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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
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  • L'archipel contre-attaque !
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 11:45
Chronique moscovite (épisode 18) : Back to reality‏ par Félix Edmundovitch Dzerjinski



« En dernière heure, c'est toujours une poignée de soldats qui a sauvé la civilisation . » (Oswald Spengler), Ben nous, les Russiens, on a eu Blondin, le soldat du renseignement… Et puis aux origines, il y avait moi, le Chauve et Jo le Moustachu, toute la joyeuse bande !!!! Et toi, qui as-tu eu ? Tu te souviens de ceux qui t’ont libéré ? Pas les caincains, non, l’armée d’Afrique, celle de Leclerc, tu te souviens ? Les oublie pas !


« Dans une société fondée sur le pouvoir de l'argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de "liberté", réelle et véritable. » (Ah, mon pote le Chauve-fondateur, comme tes citations sont douces à entendre à mes oreilles, moi qui suis revenu en plein 21ème siècle post-moderne, si tu savais comme tu fus visionnaire).


Et un peu de poésie, car comme disait l’autre, « la beauté sauvera le monde », mais bon cette citation, c’est plutôt pour te sauver de toi-même petit Frantsouz : « Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. » (c’est du grand Charles, non, pas de Gaulle, Baudelaire).





Ben me revoilà, après presque trois mois de mission et de vacances, et surtout de silence, mais toujours l’œil aux aguets, normal c’est le métier, je ne dors jamais… Je t’ai manqué, oui ?, non ? En fait, ta réponse m’importe peu, « me ne frego », comme disaient les autres bien habillés à l’époque… Depuis tout ce temps.





Commençons par le commencement. Je me suis rendu à Kiev, en mission, afin d’humer l’air de la liberté. Parce que c’est bien ce que vous pensez de par chez vous, hein, les fascistes (ah oui, j’ai remarqué comme tu aimes à recourir à ce mot, ultime facilité la taxinomie quand tu as une chose complexe à appréhender) sont à Moscou. Alors, entre Russiens et Ukrainiens, c’est le divorce. Ils ont complètement changé de logiciel et sont pro-européens. C’est drôle parce que je trouve qu’en ce moment, l’Europe ne fait pas très envie… Doit y avoir un paquet de fric à la clé pour que les Ukrainien trouve du charme à l’Europe… Alors, tu verrais, ils ont complètement changé de logiciel et ils mettent leur législation en conformité avec les normes européennes, bref, en route vers le paradis de l’économie de marché. Je peux te dire que la population apprécie, ben ouais, les tarifs de l’énergie qui augmente de 150%, cela fait toujours du bien… Mais bon, je te rassure ou je t’inquiète, les Ukrainiens resteront les Ukrainiens : appels d’offre truqués, corruption, prévarication… Crois-moi, le Russien n’est pas fâché de s’en débarrasser… Et dire que j’entends des ânes par chez toi qui disent que Blondin veut reconstituer l’empire… Permets-moi, petit Frantsouz de te rafraîchir la mémoire sur tes nouveaux amis ukrainiens. C’est probablement passé inaperçu dans ta presse de révérence mais fin juin-début juillet, il y a eu de l’agitation dans les Carpates ukrainiennes. Ben ouais, les locaux sentaient bien que ce ne serait pas win-win pour eux de rester au sein de l’Ukraine, alors, ils demandaient leur rattachement à la Hongrie. Kiev n’a pas supporté et a envoyé les gros bras du Pravy Sektor pour mater la révolte. Bon, en fait, la prise de contrôle des divers trafics de la région serait également un enjeu. Tu te souviens de Pravy Sektor, un petit parti ultranationaliste, avec ses bandes armées, avec des logos sympas comme des runes nordiques. Ne me dis pas que tu as déjà oublié ces héros de Maïdan, tes nouveaux potes… M’est d’avis que ces mecs-là ne sont pas étrangers à l’attentat devant la Rada. Ben ouais, faudra s’y faire, le monde est plus complexe qu’un article de Libération…


