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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 01:08

Avril 2022, on t’a invité à une réunion de la FI, dont l’ordre du jour est la présentation des candidats aux législatives. Bon, t’as pas envie d’y aller. Il y aurait sans doute un paquet d’autres trucs à faire. Peut-être même des trucs utiles. Qui sait ?

Mais des mecs du Conflent t’ont dit qu’ils viendraient, et ils aimeraient te rencontrer.

Il est 18 h, la réunion est à 18 h 30.

Tu y vas.


Les réunions politiques sont des lieux de véridiction. À croire que Michel Foucault a forgé ce terme en pensant à la classe politique Perpignanaise.

Oui, des véridictions. Rien de plus.

Il n’y a en général rien à tirer de ces soirées. Et souvent pas grand-chose d’autre à tirer des candidats.

Si au moins ils étaient drôles. Mais non.

Les binômes avaient déjà été annoncés. Grenouillant dans le milieu politique local, on connaissait déjà pas mal de candidats. Mais on a un tropisme Saint-Jacques, et pas seulement pendant les élections, alors on s’est intéressé au binôme pour la troisième circonscription. Celle qui va de Perpignan à Porté-Puymorens. De la place Cassanyes à la mairie de Porté-Puymorens il y a 120 km. Oui, ma p’tite dame, il s’agit de la circonscription la plus étendue de France. Rien que ça !

Nathalie Cullell ?!

Jamais entendu parler.

On a donc cherché sur le web, et on a trouvé un reportage de France 3, traitant des Gilets Jaunes en Cerdagne. C’est sûr que ce n’est pas les quotidiens de la plaine qui en aurait parlé.

https://youtu.be/IKGIJ55E7HE


La candidate arrive donc de La Cabanasse, commune rurale de haute montagne de près de 700 habitants, surtout connue pour sa gare. Et elle a pris les ronds-points de traverse pour venir jusqu’à Perpignan.

Certains sont profs en collège, elle, elle est prof en colère.

C’est pas pareil.

Parce que l’école publique, en montagne, c’est une catastrophe. Fermeture de classes, fermeture d’écoles. Déni d’enseignement. Déni de démocratie.

Pour l’anecdote, il y a quelques années, un ami a bossé comme administrateur système au lycée de Font-Romeu. Il y a passé un an. Quand il est parti, son responsable lui a appris que son poste avait été supprimé deux ans plus tôt, et qu’ils auraient du mal à trouver un remplaçant.

Les lycéens, en haute montagne, n’ont pas besoin d’informatique.

Donc à la fin de la réunion, on va discuter avec la candidate. On lui passe des numéros de téléphone de gens à contacter sur Perpignan, on dit du mal du médiocre qui fut candidat sur la 3e en 2017, et on finit par dire « bonsoir » et partir*.

À ce moment-là, il ne reste plus qu’à attendre et voir.


Faut dire ce qui est, je suis du genre cynique, même si je n’ai pas lu le moindre livre de Peter Sloterdijk.

https://www.babelio.com/livres/Sloterdijk-Critique-de-la-raison-cynique/19095#citations

Et puis je suis, basiquement, désabusé. C’est ce qui arrive lorsque l’on fait campagne, trop longtemps, avec des gens à la moralité douteuse. Et que l’on est, faut bien le dire, de bonne foi.

J’y ai cru. Je le regrette.

Alors j’attends et je regarde le début de campagne.

La création de la NUPES est une bonne chose, malgré ses nombreux défauts. Mais localement la campagne est molle. Particulièrement molle.

Ils n’y croient pas ? Ils s’en foutent ? Ils n’y sont pas ?

Le téléphone ne sonne pas.

Les emails n’arrivent pas.

Personne ne demande conseil.

L’ennui !


La campagne est « plan-plan ».


L’après-midi du meeting place de la Victoire j’ai fait le tour des boites à livres de Perpignan avec une amie arrivée dans le coin depuis peu. C’était plus intéressant.

La défaite en chanson.


