Les pompiers Catalans s'interposent entre policiers et manifestants face à l'excés de brutalité de la force publique
Les pompiers Catalans s'interposent entre policiers et manifestants face à l'excés de brutalité de la force publique
“Quand elle est régie par des rapports de production capitalistes,l’histoire est comparable à l’action inconsciente de l’individu qui rêve :elle est certes faite par les hommes, mais sans plan ni conscience,pour ainsi dire comme dans un rêve.” Rolf Tiedemann
MYTHOMANIE OU MYTHOGRAPHIE ?
Dans la société du rêve, chaque destin se voit affublé d’un capital mythographique. Chacun a son histoire et toutes se valent. Le récit se nourrit de la participation de ses personnages et de leur capacité à faire valoir un itinéraire dans la narration. Le récit maintient les personnages dans une égalité rêvée. La consommation devient aventure, l’acte d’achat - une communion au mythe de la marque. Les problèmes eux-mêmes sont mythologisés, ce qui permet d’éviter d’avoir à regarder en face les phénomènes qui sont critiqués comme participant de la crise du capitalisme, ou de présenter cette société du rêve qu’est devenu le capitalisme sous une forme si dénaturée que la critique favorise finalement une complaisance parasitaire à son égard.
L’INVENTION DU METASILENCE
Le storytelling redécouvre le mythe en tant que structure fondamentale permettant à l’homme d’agir sur le monde et de rassembler les éléments nécessaires à la construction de son point de vue, mais à la différence du mythe, il cesse d’être parole. Si le mythe est un métalangage, le storytelling est un métasilence, c’est-à-dire un silence qui nous parle de notre incapacité à formuler des projets véritables, car, en définitive, ce recours systématique aux supposés bienfaits du récit est un leurre, une « stratégie de Schéhérazade » qui vise à gagner du temps.
LA FORME D’OUBLI DU MENSONGE
L’opacité des grands mythes hérités de l’Histoire se reconstruit dans le plein jour des petites histoires liées à nos croyances ultramodernes. Quand tout devient mythe, du baril de lessive au burger en passant par une galaxie d’objets, de marques et d’egos reboostés au récit de leur illusoire unicité,tout devient alors vérité, le mythe n’étant plus lui-même que la forme d’oubli du mensonge.
Le pouvoir qui se voit réduit dans son exercice à faire adopter des décisions techniques prises par des instances extra-démocratiques, voire extranationales a trouvé dans la pensée narrative un moyen d’administrer ses propres vacances. Dés lors, l’activité pseudo-décisionnelle de l’état sera scénarisée, tout comme la vie de ceux qui ont été élus pour gouverner à l’intérieur de leur propre récit. Il est à cet égard assez significatif que le storytelling ait fait son apparition aux Etats-Unis sous la présidence d’un ancien acteur d’Hollywood, ce fait autorise les gourous du storytelling à nous faire croire qu’ils pouvaient faire élire à la Maison Blanche n’importe quel homme, pourvu qu’il sache raconter des histoires ou les interpréter.
DANS NARRATION, IL Y A NATION
Le rêve américain n’est sans doute que l’assemblage des success stories d’hommes et de femmes exemplaires, élevés au rang de légendes, dont les noms clignotent comme des enseignes entre deux rangées de gratte-ciels. Ceux-là ont créé leurs propres récits. Ils ont vendu leurs marchandises dans un embalage de rêves grand public. Ils sont devenus des marques ou ont marqué leur temps. Dans un pays où le récit s’est emparé, à tous les niveaux de la vie sociale, de l’imaginaire individuel et collectif, un homme sans histoire a en effet peu de chance de se faire entendre et d’être élu. L’horizon du récit américain, c’est la nation de tous les possibles, où l’émigré va pouvoir, chapitre après chapitre, vivre et se raconter. Peu importe le destin. C’est le récit qui compte. Un destin qui ne se raconte pas est improductif. Ce qui fonde la légitimité d’un récit, à notre époque, c’est sa valeur d’usage : le récit doit servir un profit, une plus-value de narration qui tend à devenir monnaie.En dépit de son inscription très marquée dans le temps présent, l’imaginaire du storyteller n’est pas très éloignée de celui du mage-lieur. Sa conception du pouvoir est éminemment magique. Il en va des entreprises et des nations comme des hommes. Après l’Histoire, les états-nations ont compris qu’ils devaient se raconter pour être. Les Etats-Unis, ont inventé en ce qui les concerne, l’état-narration. Devenir américain, c’est entrer dans une légende.Réalise socialement le rêve américain, celui qui le réalise au sens hollywoodien du teme, c’est-à-dire celui qui le met en récit au moyen de sa propre réussite,en dirigeant ainsi le rêve des autres.
