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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 19:41

   " La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert."

André Malraux

Dans l’arrière-salle chaleureuse du Cochon Hardi, à Perpignan, lieu devenu familier des débats locaux, Michel Pinell était l’invité de Nicolas Caudeville pour une émission en direct de L’Archipel contre-attaque. Loin des plateaux formatés et des promotions convenues, l’entretien a permis de présenter Dialogues avec Jean, ouvrage auto-produit consacré au peintre Jean Capdeville (1917-2011), tout en élargissant la réflexion sur l’état de la culture dans les Pyrénées-Orientales et en Occitanie.

Ce cadre modeste, autour de la charcuterie catalane et des vins du terroir, offrait un contraste saisissant avec la profondeur du sujet abordé : la trajectoire d’un artiste qui a choisi la marge plutôt que la reconnaissance institutionnelle.Jean Capdeville, le « Diogène des Albères »

Né en 1917 à Saint-Jean-de-l’Albère, Jean Capdeville appartient à cette génération marquée par les tragédies du XXe siècle. Orphelin de père dès l’âge de deux ans – tué pendant la Grande Guerre –, élevé par une mère en deuil permanent, il sera ensuite prisonnier de guerre pendant quatre ans lors du second conflit mondial. C’est « par désœuvrement », vers 1947, qu’il commence à peindre, avant d’en faire l’activité centrale de son existence.

Installé à Céret, haut lieu historique de l’art moderne depuis l’avant-guerre (Picasso, Braque, Gris, Manolo…), Capdeville opère une évolution radicale : du paysage figuratif discret vers une abstraction lyrique dominée par le noir. Un noir mat, dense, presque charnel, qu’il travaille comme une matière spirituelle. Profondément marqué par la pensée de Simone Weil, notamment La Pesanteur et la Grâce, il construit une œuvre de la disparition, du retrait et du deuil. Reconnu par la galerie Maeght, fréquentant les ateliers de gravure parisiens dans les années 1960-1970, il refuse pourtant la carrière que lui ouvrait le marché de l’art et regagne volontairement son mas des Albères.

Cette posture de refus, rare dans le monde de l’art contemporain, fait de lui une figure singulière : un artiste qui a préféré la fidélité à soi-même à la visibilité médiatique et financière. Son œuvre reste encore trop peu connue du grand public, malgré une exposition marquante au musée Hyacinthe Rigaud de Perpignan en 2018, qui confrontait ses toiles à celles de son neveu, Jacques Capdeville.

Michel Pinell : d’un choc esthétique à la transmission

Michel Pinell incarne un parcours atypique. Ancien banquier, il connaît en 1993 un véritable basculement esthétique qui le conduit à devenir collectionneur éclairé puis adjoint à la culture de la Ville de Perpignan sous le mandat de Jean-Marc Pujol. Son passage à ce poste reste dans les mémoires locales pour son volontarisme et son soutien affirmé aux artistes du territoire, avant une démission en 2019.Dialogues avec Jean, préfacé par Joséphine Matamoros (ancienne conservatrice des musées de Céret et Collioure), est le fruit de longues conversations enregistrées avec le peintre.

Plus qu’une simple monographie, l’ouvrage restitue la parole vivante de Capdeville, éclaire son processus créatif et sa vision du monde.

Auto-édité et diffusé dans les librairies indépendantes du Roussillon (Torcatis, Llibreria Catalana, Le Cheval dans l’Arbre…), il constitue un acte de résistance modeste mais déterminé contre l’oubli programmé des figures locales exigeantes.

La culture en question : historique, bilan critique et prospective inquiète

L’entretien a rapidement débordé le cadre du livre pour aborder la situation plus générale de la vie culturelle dans le département et la région. La référence à Serge Regourd, président de la commission Culture de la Région Occitanie et auteur de SOS Culture (2021), n’était pas fortuite. Ce juriste, professeur émérite de droit public, y dresse un constat sévère des impasses des politiques culturelles néolibérales : marchandisation, événementiel spectaculaire, affaiblissement des structures de création et de diffusion, et recul de l’ambition artistique au profit d’une logique d’animation sociale.

L’échange a ainsi suivi trois temps :

Historique : du rôle central de Céret dans la modernité picturale du début du XXe siècle à la politique culturelle décentralisée de l’après-1981, puis aux recompositions post-décentralisation et à l’ère des « métropoles » et des « clusters créatifs ».
Bilan : si le tissu associatif et le patrimoine restent riches, les faiblesses structurelles sautent aux yeux – sous-financement chronique des lieux de création, précarité des artistes, concentration des moyens sur quelques grands équipements, et fragilisation accentuée par la crise sanitaire et les contraintes budgétaires locales.
Prospective : comment redonner à la culture sa fonction critique et émancipatrice plutôt que de la réduire à un outil de marketing territorial ? Comment mieux soutenir la création vivante et transmettre les œuvres exigeantes face à la pression des algorithmes et de la culture de masse numérisée ?

Dans un département marqué par de fortes inégalités sociales et un sentiment d’abandon périphérique, la question culturelle n’est pas secondaire.

Elle touche à l’identité, à la cohésion sociale et à la capacité collective de résister à l’uniformisation.Par sa présence au Cochon Hardi, Michel Pinell a rappelé, avec modestie et conviction, qu’une culture vivante passe d’abord par la transmission fidèle des œuvres et des parcours, loin des effets d’annonce et des subventions conditionnées. Dialogues avec Jean en est une belle illustration.

