"Etrange : je crois au diable, mais pas au Bon Dieu.
Vraiment pas ?
Je ne sais pas. Si, je sais ! Je ne veux pas croire en lui ! Non, je ne veux pas.
C’est mon libre arbitre.
Et la seule liberté qui me reste : le droit de croire ou de ne pas croire.
Mais officiellement bien sûr, faire comme si.
Selon les circonstances : tantôt oui, tantôt non."
Jeunesse sans dieu
Ödön von Horváth
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Chronique à la manière d’Ödön von Horváth
(ou comment la gauche perpignanaise se démaquille elle-même dans un Volksstück (de l'allemand: piéce populaire) catalan, mars 2026)
Ah, mesdames et messieurs, regardez donc ce beau tableau de la vie politique locale, ce petit théâtre de la sincérité électorale où tout le monde joue son rôle avec une conviction touchante ! On est à Perpignan, le 15 mars 2026, et le rideau se lève sur une victoire qui sent déjà le plâtre frais de l’hôtel de ville. Louis Aliot, le maire sortant, ce personnage solide comme un roc du Rassemblement national, rafle la mise au premier tour : 50,61 %, 17 300 voix, 43 sièges au conseil municipal, 30 à l’agglomération. Pas de second tour, pas de suspense, juste une majorité qui s’installe comme on s’installe dans un fauteuil usé mais confortable. La participation ? 47,74 %.
Le peuple a parlé… ou plutôt, il s’est tu poliment.
Mais attention, le vrai drame ne se joue pas sur la scène du scrutin, non. Il commence le lendemain, quand la gauche, cette grande famille désunie, décide de se livrer à son numéro favori : la guerre fratricide en costume judiciaire. Entre en scène Agnès Langevine, à la tête de la liste « Plus forts pour Perpignan » (Place Publique, PS, centristes, Unitat Catalana, et sa camarade Annabelle Brunet). Quinze virgule quatre-vingt-quatorze pour cent, une maigre deuxième place, quatre sièges. Humiliée ? Pas du tout.
Elle a mieux : elle a un recours.
Le 20 mars 2026, jour même où l’on installe le nouveau conseil municipal, elle dépose au tribunal administratif de Montpellier ce que les mauvaises langues locales ont baptisé, avec un humour minéral tout catalan, le « coup de calcaire ».
Un coup dur, râpeux, qui laisse des traces blanches sur tout le monde.
Car ce n’est pas seulement Aliot qu’elle vise, oh non ! C’est toute la gauche concurrente, c’est le voisin de palier, c’est le camarade d’hier. Un vrai Volksstück où chacun se poignarde avec le sourire de la vertu.Que réclame-t-elle, cette dame Langevine, dans sa requête si bien tournée ? D’abord, 280 procurations qui n’auraient pas été reportées sur les listes d’émargement (la préfecture en avait compté 1 252, les émargements seulement 972). Citation exacte de sa liste : « Il est apparu que dans de nombreux bureaux de vote, des procurations valablement consenties n’avaient pu être exercées faute d’avoir été reportées sur les listes d’émargement… Il en résulte que 280 suffrages n’ont pas pu être exprimés en raison d’un défaut d’inscription. »
Deux cent quatre-vingts voix qui, ô miracle, auraient peut-être empêché Aliot de franchir la barre des 50 % (il n’avait que 202 voix d’avance).
On retire ça à Aliot, et hop, le décor tremble.Mais ce n’est pas tout, loin de là. On demande aussi l’invalidation de plus de 6 000 bulletins : 2 973 voix de Mathias Blanc (usage abusif des mentions « Place Publique » et « Parti socialiste » sur bulletins, affiches et tracts, alors que Langevine était l’investie officielle – ah, la confusion des électeurs, quel drame bourgeois !) et 3 193 voix de Mickaël Idrac (bulletins retournés, verso avec logos visible au lieu du recto avec les noms – une confusion qui frise le vaudeville). Bref, on attaque Aliot… et on torpille les deux autres listes de gauche. Un coup de calcaire qui râpe tout le monde, y compris les alliés potentiels. La sincérité du scrutin ? Démasquée, mes amis, démascuée jusqu’à l’os.Les répliques fusent, comme dans une bonne pièce de Horváth.
Mathias Blanc, de la liste « Perpignan Autrement », réplique avec une amertume parfaite : « On peut s’étonner du fait que ce sont les mêmes qui d’un côté rendent hommage à Lionel Jospin, décédé dimanche, artisan de la gauche plurielle, et qui, d’un autre côté, s’attachent méthodiquement à détruire toute idée d’union à gauche. » Touché.
Mickaël Idrac, qui avait déjà déposé son propre recours, ironise sur X le 18 mars : « recours irréaliste de la droite dure d’Agnès Langevine et Annabelle Brunet », accusant même la préfecture de décisions « politiques ». La gauche se mord la queue avec élégance.
Et pendant ce temps, le même jour, 20 mars, à l’hôtel de ville, on installe le conseil.
Ambiance de comédie de mœurs. Louis Aliot est réélu maire avec 43 voix. Agnès Langevine en récolte 4, Mathias Blanc 3, cinq bulletins blancs. Les autres boycottent ou votent blanc. On élit les 21 adjoints : Charles Pons reconduit en premier adjoint, une brochette de transfuges des anciennes équipes Pujol et Grau (Fatima Dahine, Chantal Bruzi, Pierre Parrat…) bien intégrés, cinq adjoints « quartiers ». La majorité applaudit, l’opposition (Langevine et Blanc) quitte la salle pendant la remise des écharpes.
Agnès Langevine intervient : elle rappelle la possible inéligibilité d’Aliot dans l’affaire des assistants parlementaires et la forte abstention. Huées de la salle. Mathias Blanc se veut « au service de tous les Perpignanais ».
Aliot, lui, garde la tête froide et lâche, avec l’émotion mesurée du vainqueur : « C’est une grosse charge d’émotion et de responsabilités. Quand on est élu au premier tour, et en plus massivement, ça veut dire que les gens comptent sur vous. Il faut garder la tête sur les épaules et je crois qu’on a une bonne équipe pour assumer les sept ans qui arrivent. »
Ainsi va la pièce, mesdames et messieurs.
La gauche, défaite, se démaquille en se tirant dessus à boulets judiciaires. Le « coup de calcaire » restera gravé dans les annales comme le symbole d’une opposition qui préfère le tribunal à la rue, le recours à l’union. Le tribunal administratif examinera tout cela dans quelques mois. Mais avec 34 points d’avance pour Aliot, qui parierait sur un retournement ? Le rideau tombe sur une gauche en pleine déroute interne, et sur une majorité qui s’installe tranquillement, comme si de rien n’était.Fin du premier acte.
Le peuple, lui, regarde déjà ailleurs. Comme toujours dans mes chroniques.
Lorsque j'ai appris ses anecdotes, à l'instar de Desproges, "j'ai repris deux fois des nouilles"
Par contre à l'annonce de la disparition de JAD, Jacqueline Amiel Donat , j'ai pleuré comme un môme...
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