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Je suis aide-soignante depuis le 23 septembre 2003 à Médipôle Saint-Roch de Cabestany.
Je suis entrée dans cette clinique à l’âge de 21 ans.
À cet âge-là, on arrive avec des rêves, des peurs, beaucoup d’envie et parfois peu de certitudes. Moi, j’ai tout appris ici. J’y ai appris le métier, le soin, la douleur des familles, les regards des patients, les urgences, les silences, les sourires aussi.
J’ai rencontré des centaines de personnes. Des patients qui m’ont marquée à vie. Des collègues devenus bien plus que des collègues. Parce qu’être soignant, ce n’est pas simplement exercer un métier. C’est vivre ensemble des moments que peu de gens peuvent comprendre. La souffrance, la mort, l’espoir, les larmes, les éclats de rire au milieu de journées impossibles… Tout cela crée des liens forts. Une deuxième famille.
Dans cette clinique, j’ai grandi.
Je suis devenue femme.
Je suis devenue maman.
Pendant 22 ans, j’ai donné une partie de moi-même à ce métier.
Parce que le soin, avant tout, c’est l’humain.
Nous, les soignants, nous sommes là pour tenir des mains, rassurer des inconnus, accompagner des vies parfois jusqu’à leur dernier souffle. Nous sommes là quand les familles craquent, quand les patients souffrent, quand la peur envahit les chambres de la clinique.
Et sans l’humain… que reste-t-il du soin ?
Rien.
Aujourd’hui pourtant, je suis en grève.
Pas par plaisir.
Pas par colère seulement.
Mais parce qu’à un moment donné, aimer son métier ne suffit plus pour vivre dignement.
Le groupe Elsan refuse de reconduire notre prime de 1500 euros.
Après 22 ans d’ancienneté, je gagne aujourd’hui environ 1700 euros par mois.
1700 euros pour des week-ends travaillés.
Pour les jours fériés loin de ma famille.
Pour les nuits sans sommeil.
Pour les corps qu’on relève.
Pour les douleurs qu’on absorbe sans jamais les montrer.
Je suis mère célibataire, avec la garde de ma fille de 13 ans à 100 %.
Je suis séparée depuis septembre 2019.
Je suis propriétaire de ma maison, cette maison que je me bats chaque mois pour conserver.
Cette prime n’était pas du luxe.
Elle me permettait simplement de payer mon foncier. D’acheter mon bois de chauffage pour l’hiver. D’assurer une vie stable et digne à ma fille.
Aujourd’hui, derrière la blouse blanche, il y a une femme épuisée de devoir toujours choisir entre sa vocation et sa survie.
On nous applaudit dans les crises.
On nous appelle “héros”.
Mais une fois les lumières éteintes, il faut rentrer chez soi, faire les comptes, avoir peur des factures, peur de ne plus pouvoir tenir.
Je continuerai à aimer mon métier.
Je continuerai à aimer mes collègues.
Je continuerai à prendre soin des patients avec toute l’humanité que ce métier exige.
Mais aujourd’hui, je refuse qu’on nous demande de tout donner… sans même nous permettre de vivre dignement.
Nous ne demandons pas des privilèges.
Nous demandons simplement du respect.
Le respect de nos sacrifices.
Le respect de nos années de service.
Le respect de notre humanité.
Parce qu’un soignant qui souffre en silence reste un humain avant tout.
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