Et puis le téléphone sonna.


La candidate, un peu à ma surprise, avait fini par passer les coups de fil que j’espérais. Bon, on en est pas à sauver Saint-Jacques, mais au moins on a une candidate avec la tête sur les épaules. Ça nous change de la classe politique locale, et surtout du « gang des losers », qui a cherché à taper l’incruste pendant cette campagne, et, qui au final n’a rien foutu.

Elle a besoin d’information sur Perpignan, et, surtout, d’un coup de main pour dynamiser la campagne.

On est jeudi soir. Le week-end sera chargé !


Donc samedi matin, c’est tractage place Cassanyes. Bibi va donc en profiter pour organiser un petit tour à Saint-Jacques. Parce le Contrat de Ville, la Rénovation Urbaine, c’est du ressort de la loi, donc des députés. N’en déplaise à Pierre Bataille, le candidat écocide LREM, que personne n’a vu en ville.

Et, malgré la présence de quelques aliborons, le tractage c’est bien passé. Passage par la place du Puig, agrémenté d’une discussion avec des habitants de la caserne Saint-Jacques, lieu où lors des municipales aucun candidat ne va. Nathalie Cullell a eu aussi droit à la « tournée des beaux dégâts », comprenez les démolitions voulues par Jean-Marc Pujol et Chantal Bruzy, la suppléante de Pierre Bataille. Une vidéo fut tournée sur l’îlot Paradis, celui qui avait valu l’ire de Stéphane Berne, et sur l’espace béant laissé par la chute de l’îlot Puig.

Le choc est violent.

Et il n’est pas feint !

C’est ça aussi être de gauche !


T’as beau être Gilet Jaune, t’as beau avoir une conscience politique, t’as beau être prof et voir des élèves connaître des situations sociales difficiles, Saint-Jacques c’est un choc. Les pouvoirs publics expulsent les habitants ; les pouvoirs publics démolissent des immeubles dont l’origine remonte au XIVe ; les pouvoirs publics maltraitent, dans le simple et unique but de faire du fric, des populations particulièrement pauvres et vulnérables ; et, strictement, personne n’en parle sérieusement.

Non, aucun candidat n’a mis la Rénovation Urbaine sur la table !

Pourtant trois des quatre circonscriptions des PO sont concernées !

Et après on s’étonne que les pauvres ne votent pas à gauche !

Non, les pauvres ne votent pas !

Non, les pauvres crèvent !

La gueule ouverte !


Mais Saint-Jacques ne suffit pas. Perpignan a bien d’autres quartiers.

Rendez-vous est donc donné dimanche matin, histoire d’aller tracter à Saint-Mathieu.

Et donc, Bibi, se lève un dimanche matin.

C’est dire s’il y croit.


Saint-Mathieu connaît une situation pire que Saint-Jacques. La population a baissé de près de 15 % en 10 ans. Les rues se vident et, parfois, ressemblent à des coupes-gorges. La mairie a expulsé, appartements après appartement, de nombreuses familles pauvres. La mairie a aussi exproprié, au fil du temps, histoire de pouvoir préparer de futures démolitions, permises par une, hypothétique, future loi sur la Politique de la Ville. Et là, place des Templiers, face à un îlot immense, parfaitement réhabilitable, nous nous arrêtons, à trois seulement, pour réaliser une, trop, beaucoup trop, rapide vidéo sur le sujet.

Oui, il faut défendre Saint-Mathieu. Oui, il faut défendre le patrimoine. Oui, il faut défendre les habitants. Oui, il faut défendre ceux qui n’ont rien.

Oui, il faudrait une révolution. Il faudrait la Révolution !

Mais, on sait ce que c’est la révolution.

« Tu comprends, ceux qui savent lire dans les livres qui vont voir ceux qui ne savent pas lire dans les livres, les pauvres, et disent : ici, il faut du changement ! Et les pauvres bougres font le changement. Après ça, les plus malins de ceux qui savent lire s’assoient autour d’une table, et ils parlent et ils mangent, et ils mangent et ils parlent, et ils parlent et ils mangent ! Et pendant ce temps-là, qu’est-ce qu’ils font les pauvres bougres ? Ils sont morts !

