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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 12:56

"Science sans conscience budgétaire, n'est que ruine et larmes !"

Proverbe Picard

Le président Yvan Auguet à l'extrême gauche de la photo, puis les historiens Nicolas Marty, Jérôme Quaretti,Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz au dernier festival Confrontation cinéma / histoire avec pour théme "nos futures"

Perpignan, mai 2026. Pendant que les palmiers du campus Moulin-à-Vent se balancent mollement sous le vent méditerranéen, l’Université de Perpignan Via Domitia (UPVD) vient de basculer officiellement en « contrôle renforcé » du rectorat. Traduction administrative : on va vous serrer la ceinture jusqu’à ce que les comptes crient grâce. Ou plutôt jusqu’à ce que les personnels crient tout court. 

Le président Yvan Auguet a réuni plus de 400 agents le 12 mai dans une ambiance électrique.

Le 5 juin, le conseil d’administration doit voter un plan de « retour à l’équilibre ». Sinon ? La mise sous tutelle, ce doux euphémisme pour « l’État reprend les clés et vous traite comme un gamin qui a dépassé son découvert ». Du côté des troupes, l’inquiétude le dispute à la lassitude. Une enseignante résume l’ambiance : « Nous passons en phase austérité + + +. En France, 21 universités sont déjà sous contrôle renforcé. » On sent poindre le syndrome du dernier carré avant la reddition.

Un peu d’histoire : de l’université royale à la fac low-cost

Fondée en 1350 par Pierre IV d’Aragon, l’université de Perpignan a connu des siècles plus glorieux. Fermée pendant la Révolution, ressuscitée au XXe siècle, elle devient UPVD en 1990, fière de ses 15 sites, ses 9 500 étudiants (dont 1 600 internationaux), ses 480 enseignants-chercheurs et 440 BIATSS. 

 

Aujourd’hui, elle symbolise surtout la grande inversion :

on passe d’un service public ambitieux à une structure qu’on gère comme une PME en redressement judiciaire. Le coupable désigné ? La masse salariale, qui flirte avec les 85,7 % du budget alors qu’un décret de décembre 2024 (ou 2025 selon les sources) impose un plafond à 83 % (85 % pour les universités à dominante SHS). 

Résultat : gel des recrutements, gel des revalorisations et primes, réduction du volume d’heures pour l’offre de formation 2028. On parle même de fermer des masters qui n’atteignent pas le seuil magique d’étudiants. Vive la Via Domitia… version low-cost.

Partout pareil : le grand étranglement national

Perpignan n’est pas un cas isolé, c’est le symptôme. À Lyon 2, on vote un plan d’austérité de 4 millions d’euros, dont 3 millions sur les personnels. Hausse des frais pour étudiants extra-européens en bonus. À Rennes 2, même tango budgétaire. Lamri Adoui, président de France Universités, prévient : l’ensemble des établissements pourrait cumuler un déficit d’un milliard d’euros à horizon 2027. 

Le 9 janvier 2026, le ministre Philippe Baptiste lançait des « Assises du financement des universités » avec des mots dignes d’un discours de vœux : « renforcer durablement la confiance entre l’État et les universités » tout en restant « compatibles avec nos engagements en matière de finances publiques ». Traduction : on va objectiver la misère et vous demander de faire plus avec moins, encore. 

Le décret de soutenabilité financière de fin 2024 a tout changé :

on ne regarde plus seulement le déficit, mais la trésorerie, le fonds de roulement et surtout ce fameux ratio de masse salariale. Résultat ? Presque 100 % des universités ont voté un budget initial déficitaire pour 2026. Miracle statistique : en changeant les règles, on fait disparaître les « difficultés » sur le papier. Sur le terrain, les personnels s’épuisent et les formations rétrécissent. 

Motion unanime et désespoir collectifLa gouvernance de l’UPVD a fait adopter à l’unanimité une motion contre « les contraintes iniques » qui pèsent sur le service public.

Le SNESUP-FSU dénonce des impacts « délétères » sur les équipes, les étudiants et la qualité des formations. Le syndicat regrette qu’on brandisse la menace de tutelle alors que l’établissement n’est pas (encore) en déficit abyssal.Un personnel non enseignant appelle à la « cohésion » et au « travail collectif ». Noble sentiment. On imagine déjà les réunions de crise où tout le monde s’accorde pour dire que c’est la faute de l’État, des retraites, du SMIC, de l’énergie, des étudiants qui osent être plus nombreux, et surtout de ces satanés salaires qui refusent de se réduire tout seuls.

La satire de l’année : former l’élite de demain… avec les moyens d’hier

On nous explique que l’université doit être « responsable » et « compatible avec les finances publiques ». Traduction : l’État sous-finance depuis des années (non-compensation des revalorisations, explosion des charges pensions, etc.), impose de nouveaux ratios, puis s’étonne que tout le monde coule et exige des plans d’austérité. 

Résultat ? On va former les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs et les citoyens de 2035 en réduisant les heures, en gelant les postes et en augmentant les frais pour les étrangers.

Brillant plan de souveraineté nationale

.À Perpignan, on est passé de la Via Domitia – route mythique de l’Empire romain – à la Via Austeritas, route à sens unique vers la précarité. Les personnels s’inquiètent à raison. Les étudiants, futurs cobayes de cette université low-cost, n’ont pas encore compris qu’ils paieront l’addition deux fois : en frais et en qualité.

Pendant ce temps, à Paris, on organise des assises. C’est bien connu : quand le navire prend l’eau, le meilleur remède est de réunir un comité pour débattre de la forme des seaux. Bienvenue en phase austérité + + +. Prochain niveau : + + + +.

On vous tiendra au courant depuis le campus. Apportez votre propre gilet de sauvetage.

 

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