 

Perpignan : quand un peintre discret rencontre la mémoire culturelle, "Dialogues avec Jean" par Michel Pinell ! entretien avec Nicolas Caudeville
Perpignan : quand un peintre discret rencontre la mémoire culturelle, "Dialogues avec Jean" par Michel Pinell ! entretien avec Nicolas Caudeville
Perpignan : quand un peintre discret rencontre la mémoire culturelle, "Dialogues avec Jean" par Michel Pinell ! entretien avec Nicolas Caudeville
Perpignan : quand un peintre discret rencontre la mémoire culturelle, "Dialogues avec Jean" par Michel Pinell ! entretien avec Nicolas Caudeville
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17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 15:12

Face à l’abstentionnisme galopant — plus de 50 % des Perpignanais qui préfèrent rester chez eux plutôt que de choisir entre les mêmes promesses recyclées —, on a eu l’idée lumineuse d’une Politician Pride.

Parce que rien ne vaut un défilé sur des chars pour redonner goût à la démocratie.

Comme si le problème était que les élus n’étaient pas assez visibles, et pas assez ridicules.Ce samedi de mars 2026, le vent de la Méditerranée charriait encore l’hiver et déjà l’odeur douceâtre des amandes en fleur. Les rues de Perpignan s’étaient habillées en fête, comme une vieille tante un peu ivre qui sort ses plus beaux foulards pour cacher qu’elle n’a plus rien à dire.

Le char rouge et or, taché de pieds noirs, de Louis Aliot ouvrait la marche, majestueux, presque royal. Le maire sortant y trônait, droit comme un homme qui a déjà gagné mais qui veut quand même qu’on l’applaudisse très fort. Il distribuait des petits drapeaux catalans qui tremblotaient lamentablement dans le vent. « Perpignan fière et sûre », proclamait-il. On sentait qu’il y croyait presque.

Un peu derrière, le char vert d’Agnès Langevine tentait le tout pour le tout avec ses fausses fleurs en plastique et ses jeunes militants pleins de bonne volonté. Elle souriait du sourire de ceux qui pensent encore que planter trois arbres va sauver la planète. Très beau. Très photogénique.

Le char bleu-blanc-rouge de Bruno Nougayrède suivait, raide et un peu embarrassé, comme un notable qui s’est trompé de manifestation. Il brandissait des photos du Palais des Rois de Majorque en espérant que le patrimoine fasse oublier le reste.

Puis arrivait, presque timide, le char Changez d’Air de Mickaël Idrac. Sobre, presque trop. Une fenêtre ouverte en guise de programme. Idrac se tenait là, l’air de l’enseignant qui vient d’apprendre que la récréation est finie mais qui essaie quand même. Des tracts s’envolaient comme des promesses qu’on sait déjà condamnées.

Et légèrement en retrait, le char discret de Mathias Blanc, presque invisible dans tout ce cirque. Tons sobres, quelques livres peints, un vague sourire calme. Il donnait l’impression de se demander ce qu’il foutait là, ce qui était, il faut l’avouer, la question la plus honnête de tout le défilé.

Enfin, tout au bout, le grand char neutre de la Démocratie. Magnifiquement vide la plupart du temps. Chacun y montait deux minutes chrono — Aliot, Langevine, Nougayrède, Idrac, Blanc —, saluait mollement la foule, puis redescendait vite, de peur que la Démocratie ne leur demande vraiment des comptes.Les gens regardaient ce spectacle navrant et touchant à la fois. Des vieux blasés, des mères débordées, des ados qui filmaient pour TikTok en se foutant probablement du résultat.

Un abstentionniste pur et dur à côté de moi a lâché, entre deux soupirs : « C’est con, mais j’ai presque envie d’y croire… cinq minutes. »

Ce soir-là, Perpignan n’a pas vraiment voté. Elle a juste fait semblant de respirer un peu différemment, maladroitement, comme on danse avec un ex qu’on n’aime plus vraiment mais qu’on tolère encore le temps d’une chanson.La Politician Pride ne changera probablement rien. Mais au moins, pendant deux heures, la politique aura été un peu plus honnête : un carnaval grotesque, un peu pathétique, où tout le monde fait comme si on s’aimait encore.Et c’était déjà quelque chose.
Un tout petit quelque chose.

 

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 16:45
Cabestany / Médipôle :Les propositions du directeur.... La grève est reconduite....

Nous, les cafoni de la clinique, nous qui lavons les corps, changeons les draps, tenons la main des souffrants , nous n’avons plus de nom.

On nous appelle « le personnel soignant ».

Mais nous savons bien ce que nous sommes : des mains qui travaillent pour rien et des dos qui se courbent jusqu’à la terre.

Depuis le vingt-quatre avril, à Médipôle Saint-Roch de Cabestany, nous avons dit : ça suffit.

Nous avons planté nos piquets comme on plante des croix sur une tombe trop petite.

21 jours déjà.

21 jours que nous marchons sous le soleil et sous la pluie, que nous dormons mal, que nous mangeons peu, que nous nous regardons dans les yeux en nous demandant qui tiendra jusqu’au bout.Ils nous parlent de chiffres, les messieurs d’Elsan. Ils parlent de rentabilité, de productivité, de prime d’intéressement qu’il faut « ajuster ».

Ajuster ! Comme si nos salaires étaient un vêtement trop large qu’on peut rétrécir à volonté. Nous qui voyons les lits pleins, les nuits sans fin, les collègues qui craquent et qu’on ne remplace pas. Nous qui savons que la fatigue tue plus sûrement que certaines maladies.Et pourtant, le village n’est pas mort.

