Après la victoire du Front Populaire en 1936, la situation politique était en ébullition : la droite s'était engagée dans la voie du coup d'état; les réformes
politiques et sociales qui devaient se concrétiser restèrent à mi-chemin ; la crise économique qui frappait l'Espagne traînait depuis 1929 ; l'oligarchie patronale capitaliste ne reculait pas
dans sa décision mesquine de ne plus accorder de droits au prolétariat, au peuple ; les licenciements augmentaient ; l'investissement public fut interrompu; le sentiment indépendentiste au Pays
Basque et en Catalogne provoquait des divisions au sein de la gauche; en coulisses Franco conspirait contre la République soutenu par l'Allemagne et l'Italie; les paysans voyaient s'envoler leur
rêve de réforme agraire ; les curés esquissaient un sourire cynique sachant que, très tôt, ils allaient exercer un pouvoir sur la vie des personnes avec leur fausse morale ; l'extrême droite
observait avec consentement l'insurrection militaire pendant que le prolétariat se révoltait pour défendre le gouvernement républicain.
Aussitôt des milliers d'hommes et de femmes formèrent les milices anarcho-syndicalistes, lesquelles avec l'armée républicaine, allaient faire front à cette énorme
barbarie.
La conscience et le coeur s'émeuvent encore en lorgnant vers ce passé récent, en voyant le regard de ces jeunes femmes, dont la plupart n'avaient pas plus de 16
ans. La peur ne fut pas une muraille pour qu'elles se défendent et qu'elles décident de sacrifier leur vie pour la cause des droits de la classe prolétaire et populaire. Tout comme cette
jeunesse, qui sacrifia ses rêves d'avenir pour une lutte sans retour, qui par engagement moral fit un pas un en avant et n'hésita pas à lever le poing contre le fascisme.
Aujourd'hui, en 2013, la crise fait de nouveaux ravages en Espagne et rabaisse la dignité du peuple. La monarchie a de moins en moins de sympathisants, tandis que
la classe politique agit comme une toxine qui pollue la démocratie. Ainsi, les droits sociaux sont attaqués, le chômage augmente, les réformes du travail n'ont eu pour but que satisfaire les
intérêts capitalistes, la chute de l'investissement public fragilise les politiques éducatives, sanitaires, les retraites, les aides sociales. Ajoutons à cela la croissance du sentiment
indépendantiste qui a nettement progressé dans la société catalane.
Le peuple essaie de se mobiliser mais il ne s'est pas encore relevé de ces durs revers. Il marche, nous marchons sans savoir où. Pendant que dans le reste de
l'Europe et du monde, les manifestations se radicalisent contre le capitalisme, ici la réaction est bien légère. En parallèle, la corruption d'une caste privilégiée est devenue habituelle; elle
maintient ses droits intacts tandis que le peuple les perd l'un après l'autre.
Je reviens sur le chemin du passé, de ce récent 1936 où les troupes franquistes gagnent des villes, conquièrent des territoires en laissant une stèle de sang.
D'autres villes résistent aux putchistes, on attend des renforts depuis la France. L'Union Soviétique s'engage à fournir des armes aux Républicains. De divers endroits du monde si éloignés, comme
Mexique ou les Etats-Unis, des volontaires affluent pour aider les miliciens et les républicains. En dépit de la radicalité des actions, l'espoir demeure.On continue à entendre les cris de
soutiens “Viva la República”.
Mes yeux s'humidifient mais je me refuse à laisser fuir une seule larme. Le courage de ces personnes mérite tout mon respect. Tout mon corps frémit en les voyant
fières et courageuses, s'aggrippant à leurs droits conquis au prix fort. Je me sens si minuscule face à leur énorme vaillance.
On sait que la Monarchie accepte de plein gré le bras exécuteur qu'est Franco, peut-être dans l'attente d'un retour de ses privilèges. La rébellion ouvrière ne se
limite pas à défendre une institution démocratique: l'enjeu est la naissance d'une nouvelle société, une nouvelle Espagne, plus juste, plus solidaire, plus digne...
J'ai vu à la télévision la découverte de plusieurs cas de corruption; la morachie est concernée par une grande partie de ceux-ci. Les statistiques, les chiffres me
brouillent l'esprit. On devine une volonté d'abrutissement des classes populaires, une envie de confondre la société. Et pourtant la vérité nous fait face: un réaménagement du service public vers
un rôle secondaire, un sérieux coup de vis à la société. Je suis certaine que les plus âgés doivent rester béats face à l'inefficacité et la négligence de beaucoup dans la lutte contre ceux qui
osent finir avec le peuple. Les chants libertaires se diluent dans un coin de l'histoire, dans l'espoir d'être repris un jour.
Les droits des femmes sont recoupés, manipulés, maltraités. L'Eglise est à nouveau en première ligne et la droite se vante de sa large majorité pendant que la
classe ouvrière pleure sur les pots cassés.
Suivant une fine ligne fictionnelle, à une extrémité 1936, à l'autre 2013, j'énumère progressivement et je décris les raisons de la guerre civile et de la crise
économique.
Il ya une différence dans ce passage fictionnel: dans la première extrémité le peuple meurt en luttant, dans la deuxième, le peuple meurt sans lutter.
Hier comme aujourd'hui nous affrontons une dictature. En 1936, Franco en fut à l'origine soutenu par la caste privilégiée la plus rance. Actuellement il s'agit de
la dictature du capital pilotée par les élites économiques.
C'est à nous, le peuple, qu'il appartient de nous rebeller. La lutte des classes a toujours été présente dans l'histoire. Par le passé nous avons conquis des droits
qui nous ont maintenu sages et soumis. Ce système agonise et il est grand temps que nous lui donnions le coup fatal qui le détruise une fois pour toute.
Voir aussi:
http://www.larchipelcontreattaque.eu/article-marichiweu-la-revolte-est-dans-les-mots-de-marlene-feeley-conference-118417804.html