LA REALITE COMME ENJEU DE POUVOIR
Historiens, juristes, pédagogues, physiciens, économistes, psychologues…
Aujourd’hui, chacun veut mettre en récit sa participation au monde avec l’intention plus ou moins déclarée de constituer ainsi une réalité. Chacun y va de sa petite histoire en espérant augmenter sa propre crédibilité et peu importe si ces récits juxtaposés deviennent un substitut aux faits et aux arguments rationnels. Il y a une prime à l’émotion pour celui qui sait raconter la bonne histoire au bon moment. Bien plus que s’assurer une prise sur le réel, cette gymnastique est présentée dans les manuels de storytelling comme l’une des clefs du pouvoir. Scénariser la réalité selon ses propres désirs, voilà le grand fantasme à une époque où l’avènement du jeu célèbre dans ses fictions nos qualités de personnages, en endormant, sur le plan de la consistance, notre vitalité de citoyens. La « story » n’est aucunement philanthrope. Elle vise à nous convaincre, à orienter, à diriger nos actes.L’émotion qu’elle véhicule ne vise aucune libération. Ainsi notre réalité apparaît comme un champ de bataille où s’affrontent des récits concurrents.Dans ce contexte, l’efficacité d’une « story » se mesure au nombre des personnages qu’elle annexe. Est réelle et mythique l’histoire qui sait émouvoir et soumettre le plus grand nombre de personnages.
LA COMMUNION NARRATIVE
Après la grande purge des utopies du siècle précédent, notre société est aujourd’hui prête pour une reconfiguration des croyances. Nombreux sont ceux qui entendent répondre à la prétendue quête de sens de nos contemporains en lançant leurs nouvelles campagnes de rédemption. Les nouveaux récits conduisent les individus « égarés » dans un monde indéchiffrable à s’identifier à des modèles simples tout en se conformant, sur le chemin de la conversion, aux protocoles émouvants imposés par leurs maîtres. L’émotion elle-même devient l’objet d’un management décomplexé.
Le nouveau sujet du capitalisme peut bien afficher son âme, puisque l’on reconnaît de prime abord les souffrances de son « moi émotionnel » Là encore, grande découverte du marketing : les consommateurs sont des êtres sensibles et l’on peut stimuler efficacement leurs émotions par une histoire pour déclencher un acte d’achat ou une adhésion inconditionnelle de leur part. A cette insistante question de la quête de sens, les storytellers ont trouvé une réponse d’une étonnante modernité : la communion narrative. La société entière est prête à communier au récit, puisque les individus qui la composent ont intégré malgré eux et depuis longtemps les schémas et les usages du marketing jusque dans leur vie intime.