Après l’Ukraine, repos intégral et chez toi petit Frantsouz. Tu vois, en dépit des sanctions, je ne suis pas rancunier et puis comme l’avait théorisé l’oncle Adolf, le Frankreich, c’est tout de même pas mal pour les vacances. Mais tout de même, quel bordel cette Europe. J’ai lu dans votre presse que vous aviez des problèmes avec des hordes de vacanciers affamés, en guenilles, qui venaient du Sud. Ben la voilà l’attractivité de l’Europe, cette jolie vitrine avec sa croissance en berne, son chômage, son modèle social quasiment en voie de démantèlement. Bon, nous en Russie, nous aurions réglé le problème de deux façons. La première aurait consisté à couler les bateaux une première fois et à faire de même une seconde fois, histoire qu’ils comprennent. Je sais, il y a par chez toi des bonnes âmes, qui disent qui faut les accueillir mais comme le disait un Premier ministre socialiste, « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Et puis, un soupçon de paranoïa : qui te dit que leurs intentions sont pacifiques ? Qui te dit qu’il n’y a pas d’agents dormants de l’Etat islamique dans le lot ? Qui te dit que cette ouverture des vannes n’est pas le fait de l’Etat islamique à des fins de déstabilisation ? Tu réfléchis des fois ? Parce que la vraie guerre, elle est là, face à l’Etat islamique. A côté, le Russien est un délicat poète, tu vas apprendre comparer… Bon, revenons à nos touristes qui veulent à tout prix aborder chez vous. Autre solution, vous faites de mêmes. Vous remplissez des bateaux avec des Frantsouz, des Allemands, des Danois, des Finlandais et tutti quanti et vous les dirigez vers le Sud. Ah, je suis sûr qu’ils seront bien accueillis et que leur situation sera gérée avec la plus grande humanité par vos amis algériens, marocains, tunisiens, libyens et autres… Oui, oui, cela devrait bien se passer, je te suggère de tenter l’expérience. Bon question vitrine, tu auras la plage, mais tu l’as déjà de par chez toi, après pour te soigner, pour tenter de construire un avenir pour tes enfants, à mon avis, tu feras route en sens inverse. Chez nous, en Russie, fini l’internationalisme que je défendais jadis… Les réfugiés syriens, à Mourmansk, ben les Russiens les incitent à aller chez le voisin norvégien, ben ouais, le Norvégien, il est gentil et puis si le Russien peut l’embêter un peu... Remarque, ça vaut mieux pour eux même si question climat c’est kif-kif, mais question gentillesse vis-à-vis de l’étranger, y a comme une différence entre le Russien et le Norvégien. Je me souviens de festivals de la jeunesse organisée dans les années 1980, aux temps de l’URSS agonisante, quand des ressortissants africains arrivaient sue scène et chantaient cette chanson (https://www.youtube.com/watch?v=HjiSocqPP8k), qui dit que tu n’as pas de maison ni d’adresse et que ta maison, ton adresse c’est l’Union Soviétique, ben le Russien, tout communiste qu’il était, tout internationaliste qu’il se revendiquait, se mettait à huer le chanteur. Ben ouais, avec le Chauve, nous avons un poil échouer à construire l’homme nouveau…, le Russien est resté nationaliste, faut dire que Jo le Moustachu avec sa politique des nationalités a su réveiller le sentiment national, quel sacré droitier celui-là ! Ah, et puis j’y pense, parce que c’est un sujet vieux comme le monde mais récemment à la mode par chez toi, c’est so trendy, j’ai pas vi beaucoup d’Européens faire preuve de compassion pour les réfugiés des zones de conflit de l’Est ukrainien, qui ont tout perdu et qui ont déboulé par chez nous. T’as raison, chacun ses pauvres ! Ah, il est marrant ton universalisme ; que dis-je, ton indignation, à géométrie variable… Je crois que j’ai l’explication, ou tu te sens coupable (éternelle repentance de l’Allemand, qui n’est plus ce qu’il était) ou tu préfères l’exotisme, le lointain…, bref, tu serais resté néo-colonialiste que cela ne m’étonnerait pas.





Ah, et au fait, chez, j’ai vu des Frantsouz pendant mes vacances, en vrai. C’est dingue, je me serais cru dans un film de Claude Sautet, tellement je les ai trouvé déprimant dans leurs conversations, immobilier, scolarité des enfants (évidemment toujours l’excellence, retraite… Quel manque de curiosité… Tu pourrais parler littérature, peinture, que sais-je moi, osons, politique ! La vie dans la cité, ça a son importance (https://www.youtube.com/watch?v=5NtJMAxhcSg). Dire que c’est moi, le tchékiste crypto-archéo bolchevik qui suis obligé de te dire tout cela, de te réveiller, car tu dors, petit Frantsouz et j’ai peur pour toi au moment du réveil. C’est marrant, vous ne voyez pas le monde d’hier qui s’effondre, Daech au Moyen-Orient, les hordes de gueux qui frappent aux portes de l’Europe, la fin de votre modèle social quasi bolchevik, vous faites comme si de rien n’était. Et puis physiquement, petit Frantsouz, tu n’es pas taillé comme un conquérant. Tu n’es pas très grand, tu as du bide, tu bigles… Le problème c’est qu’avec tout ton confort, tu n’as plus vraiment faim. Tu ne penses qu’à accumuler et à jouir de biens, de personnes…Je peux te dire que les amis chinois ou sud-coréens, eux, ils ont faim et c’est eux qui vont façonner le monde de demain, pas toi. Bon, le Russien, il est comme l’ours de la taïga, faut pas venir l’embêter ou tenter de lui piquer son pot de miel, il répond parfois un peu violemment. Et dire que c’est vous, les Frantsouz, du moins tes ancêtres, les pères de la Révolution !! Tiens, je te dédis cette chanson de Ludwig von 88, c’est un peu toi… https://www.youtube.com/watch?v=YZCdQLxBi8E. Et celle-là, je l’aime bien, moyennement raccord avec la citation de Spengler tout de même, mais bon faut gérer sa schizophrénie et ses contradictions… https://www.youtube.com/watch?v=xPLaC2vPabg.





