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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 13:30

Jeunesse sans repères : enquête dans les rues du chaos

C’était une sale époque. Pas celle des années 30 en Allemagne, non. Celle d’aujourd’hui, en France. Celle où les mômes traînent des lames dans les poches comme d’autres jadis des billes. Et moi, je devais fouiller dans cette jungle urbaine, lampe torche à la main, à la recherche d’un sens. D’un lien entre la folie d’hier et les dérapages d’aujourd’hui. Mon alibi ? Un vieux roman autrichien, *Jeunesse sans Dieu*, signé Ödön von Horváth. Une histoire noire comme un fond de ruelle, pleine de mômes perdus et d’adultes lâches. Et merde… c’était pas si différent de ce qu’on vit maintenant.

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1. Les mômes et le poison

Dans le bouquin, les gamins ont la cervelle bouffée par la propagande nazie. Des mômes comme N, Z ou T — prénoms froids comme des plaques d’immatriculation — répètent les saloperies racistes qu’ils entendent à la radio. Ils volent. Ils tuent. Et personne pour leur dire stop. Les adultes ? Aux abonnés absents.

Aujourd’hui, on n’a pas Hitler à la télé, mais on a autre chose : les écrans qui bavent jour et nuit. Des vidéos où des types en survêt’ font rimer violence et succès, où des défis cons mettent des gosses en danger pour deux likes de plus. Les sociologues, comme Laurent Mucchielli, le disent : ça joue à celui qui cogne le plus fort. Et les chiffres, eux, ne mentent pas. Entre 2019 et 2022, les coups de lame ont pris +7 %, avec les 15-25 ans en tête de cortège.

Les mômes d’aujourd’hui, ils se construisent sur du vide. Gérald Bronner parle de "vide moral", d’une société qui a perdu ses repères comme un marin sans boussole dans la tempête. Religion, famille, école ? Plus assez solides pour tenir les digues.

Dans le roman, on appelait ça une jeunesse "sans Dieu". Aujourd’hui, ce serait plutôt sans gardes-fous. Et c’est pas mieux.

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2. Des regards de poisson, et des corps qui tombent

Y avait ce môme, T. Pas un caïd, pas un héros. Un gosse au regard de poisson mort. Une âme qui a pris l’eau. Il tue, se tait, se fout en l’air. Fin de l’histoire. Horváth le voyait comme ça : l’humanité figée, désensibilisée. Des gamins qui sentent plus rien. Qui pensent plus.

Regarde autour de toi. Le mot qu’ils utilisent maintenant, c’est "ensauvagement". Ça claque, ça fait peur, ça vend du papier. Certains politiques l’aiment bien. D’autres crient à l’amalgame. Mais dans les faits divers, les lames sortent plus vite que les mots. Yuriy, tabassé à Paris. Thomas, poignardé à Crépol. Des rixes à la con, pour une histoire de regard, de territoire, de fierté mal placée. Et les jeunes qu’on interroge ensuite ? Froids. Détachés. "Fallait pas manquer de respect", qu’ils disent. Le même regard vide que T. Le même mécanisme glacé.

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3. Et les adultes ? Planqués derrière leurs rideaux

Dans *Jeunesse sans Dieu*, les adultes sont absents ou pourris. Le prof a un sursaut de morale, mais trop tard. Le directeur, le père de N ? Collabos du système. La mère de T ? Aveugle par confort.

En 2020, on n’a plus de dictature d’État, mais les institutions, elles aussi, ont la corde raide autour du cou. L’école ? Un champ de bataille. Entre 2019 et 2023, les incidents violents ont grimpé de 12 %. La famille ? Parfois déchirée, parfois dépassée. L’INSEE balance que les jeunes impliqués dans la violence viennent souvent des marges, là où le frigo est vide et l’espoir absent.

Et la justice ? Y a des juges, oui. Mais pas assez. Des mineurs jugés tard, parfois relâchés trop vite. Le Syndicat de la magistrature en 2023 sonnait l’alarme : "Pas les moyens". Pendant ce temps, la rue continue de saigner.

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4. Lueur dans la brume : un reste d’humanité

Le prof du roman, il a merdé, c’est vrai. Mais il essaie de rattraper le coup. Il veut sauver Ève, affronter T, et part vers l’Afrique comme un exorcisme. Il cherche l’humain en lui, loin de cette société déglinguée. "Le nègre va chez les nègres", il dit. C’est moche, c’est daté, mais on pige l’idée : retour aux sources, à la décence, à l’essentiel.

Aujourd’hui aussi, y a des poches de résistance. Des assos comme "SOS Violence", des médiateurs de quartier, des types et des nanas qui refusent de laisser les mômes s’éteindre. Des jeunes qui créent des groupes contre le harcèlement, qui se battent pour l’empathie. Des figures comme les imams, les éducateurs, les curés — ou ce qu’il en reste — qui servent de phare dans la tempête.

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5. L’arme blanche : la lame facile

T, dans le roman, tue avec une pierre. Brutal, instinctif. Pas de plan. Juste une montée d’ombre dans la poitrine. Chez nous, c’est souvent une lame. Pas chère, facile à planquer. La préférée des impulsifs. Trappes, 2020. Un autre drame. Un de plus.

Pourquoi une lame ? Parce que ça fait peur. Parce que ça impose. Parce que dans certains cercles, t’as pas de cran si t’as pas d’arme. Comme Z dans le roman, prêt à tuer pour protéger son foutu journal intime. Un couteau comme une signature sociale.

Et quand ils sont en groupe, c’est encore pire. Le courage monte, l’empathie descend. La violence devient un rite. Comme dans le camp paramilitaire d’Horváth, où les jeunes deviennent des machines. Pas des hommes.

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Épilogue : des gosses en chute libre

*Jeunesse sans Dieu*, c’est pas juste un roman d’un autre temps. C’est un miroir. Crade, fêlé, mais juste. Les jeunes y sont paumés, influencés, violents, oui. Mais surtout : seuls. Livrés à eux-mêmes.

La France des années 2020 ? Pas mieux. Les idéologies ont changé de costume, les armes aussi. Mais le mal est là. La perte de repères, la faillite des adultes, l’appel du vide.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On gueule à l’ensauvagement ? On balance des chiffres et on ferme les yeux ? Ou bien on fait comme le prof : on assume. On se salit les mains. On tente de recoller les morceaux.

Parce qu’au fond, ces gosses, ils sont peut-être pas "sans Dieu". Ils sont juste en rade de lumière. Et nous, on est les derniers à pouvoir allumer l’interrupteur.

 

 

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