Mardi soir, le dix-neuf mai, au Parc Guilhem, nous ferons ce que les pauvres ont toujours fait quand ils n’ont plus que leur misère à partager : nous nous tiendrons ensemble.

Mardi 19 mai
🕕 De 18h à 22h
📍 Parc Guilhem à Cabestany

Ce ne sera pas une fête. Ce sera une veillée. Une veillée de vivants qui refusent de se laisser enterrer. Il y aura de la musique, parce que le chant est la dernière chose qu’on nous enlève. Il y aura du pain et du vin, parce que le ventre vide ne tient pas longtemps la colère. Il y aura surtout des visages. Des visages de soignants, de voisins, de vieux, de jeunes, de mères qui ont eu peur pour leurs enfants à la clinique. Nous nous regarderons. Nous nous parlerons. Et pour une fois, ce ne sera pas à travers une vitre ou un téléphone.

Tous les sous que nous ramasserons iront directement dans la caisse de solidarité.

Pas un centime pour les beaux discours. Rien que pour ceux qui tiennent le piquet, pour ceux qui ont peur de ne plus pouvoir payer le loyer, pour ceux qui ont déjà les yeux creusés par la fatigue.On nous dit que c’est inutile. Que les cliniques privées sont comme ça maintenant, que le monde est ainsi fait. Nous répondons comme les anciens de Fontamara : « Le monde est ainsi fait… jusqu’à ce qu’on le défasse. »Nous ne sommes pas des héros. Nous sommes seulement des gens qui ne veulent plus courber l’échine jusqu’à terre.

Nous voulons pouvoir soigner sans nous détruire.

Nous voulons un salaire qui ne soit pas une insulte à notre peine.Alors venez. Venez nombreux mardi soir au Parc Guilhem. Pas par pitié. Par dignité. Parce que demain, c’est peut-être votre mère, votre enfant, ou vous-même qui serez dans ce lit, et qu’il vaudra mieux qu’il y ait encore quelqu’un debout à côté, avec des mains qui ne tremblent pas de fatigue et de colère.

On ne lâche rien.
Nous tiendrons.
Comme toujours, nous tiendrons ensemble.

 

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14 mai 2026 4 14 /05 /mai /2026 09:57

On ne sait pas ce qui a préludé à l'arrêt de la gréve à la clinique St Pierre, il y a un dessin en IA qui est tellement encombré qu'à part une proposition acceptable de la direction, sans réelles précisions (sans quoi, j'aurai raté un épisode même si les demandes des établissements n'étaient pas toute à fait les mêmes) . À Médipôle, on continue. Donc les revendications n'ont pas été entendu, ou Valéry Folcher est plus soucieux du bien être des actionnaires que monsieur Coulon à St Pierre. À moins que ce soit la même ruse que dans l'épisode de la mythologie de Rome des "Horaces et des Curiaces https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Horaces_et_Curiaces/178849 , soit diviser pour mieux régner en espérant que l'abandon de l'un précipitera l'abandon de l'autre : "vous voyez bien que vous êtes seules !" 

Cela n'annule pas m'a vidéo et le texte d'hier , cela le renforce : puisque la gréve à s'arrête, jusqu'à la prochaine fois, puisque la logique capitaliste d'Elsan garde son même objectif, les bénéfices...

Suite à la lecture de "Lettre ouverte d'une aide-soignante" que le site l'Archipel contre attaque s'est empressé de publier, j'ai été touché... https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/2026/05/lettre-ouverte-d-une-aide-soignante-a-medipole-saint-roch-de-cabestany.html
Et la question que je me suis posé : puis-je faire plus que ce que j'ai déjà fait; ou plutôt non puis-je faire mieux ? Parce que je suis encore patient de Médipole et je j'ai été hospitalisé à la Clinique St Pierre, et que j'ai vu ses plonger dans la douleur pour m'arracher à mes blessures de santé pour qu'elles ne deviennent que de discrètes cicatrices ... Mais, je ne suis pas le seul. La majorité de la population a eu besoin, a besoin, aura besoin des #soignants un jour. Et si ce n'est soi-même, c'est l'un de ses proches. En fait, eux c'est nous, mais dans une version qui s'interdit de ne pas dépasser au quotidien. Avec la conscience aigu que s'ils tombent, c'est la société entière qui basculera avec eux. Ce sont des murs porteurs. Aussi je suis étonné de ne pas voir plus de monde à leur chevet, à les rejoindre sur les piquets de gréves, à donner, au moins du temps. Et même à manifester à leur côté, au moment où l'on voit le vol noir des financiers siffler sur nos têtes, et l'on entend, le cri pas si lointain de l'Antavirus...Ce n'est pas parce qu'une cause est toute prête de soi, qu'on ne puisse se manifester pour elle...

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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 18:15


Je  suis aide-soignante depuis le 23 septembre 2003 à Médipôle Saint-Roch de Cabestany.

Je suis entrée dans cette clinique à l’âge de 21 ans.
À cet âge-là, on arrive avec des rêves, des peurs, beaucoup d’envie et parfois peu de certitudes. Moi, j’ai tout appris ici. J’y ai appris le métier, le soin, la douleur des familles, les regards des patients, les urgences, les silences, les sourires aussi.

J’ai rencontré des centaines de personnes. Des patients qui m’ont marquée à vie. Des collègues devenus bien plus que des collègues. Parce qu’être soignant, ce n’est pas simplement exercer un métier. C’est vivre ensemble des moments que peu de gens peuvent comprendre. La souffrance, la mort, l’espoir, les larmes, les éclats de rire au milieu de journées impossibles… Tout cela crée des liens forts. Une deuxième famille.
Dans cette clinique, j’ai grandi.
Je suis devenue femme.
Je suis devenue maman.