Sitôt rentré à Moscou, où souffle la tramontane du libéralisme économique le plus échevelé, à faire pâlir d’envie le socialiste Macron, je suis allé manger mes pelmeni chez Jivago et je suis allé me voir une expo photo consacrée à Norilsk. Tu connais Norilsk ? La péninsule de Taymir ? Charmant endroit… Norilsk, c’est un peu comme Saint-Pétersbourg, une ville qui a été créée à partir du néant, sur la volonté d’un homme, sauf que Saint-Pétersbourg c’était Pierre le Grand et que Norilsk, c’est Jo le Moustachu, ah, pas pareil. En 1935, le petit père des peuples décide qu’il faut y exploiter le nickel, en guise de main d’œuvre, les détenus des camps. Ils ont dû en faire une tête, les Dolganes, les habitants du cru, quand la ville a commencé à sortir de terre. Le camp portera le nom de Norillag et fera partie du système du Goulag. Cette ville aujourd’hui abrite le premier producteur mondial de nickel, Norilsk Nickel, qui appartient à l’oligarque Potanine, qui a bien su naviguer pour sauver ses couilles, pas comme l’autre idiot que vous adulez, le Khodokorski. Les conditions de vie y sont extrêmes et pourtant, nous avons fait surgir une ville. Les nuits y font 24 heures en décembre et les températures peuvent atteindre – 50°, l’hiver y dure neuf mois !!! Il y fait nuit sans interruption de début décembre à mi-janvier. La ville est à 400 km au nord du cercle polaire, entièrement construite par des prisonniers. Tu imagines, petit Frantsouz. Non, tu n’y arrives pas. Si cela t’intéresse, je te conseille de voir les photos de Elena Chernyshova (http://elena-chernyshova.com/wordpress/) et de lire le récit de Jacques Rossi qui y a été prisonnier en 1939. C’est tout de même beau de voir ce dont l’homme est capable, ce dépassement. Je crois que le Russien en est encore capable, tant le collectif peut primer sur l’individuel chez nous, à certains moments de notre histoire et chez toi, vous en seriez capables ? Bah, c’est vrai, chez le Russien, tu as aussi un petit côté Oblomov (à lire absolument).


http://elena-chernyshova.com/wordpress/wp-content/gallery/jour-de-nuits-nuit-de-jours/norilsk1.jpghttp://elena-chernyshova.com/wordpress/wp-content/gallery/jour-de-nuits-nuit-de-jours/norilsk11.jpghttp://elena-chernyshova.com/wordpress/wp-content/gallery/jour-de-nuits-nuit-de-jours/norilsk20.jpg


J’ai retrouvé le pays tel qu’il était avant mon départ. Une monnaie qui plonge et un peuple qui serre les dents. Ben ouais, forcément, quand ton salaire est divisé par deux, parce que c’est ça ou la porte, tu serres les dents et le reste. Tu vois, petit Frantsouz confortablement installé, ce que c’est que le vrai libéralisme économique dont tu te fais le parangon. Mais le Russien a vraiment une capacité de résilience que peu de peuples possèdent, et puis dans son histoire, il en a vu des choses, des Mongols aux hordes nazies. D’ailleurs, du fait de la chute du rouble et des sanctions, le Russien s’est fait rare par chez toi cette année. Et c’est le commerçant qui le déplore en premier, ah le commerçant français, il te vendrait sa femme et ses enfants, c’est une figure de votre patrimoine, à conserver. Et puis, tu as l’éleveur de porcs aussi, bien malheureux en ce moment…, à cause du méchant Russien ?

Les précédentes chroniques moscovites:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/chroniques%20moscovites/

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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 13:48
L'archipel contre attaque, d'une mer à l'autre à Collioure

La semaine dernière, l'archipel contre attaque avait obtenu son autorisation de monter à port à Collioure grâce à la bienveillance du coordinateur du festival "d'une mer à l'autre" (qui faisait cette année la part belle aux femmes) Gildas Girodeau et du maire Jacques Manya. Le Ketch (un deux mâts) amarré,des le vendredi soir,les interviews purent commencer dessus des le samedi matin.Christina Falléras,Mine Kirikkanat, Diana Lama et Gihèn Ben Mahmoud on été passé à la question et croquées par Cécile Creixell . On aussi aussi vu à bord, la leadeuse du groupe "Cavale", Prêle Abèlanet, la poétesse Maja Engler et l'écrivain Chelsea Cunningham, les éditrices du Trabucaire Mireille et Marie-Ange Falques sous l'oeil complice du capitaine du navire Didier Brazeau.

Le lendemain, Nicolas Caudeville mis pied à terre pour l'animation de deux tables rondes: la première sur les gourmandises de Méditerranées (en présence de Pierre Torrès, Eliane Thybauld Comelade, Jean Lhéritier et Jean Plouzennec) et la seconde sur littérature et peinture (En présence de Didier Goupil, Hélen Hall, Philippe Vigier et Jean-Pierre Bonnel)

Retour pour le voilier et son équipage par une forte tramontane de face et une houle cassante...Mission accomplie!

Voir aussi:

Collioure/Gildas Girodeau, coordonnateur festival d'une mer à l'autre: la Méditerranée n'est pas une frontière, c'est un pays! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/08/collioure-gildas-girodeau-coordonnateur-festival-d-une-mer-a-l-autre-la-mediterranee-n-est-pas-une-frontiere-c-est-un-pays-interview

Maja Engler interview Das Boot en 3 mots par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/09/maja-engler-interview-das-boot-en-3-mots-par-nicolas-caudeville.html

L'archipel contre attaque, d'une mer à l'autre à Collioure
L'archipel contre attaque, d'une mer à l'autre à Collioure
L'archipel contre attaque, d'une mer à l'autre à Collioure
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L'archipel contre attaque, d'une mer à l'autre à Collioure
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 15:24
« VISA » SANS VISAGE par l'écrivain Henri Lhéritier

