« L’historien doit signaler clairement le moment où il glisse dans l’uchronie, s’en servir pour tester des hypothèses, ne pas raconter les mondes possibles mais analyser les causalités et les conséquences, en s’en tenant à une “exploration minimale du monde non advenu”. »
"Pour une histoires des possibles " par Quentin Deluermoz Pierre Singaravélou
(p. 206 environ, résumé et partiellement cité dans les recensions détaillées)
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Journaliste : Bonjour. Nous sommes au vingtième jour de grève à Médipôle. Demain, ce sera le vingt-et-unième. La tension est palpable, les patients commencent à s’inquiéter, et la Direction reste silencieuse. Nous recevons aujourd’hui une représentante des soignants en grève. Merci d’être avec nous.
Représentante des soignants : Bonjour et merci de nous donner la parole. Vingt jours de grève, et toujours aucune nouvelle proposition de la part de la Direction. Ce que nous demandons est pourtant simple et vital : sécuriser l’argent qui nous permet de survivre. Rien de plus, rien de moins.
Journaliste : La situation devient préoccupante, tant pour les patients que pour les praticiens eux-mêmes qui souhaiteraient sortir du conflit…
Représentante des soignants : Exactement. Les praticiens veulent aussi que ça s’arrête, mais la Direction reste sourde. Ce mouvement n’est pas né du jour au lendemain. C’est la conséquence d’une gestion extrêmement dure au quotidien, devenue insupportable depuis le début du conflit. M. Folcher ne nous a sollicités que deux fois en trois semaines, à son initiative. Les autres entrevues, nous avons dû les arracher. Voilà ce qu’il appelle un « dialogue social ouvert ». C’est du mépris pur et simple.
Journaliste : Le conflit a aussi été marqué par des tensions fortes…
Représentante des soignants : Intimidations, rumeurs, manipulations… Et des réquisitions massives qui piétinent le droit de grève. Nous avons demandé une médiation auprès de l’Inspection du travail. On espère que cela permettra enfin d’avancer.
La façon dont ce conflit est géré ne fait que renforcer le sentiment de mépris. Et un soignant méprisé, c’est un soignant qui finit par se déconnecter. Dans un établissement qui va bientôt passer en certification, on joue avec le feu.
Journaliste : Certains salariés parlent même de partir…
Représentante des soignants : Beaucoup sont écœurés et envisagent sérieusement de quitter Médipôle. Et ce n’est pas nouveau : à chaque grève majeure, les départs se sont multipliés. Après celle de 2011, puis celle de 2021, on a vu des vagues de démissions importantes. Résultat : une hémorragie de personnel expérimenté qui rend le recrutement de plus en plus difficile.Autrefois, on faisait carrière dans la santé. On arrivait comme infirmière et on restait 7 ans en moyenne sur le même poste, puis 5 ans. Aujourd’hui, la moyenne est tombée à moins de 3 ans. Les jeunes arrivent, ils voient les conditions de travail et ils partent très vite. On perd en continuité des soins, en transmission des savoirs, et les patients en pâtissent directement.
Journaliste : Sur le plan financier, que répondez-vous à ceux qui disent que l’établissement n’a pas les moyens ?
Représentante des soignants : L’expert-comptable qui suit l’établissement année après année est formel : Médipôle est en très bonne santé financière. Nos revendications sont plus que légitimes. L’argent n’est d’ailleurs pas la seule demande.Depuis des années, nous subissons un manque de personnel chronique, presque institutionnalisé : remaniements permanents de services, ajustements quotidiens des effectifs. Le leitmotiv de la Direction ? « Il faut adapter la masse salariale à l’activité. » Pendant que nous, on essaie simplement de garantir des soins de qualité.
Doit-on attendre un naufrage à la ORPEA pour réagir ?
Journaliste : Vous parlez d’un modèle plus large…
Représentante des soignants : Absolument. La financiarisation des soins, à Médipôle comme ailleurs, met le monde de la santé à genoux. Recherche du profit permanent, optimisation à outrance… Résultat : on travaille en mode dégradé toute l’année.
Aujourd’hui, c’est le monde du soin qui est malade. Alors si nous, les soignants, sommes malades… qui nous soignera ?
Journaliste : Message reçu. Vingt-et-unième jour de grève demain. Nous continuerons à suivre ce mouvement. Merci à vous.
Représentante des soignants : Merci à vous. Et surtout, merci aux collègues qui tiennent bon. On ne lâche rien.
Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus Et si l'histoire, ou la vie, avait suivi un autre cours ? Ce que l'on appelle le raisonnement contrefactuel surgit spontanément dans les conversations pour nourrir des hypothèses sur les potentialités du passé et les futurs non advenus. Il traverse la littérature, les réflexions politiques et toutes sortes de divertissements.
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