Nous communions au récit de notre propre dissolution dans la trame d’une intrigue qui nous assigne un rôle de figurants en nous faisant croire que nous sommes acteurs. Nous faisons corps avec la machine narrative et la réalité que nous consommons dans les medias n’est qu’un plan ajouté aux histoires qui nous bercent. Nous communions au récit et nous sommes communiés, car nos corps et notre sang alimentent ce récit, sans lesquels la vraie vie ne serait qu’une réalité froide, c’est-à-dire une survie éloignée de la chaleur des projecteurs. Le récit devient anthropophage quand nous devenons incapables de lui opposer nos rêves, et de les assumer sans nous raconter d’histoires. Il y a déréalisation quand les récits se contaminent et se confondent, quand ma vie entre dans la série télévisée et inversement, quand la langue dans laquelle je me raconte n’est plus la mienne, mais celle du récit qui me mange.
LA POSSIBILITE D’UN ANTI RECIT
Grande catégorie de la connaissance pour Roland Barthes, le récit, dans l’utilisation abusive qu’en fait le storytelling, est aussi une arme d’ignorance massive qui peut autoriser toute incursion dans le réel. La réalité elle-même,écrasée sous un empilement d’histoires, n’est plus directement perceptible.Le récit tel que le conçoit Jorge Luis Borges à l’ère de la littérature, doit être considéré dans son économie propre et contient sa part de réalité. Au sortir du récit borgésien, l’effet de mise en doute de la réalité autorise un dialogue avec les formes environnantes, ce que ne permettent pas les certitudes confortables que nous suggèrent habilement les récits dominants à l’ère du storytelling. La réalité est aujourd’hui vécue comme danger tant qu’elle échappe au scenario qu’on lui destine. Pierre Macherey, dans sa théorie de la production littéraire, explique que « tout récit, dans le temps même où il est formulé, est la révélation d’une reprise contradictoire de lui-même » Libérer la réalité de la pollution des mythes contemporains et des marques auxquelles ils sont assujettis, revient à chercher dans les entreprises narratives du storytelling le négatif du scénario, c’est-à-dire de remonter le cours du récit jusqu’aux mobiles du scénariste, ou plus loin encore, dans ceux du producteur. Borges, dans son art, ne se contente pas de tracer la ligne d’un récit. Il en marque la possibilité même, presque indépendamment de sa qualité d’auteur, tant et si bien que l’on a pu mettre en doute son existence, mais pas celle de ses récits, lesquels contiennent explicitement leur propre critique, ce que n’autorise jamais le storytelling qui stimule, dans ses enchaînement narratifs, des émotions sensées être utiles.
RECIT LIBERATEUR VS EXPERIENCES TRACEES
Le seul récit qui mériterait le rang de mythe serait, dans l’idéal, celui qui nous libérerait de nos propres histoires, c’est-à-dire de nos mensonges, des fictions rassurantes qui nous empêchent de vivre véritablement le caractère dérisoire et vain de notre présence au monde. L’autre danger majeur que représentent ces fictions, c’est la simplification abusive qu’elles véhiculent, quand il s’agit d’appréhender l’inquiétante complexité de notre environnement. Que le storytelling soit utilisé par les psychologues pour guérir des traumatismes, cela peut se concevoir ; qu’il prétende constituer une réponse à la crise du sens de nos sociétés, certainement pas. Ce serait oublier que nos sociétés se sont précisément construites sur cette perte de sens et qu’elles procèdent elles-mêmes d’une rupture avec les grands récits du siècle dernier. Le récit instrumentalisé dans la conquête du pouvoir est de sinistre mémoire et l’argument de la quête du sens a déjà été utilisé par les entreprises les plus insensées dans des temps de crise antérieurs aux nôtres. Que nous fantasmions un monde simplifié « profitera » plus sûrement aux acteurs de la complexité contemporaine qu’à nos petites entreprises désintéressées. Le storytelling ne propose rien de plus qu’un retour à la propagande et à la désinformation, mais avec l’efficacité redoutable de méthodes rodées dans le marketing et le management, à l’appui de ce que Christian Salmon appelle « des expériences tracées », c’est-à-dire des conduites soumises à protocoles d’expérimentation qui nous transforment inévitablement en sujets.
