" Le cinéma aide à préserver la foi dans nos désirs d'un monde meilleur, face aux compromis de la réalité."
Stanley Cavell : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stanley_Cavell
L'histoire retiendra qu'avant la guerre avec la Russie, il y aura eu "une drôle de guerre", avec des micro événements que seuls seront lire les historiens, témoignant de la guerre des gaz psychologiques qui précède tous conflits majeures. Ainsi le changement de nom du cinéma d'Elne après la libération de la ville de 20 ans d'occupation communiste....Mais, c'était sans compter sur la réplique au battement d'ailes de papillon catalan par une ville de Bretagne !
Le Club de Douarnenez se rebaptise Cinéma René-Vautier : parce que, bien sûr, rien de plus neutre que de coller le nom d’un cinéaste anticolonialiste sur une porte vitrée
À Douarnenez, temple du cinéma engagé et partenaire historique du Festival qui aime les peuples, les cultures et les luttes (surtout quand elles sont bien cadrées), Le Club a décidé de se rebaptiser – temporairement, rassurez-vous – Cinéma René-Vautier. Sur la façade, une inscription manuscrite, élégante et définitive, vient de remplacer le vieux nom. On imagine le stylo feutre tremblant d’émotion.
Cette audacieuse initiative intervient quelques jours après qu’à Elne, dans les Pyrénées-Orientales, le conseil municipal a osé retirer le nom de René Vautier à sa salle de cinéma (baptisée ainsi depuis 2005) pour lui préférer « La Bobine illibérienne ».
Le maire Steve Fortel, classé « divers extrême droite » par la préfecture (catégorie qui a le mérite d’être claire), a justifié sa décision par le désir noble de « ne pas politiser la culture ».
Évidemment. Retirer le nom d’un cinéaste résistant et anticolonialiste pour le remplacer par une formule locale, c’est le summum de la neutralité culturelle. On ne sait plus trop si on doit applaudir ou chercher le mode d’emploi de la dépolitisation.
À Douarnenez, le geste prend une dimension presque sacrée. René Vautier, né à Camaret-sur-Mer en 1928, n’était pas seulement un cinéaste : il était un compagnon fidèle du Festival dès ses premières heures, au point de mériter un hommage en 1998. Il avait eu l’idée originale de faire du cinéma un outil de transmission et de lutte contre les injustices. En collant son nom sur la porte du Club, Douarnenez rappelle donc, avec une subtilité toute bretonne, que le lien entre le cinéaste et le festival qui défend « un cinéma ouvert sur les peuples, les cultures et les luttes » depuis 1978 doit être préservé. Pour l’instant, temporairement. On verra plus tard si l’inscription manuscrite résiste à la pluie.
Claudette Leflammand, directrice du cinéma Le Club, actuellement en déplacement au Festival Indépendance(s) et Création à Auch, n’a pour l’heure pas réagi.
On la comprend : quand on est loin, il est difficile de commenter une opération de rebaptême aussi minutieuse.
Ainsi, tandis qu’à Elne on dépolitise courageusement la culture en changeant de nom, à Douarnenez on repolitise tout aussi courageusement en changeant de nom. La boucle est bouclée. Et la bobine, illibérienne ou non, continue de tourner.
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