« La guerre civile ne m'a fait vraiment peur que le jour où je me suis aperçu que j'en respirais, presque à mon insu, sans haut-le-cœur, l'air fade et sanglant. »
« Le mensonge politique est l'art de donner des raisons nobles à des actes bas. »
Publié en 1938, Les Grands Cimetières sous la lune de Georges Bernanos est un violent réquisitoire contre la guerre d'Espagne
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Samedi 22 août 2026, la place de Sant Jaume, cœur symbolique du pouvoir catalan à Barcelone, a été le théâtre d’une confrontation politique hautement chargée. Le groupe d’extrême droite espagnol Reconquista, allié au mouvement paneuropéen Save Europe Act, a organisé une manifestation anti-migration. Face à eux, des centaines d’opposants catalanistes, anarchistes et antiracistes ont formé une contre-manifestation antifasciste nettement plus nombreuse. La police a déployé un important dispositif pour séparer les deux camps.
Des images montrent une cinquantaine à une centaine de manifestants pro-Espagne, drapés de drapeaux nationaux, déroulant avec difficulté une immense banderole de plusieurs centaines de mètres carrés portant le slogan « Remigration saves Europe ». Parmi eux, certains arborait des symboles franquistes. L’un des participants a crié « ¡Arriba España ! », le vieux slogan falangiste et franquiste, rappelant les racines nationalistes radicales de certains franges du mouvement.
Le porte-parole de Reconquista, Toni Estévez — jeune activiste à l’allure très « Hitlerjugend », souvent photographié en chemise et pantalon militaire court —, a pris la parole face aux médias. Il a dénoncé les « télévisions de merde qui ont participé à la destruction de l’Espagne », accusant les médias publics et le gouvernement d’avoir favorisé ce qu’il appelle une « invasion ». Selon lui, le groupe entend préserver la « cohésion sociale » européenne face à une migration de masse qu’il juge menaçante pour la civilisation européenne. Estévez et ses compagnons appellent à une politique de « remigration » : le retour forcé de migrants non européens.
Un contexte historique et politique tendu
Reconquista, fondé en 2023 « au cœur de la Catalogne », est un mouvement de jeunesse d’extrême droite évoluant dans l’orbite de Vox. Il s’inscrit dans une tradition qui réactive le mythe de la Reconquista médiévale — la reconquête chrétienne de la péninsule Ibérique sur les musulmans — pour l’appliquer à l’immigration contemporaine. Save Europe Act, mouvement identitaire européen porté notamment par des figures comme Eva Vlaardingerbroek et Martin Sellner, promeut la même idée de « continuité ethnoculturelle » et a tenté sans succès de faire valider une initiative citoyenne européenne sur le sujet. Leur tournée européenne a déjà touché plusieurs villes ; Barcelone était la première étape officielle en Espagne.
La tenue de cette manifestation dans la capitale catalane n’est pas anodine. Depuis l’échec du processus d’indépendance de 2017 (le « Procés »), Barcelone a connu de profondes transformations. La ville, autrefois symbole du nationalisme catalan et des grandes mobilisations indépendantistes, est devenue une métropole de plus en plus multiculturelle. Selon les données municipales, la population née à Barcelone ne représente plus que 44,6 % des habitants en 2026, tandis que les personnes nées à l’étranger approchent les 36 %. L’immigration, le tourisme de masse, la gentrification et l’exode de nombreux Catalans de souche ont redessiné le tissu social. Pour les organisateurs de la manifestation, cette évolution illustre précisément la « substitution » démographique qu’ils dénoncent. Pour leurs opposants, elle incarne au contraire l’ouverture et le cosmopolitisme d’une ville qui refuse de devenir le porte-voix de thèses xénophobes.
Face-à-face dans la place du pouvoir catalan
Les contre-manifestants, regroupés sous des banderoles « No pasarán, Barcelona antifascista » ou « Stop Vox », ont largement dépassé en nombre les participants de Reconquista et Save Europe Act. Anarchistes, antiracistes et militants catalanistes ont dénoncé un « discours de haine » et un « délire suprémaciste ». Les Mossos d’Esquadra ont maintenu un cordon de sécurité strict, empêchant tout contact direct. Aucun incident majeur n’a été signalé, mais la mairie de Barcelone a annoncé qu’elle saisirait le parquet pour certains slogans jugés racistes ou xénophobes (« Ce n’est pas de l’immigration, c’est une invasion », « Espagne chrétienne, pas musulmane »).
Cette journée illustre la polarisation croissante en Espagne et en Europe autour de la question migratoire. Tandis que l’extrême droite tente d’exporter le concept de « remigration » depuis les réseaux identitaires continentaux, les forces antifascistes et progressistes catalanes réaffirment leur rejet de ces idées dans un lieu chargé d’histoire : la place où siègent la Generalitat et la mairie, symbole d’une Catalogne qui, après l’échec de 2017, navigue entre identité propre, ouverture au monde et tensions sociales nouvelles.
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