Pendant 22 ans, j’ai donné une partie de moi-même à ce métier.

Parce que le soin, avant tout, c’est l’humain.
Nous, les soignants, nous sommes là pour tenir des mains, rassurer des inconnus, accompagner des vies parfois jusqu’à leur dernier souffle. Nous sommes là quand les familles craquent, quand les patients souffrent, quand la peur envahit les chambres de la clinique.
Et sans l’humain… que reste-t-il du soin ?
Rien.

Aujourd’hui pourtant, je suis en grève.

Pas par plaisir.
Pas par colère seulement.
Mais parce qu’à un moment donné, aimer son métier ne suffit plus pour vivre dignement.
Le groupe Elsan refuse de reconduire notre prime de 1500 euros.
Après 22 ans d’ancienneté, je gagne aujourd’hui environ 1700 euros par mois.
1700 euros pour des week-ends travaillés.
Pour les jours fériés loin de ma famille.
Pour les nuits sans sommeil.
Pour les corps qu’on relève.
Pour les douleurs qu’on absorbe sans jamais les montrer.
Je suis mère célibataire, avec la garde de ma fille de 13 ans à 100 %.
Je suis séparée depuis septembre 2019.
Je suis propriétaire de ma maison, cette maison que je me bats chaque mois pour conserver.

Cette prime n’était pas du luxe.

Elle me permettait simplement de payer mon foncier. D’acheter mon bois de chauffage pour l’hiver. D’assurer une vie stable et digne à ma fille.
Aujourd’hui, derrière la blouse blanche, il y a une femme épuisée de devoir toujours choisir entre sa vocation et sa survie.
On nous applaudit dans les crises.
On nous appelle “héros”.

Mais une fois les lumières éteintes, il faut rentrer chez soi, faire les comptes, avoir peur des factures, peur de ne plus pouvoir tenir.

Je continuerai à aimer mon métier.
Je continuerai à aimer mes collègues.
Je continuerai à prendre soin des patients avec toute l’humanité que ce métier exige.
Mais aujourd’hui, je refuse qu’on nous demande de tout donner… sans même nous permettre de vivre dignement.
Nous ne demandons pas des privilèges.
Nous demandons simplement du respect.
Le respect de nos sacrifices.
Le respect de nos années de service.
Le respect de notre humanité.

Parce qu’un soignant qui souffre en silence reste un humain avant tout.

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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 12:56

"Science sans conscience budgétaire, n'est que ruine et larmes !"

Proverbe Picard

Le président Yvan Auguet à l'extrême gauche de la photo, puis les historiens Nicolas Marty, Jérôme Quaretti,Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz au dernier festival Confrontation cinéma / histoire avec pour théme "nos futures"

Perpignan, mai 2026. Pendant que les palmiers du campus Moulin-à-Vent se balancent mollement sous le vent méditerranéen, l’Université de Perpignan Via Domitia (UPVD) vient de basculer officiellement en « contrôle renforcé » du rectorat. Traduction administrative : on va vous serrer la ceinture jusqu’à ce que les comptes crient grâce. Ou plutôt jusqu’à ce que les personnels crient tout court. 

Le président Yvan Auguet a réuni plus de 400 agents le 12 mai dans une ambiance électrique.

Le 5 juin, le conseil d’administration doit voter un plan de « retour à l’équilibre ». Sinon ? La mise sous tutelle, ce doux euphémisme pour « l’État reprend les clés et vous traite comme un gamin qui a dépassé son découvert ». Du côté des troupes, l’inquiétude le dispute à la lassitude. Une enseignante résume l’ambiance : « Nous passons en phase austérité + + +. En France, 21 universités sont déjà sous contrôle renforcé. » On sent poindre le syndrome du dernier carré avant la reddition.

Un peu d’histoire : de l’université royale à la fac low-cost

Fondée en 1350 par Pierre IV d’Aragon, l’université de Perpignan a connu des siècles plus glorieux. Fermée pendant la Révolution, ressuscitée au XXe siècle, elle devient UPVD en 1990, fière de ses 15 sites, ses 9 500 étudiants (dont 1 600 internationaux), ses 480 enseignants-chercheurs et 440 BIATSS. 

 

Aujourd’hui, elle symbolise surtout la grande inversion :

on passe d’un service public ambitieux à une structure qu’on gère comme une PME en redressement judiciaire. Le coupable désigné ? La masse salariale, qui flirte avec les 85,7 % du budget alors qu’un décret de décembre 2024 (ou 2025 selon les sources) impose un plafond à 83 % (85 % pour les universités à dominante SHS). 

Résultat : gel des recrutements, gel des revalorisations et primes, réduction du volume d’heures pour l’offre de formation 2028. On parle même de fermer des masters qui n’atteignent pas le seuil magique d’étudiants. Vive la Via Domitia… version low-cost.

Partout pareil : le grand étranglement national

Perpignan n’est pas un cas isolé, c’est le symptôme. À Lyon 2, on vote un plan d’austérité de 4 millions d’euros, dont 3 millions sur les personnels. Hausse des frais pour étudiants extra-européens en bonus. À Rennes 2, même tango budgétaire. Lamri Adoui, président de France Universités, prévient : l’ensemble des établissements pourrait cumuler un déficit d’un milliard d’euros à horizon 2027. 