LA SOCIETE DU REVE
La société du rêve est paradoxalement privée de ressources pour s’imaginer un avenir ou un présent. Elle rêve le rêve avec une inquiétante constance. C’est une société qui, faisant face à ses propres désillusions, voudrait encore les fuir dans le sommeil… mais le rêve est un texte auquel elle n’a plus accès. Le storytelling est le rêve d’une société qui voudrait encore rêver, mais qui, n’en étant plus capable, se voit contrainte d’entretenir sa propre fiction pour survivre. Le storytelling est le rêve d’une société sans texte.
Les photos sont des captures d'écran de bfmtv.com que j'ai réalisées sur mon ordi durant l'affaire Mohamed Merah.
Ce matin à Montpellier la commission régionales de classement des sites à décidé à l'unanimité de proposer au préfet de Région d'inscrire la maternité Suisse d'Elne link à l'inventaire des monuments historiques, c'est un combat de trois ans mené par la ville d'Elne et son maire qui trouve une issue favorable. Mais la cerise sur le gâteau est que le Directeur Régional des affaires culturelles (DRAC) a proposé le classement de la Maternité comme monument historique au même titre que la cathédrale ou le cloître. Ce qui est remarquable et exceptionnel c'est que c'est au regard de l'histoire qui s'y est déroulée que la Maternité est distinguée. Beau travail du maire d'Elne Nicolas Garcia et son équipe. On attend avec impatience le mémorial de Rivesaltes...
http://www.elne.reseaudescommunes.fr/fr/information/32594/la-maternite-suisse
Parce que le cinéma a grandi simultanément avec l’urbanisation du monde, la ville est, du 5 au 11 avril, au coeur du 48ème festival Confrontation.
Enjeux politiques, économiques, financiers, sociaux, idéologiques, culturels… croiser l’ensemble de ces thèmes donne la richesse de la programmation du festival Confrontation 2012. « La thématique 2012, La ville au cinéma, est un parallèle entre le développement du cinéma et le développement urbain », précise le directeur du Festival, Alain Loussouarn.
Cette année, 60 films seront présentés et quelques cartes blanches seront données à la Cinémathèque française, au Forum des Images, au Centre Beaubourg, à la Cinémathèque de Barcelone pour la présentation de courts métrages ou petits documentaires. Si la ville est un vaste sujet, les organisateurs se sont recentrés sur 4 thèmes principaux déterminants comme éléments de lecture des enjeux urbains : « Les mégalopoles », « Urbaniser », « Les Hommes dans la ville » et « La ville imaginaire ».
60 films, des cartes blanches, des nouveautés
Des problèmes quotidiens à l’aménagement du territoire, du transport à l’aliénation sociale, le festival balaiera l’ensemble de ces thèmes abordés par la production cinématographique. Cette édition 2012 innovera avec la projection journalière à 14h15 d’un film d’animation de type « manga ». Confrontation 48 « La ville au cinéma » se veut panorama complet de l’urbanisation
depuis la fin du XIXème siècle jusqu’à nos jours sur les 5 continents. «
Renseignements : Institut Jean Vigo au 04 68 35 41 20
Les évolutions de l'institut Jean Vigo , devenu euro-institut, interview Michel Cadet
DEUX