« VISA » SANS VISAGE

Selon que l’on est puissant ou misérable notre visage, son image plutôt, n’a pas la même valeur.
Les modèles involontaires des photos exposées à travers de la ville, lors du festival « Visa, » à Perpignan, ignorant l’exploitation que l’on fait d’eux, ont peu de chance de trouver un de ces avocats tonitruants, défendeur du droit à l’image, qui se déciderait soudain à protéger leur visage, si grossièrement exposé, aux fins d’émotions spectaculaires, dans tous les lieux de la cité. Ce serait pourtant une belle cause humanitaire.
Quelle désinvolture, celle qui consiste à afficher, sans autorisation, les traits de la misère, de la peur ou du désespoir, en les captant, gratis, au bout du monde, tandis qu’à notre porte, sous peine de procès, on ne peut plus se permettre de publier la photo d’un passant anonyme, sans que la justice n’ait son mot à dire. Même la gueule du chien de telle ou telle starlette est floutée au nom du droit des animaux.
L’homme d’Occident serait-il plus fragile ? Serait-il plus respectable que l’homme du tiers monde ? Plus susceptible ? Plus timide ?
La misère a un visage, la richesse n’en a plus ou ne montre le sien qu’en le monnayant.
Avec nos photos, monsieur, nous faisons une bonne œuvre, nous plaidons, auprès de l’Occident, la cause des humains abandonnés aux quatre coins du monde, nous sensibilisons les citoyens aux malheurs qui frappent là-bas. Se donne-t-on bonne conscience avec cet argument ? D’ailleurs, ajoutera-t-on, cynique, avant leur droit à l’image, il est nécessaire de songer d’abord à les soigner et à les nourrir.
Or, on ne fait rien de cela, on les repêche en mer en pestant contre leur nombre, leur sans-gêne, et on les expose pour titiller notre voyeurisme. Ne serait-ce point un néo-colonialisme, cette utilisation artistique du malheur ?
Ne faudrait-il pas donner les mêmes droits que nous à ces damnés, des droits supplémentaires même car leur déchéance nous fait un spectacle ?
Voici un projet intéressant pour «Visa »: œuvrer à la création d’une fondation du droit des sans droits, une Sacem de la misère.

Voir aussi:

Roman:Les Vêpres Siciliennes d'Henri Lhéritier, chez trabucaïre éditions! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/08/roman-les-vepres-siciliennes-d-henri-lheritier-chez-trabucaire-editions-interview-par-nicolas-caudeville.html

Et le tout meilleur d'Henri Lhéritier

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 16:13
PENSEURS COIFFEURS par l'écrivain Henri Lhéritier

Alain était professeur de philosophie. Né Emile Auguste Chartier, il se faisait appeler Alain comme, par exemple, le chanteur Christophe se fait appeler Christophe alors qu’il s’appelle comme tout le monde.
Cet Alain ne nous dépayse pas. On compte un grand nombre d’Alains contemporains, ce sont les « nouveaux philosophes », nouveaux comme la 203 Peugeot l’était par rapport à la 202, qui ont vocation à répondre à toutes les questions. Aujourd’hui on ne les nomme plus ainsi, on les appelle, lorsqu’on est poli, les vieux grincheux. Ils ont fondé une école à compétence universelle spécialisée dans l’art du lieu commun érigé en concept et de l’identité montée en épingle.
Ce conglomérat de cuistres n’est pas une invention moderne, Molière l’avait stigmatisée dans "Les Femmes savantes" et lui-même la tenait des Grecs, bref…, rien de nouveau sous le soleil. De la banalité maquillée en pensée.
Ces « penseurs coiffeurs » ne vous rajoutent pas de poils sur le caillou, ils donnent une coupe moderne à ceux que vous possédez encore. En sortant de l’échoppe, tant que durent les effluves de l’eau de toilette, vous éprouvez un vif sentiment de puissance, mais si, approchant de votre domicile, vous vous mettez à penser qu’il faudra peut-être laisser cuire les pommes de terre un peu plus longtemps, c’est le signe que les penseurs médiatiques ont pénétré votre cerveau car ils commencent toujours par les pommes de terre.
Alain a écrit des « Propos », c’est un peu ce que je fais : du bavardage. Le sien, édité dans la Pléiade, est surélevé. Il bavarde au sujet de Marx, Hegel, Diogène, il suffit de considérer Alain comme un amuseur pour prendre du plaisir. Un début inopiné, des variations au milieu, des fausses pistes, des interrogations, une chute, c’est bien fait, cela véhicule un vieux fond d’enseignant IIIème République, avec une touche rurale, mais de philosophie point ! Un Propos d’Alain c’est un bibelot de foire sur un piano à queue.
Chez nos Alains actuels, les studios audiovisuels l’ont emporté sur l’universitaire et le littéraire, la couche du savoir s’est effilée au profit d’un surparaître au langage branché. Ils roulent carrosse et ont des coquetteries de star. De philosophie point, non plus. Pas un concept, pas une idée nouvelle, un simple recyclage de propos de comptoir éculés, de vaines références à un passé révolu, réinventé pour les besoins de la cause, accompagné d’une intense satisfaction de soi.
C’est de la « philosotique », matière nouvelle à ranger aux côtés de la bureautique et de la robotique.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier ici:

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 15:39
Livre: 'Franco la muerte' que reste-il du franquisme des années plus tard? par Laurent Novart

Coll., Franco la muerte, Arcane 17, 205.

En juillet 2016, cela fera 80 ans qu’éclatait la Guerre d’Espagne. La victoire des nationalistes en novembre 1939 soumit le pays à une chape de plomb nationale-catholique. La fin de la dictature, la transition démocratique et l’imposition par décret de l’amnésie n’exorcisèrent ni les fantômes, ni ne cicatrisèrent les plaies des corps et des mémoires. L’Espagne n’en finit pas de solder ce passé comme l’illustre l’ouverture des fosses communes, les campagnes du mouvement Manos Limpias ou la dernière sortie d’un maire PP justifiant les condamnations à mort des républicains.