Le 9 janvier 2026, le ministre Philippe Baptiste lançait des « Assises du financement des universités » avec des mots dignes d’un discours de vœux : « renforcer durablement la confiance entre l’État et les universités » tout en restant « compatibles avec nos engagements en matière de finances publiques ». Traduction : on va objectiver la misère et vous demander de faire plus avec moins, encore. 

Le décret de soutenabilité financière de fin 2024 a tout changé :

on ne regarde plus seulement le déficit, mais la trésorerie, le fonds de roulement et surtout ce fameux ratio de masse salariale. Résultat ? Presque 100 % des universités ont voté un budget initial déficitaire pour 2026. Miracle statistique : en changeant les règles, on fait disparaître les « difficultés » sur le papier. Sur le terrain, les personnels s’épuisent et les formations rétrécissent. 

Motion unanime et désespoir collectifLa gouvernance de l’UPVD a fait adopter à l’unanimité une motion contre « les contraintes iniques » qui pèsent sur le service public.

Le SNESUP-FSU dénonce des impacts « délétères » sur les équipes, les étudiants et la qualité des formations. Le syndicat regrette qu’on brandisse la menace de tutelle alors que l’établissement n’est pas (encore) en déficit abyssal.Un personnel non enseignant appelle à la « cohésion » et au « travail collectif ». Noble sentiment. On imagine déjà les réunions de crise où tout le monde s’accorde pour dire que c’est la faute de l’État, des retraites, du SMIC, de l’énergie, des étudiants qui osent être plus nombreux, et surtout de ces satanés salaires qui refusent de se réduire tout seuls.

La satire de l’année : former l’élite de demain… avec les moyens d’hier

On nous explique que l’université doit être « responsable » et « compatible avec les finances publiques ». Traduction : l’État sous-finance depuis des années (non-compensation des revalorisations, explosion des charges pensions, etc.), impose de nouveaux ratios, puis s’étonne que tout le monde coule et exige des plans d’austérité. 

Résultat ? On va former les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs et les citoyens de 2035 en réduisant les heures, en gelant les postes et en augmentant les frais pour les étrangers.

Brillant plan de souveraineté nationale

.À Perpignan, on est passé de la Via Domitia – route mythique de l’Empire romain – à la Via Austeritas, route à sens unique vers la précarité. Les personnels s’inquiètent à raison. Les étudiants, futurs cobayes de cette université low-cost, n’ont pas encore compris qu’ils paieront l’addition deux fois : en frais et en qualité.

Pendant ce temps, à Paris, on organise des assises. C’est bien connu : quand le navire prend l’eau, le meilleur remède est de réunir un comité pour débattre de la forme des seaux. Bienvenue en phase austérité + + +. Prochain niveau : + + + +.

On vous tiendra au courant depuis le campus. Apportez votre propre gilet de sauvetage.

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 18:32

« L’historien doit signaler clairement le moment où il glisse dans l’uchronie, s’en servir pour tester des hypothèses, ne pas raconter les mondes possibles mais analyser les causalités et les conséquences, en s’en tenant à une “exploration minimale du monde non advenu”. »

"Pour une histoires des possibles " par Quentin Deluermoz Pierre Singaravélou

(p. 206 environ, résumé et partiellement cité dans les recensions détaillées)

 

Journaliste : Bonjour. Nous sommes au vingtième jour de grève à Médipôle. Demain, ce sera le vingt-et-unième. La tension est palpable, les patients commencent à s’inquiéter, et la Direction reste silencieuse. Nous recevons aujourd’hui une représentante des soignants en grève. Merci d’être avec nous.

Représentante des soignants : Bonjour et merci de nous donner la parole. Vingt jours de grève, et toujours aucune nouvelle proposition de la part de la Direction. Ce que nous demandons est pourtant simple et vital : sécuriser l’argent qui nous permet de survivre. Rien de plus, rien de moins.

Journaliste : La situation devient préoccupante, tant pour les patients que pour les praticiens eux-mêmes qui souhaiteraient sortir du conflit…

Représentante des soignants : Exactement. Les praticiens veulent aussi que ça s’arrête, mais la Direction reste sourde. Ce mouvement n’est pas né du jour au lendemain. C’est la conséquence d’une gestion extrêmement dure au quotidien, devenue insupportable depuis le début du conflit.  M. Folcher ne nous a sollicités que deux fois en trois semaines, à son initiative. Les autres entrevues, nous avons dû les arracher. Voilà ce qu’il appelle un « dialogue social ouvert ». C’est du mépris pur et simple.

Journaliste : Le conflit a aussi été marqué par des tensions fortes…

Représentante des soignants : Intimidations, rumeurs, manipulations… Et des réquisitions massives qui piétinent le droit de grève. Nous avons demandé une médiation auprès de l’Inspection du travail. On espère que cela permettra enfin d’avancer.

La façon dont ce conflit est géré ne fait que renforcer le sentiment de mépris. Et un soignant méprisé, c’est un soignant qui finit par se déconnecter. Dans un établissement qui va bientôt passer en certification, on joue avec le feu.

Journaliste : Certains salariés parlent même de partir…

Représentante des soignants : Beaucoup sont écœurés et envisagent sérieusement de quitter Médipôle. Et ce n’est pas nouveau : à chaque grève majeure, les départs se sont multipliés. Après celle de 2011, puis celle de 2021, on a vu des vagues de démissions importantes. Résultat : une hémorragie de personnel expérimenté qui rend le recrutement de plus en plus difficile.Autrefois, on faisait carrière dans la santé. On arrivait comme infirmière et on restait 7 ans en moyenne sur le même poste, puis 5 ans. Aujourd’hui, la moyenne est tombée à moins de 3 ans. Les jeunes arrivent, ils voient les conditions de travail et ils partent très vite. On perd en continuité des soins, en transmission des savoirs, et les patients en pâtissent directement.