Ce ne sont pas moins de 8 instituts qui sont sollicités à jet continu par les medias. Les scores qu’ils produisent peuvent être appréciés soit en synchronie (à des dates très proches sur l’ensemble des instituts) soit en diachronie (en regardant les évolutions dans le temps pour un même institut). Cela donne lieu pour les supporters de chaque candidat à des angoisses ou à des joies « synchroniques » ou « diachroniques », qui en se combinant décuplent leurs effets. De véritables drames se jouent dans les esprits tant il est vrai que malgré toutes les mises en gardes de la raison mathématique chacun cherche à y voir la préfiguration heureuse du résultat qu’il espère en repoussant le spectre de l’échec qu’il craint. Le maître mot pour les commentateurs c’est « la tendance » jugée à l’aune des gains les plus minimes. Car la tendance, lorsqu’on la pousse vers le haut –ce que chacun est tenté de faire- n’a pas de limite supérieure. Mais hélas, comme le disait Alphonse Allais « les poubelles de l’Histoire sont pleines de tendances prolongées » …
Un carburant médiatique
De quoi parlerait-on s’il n’y avait pas les sondages ? Des programmes des candidats ? On en a vite fait le tour et surtout en période de crise ils ne peuvent guère susciter un enthousiasme délirant. Si tel était le cas tout passage à la pompe à essence, par exemple, viendrait le doucher durablement. Ce qui fâche n’est pas vendeur. En revanche les sondages sont des sources d’évènements puisqu’ils créent continûment de la différence et de la variation au jour le jour, ne serait-ce que par la diversité des méthodes (téléphone et/ou internet) et la taille des échantillons (de 900 à 2800). La machine médiatique s’alimente donc d’évènements créés par l’imperfection structurelle des outils de mesure qu’elle sollicite. Elle paye le grain, elle le moud, elle fait lever la pâte et vous livre ses croissants chauds au saut du lit. Pour compléter cette métaphore boulangère il faudrait peut être ajouter un client béotien et crédule qui serait roulé dans la farine …
Des photos plus ou moins floues en guise de marc de café
Une intelligence scientifique ne peut tirer aucune conclusion valide sur le positionnement relatif des candidats séparés par un écart inférieur à 3 points lorsque la taille de l’échantillon est inférieure à 1000 sondés. Imaginez une photo prise sur un stade d’athlétisme au cours d’un 110 m haies avec un appareil défectueux incapable de faire une mise au point sur les compétiteurs. Qui est en tête ? Et d’une photo à l’autre, qui a vraiment progressé ? Ceux qui prétendre lire dans ce flou sont des mages d’opérette intéressés à un possible effet prédictif de leur commentaire quand ils ne font pas preuve de fétichisme militant … En revanche on peut déjà être plus sérieux lorsque l’échantillon atteint 2800 comme dans le BVA du 29-31 mars pour lequel le flou se réduit à 1,5 points*. Si les 2 principaux candidats restent indiscernables au premier tour, le deuxième tour à 56/44 est tout à fait ravageur et minera certainement le moral des sarkozystes les plus fanatiques. La somme des voix de gauche, en progression constante depuis la percée du tribun du peuple, le fera probablement chuter dans leurs chaussettes. Cependant, même si la photo est moins floue, elle n’est toutefois qu’une photo …
Un second tour désespérément constant
Tels les Guides Bleus qui ne notent guère dans les paysages qui « valent le détour » que des pics et des gouffres en ignorant superbement les plaines et pénéplaines qui ne constituent pas un but de voyage, les medias- c’est leur logique- ne peuvent parler que de faits qui peuvent être pointés du doigt. La constance n’est pas un évènement, la continuité n’appelle pas d’autre commentaire qu’un sempiternel constat ; c’est la calamine du moteur médiatique. Un second tour presque constant entre 54/46 et 56/44 depuis des mois et des mois n’invite à dire rien d’autre sinon que l’affaire est pratiquement entendue. Mais c’est une chose qu’on ne peut pas dire car c’est un propos qu’on ne peut que répéter au fil des sondages successifs. Il bloque la machine.
