« Le droit chemin, c'est aussi une valeur physique. Prenez du charbon et du diamant, l'un est noir, opaque et mou, l'autre blanc, transparent et dur. Pourtant, ils sont exactement composés du même corps : le carbone. »
— Patrick Burensteinas
Dimanche 23 août 2026, le vidéaste Sylvain Pierre Durif a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle française de 2027 dans une courte vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, notamment Instagram (plus de 40 000 abonnés) et YouTube.
Dans cette séquence d’une vingtaine de secondes, il se présente ainsi : « Bonjour. Je suis le grand monarque, le Christ cosmique, le Messie, le roi et le pape Pierre, le président de la gouvernance pacifique planétaire et cosmique Elvita. Je vous annonce à toutes et à tous ma candidature officielle et publique pour l’élection présidentielle de 2027 en France. Bonne journée. » La publication a rapidement recueilli des milliers de likes et de commentaires, souvent teintés d’ironie ou de soutien humoristique.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte de multiplication des candidatures déclarées ou potentielles pour le scrutin d’avril-mai 2027, alors qu’Emmanuel Macron ne peut se représenter. Comme en 2017, Durif devra toutefois obtenir les 500 parrainages d’élus pour valider sa participation.
Qui est Sylvain Durif ?
Né le 23 août 1969 à Nantua (Ain), Sylvain Pierre Durif est une figure atypique de l’internet français, connue pour ses vidéos ésotériques et complotistes. Il a créé en 2004 la société Elvita, spécialisée dans l’édition de logiciels, qu’il présente comme le véhicule d’une « gouvernance pacifique planétaire et cosmique ». Il affirme incarner « l’énergie du Christ cosmique » annoncée par Nostradamus, et se revendique sous de multiples noms : Oriana, Sylvanus, l’Homme vert, Merlin l’Enchanteur, le Grand Monarque, le Messie ou encore le pape Pierre.
Il prétend disposer de pouvoirs de guérison, communiquer avec des extraterrestres (notamment les Elohim ou des êtres de Vénus), et connaître l’existence d’un réseau souterrain de « cités de lumière » appelé Agartha. Ses discours mêlent prophéties, théories du complot (reptiliens, bases extraterrestres) et projets utopiques, comme la construction d’une « cité de lumière » pour instaurer la paix sur Terre et dans le cosmos. Il précise ne pas être le leader d’un culte sectaire.
Depuis 2017, il réside à Toubab Dialaw (Sénégal), d’où il continue de publier des vidéos. Sa chaîne YouTube compte plus de 84 000 abonnés. Des rumeurs de décès ont circulé à plusieurs reprises (notamment en 2019), qu’il a démenties en les attribuant à des usurpateurs.
La notoriété née de Bugarach en 2012
Sa notoriété médiatique éclate en décembre 2012, à l’approche de la date symbolique de la fin du calendrier maya (21 décembre). Le village de Bugarach (Aude), peuplé d’environ 200 habitants, devient un lieu de pèlerinage pour des croyants persuadés qu’il serait épargné par l’apocalypse, en raison de légendes locales et d’une colline considérée comme sacrée.
Présent sur place, Durif multiplie les interviews dans la presse et à la télévision. Il se proclame « Christ cosmique » et « Grand Monarque », évoque des abductions extraterrestres subies dès l’enfance (vers l’âge de 5 ans, sur la planète Aldébaran) et annonce une « ascension intérieure » plutôt qu’une fin du monde. Ces interventions, souvent filmées de manière artisanale, deviennent virales et font de lui un personnage internet emblématique, entre figure de prophète autoproclamé et objet de moqueries.
Premières tentatives électorales
En 2014, il se présente aux élections municipales à Arques, village voisin de Bugarach. Il recueille seulement 7 voix (environ 5 % des suffrages exprimés) et n’est pas élu. Il tente également une candidature aux départementales de 2015 dans le canton de Couiza, sans succès.
En décembre 2016, il annonce sa candidature à la présidentielle de 2017 via une vidéo YouTube rapidement vue des centaines de milliers de fois. Son programme, diffusé sur Facebook, mêle propositions sociales (logements pour les SDF et migrants, suppression du RSI) et éléments ésotériques : remplacement de La Marseillaise par un hymne au « Grand Monarque », construction de bases d’atterrissage pour vaisseaux extraterrestres, « barrières cosmiques » contre les « reptiliens nazis », ou encore déradicalisation dans des mines de sel. Son objectif principal : « instaurer le paradis en tant que dernier roi de France et dernier pape ». Il n’obtient pas les 500 parrainages nécessaires.
Un personnage entre farce et phénomène internet
Sylvain Durif est largement perçu comme une figure loufoque ou un « Coluche cosmique » par certains sympathisants, tandis que d’autres voient en lui un symptôme de l’exclusion sociale ou de la fascination pour les discours alternatifs. Ses vidéos, souvent tournées dans un style improvisé, ont alimenté un mème durable sur les réseaux sociaux français. Des sites satiriques (comme Nordpresse à l’époque) ont parfois amplifié ou parodié sa candidature, ce qu’il a dénoncé comme un sabotage.
Dix ans après sa première tentative présidentielle, son retour médiatique en 2026 relance le débat sur la place des candidatures marginales et ésotériques dans le paysage politique français. Reste à savoir s’il lancera réellement la collecte des parrainages ou si cette annonce restera, comme en 2017, une parenthèse virale dans la pré-campagne. Après la déclaration de candidature de Raphaël Glucksmann, il y a concurrence de candidats ésotériques...