Journaliste : Sur le plan financier, que répondez-vous à ceux qui disent que l’établissement n’a pas les moyens ?

Représentante des soignants : L’expert-comptable qui suit l’établissement année après année est formel : Médipôle est en très bonne santé financière. Nos revendications sont plus que légitimes. L’argent n’est d’ailleurs pas la seule demande.Depuis des années, nous subissons un manque de personnel chronique, presque institutionnalisé : remaniements permanents de services, ajustements quotidiens des effectifs. Le leitmotiv de la Direction ? « Il faut adapter la masse salariale à l’activité. » Pendant que nous, on essaie simplement de garantir des soins de qualité.

Doit-on attendre un naufrage à la ORPEA pour réagir ?

Journaliste : Vous parlez d’un modèle plus large…

Représentante des soignants : Absolument. La financiarisation des soins, à Médipôle comme ailleurs, met le monde de la santé à genoux. Recherche du profit permanent, optimisation à outrance… Résultat : on travaille en mode dégradé toute l’année.

Aujourd’hui, c’est le monde du soin qui est malade. Alors si nous, les soignants, sommes malades… qui nous soignera ?

Journaliste : Message reçu. Vingt-et-unième jour de grève demain. Nous continuerons à suivre ce mouvement. Merci à vous.

Représentante des soignants : Merci à vous. Et surtout, merci aux collègues qui tiennent bon. On ne lâche rien.

 

Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus Et si l'histoire, ou la vie, avait suivi un autre cours ? Ce que l'on appelle le raisonnement contrefactuel surgit spontanément dans les conversations pour nourrir des hypothèses sur les potentialités du passé et les futurs non advenus. Il traverse la littérature, les réflexions politiques et toutes sortes de divertissements.

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:02

Pour la Journée internationale de l’infirmière : Soutenons les soignants en grève des cliniques ELSAN !

Ce 12 mai, à l’occasion de la Journée internationale de l’infirmière, rendons hommage à celles et ceux qui veillent sur notre santé au quotidien.

Mais au-delà des applaudissements et des beaux discours, il est temps de passer à l’acte concret : soutenir les personnels soignants des cliniques du groupe ELSAN en grève, notamment à Perpignan.Depuis plusieurs semaines, les équipes soignantes se mobilisent avec détermination pour défendre des revendications légitimes et essentielles :

Des conditions de travail dignes  
Une meilleure reconnaissance de leur engagement  
Des salaires à la hauteur de leur investissement quotidien  
Un système de santé capable de répondre réellement aux besoins des patients

Derrière cette grève, une réalité trop souvent cachée : manque chronique de personnel, fatigue accumulée, pression constante et une absence de reconnaissance malgré un dévouement sans faille. Ces professionnels de santé, que nous applaudissions encore il y a quelques années, se battent aujourd’hui pour ne pas voir leur métier se dégrader davantage.https://www.lepotcommun.fr/cagnotte/solidaire/solidarite-grevistes-clinique-medipole-ml1ncph9

Pendant ce temps, le groupe ELSAN continue d’enregistrer des bénéfices importants. Ce contraste est insupportable : d’un côté des soignants épuisés qui se battent pour maintenir la qualité des soins, de l’autre une entreprise qui réalise des profits conséquents.Aujourd’hui, c’est à nous, patients, citoyens, familles et soutiens, de nous mobiliser à leurs côtés.Signez et partagez massivement la pétition !Chaque signature compte.

Chaque partage amplifie la voix de ces soignants qui ne lâchent rien. En signant, vous affirmez que :

La santé n’est pas une marchandise  
Le soin mérite respect et moyens  
La solidarité n’est pas un vain mot

 Signez la pétition dès maintenant et faites-la circuler autour de vous : amis, famille, collègues, associations.  La voix des soignants doit porter. Leur combat est le nôtre, car c’est notre système de santé qui est en jeu.  On ne lâche rien.  Soutenez les soignants des cliniques ELSAN – Signez et partagez !  (Lien de la pétition : https://www.change.org/p/soutenons-les-personnels-en-gr%C3%A8ve-des-cliniques-du-groupe-elsan-a-perpignan?recruiter=1411826515&recruited_by_id=ca075670-4df9-11f1-84ea-91fc64b686dd&utm_source=share_petition&utm_campaign=share_petition&utm_term=petition_dashboard&utm_medium=whatsapp&share_id=Pgz8Br8VGt Merci de relayer ce message. La Journée internationale de l’infirmière, c’est bien plus qu’une date sur le calendrier : c’est l’occasion de transformer la gratitude en solidarité active.

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 13:08

"Ce qu'on peut se dire à la fin d'une journée c'est: encore un jour sans catastrophe, sans maladie, sans chagrin, sans misère. En somme, encore un jour de bonheur. "

Louis Calaferte

 

La publication d’une vidéo de soutien par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, aux soignants en grève dans les cliniques du groupe Elsan à Perpignan marque un tournant symbolique dans le conflit. Ce geste dépasse le cadre local pour élever la mobilisation au rang de cause nationale, mettant en lumière les tensions persistantes entre rentabilité financière et conditions de travail dans l’hospitalisation privée.

