"Tout homme, pourvu qu'il soit courageux au travail comme au danger, en vaut n'importe quel autre et que seule la vie faussée des villes permet aux pleutres et aux inutiles d'en imposer à meilleurs qu'eux."
Témoin parmi les hommes de Joseph Kessel
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– Chronique théâtrale
C'était le 14 avril dernier « Kessel ou la liberté à tout prix », avec Franck Desmedt au Théâtre Jean Piat de Canet-en-Roussillon
Ah, mes chers amis, l'Archipel contre attaque section "Le Masque et la Plume" s’invite ce soir sous le ciel catalan, en direct – ou presque – des coulisses du Théâtre Jean Piat de Canet-en-Roussillon, cette jolie salle de 246 places (ou 550 en configuration debout) inaugurée en 2006, qui pulse au rythme d’une saison culturelle vivante entre Pyrénées et Méditerranée.
Franck Desmedt, ce comédien irrésistible, directeur depuis 2016 du Théâtre de la Huchette à Paris, Molière du meilleur comédien dans un second rôle en 2018 pour Adieu Monsieur Haffmann, et nominé aux Molières 2024 en seul-en-scène, était là, en chair et en os, pour nous parler avant d’entrer en scène. L’homme porte en lui une flamme qui ne s’éteint pas : celle des grands aventuriers de la littérature.
Un portrait flamboyant d’un homme qui a traversé le siècle
Dans Kessel ou la liberté à tout prix, texte de Mathieu Rannou mis en scène par ce dernier, avec des décors signés Desmedt lui-même et des costumes de Virginie H., le comédien incarne Joseph Kessel – « Jef » pour les intimes –, né en 1898 en Argentine de parents juifs lituaniens, mort en 1979, académicien, grand reporter, romancier, aviateur, résistant. Un siècle en ébullition résumé en 1h10 de feu et de mots.
Kessel, ce n’est pas un écrivain de salon.
Correspondant de guerre, il a vu la Première Guerre mondiale, la Révolution russe, la montée du nazisme, la naissance d’Israël. Avec son neveu Maurice Druon, il compose les paroles du Chant des Partisans en 1943, hymne de la Résistance, après avoir rejoint de Gaulle à Londres via les Pyrénées. Il publie L’Armée des ombres, boit avec tout le monde – d’Édith Piaf à Humphrey Bogart –, explore l’Afghanistan, la Corne de l’Afrique, et importe même les Alcooliques Anonymes en France. La liberté, chez lui, n’était pas négociable.
La performance de Desmedt : un corps et une voix en mouvement
Ce qui frappe chez Franck Desmedt, c’est cette capacité à habiter le personnage sans le singer. Chaque intonation, chaque geste semble pesé au gramme près, et pourtant tout respire la liberté. On l’a vu dans La Promesse de l’Aube ou Voyage au bout de la nuit : il a l’art de faire revivre ces géants littéraires avec une virtuosité qui frôle l’incandescence. Ici, un simple voile devient tous les décors du monde – Russie enneigée, ciel d’Afrique, bars parisiens enfumés. C’est du grand art.
Certains critiques y voient un « portrait flamboyant », d’autres une « magistrale interprétation » qui confronte le spectateur à un siècle sanglant et passionné. On sent l’admiration, presque la fraternité, entre l’acteur girondin et l’écrivain aventurier. Desmedt choisit souvent des personnages « à l’étroit dans leur vie et qui l’ont fait craquer de partout ». Kessel en est l’archétype.
Un hymne à la liberté qui tombe à pic
À l’heure où les vents de l’époque soufflent parfois le conformisme et la peur, ce spectacle rappelle qu’il exista des hommes pour qui la liberté valait tous les prix – y compris celui de l’excès, de l’alcool, des tourments. Kessel n’était pas un saint ; c’était mieux : un vivant.
Et Desmedt nous le rend palpitant, drôle, émouvant, excessif.
Alors, si vous passez par Canet-en-Roussillon ou si la tournée vous rattrape (le spectacle a déjà enchanté Paris, Avignon, Lisbonne…), courez. Vous sortirez de là avec l’envie de relire Le Lion, L’Armée des ombres ou Les Cavaliers, un verre à la main et le cœur un peu plus large.Verdict du Masque : TTT (Trois Thésards Triomphants). Un seul-en-scène qui n’est pas seul : il est accompagné de tout un siècle. Merci, Franck Desmedt. La liberté, ce soir, avait le visage et la voix d’un comédien en état de grâce. Jérôme Garcin n’aurait sans doute pas dit mieux.
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Un grand remerciement à Pascal Ferro, Jérôme et Jennifer qui ont rendu le moment possible
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