Et qu’est-ce qui arrive quand c’est fini, pauvre con ? Rien ! Tout recommence, comme avant ! »


https://youtu.be/S_yTkiStLD8


Oui, une vidéo d’une minute c’est trop court, surtout pour un sujet aussi complexe.

Mais, maintenant le sujet est sur la table.

Quoi qu’il arrive, Nathalie Cullell a enlevé le tapis sous lequel toute la gauche, la vraie comme la fausse, cache la poussière. Ils ne peuvent plus dire : nous ne savons pas !

L’information est publique.

Et c’est une candidate venue de la Cabanasse qui a fait le boulot.

Qui a fait leur travail !

Parce que dans le fond, qu’est-ce qu’elle en a à foutre de Perpignan ? Elle ne fantasme pas à l’idée d’en être maire. À l’inverse d’une flottée de médiocres.


D’ailleurs, elle ne rêve pas non plus d’être députée. Clairement, cette campagne n’est rien d’autre qu’un moyen de mettre la lumière sur le quotidien des plus pauvres, sur leurs problèmes, sur leur misère. Sur la misère.

Alors, allez savoir, pourquoi, elle veut interroger les habitants, pour comprendre leur vécu. Un dimanche matin, à Saint-Mathieu. Le truc improbable. Le truc que la gauche perpignanaise, et surtout la fausse, refuse de faire.

Alors on finit par trouver des gens. Et on parle du réel. Le réel, vous savez cette saloperie qui s’invite partout, qui ne vous lâche pas, qui vous colle à la peau, qui se souviendra éternellement de vous, de vos erreurs, de vos faux-pas, de vos mensonges, mais qui, parce que c’est un fumier sans nom, mettra un point d’honneur à faire oublier vos bonnes actions.

Le réel, c’est ce monstre qui veut que « le mal que les hommes font vit après eux », alors que « le bien que les hommes font est souvent enseveli avec leurs cendres ».

Alors on croise ce jeune homme, un peu par hasard, qui vit aux HLM Saint-Mathieu. Il tient à nous montrer son quotidien. Oui, les HLM sont totalement délabrés. Oui, les conditions de vie dans ces immeubles sont inacceptables. Et elles sont à devenir fou.

D’ailleurs ce jeune homme est clairement en souffrance. Il nous montre ses scarifications.

Oui, des scarifications !

Parce que le mal-logement, ça finit aussi comme ça.

En scarification !

Et parfois plus.

Malheureusement !


Là aussi, une minute de vidéo c’est trop peu.

Il faudrait une gauche à Perpignan.

Mais il n’y en a pas.

Il n’y en a plus.


Alors oui, parler de scarification c’est racoleur. Certes. Mais on est à pour parler du réel.

On n’est pas là pour défendre des putains de stations de ski écocides.

On n’est pas là pour trouver que la reconnaissance faciale est un progrès.

On n’est pas là pour flatter des égos.

Même pas celui de la candidate.

Non !

On est là parce qu’il y a un boulot à faire.

On est là parce qu’il y a une vision du monde à défendre.

On est là pour sortir les gens de la merde.

Pas pour les y laisser.


Gagner et être élu sont deux choses différentes.

Quel que soit le résultat des élections, Nathalie Cullell aura gagné. Pas juste parce qu’elle a montré que l’on peut faire une campagne à la fois radicale et « digne ». Mais aussi parce qu’elle aura accepté de voir la réalité en face, abandonnant les véridictions mortifères de la classe politique, dans son ensemble. Parce qu’elle aura su parler franchement, citant même Péage Sud sur France 3, sans violence et sans ambages, de la réalité du terrain.


« Il y a des candidats de gauche.

Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre. »

Il y a des candidats de gauche.

Justement, on en a croisé une !

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