Depuis fin avril 2026, les personnels des cliniques Médipôle et Saint-Pierre (groupe Elsan) sont en grève reconduite, parfois depuis plus de 15-20 jours. Leurs revendications principales restent le versement d’un 13e mois pérenne, une revalorisation salariale face à l’inflation, et une amélioration concrète des conditions de travail : effectifs insuffisants, manque de remplacements, pression organisationnelle accrue et précarisation des emplois. Les syndicats (dont CGT et CFDT) dénoncent une politique de distribution de dividendes aux actionnaires tandis que les primes de participation ont été supprimées ou réduites en 2025. 

Le groupe Elsan, l’un des leaders français de l’hospitalisation privée avec plus d’une centaine d’établissements, se trouve directement visé.

Les grévistes reprochent une logique de rentabilité qui se traduit par une réduction des moyens humains et matériels, au détriment de la qualité des soins et de la santé des équipes.Un appui qui nationalise le conflitEn publiant cette vidéo, Sophie Binet apporte non seulement un soutien moral mais transforme la lutte perpignanaise en étendard plus large.

La première organisation syndicale française, souvent en pointe sur les questions de santé et d’action sociale, donne ainsi une visibilité nationale à un mouvement qui risquait de rester confiné dans les Pyrénées-Orientales.

Ce type d’intervention médiatique renforce la pression sur la direction d’Elsan et attire l’attention des pouvoirs publics, des autres établissements du groupe et de l’opinion publique sur les réalités du secteur privé lucratif.

Ce soutien intervient dans un contexte de mobilisation récurrente dans la santé privée. Après les revalorisations partielles du Ségur de la santé jugées insuffisantes, de nombreux collectifs de soignants dénoncent un sous-investissement chronique et une course à la rentabilité.

La vidéo de la dirigeante cégétiste devient le symbole d’une intensification : passage d’une grève locale à une contestation plus structurée et relayée au plus haut niveau syndical.

Pour les équipes mobilisées, ce geste renforce la détermination : il montre qu’elles ne sont plus isolées face à un grand groupe privé. Il interpelle aussi l’ensemble du secteur sur la nécessité de négociations sérieuses pour éviter une dégradation continue de la prise en charge des patients et la saturation des services publics voisins (comme l’hôpital de Perpignan).

Alors que les assemblées générales se poursuivent et que les barrages filtrants ou actions se multiplient, le conflit chez Elsan illustre les fractures plus larges du modèle de santé français :

entre logique marchande et service public essentiel. Le soutien apporté par Sophie Binet pourrait bien marquer le début d’une vague de convergences plus larges dans l’hospitalisation privée.Solidarité avec les soignants en lutte. La visibilité nationale acquise ces derniers jours oblige désormais toutes les parties à ne plus ignorer ces revendications légitimes.

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 09:55

« Diumenge, farem salsitxes a la brasa amb cargols a la cabana del avi »

Un souvenir d’enfance façon Pagnol, le crépitement des côtelettes, de la rouste ou de l’escargot sur
la braise de souches, le repas dominical au « casot » du grand-père devenu la madeleine de Proust
intergénérationnelle de nombreux catalans.

La lutte contre la cabanisation a eu droit au chapitre dans le discours de Pierre Regnault de la Mothe
lors de sa prise de fonction de préfet du département en août 2025, promettant efficacité et
fermeté. Un phénomène qui ne date pas d’hier mais qui connait une expansion aussi forte qu’une
colonie de poux dans une école maternelle.

Le préfet a tenu parole en s’attaquant à un bidonville en devenir au domaine de Montcalm sur la
commune de Thuir, poursuivant une procédure engagée par son prédécesseur qui avait déjà mobilisé
les pelleteuses sur Maureillas.

Le vendredi 30 Avril les casots de Montcalm, pour ceux encore debout, font à nouveau du bruit :
explosion de gaz, un hectare et quatre cabanes brûlés, le record de Préfet Bonnet, qui avait ordonné
l’incendie de la Paillote chez Francis sur l’île de beauté, est battu.

Sauf que depuis ce fait divers « Bonnet le jour, cagoule la nuit » l’Etat se cantonne au cadre légal, un
sacerdoce judiciaire et administratif qui dure de 5 à 12 ans et engendre une spectaculaire
accumulation de dossiers qui, selon les représentants de Lutèce, avoisinerait les 550 rien que pour
les PO.

De Los Masos à Banyuls dels Aspres en passant par Perpignan, Sainte Marie la Mer, Ortaffa, Canet,
Monstequieu, rares sont les cantons épargnés par ce phénomène. Dès qu’il y a des friches avec un
accès facile à l’eau, la zone est mûre pour une épidémie d’habitations de fortune, à fortiori si les parcelles sont de tailles modestes.

Les représentants de l’Etat parlent d’une urbanisation mue par la pauvreté mais, pour le porte-parole
du mouvement Agissons, ce n’est pas le seul facteur à prendre en compte « Se cantonner à des SDF
qui se terrent dans des zones périurbaines serait méconnaître le phénomène, il s’agit en fait
d’urbanisations sauvages où les propriétaires réalisent un véritable investissement, dans le foncier
tout d’abord avec 1€ à 5€ du m2 mais aussi dans des mobil-homes, caravanes, installations
photovoltaïques, clôtures, à tel point que nous estimons le coût d’une installation à 30 000 euros en
moyenne, avec de tels montants ce n’est plus une situation subie mais un choix de vie »

Le mot est lâché, derrière la consonance bucolique des cabanes se cachent en réalité des bidonvilles
en devenir. Ici encore Agissons tient à la nuance : « les mobiles sont divers et variés et leur
recensement aidera à trouver des palliatifs prompts à endiguer le phénomène ; il y a des agriculteurs
victime de larcins désireux de veiller sur leurs investissements, il y a des gardiennages de caravanes
ou des récupérateurs de métaux qui ne trouvent pas de foncier autre qu’agricole, des gens du voyage
ou encore ceux qui recherchent un lopin de terre pour leurs cultures vivrières adossées à un coin
barbecue mais il y a aussi ceux qui ont choisi l’illégalité champêtre plutôt que la cage bétonnée d’un
logement social.