Cette guerre est à la fois un enjeu historique, politique mais c’est aussi mythe : pour les premiers concernés d’abord, tous les espagnols civils ou anciens-combattants, les brigadistes mais aussi ceux qui ont pris le chemin de Retirada, ainsi que le mouvement antifasciste et l’imaginaire de la Gauche au sens large. Le problème de l’aspect mythique de cette guerre est qu’il en découle un manichéisme fondamental : affrontement entre une République et un soulèvement militaire, entre la liberté et le fascisme, la Révolution et la Réaction, le camp du bien et celui du mal.

Cet ouvrage se présente d’emblée comme un règlement de compte vis-à-vis de ce « Franco de porc » qui, ultime insulte à la face de ses victimes mourut dans son lit. Malgré Vernon Sullivan, j’ai assez peu de goût sur le fait de cracher sur les tombes, fussent-elles celles des pires salauds. Et puis, à quoi bon, quand la guerre est finie, et bien perdue, faire comme si elle pouvait être gagnée quatre-vingts ans après et avoir l’impression d’une revanche de papier.

Quelques nouvelles n’échappent pas à un certain prêchi-prêcha digne des pires moments des films de Ken Loach avec la réconciliation irénique des forces antifascistes contre le Fascisme. Nous voyons ainsi les certaines figures imposées de prolétaires hommes et femmes analphabètes avides d’instruction et de justice sociale aux consciences de classe pures, prêts à résister naturellement au fascisme, et bien sûr, en face, celles des franquistes ontologiquement pervers et tarés dont l’archétype serait la figure italienne d’Attila dans 1900 de Bertolucci.

Il n’empêche que ce recueil Franco la Muerte est une bonne piqûre de rappel. Son originalité réside dans le fait que l’ensemble de ces nouvelles se situe après la victoire des nationalistes. Dans la période qui voit l’installation du régime de Franco et de ce monde habillé de cilice aux couleurs aussi gaies que le vert des uniformes de la Guardia Civil, le bleu de la chemise des phalangistes et le noir des prêtres.

C’est un monde dur aux vaincus qui font l’objet d’une répression sans pitié et dont la cruauté n’épargne ni les hommes, ni les femmes ni les animaux. Une croisade qui se poursuit au nom de la Limpieza afin de purger le pays des germes marxistes, et pour l’instauration d’un ordre nouveau avec « ceux qui commandent et ceux qui doivent être commandés ». Une Espagne franquiste, à l’atmosphère viciée où se côtoie la peur, la torture, les exécutions et dans laquelle le catholicisme à la morale la plus rétrograde fait cohabiter le chapelet qu’on égrène et les virées au bordel. C’est un régime enfin, qui à l’image du Caudillo n’en finit pas de mourir, et dont la mort par le supplice du garrot d’un jeune de 26 ans ne pouvait être autre chose que le plus sinistre symbole.

C’est un recueil éprouvant et drôle avec des passages humoristiques et quasi-oniriques. Le surréalisme même n’est pas loin avec la réconciliation des communistes et des anarchistes ou la leçon de bonne gouvernance par la peur dans un dialogue entre Francisco Franco travaillé par une armée de morts-vivants et de Joseph Staline. N’hésitez pas non plus à le lire si vous souhaitez connaître le nom du premier astronaute espagnol. Si votre survie dans l’au-delà vous travaille, rassurez-vous, Franco et ses croisés ne sont pas au Paradis. Vous y retrouverez, tous les sans-dieux, les anonymes des fosses communes mais aussi de plus célèbres comme Greta Taro,

Durutti, Andrès Nin le POUMiste ainsi qu’Azaña… Enfin, si vous avez une vocation refoulée de médecin, jetez un œil à certaines nouvelles qui vous donneront le détail de la physiologie franquiste en phase terminale.

Ce livre pose une question importante en ce qui concerne les héritiers du franquisme. S’il est indispensable de se rappeler ce qu’a été historiquement ce fascisme faut-il pour autant craindre les petits de l’Ogre ? Il me semble que si l’on entend par « petits » les plus ou moins jeunes illuminé-e-s défilant encore dans leurs costumes de carnavals morbides, on risque de se tromper de combat en se focalisant sur ces adversaires si aisément identifiables et que je crois minoritaires ou folkloriques. Le problème actuel est que l’on assiste à une transformation des manifestations de l’extrême-droite, et de ses militants. Le « fascisme », touche de nouveaux publics, utilise de nouveaux codes, de nouvelles attitudes, de nouvelles logiques dont l’analyse est loin d’être achevée.

Cette extrême-droite a su, à la suite des déstructurations des mondes populaires, du mouvement ouvrier, et de son abandon par la gauche « responsable » au nom de la fin des idéologies, dicter l’agenda des causes du peuple. Elle recycle ses thèmes classiques, sous des oripeaux apolitiques, la défense des valeurs morales contre le « relativisme » et le libéralisme, pour la défense des identités européennes contre l’immigration, pour l’héritage culturel catholique contre l’islamisme, pour l’ordre contre la décadence des institutions et la déliquescence de la société... En même temps, elle a gauchi ses discours en s’adressant aux « petits » et à leur paupérisation. Récusant l’universalisme, elle place ses combats pour la justice sociale sur le terrain de l’accès privilégié aux droits sociaux (chômage, santé, logements, allocations diverses…) des nationaux contre les parasites allogènes et leurs défenses dans des conflits culturels qui se déclarent au sein des cités populaires en brandissant le thème de la laïcité.

Ces discours efficaces et bien rôdés, révolutionnant les catégories classiques, progressent politiquement. Ils ne sont plus seulement portés par des réactionnaires, des soldats de guerres perdues, d’idéologues se présentant comme des résistants au Système, ou de révolutionnaires romantiques voulant crever la Gueuse, ils imprègnent aussi les mondes populaires, dont une partie n’y est pas insensible.

