Le président du groupe Médipole, Marcel Herman
Si vous aviez encore des doutes, la mondialisation est arrivée prés de chez vous. Oui, vous pouvez être
contre, elle, est tout contre vous. Le personnel de la clinique Médipole à Cabestany en a fait l'amère expérience.
Petit prologue avant entrée en matière. A force de réformes de l'hôpital, à qui en guise de réflexion sur une
politique de santé publique, on a appliqué force saignées, en finissant d'arrasser la bête. Et de ce point de vue,l'application des 35h dans ce secteur a même servi de variable
d'ajustement pour réduire le personnel. On nous a en même temps dégainé la petite musique du « les cliniques privées soignent mieux et moins chers : et vous savez comment les comptes
de la sécu sont plombés ! » Évidemment, vendu comme ça, il semblerait qu'il faille être « réaliste », « pragmatique » et qu'il serait enfin temps que « les
français arrêtent de vivre au-dessus de leurs moyens ». A ceci prêt, que la clinique ne fait pas de recherche, ne fait pas école de médecine, ni d'infirmières (même si on y pratique le
stage, main d'œuvre pas chère ! ) et qu'elle ne prend pas en charge les pathologies lourdes qui coûtent, elles aussi, chères. Bref, elles ne s'occupent que de ce qui peut lui
rapporter.
Dites vous bien une chose, si la santé ne rapportait pas, le secteur privé s'en moquerait comme d'une guigne.
Seulement, ça ne rapporte pas que des nèfles, il y a même un gros gâteau à se partager entre amis.
Ceci nous ramène au groupe Médipole de Marcel Herman. Car il faut bien parler de groupe. Une clinique par-ci,
une clinique par là, comme on glane, l'air de ne pas y toucher, le père Marcel s'est approprié, les unes après les autres, en les rachetant, la plupart des cliniques privées du département et
au-delà. Voyez plutôt : Médipole, bien sur, son premier jouet, puis ST Pierre, la clinique notre Dame d'Espérance, la clinique du Vallespir de Céret,celle de ST Michel à Prades, quelques unes
dans l'Aude -dont une à Narbonne dont nous reparlerons- ainsi et pour finir deux cliniques dans le Gard. Pour pouvoir jouer au petit jeu du rachat,oncle Herman a besoin de capital frais et
rapidement mobilisable, donc il a des actionnaires. Or ces actionnaires ne sont pas des « bonnes sœurs de charités» :pour eux, comme le disait le bon Bertold Brecht « Seule la mort
est pour rien, tout le reste se paie ! ». Le retour sur investissement se doit d'être juteux, et ce n'est pas le pourcentage de votre livret A qui les fera bander !Alors, par des jeux
de comptabilités, on fait en sorte que ce qui rentre arrive chez eux,et pour ce qui coûte, on expliquera au petit personnel (pas les médecins, on ne maltraite pas les contremaîtres, ce sont eux
qui garde le troupeau...) qu’il va falloir faire des sacrifices!
Ce qui fut le cas pour les dernières négociations annuelles obligatoires. Les revendications du personnel de
Médipole n’étaient pas excessives: augmentation de 3% du salaire, augmentation de la prime de 50 euros pour les dimanches et jours fériés etc...Il faut rappeler que c’est grâce à ce même
personnel que la clinique a obtenu la certification de la Haute autorité sanitaire, sans laquelle rien ne serait possible. Alors, ils auraient pu espérer en retour une reconnaissance
financière...Bien, pire, on leur retranche la prime de participation de 2/3. ʏˈa de quoi vous péter une grève! C’est dˈailleurs, ce quˈelles ( le personnel est essentiellement féminin) ont fait
. Le combat de la chèvre de monsieur Seguin contre les loups de l’actionnariat dura neuf jours,à coup de 6 heures, 9 heures de négociations quotidiennes, au bout desquelles, un Marcel Herman
impavide, déclarait que le groupe Médipole ne pouvait pas se le permettre compte tenu de ses derniers investissements pour son développement. Ce n’est pas ce qu’avait dit l’expert comptable
mandé par le comité d’entreprise: «La demande de revalorisation pouvait être réalisée; il y a de la marge.»
Alors, qu’est-ce qui a bloqué la demande? Les actionnaires, qui d’autres? D’autant plus que depuis le mois de
mars, un fonds d’investissement britannique, «Bridgepoint» était rentré à hauteur de 50% dans le capital du groupe. Trois ans plus tôt, Marcel Herman rachetant la clinique ST Pierre et
anticipant l’accusation «de monopole», déclarait dans le journal L’indépendant: «Vous auriez préféré que ce soit un fond d’investissement privé qui la rachète!» Alors, le personnel pouvait bien
manifester à Perpignan, depuis le parc des expos jusqu’à la préfecture, face à des politiques élus qui faisaient des déclarations qui les engageaient si peu! Les fourmis se prenant pour des
cigales faisaient un délicieux spectacle pour Marcel Herman. Il n’y aurait qu’à attendre, en laissant ça et là distiller la déception et la désillusion. Pour enfin dire: «Et bien, danser
maintenant !» 30 euros , au bas mot, voilà ce qu’elles ont obtenu, brut et étalé dans le temps...Leurs collègues de Narbonne, eux, il n’y a pas si longtemps, obtinrent tout ce qu’ils avaient
demandé. Mais, ils avaient tenu 21 jours et ils étaient soutenus par les médecins et les chirurgiens. Quant aux autres cliniques, pourquoi ne sont-elles pas rentrée en grève? Elles ont eu reçu
le même traitement salarial?! Il se raconte que Notre Dame d’ Espérance qui avait été racheté déficitaire, venait à peine de faire rentrer ses comptes dans le vert, et qu’à ST Pierre, deux
syndicats sur trois ne voulaient pas la grève...
Ne nous trompons pas, cette histoire n’est pas anodine. Elle est au contraire exemplaire. Subtil mélange
entre arabica et robusta qui font les bons cafés. De l’ultra-local à l’universel. Cette double détente pèse sur l’argent public que l’on donne au monde privé. De l’argent pour des prestations
de services qui coûtent moins chers que le public puisque le personnel y est sous-payé. La phrase de Montesquieu dans l’article de l’encyclopédie,nommé «De l’esclavage des nègres» flotte
toujours à la surface du capitalisme : «Le sucre serait trop cher s’il fallait payer ceux qui le cultivent !». Et, que la santé publique finisse par être gérée «comme une entreprise» par des
cliniques privées et leurs actionnaires devrait soulever quelques inquiétudes auprès de la conscience des citoyens et de leurs représentants politiques. Sans quoi ces nouvelles Compagnies des
Indes de la santé achèveront de coloniser nos territoires et d’en exploiter les indigènes pour leur propre compte...