Pour ce qui est d’une villégiature à la campagne, le phénomène ne date pas d’hier,
le village sauvage de vacances du Bourdigou, situé entre Torreilles et Sainte Marie, a été rasé en
1976, un musée est d’ailleurs envisagé au port de Sainte Marie, là où subsistent encore des
constructions héliotropiques illégales»

Crise du logement, inflation des denrées alimentaires, explosion des vols ruraux, recul de l’activité
agricole ou raréfaction de foncier à vocation économique semblent être les facteurs conjoncturels
qui amplifient le phénomène. Il n’est donc pas étonnant qu’un département au climat doux, à
l’agriculture en déclin, au chômage galopant et au foncier hors de prix soit un des plus impactés de
l’hexagone.

Le 17 Octobre 2024, le ministère de l’aménagement du territoire et de la transition écologique,
produisait une charte de lutte contre la cabanisation, affectueusement surnommée « Lucca »
matérialisant l'engagement des différents partenaires et constituant un véritable maillage de
compétences territoriales, juridiques, policières, fiscales, institutionnelles et sociales : Préfet,
procureur, pompiers, Enedis ou encore le président de l’association des Maires 66 Edmond Jorda,
tous l’ont ratifiée sans que cela n’engendre pour autant un véritable tournant dans la lutte.

Excédés, les sénateurs catalans Jean Sol et Laurianne Josende ont décidé de siffler la fin de la
récréation et portent un texte de loi visant à accélérer et simplifier les démarches de lutte,
notamment grâce à une procédure de démolition d’office sans autorisation préalable du juge
judiciaire, à la demande du préfet.

Bien que le sénat ménage les édiles en évoquant « donner aux
acteurs locaux les moyens de lutter contre la cabanisation », il n’en reste pas moins qu’en shuntant le
premier constat de construction illégale réservé aux seuls maires depuis la décentralisation de 1982,
la réforme pointe du doigt que certains premiers magistrats ne font pas le boulot en leur fief.
Ce projet de loi, qui prévoit également une ordonnance préfectorale de démolition dans les sept
jours pour des travaux en cours ou achevés depuis moins de 72 heures, des astreintes jusqu’à
100 000 euros, des amendes de 30 000 euros ou encore un allongement des délais de prescription à
partir de la découverte de l’infraction, a été adopté le 6 mai 2026 à 242 voix contre 34, c’est
maintenant à l’assemblée nationale de « transformer l’essai » confiait Jean Sol.

Du côté d’Agissons, on salue l’initiative sénatoriale mais on déplore la focalisation sur l’aspect
répressif : « les politiques veulent durcir la répression contre la cabanisation alors que 12 communes
viennent d’être sanctionnées par l’Etat pour une carence en logements sociaux, que les plans locaux
d’urbanisme font la part belle à de l’habitat hors de prix plutôt qu’aux activités économiques, que les
projets de jardins familiaux sont trop peu nombreux et modestes ou encore que les campings se
débarrassent allègrement de leurs mobil-homes passés de mode sur un marché de l’occasion
dérégulé »

Pour Yannick Jadot, sénateur écologiste opposé au vote du texte, c’est « une chasse aux pauvres où
des gens déjà en situation de précarité vont être sanctionnés ». Un discours un brin populiste quand
on sait que la cabanisation a un impact environnemental certain, notamment par l’absence de
système d’assainissement collectif et aucun contrôle possible sur d’éventuelles filières de traitement
autonomes.

La sénatrice LR Josende argue du risque inondation ou incendie ainsi que de l’atteinte aux paysages
afin de justifier sa démarche. Sur les réseaux sociaux, la population n’est pas forcément favorable au
texte, invoquant la précarité mais ne saisissant pas les risques liés aux feux et aux crues. En effet,
nombre de ces cabanes sont implantées à proximité des cours d’eau et quasiment toutes hors de
portée des réseaux dédiés à la lutte contre les incendies, en cas de catastrophe les services de
secours ne feront pas le tri entre le légal et l’illégal mais apprécieront l’urgence vitale, parfois au
détriment de ceux qui occupent légalement les sols, renchérit le mouvement Agissons et ajoute
qu’en ce qui concerne les paysages, certains élus ont opéré un véritable massacre du département
au profit des promoteurs, des fermiers solaires ou des compagnies éoliennes.

L’avenir des casots de fortune est donc maintenant entre les mains du parlement où le sujet promet
de vifs débats.

Un débat national qui aura au moins eu le mérite de révéler que tous les
parlementaires des Pyrénées-Orientales ne suivent pas forcément les initiatives législatives de leurs
collègues, à l’instar de la députée RN Michèle Martinez qui interrogeait Laurent Nunez, Ministre de
l’intérieur, le 28 avril 2026 quant à la lutte contre la cabanisation alors que le sénat examinait la
réforme légale le 15 avril. Michèle a un gage, une nuit dans une cabane de Montcalm.

 

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