Le combat contre ces nouveaux mouvements ne peut se satisfaire de simples condamnations morales. A la suite de Sternhell, il faut rappeler que jamais cette droite aussi prolétarienne et révolutionnaire soit-elle dans ses discours, ne remettait en cause les structures économiques et sociales de la société capitaliste qu’elle vomit. Il faut alors avoir recours à plusieurs gros mots oubliés. A la question posée par le recueil, d’autres viennent à l’esprit. L’antifascisme est-il secondaire ? N’est-il finalement qu’un aspect d’une politique de gauche (premier gros mot) qui se place au niveau des luttes sociales dans la contestation des nouveaux rapports de production, de la justice, de l’égalité et de la défense des nouvelles classes populaires ? Dans ce cas-là, peut-être alors n’a-t-il jamais été aussi urgent de reconstruire et de se réapproprier de nouvelles formes de conscience de classe (deuxième gros mot) ? Cette conscience commune de l’exploitation (troisième gros mot) qui identifie ses véritables ennemis et qui substitue à la compétition entre groupes sociaux ethnicisés et divisés une affirmation positive et universaliste de soi.

R.A.S

Voir aussi:

"Il n'y a pas pas de mémoire du franquisme, parce que le franquisme est toujours d'actualité! Conférence mémoire, regard croisés sur le franquisme les écrivains A Cervéra et G Girodeau

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-il-n-y-a-pas-pas-de-memoire-du-franquisme-parce-que-le-franquisme-est-toujours-d-actualite-en-espa-115664008.html

St Valentin:Un plat de sang andalou, conférence sur la trilogie de David M Thomas (avec) à la librairie torcatis! par Sébastien Navarro

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-st-valentin-un-plat-de-sang-andalou-conference-sur-la-trilogie-de-david-m-thomas-avec-a-la-librai-122525375.html

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 10:58
Grande région: les verts et le Front National défendent les Pyrénées-Orientales! par Nicolas caudeville

Nous avions déjà rencontré Gérard Onesta candidat écologiste qui proposait un statut et un parlement nord catalan dans la cadre de la future grande région Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon afin que nous puissions gérer en toute autonomie notre territoire. Dans un communiqué récent Louis Aliot le candidat du Front National constatait que la réforme territoriale excluait de sa redistribution les catalans: "Encore une fois le Gouvernement et les élus socialistes de nos régions agissent sans concertation répartissant les compétences en fonction d'intérêts purement politiciens loin de l'intérêt général et des économies vitales à réaliser...Toulouse et Montpellier se sont partagé les compétences sans souci de l'équilibre territorial et sans respect des identités locales."

Il fait ensuite cette proposition :"

C'est pour ces raisons que je demande à ce que les compétences maritimes et viticoles soient octroyées à Perpignan-Roussillon troisième bassin de vie de cette grande Région ainsi que celles des énergies renouvelables.
Elu Président de l’Assemblée régionale, je favoriserai la création d'une grande direction "des politiques méditerranéennes" destinée à pérenniser une meilleure relation Nord/Sud.
Le "Centre du monde", structure neuve mais sans affectation, pourra accueillir avec profit ces nouveaux services !"

Le représentant local du parti socialiste est le déjà député Jacques Cresta, le glorieux perdant de la municipale de Perpignan 2014, monsieur 11%, ne mettra pas son poids dans la balance pour faire bouger les choses en faveur des catalans. C'est même pour cela qu'on l'a choisi . Voir notre annonce des avant les municipales (très pales):Municipale 2014: Jacques Cresta, The Dark Socialiste Rises!, qui annonçait le résultat, avant le résultat.

Madame la secrétaire d'état Ségoléne Neuville répondant à un tract sur la survie l'école d'art à Perpignan, dit "Les perpignanis n'avait qu'à bien voter!"

Les partis politiques n'ont qu'à faire des propositions crédibles de programmes et de candidats!

Après cela, il faudra rappeler à ses personnes qui éructent contre le FN, cet adage du droit romain: "Nemo auditur propriam turpitudinem allegans /nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude"

Voir aussi:

Future région: comment on baise Perpignan # Kulunmouton! par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/07/future-region-comment-on-baise-perpignan-kulunmouton-par-nicolas-caudeville.html

élections régionales: le candidat vert propose un statut et un parlement nord catalan dans la cadre de la future grande région Midi-Pyrénées/Languedoc-Roussillon! interview Gérard Onesta par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2015/06/elections-regionales-le-candidat-vert-propose-un-statut-et-un-parlement-nord-catalan-dans-la-cadre-de-la-future-grande-region-midi-p

Municipale 2014: Jacques Cresta, The Dark Socialiste Rises! par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-municipale-2014-jacques-cresta-the-dark-socialiste-rises-par-nicolas-caudeville-109880797.html

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 10:36
 MOINS CHER, JOUR APRÈS JOUR! par l'écrivain Henri Lhéritier

