"Lee Mellon vivait dans la maison abandonnée d'un ami qui était alors champion de ping-pong série C d'un asile pour aliénés aux fins fonds de la Californie.Le classement A, B ou C était fonction du nombre d'électrochocs subis par les patients."
Un Général sudiste de Big Sur , Richard Brautigan
Perpignan : la guerre de sécession de l’énergie !
Un Général de l’Appartement de Big Sur
ou
Le Guide du Camping Chez Soi en Temps de Crise Énergétique
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Chapitre 1– La mer d’Ormuz et le radiateur qui tousse
La mer d’Ormuz était calme comme un général confédéré qui a perdu son cheval.
Personne ne tirait plus sur la gâchette du pétrole. Les tankers flottaient là-bas, immobiles, comme des idées qu’on a oubliées dans le frigo. Et pourtant, ici, dans mon appartement du cinquième étage à Perpignan, le radiateur toussait déjà comme un vieux soldat qui sait que l’hiver arrive même si le thermomètre dit le contraire. On appelait ça la crise. Moi j’appelais ça mardi. Et Perpignan, c’était le champ de bataille.
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Chapitre 2– L’inflation qui galope
L’inflation, elle, ne se contentait pas de monter. Elle galopait. Elle galopait comme un cheval volé par un général qui n’avait plus d’armée. Le prix du pain avait pris la forme d’un petit nuage gris au-dessus de la table de la cuisine. Le prix de l’électricité, lui, avait carrément disparu dans les montagnes de Big Sur – sauf qu’il n’y avait plus de Big Sur, juste un studio de 28 mètres carrés avec vue sur le parking des Arènes. On disait : « L’hiver prochain sera rude malgré le réchauffement climatique. »
Je trouvais ça poétique. Le monde se réchauffait et nous allions quand même geler. C’était le genre d’humour que seul un général confédéré pouvait apprécier. Et à Perpignan, on avait décidé de faire sécession.
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Chapitre 3– Le guide du camping chez soi
Alors, dès aujourd’hui, lisez le guide du camping chez soi.
Page 1 : Comment transformer votre salon en tente apache.
Prenez les draps de lit (ceux que vous n’avez pas lavés depuis la dernière crise). Accrochez-les aux tringles à rideaux avec des pinces à linge. Vous obtenez ainsi une yourte urbaine. La lumière du jour passe à travers comme une vieille légende catalane. La facture d’électricité reste dehors, vexée, devant la porte du 5 bis rue de la Révolution.
Page 7 : Le feu de camp sans feu.
Une bougie, trois piles AA et une casserole de haricots froids. Ça sent la fin du monde, mais ça sent bon. On chante des chansons de scout autour. Personne ne connaît les paroles, mais tout le monde chante quand même. C’est la règle de la sécession énergétique.
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Chapitre 4– La tribu du cinquième sans chauffage
On était toujours en crise.
C’était devenu notre climat à nous. La crise, c’était comme l’air : on respirait dedans, on toussait dedans, on faisait l’amour dedans. Mais cette fois, quelque chose avait changé. Les gens commençaient à camper ensemble.
Pas dehors – dehors c’était encore trop froid pour les romantiques du pétrole.
Non. Dans les appartements de Perpignan. D’abord, c’était le voisin du dessus qui descendait avec sa couverture polaire et sa bouteille de rouge à 2,99 €. Puis la dame du troisième arrivait avec son chat et son réchaud à gaz (interdit, mais plus rien n’était vraiment interdit). Puis le jeune du rez-de-chaussée montait avec son ampli et ses chansons tristes. On devenait une résidence personnelle qui devenait de plus en plus collective. On appelait ça « la tribu du cinquième sans chauffage ».
On n’avait plus de général à Paris. On avait juste un vieux radiateur électrique qu’on allumait une heure par soir, comme un drapeau confédéré qu’on hisse une dernière fois avant de le plier soigneusement sur le balcon qui donne sur les Pyrénées.
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Chapitre 5– On a gagné sans quitter le canapé
Dehors, le réchauffement climatique continuait son petit numéro.
Les oiseaux chantaient en janvier. Les fleurs sortaient en février. Les gens disaient : « C’est beau quand même. » Dedans, on avait froid.
Et on trouvait ça beau aussi.Parce que dans la tente du salon, autour de la bougie qui tremblait comme un général qui a perdu sa guerre, on se disait que l’hiver, finalement, c’était juste une autre façon d’être ensemble. On était en crise.
On campait chez soi.
Et pour la première fois depuis longtemps, à Perpignan, ça ressemblait à une victoire. Même le radiateur était d’accord.
Il toussait moins fort.
Il avait compris.
C’était la guerre de sécession de l’énergie.
Et nous l’avions gagnée sans quitter le canapé.
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