopée de la parole, des récits enchâssés, de la séduction du langage. Ici, tout est visuel, spectaculaire, parfois un peu trop moderne. Où est la métis pure, la patience rusée d’Ulysse face aux tentations ? On gagne en épopée cinématographique ce qu’on perd en intimité psychologique grecque. Mais quelle émotion tout de même : ce retour à Ithaque, cette fidélité conjugale… cela touche au cœur de ce que j’ai toujours aimé chez Homère. »
Émile Littré : « Techniquement impressionnant, linguistiquement… discutable » https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Littr%C3%A9
« J’admire la rigueur technique : un film entièrement tourné en IMAX 70 mm, une prouesse matérielle digne d’un ingénieur. La langue est belle, le scénario condense habilement les aventures. Mais je m’interroge sur certaines traductions et adaptations des termes grecs. « Métis » devient presque une stratégie de survivaliste hollywoodien ; le nostos (le retour) se teinte de trauma post-guerre à la Nolan. »
« Homère n’est pas un blockbuster. L’Odyssée est une œuvre de civilisation, de formation de l’esprit grec. Ce film la rend accessible, spectaculaire – ce qui est une victoire pour la culture –, mais risque de la transformer en machine à sensations. Les sirènes hurlent trop fort, le Cyclope est un effet spécial. J’aurais préféré plus de fidélité philologique… même si, avouons-le, voir Polyphème en grandeur nature impressionne même un vieux positiviste comme moi. »
Lord Byron : « By Jove ! Voilà enfin un Ulysse à ma démesure ! » https://fr.wikipedia.org/wiki/Lord_Byron
« Magnificent ! Explosif ! Romantique jusqu’à la moelle ! Ce Damon-Ulysse, errant, tourmenté, rusé, séducteur et maudit, c’est mon héros par excellence. J’ai toujours vu en Ulysse un esprit libre, rebelle aux dieux comme aux hommes, un aventurier qui préfère la tempête à l’ennui domestique – un peu comme moi sur le lac Léman ou en Grèce. Nolan a compris cela : il en fait un homme moderne, hanté par ses choix, pris entre la gloire de Troie et le désir du foyer. Ces scènes de mer déchaînée, ces monstres titanesques, cette sensualité chez Circé et les Sirènes… enfin du sang, de la passion, du sublime ! »
« Bien sûr, les puristes vont pinailler. Trop de spectacle ? Trop d’effets ? Balivernes ! L’Odyssée était déjà une épopée sauvage et sensuelle. Nolan y ajoute ce que j’aimais tant : l’énergie byronienne, ce mélange de mélancolie et d’exaltation, cette ironie tragique face au destin. Pénélope (Hathaway) est plus forte et plus émouvante que dans bien des versions ; Télémaque (Holland) a cette fougue juvénile que j’aurais pu écrire. Si j’avais eu ces caméras IMAX en 1810, j’aurais filmé Childe Harold exactement comme cela ! »
« Un bémol tout de même : un peu trop propre, un peu trop hollywoodien dans la résolution. Moi, j’aurais laissé Ulysse plus ambigu, plus sombre, plus… byronien. Mais dans l’ensemble : un triomphe. Je lève mon verre de vin grec à Nolan ! »
Synthèse
Romilly** défend l’âme grecque et regrette la perte d’intimité psychologique et verbale.
Littré** salue la technique mais exige plus de rigueur philologique.
Byron** exulte : il y retrouve son romantisme passionné, son goût pour l’aventure rebelle et le sublime visuel.
Le film est un triomphe visuel et technique qui ravive l’intérêt pour Homère, même s’il le réinvente à la sauce Nolan : plus spectaculaire, plus introspectif et plus romantique que le poème antique. Trois grands esprits en ressortiraient fascinés, mais avec des réserves très révélatrices de leur personnalité.
Avez-vous d’autres figures à ajouter ? Ou vos propres impressions après avoir vu le film ?
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