C’était un épicier en gros qui parlait comme un philosophe bucolique, qui n’oubliait jamais, présentant ses yaourts, de vanter leur dimension humaine et animale car le lait dont ils étaient issus était extrait de vaches qu’il connaissait, qu’il voyait paître dans sa Bretagne natale qu’il aimait tant, au milieu des chapeaux ronds des Bretons qui croyaient dur comme fer aux druides et aux calvaires des carrefours qui rappelaient le souvenir des marins disparus en cette mer qui se brisait à la pointe du Raz où finissait, exténué, et dans une écume frénétique, le continent européen, après ce n’étaient que des îles et des Anglais.
Certains disaient qu’il était plutôt un philosophe tombé dans le tapioca au sortir de l’agrégation, qu’il parlait à la manière d’un Bhl, lequel était appelé le penseur « boudin blanc », et que, dans un geste d’une grandiose humanité, il se dressait tel un combattant de l’esprit et du gras-double, contre la vie chère.
Ce type nous évitait les passions tristes, celles que l’on éprouve en sortant de ses magasins, bon Dieu, se dit-on, qu’avais-je besoin d’acheter tout ça ? Mais ! dit l’épicier raisonneur, vous venez d’acquérir un bon de réduction, vous pourrez revenir l’utiliser. Pour acheter une merde identique ? se défend faiblement l’acheteur, heureux malgré tout de retrouver bientôt ce temple qui sent la mayonnaise aigre, le camembert mort et la pantoufle d’importation.
On l’a bien baisé quand même ce Michel Edouard au sourire béat d’adjoint au maire en train de refouler des roms à la périphérie de sa ville, se dit en se frottant les mains, Jules, qui préparait une thèse sur « La grande distribution en phase terminale dans le paysage municipal d’une France qui rote de plaisir ».
Michel Edouard avait tellement l’habitude de prendre ses clients pour des imbéciles qu’il inventa, un jour, avec des publicistes de haute volée, et le dévoila à la télé, car celle-ci était devenue un rayon de ses magasins, ce slogan :
« Dans nos magasins, on est moins cher, jour après jour ! »
Les révolutionnaires, dont Jules faisait partie, ripostèrent ainsi, pancarte en main, tous les jours, devant les portes tournantes :
« N’achetez donc pas aujourd’hui, attendez demain ! »
Et de fait les clients remirent sans fin au lendemain ce qu’ils auraient pu faire le jour même. Exit le philosophe légumier !
Il avait tant sollicité nos sphincters qu’il s’est reconverti dans le financement des stations d’épuration, son talent est intact, il est capable de faire rêver avec elles et aujourd’hui, on l’appelle le philosophe excrémenteux.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier ici:

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 11:34
ART DRAMATIQUE! par l'écrivain Henri Lhéritier

Cette fois, quittant la terrasse, nous descendîmes dans sa cave, ce n’était pas une de ces caves de magnat que l’on visite avec componction et dont on comprend qu’elle n’est que plumes de paon. Elle ne constituait pas une vitrine, mais une sorte d’auberge de campagne où l’on se repose en regardant passer le temps, elle servait simplement à conserver des vins dont la seule destination était d’être bus, rendant ainsi hommage à leur statut d’amis du genre humain. Modeste et cachée, elle contenait des grenaches surpuissants aux ailes d’aigle, des carignans au goût de sang de bécasse, des rancios secs comme des coups de trique et roux comme des têtes de taureaux albinos. On va prendre celle-ci, dit-il en extrayant une bouteille revêtue d’une étiquette d’écolier, dont le millésime était si mal tracé à la main que je ne pus le déchiffrer, montons à la cuisine nous la boirons là-haut, j’ai quelque chose à vous dire.
Il me servit tout en parlant, vous savez, je suis en train d’écrire une pièce de théâtre, le carignan qu’il versait généreusement heurtait les flancs de mon verre et, se brisant en éclats, annonçait la complexité sauvage de ce que j’allais boire et l’illumination que j’en recevrai. J’ai une théorie personnelle dont je voulais vous parler, il avait recueilli une goutte accrochée au goulot de son index qu’il lécha, c’est plutôt une constatation : Une pièce de théâtre me semble réussie lorsque l’agitation du dehors fait écho à ce qui se passe sous nos yeux. Ce que l’auteur doit rendre au travers d’un drame se déroulant sur les planches, ce n’est pas tant la dramaturgie des passions, amour, haine, mort, jalousie que l’on sert à toutes les sauces, c’est d’abord la confuse rumeur de l’extérieur, le bruit des guerres, des révolutions ou la paix des braves. Dès lors ce qui paraissait convenu nous saisit dans toute sa réalité, nous n’avons plus d’effort à faire pour nous sentir dans la vie.
Je demeurais interdit, me demandant ce qu’il voulait signifier avec son histoire de théâtre.
Alors, me servant à nouveau une large rasade de carignan, il me dit, l’œil rieur : Vous n’avez pas l’air de saisir ma métaphore !
Une bouteille de vin est une pièce de théâtre, ce qui se joue à l’intérieur et touche votre verre est porteur d’une histoire qui s’est déroulée à l’extérieur. L’émotion que vous éprouvez n’est pas due à la seule excitation de vos sens, mais à la perception du dehors : soleil, vent, ciel, orages, histoire des hommes et des savoirs, et cette mystérieuse alchimie, qu’un végétal sait extirper de la nature, transforme un liquide en substance mémorielle.
On ne boit pas du vin, on boit le monde pour le porter en soi.

voir le tout meilleur d'Henri Lhéritier:

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 14:49
Le délégué du gouvernement de la Generalitat de Catalunya a Girona, Eudald Casadesús et le Directeur de la Casa de la Generalitat a Perpinyà, Josep Puigbert, ont rencontré la Présidente du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, Hermeline Malherbe, au siège du Conseil Général des Pyrénées-Orientales à Perpignan.: 5 février 2015
Le délégué du gouvernement de la Generalitat de Catalunya a Girona, Eudald Casadesús et le Directeur de la Casa de la Generalitat a Perpinyà, Josep Puigbert, ont rencontré la Présidente du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, Hermeline Malherbe, au siège du Conseil Général des Pyrénées-Orientales à Perpignan.: 5 février 2015