D’ailleurs ce bon Monsieur de La Fontaine lui-même ne parle de la tortue de la fable -laquelle se hâte avec lenteur- qu’au début et à la fin de l’épreuve …
Une fin par ailleurs connue de tous…
D'autres interviews d'éléves artistes Nazuk Yasin et Léa Farin
voir aussi son interview : http://www.larchipelcontreattaque.eu/article-l-identite-de-la-catalogne-nord-20-apres-par-lloren-planes-interview-par-nicolas-caudeville-100512367.html
Et l'article sur son livre d'Aleix Renyé dans le Punt: http://www.elpuntavui.cat/noticia/article/3-politica/17-politica/513475-per-comprendre-catalunya-nord.html
Lire aussi d'Aleix Renyé: les jacobins ne sont pas idiots: http://www.larchipelcontreattaque.eu/article-langues-regionales-les-jacobins-ne-sont-pas-idiots-par-aleix-renye-journaliste-102716629.html
Je n’injurierai pas les jacobins, en les prenant pour des cons. Je ne serai pas celui qui voudra leur faire prendre des vessies pour des lanternes en leur expliquant de ne pas s’inquiéter, qu’il n’y a aucun risque pour la République dans la revendication pour le catalan en Catalogne Nord. Ils savent bien que chaque langue véhicule une identité. Qu’en imposant le français on a forgé de manière implacable l’identité nationale. Qu’avec la récupération du catalan on est en train de créer les conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle conscience catalane qui, tôt ou tard, créera un conflit d’identités. Les citoyens roussillonnais auront de plus en plus de difficultés à faire cohabiter, dans leur cœur et dans leur tête, la fidélité aux deux identités. Je parle d’identités, et non pas de langues et cultures. Des cultures et des langues plus on peut en avoir et mieux c’est pour l’épanouissement de chacun. D’identités, par contre, nous n’en avons qu’une. I y a de plus en plus de nord-catalans qui, sans renoncer aux principes républicains (ceux qui, historiquement, ont inspiré l’indépendantisme catalan, du début du XXème siècle jusqu’à nos jours) renoncent intimement à une identité française imposée aux générations antérieures pour adopter cette identité retrouvée avec orgueil. Le slogan “fiers d’être catalans” devient, peu à peu, une affirmation identitaire pré-politique plutôt qu’une mascarade folklorique-sportive.
Les nouvelles générations qui apprennent ou réapprennent la langue –minoritaires, oui !- le font tout en découvrant le domaine référentiel et émotionnel catalan, ils suivent le Barça, ils adoptent le drapeau étoilée indépendantiste, ils se tournent plus vers Barcelone que vers Montpellier ou Paris. Tout cela, immanquablement, les éloigne de la conception franco-jacobine d’identité nationale. Plus la Catalogne avancera dans le processus de son indépendance, plus la force centrifuge sera forte pour assumer sans complexes l’identité catalane. Identité sociologique et politique plus que linguistique dans la plupart des cas, vu que la situation du catalan est tellement détériorée en Catalogne Nord qu’il est plus facile d’assumer le cadre symbolique et revendicatif, plutôt que la langue.
Non, je ne prends pas pour des cons les défenseurs des valeurs républicaine à la française. Surtout parce qu’en grande partie je partage ces valeurs, à l’exception de l’identification nationale. Si quelqu’un fut lucide, à ce sujet, c’est bien le Préfet Bernard Bonnet. En bon fonctionnaire au service de la Nation il savait que permettre l’expression de la catalanité linguistique et culturelle c’était ouvrir les portes à une conscience collective qui pouvait finir en revendication politique.
En Catalogne autonome il y a, maintenant, un processus qui semble accélérer l’indépendance. Les changements géopolitiques seront importants, ceux des mentalités aussi. Je suis incapable de prévoir ou d’imaginer ce que peut représenter l’existence d’un nouvel état européen voisin -Catalunya- pour la Catalogne Nord et pour la France. Mais ce que je sais c’est que nous ne pouvons pas nous voiler la face et faire comme si de rien n’était, en voulant faire croire que récupérer, enseigner et promouvoir la langue catalane, sa culture et son imaginaire ne représente aucun danger pour la République. Ils ne le croient pas, et ils ont raison.
Vous les connaissez, eux au moins ne cachent pas leur jeu! Ils ont une certaines idée de la démocratie. Et vous savez qu'eux tiendront leurs promesses..