Dans un article de l'indépendant du 28 mars 2015,le maire de Gérone et député au Parlement de Catalogne, Carles Puigdemont, qui était de passage à Perpignan pour dresser un portrait des relations entre les deux villes résumer ainsi:

"Gérone et Perpignan sont à 80 km l'une de l'autre et pourtant les villes s'ignorent". Le constat cinglant est signé Carles Puigdemont. De passage dans la capitale du Roussillon, le député-maire de Gérone a dressé un portrait "d'une relation à minima" entre les deux territoires "pourtant proche linguistiquement, culturellement, socialement". De quoi laisser le politique s'interroger "sur ce qui n'a pas été fait" alors que "nous avons tous les ingrédients pour que ce soit un succès".

Mais depuis des années la fatuité des édiles locaux leur faisaient considérer que dans le cas des relations trans-frontalières , il n'y avait point de salut hors Barcelone. Voir la fameuse phrase de Jean-Paul Alduy psalmodier autour de la ligne TGV Perpignan/Barcelone: "Perpignan, ville banlieue de Barcelone" . Ou, lorsque l'actuel maire de Perpignan, le charismatique Jean-Marc Pujol, fait une vidéo de promotion de l'agglo, il raconte que Perpignan est une ville internationale, puisque à quelques encablures de l'aéroport de Barcelone (voir http://www.perpignanmediterranee.com/video/video.php?id_video=0&KeepThis=true&TB_iframe=true&height=630&width=850)

L'université de Perpignan ne fait pas mieux en n'utilisant peu la possibilité de sa participation au réseau des universités de langue catalane, l'institut Joan Lluis Vivés, pour faire circuler et recevoir des étudiants de Barcelone à Valencia en passant par les îles Baléares.

Les autres territoires trans-frontaliers français ont plus de dynamisme et n'ont pas forcément le prétexte d’être cousins. Le problème ne vient pas de la Catalogne Sud, mais du nord dont les "élites" ont peur d’être dépassé par tout développement. Alors quid d'une Casa de la Généralitat à Perpignan, lorsque pour danser il faut être deux? C'est le défi que doit relever Josep Puigvert l'actuel directeur. Nous l'avions déjà rencontré en novembre 2014 après sa nomination, que s'est passé depuis: entretien

Voir aussi:

Perpignan/Casa de la Généralitat, le nouveau directeur Josep Puigvert reprend le processus d'Eurodistrict avec le conseil Général! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/2014/11/perpignan-casa-de-la-generalitat-le-nouveau-directeur-josep-puigvert-reprend-le-processus-d-eurodistrict-avec-le-conseil-general-int

La page web

http://presidencia.gencat.cat/ca/ambits_d_actuacio/delegacions_del_govern_i_representacions_de_la_generalitat/casa_de_la_generalitat_a_perpinya/fills

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 16:29
ENGLAND, ENGLAND par l'écrivain Henri Lhéritier

Nous allons envahir l’Angleterre, me dit-il.
Ce n’est pas si souvent, vous savez, depuis Guillaume le Conquérant, ce Normand au beurre frais, natif de Falaise, nous n’avons guère fait d’incursions chez eux, ils doivent nous languir, d’ailleurs on leur manque tellement qu’ils ont piétiné nos plates-bandes plus souvent qu’on ne l’eut désiré.
Qu’en pensez-vous ?
Je n’en pensais rien. Envahir l’Angleterre n’était pas mon souci primordial et je voyais mal pourquoi les Anglais seraient aussi langoureusement attachés aux Français. On est plutôt antipathiques, non ? En outre il y avait suffisamment de vent chez moi et de confiture d’abricots pour aller m’enfouir dans le brouillard londonien et me remplir de marmelade de bigaradiers.
J’ai mon plan, continua-t-il.
Bon, il avait l’air d’y tenir.
Remontant la Tamise, nous passerons les Downs, arrivant à Londres nous dévasterons la ville, brûlerons Westminster, nous violerons un maximum d’Anglaises, les rousses notamment, et aussi la famille royale, à commencer par le prince de Galles, nous clouerons le Prime minister sur la porte du 10, Downing street et ferons défiler, devant nous, une corde autour du cou, les financiers de la City, nous récupérerons l’argent que Mme Thatcher a volé à l’Europe, nous précipiterons Nelson du haut de sa colonne et démolirons pierre à pierre Waterloo station, nous planterons des choux et des haricots tarbais dans Hyde Park et nous y ferons paître des brebis des Corbières. Sus ! Montjoie, St. Denis !
Je me demandai quelle folie le prenait.
Remontant au Nord, nous séparerons l’Ecosse de ce foutu pays et pillerons Islay.
Bon Dieu, ça y est, j’avais compris : le scotch !
Bowmore, Lagavulin n’ont qu’à bien se tenir. N’oublions pas d’apporter nos haches, la mer sera ambrée et saoule des fûts que nous éventrerons et, longtemps après notre passage, ses rivages porteront les traces du sacrifice.
En attendant, j’aurais besoin de quelques glaçons de plus et d’une dose supplémentaire, me dit-il en tendant son verre.
Mon Lagavulin, 16 ans d’âge, vivait ses dernières minutes, je n’aurais jamais dû lui en proposer.
Je vais être responsable d’une hécatombe franco-anglaise, me dis-je, et de la dévastation de Hébrides intérieures, j’aurais mieux fait de lui servir un thé avec un friselis de lait.

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/tag/henri%20lheritier/

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