"Votre réalité n’est pas la mienne. La vôtre n’est qu’une illusion que votre perception a figée."
"Le Science-fictionnaire" Philip K. Dick
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Visa pour l’Image 2025 : Le chant du signe du photoreportage ou un reliquat folklorique sous les sunlights de Perpignan ?
Nous ne partageons plus que des lieux communs, parce que nous pensons qu'on y prend aucun risque...
Perpignan, août 2025. La 37e édition du festival international du photojournalisme *Visa pour l’Image* s’ouvre dans un décor de carte postale catalane, entre le cloître médiéval du Campo Santo et les murs patinés du Couvent des Minimes. Du 30 août au 14 septembre, la ville accueille 26 expositions, deux invitées, et six soirées de projection où s’étalent les convulsions du monde : guerres, crises climatiques, migrations, révoltes. Des images saisissantes, signées par des noms comme Saher Alghorra (Visa d’or humanitaire 2025 pour son travail sur Gaza) ou Alfredo Bosco (Visa d’or Rémi Ochlik pour la crise du captagon en Irak). Pourtant, sous les flashes et les discours laudateurs, une question gratte comme une écharde : le photoreporter, cet artisan du réel, est-il encore un héraut de la liberté ou un vestige pittoresque, un rempailleur de chaises toléré dans un monde saturé d’images ? Et que dire de ce festival, où les politiques locaux et nationaux viennent parader lors des soirées d’inauguration, levant leurs verres à une prétendue liberté de la presse, tandis que Perpignan savoure son tourisme tardif ?[](https://madeinperpignan.com/perpignan-festival-visa-pour-l-image-2025-37e-edition-photojournalisme-programme/)[](https://www.2e-bureau.com/projets/37e-visa-pour-limage-perpignan/)
Le photoreporter, héros ou dinosaure ?
Jadis, le photoreporter était un aventurier de l’ombre, armé de son Leica argentique, risquant sa peau pour ramener des clichés qui secouaient les consciences. Robert Capa sur les plages de Normandie, Don McCullin dans les ruines de Beyrouth : ils incarnaient une vérité brute, gravée sur pellicule. Mais l’ère numérique a tout bouleversé. L’appareil photo, hier outil d’élite, est aujourd’hui dans chaque poche, vomissant des milliards de selfies et de stories Instagram. Les banques d’images comme Getty ou Shutterstock inondent le marché de visuels standardisés, tandis que l’intelligence artificielle génère des photos si réalistes qu’elles trompent même les experts. Jean-François Leroy, directeur de *Visa pour l’Image*, martèle que son festival montre « des images faites par des humains, pas par l’IA ». Mais dans un monde où l’IA peut simuler une guerre en Ukraine ou une famine au Sahel en trois clics, le photoreporter n’est-il pas réduit à un rôle de figurant, un artisan d’un temps révolu, comme le forgeron face à l’usine ?
La crise du magazine papier n’arrange rien. *Life*, *Paris Match*, *National Geographic* : les temples du grand reportage s’effritent, asphyxiés par la baisse des ventes et la concurrence des réseaux sociaux. En 2023, le tirage moyen des magazines français a chuté de 20 % en dix ans, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias. Les rédactions, à court de budget, envoient moins de reporters sur le terrain, préférant piocher dans les flux d’images amateurs ou les algorithmes. Le photoreporter, lui, doit mendier des bourses – comme les 150 000 euros distribués à *Visa* – pour financer ses projets. Et quand il revient, ses images, aussi puissantes soient-elles, se noient dans le tsunami visuel des smartphones. Un cliché de Gaza signé Saher Alghorra peut-il rivaliser avec un TikTok de chaton ou une pub ciblée par IA ?[](https://madeinperpignan.com/perpignan-festival-visa-pour-l-image-2025-37e-edition-photojournalisme-programme/)[](https://leclaireur.fnac.com/evenement/cp67843-la-fnac-aime-le-festival-international-du-photojournalisme-visa-pour-limage/)
Les soirées d’inauguration : champagne et hypocrisie
Et puis il y a les soirées d’ouverture, ces grand-messes où les « grands fauves » de la politique locale et nationale – maires, préfets, élus d’Occitanie et même quelques ministres en quête de visibilité – se pressent pour trinquer à la liberté de la presse. Le 30 août 2025, l’inauguration au Campo Santo promet d’être un ballet d’autocongratulation, sous les projecteurs d’un écran géant de 24 mètres de large. On y parlera de l’importance du journalisme, de la vérité, du courage des photoreporters. Mais derrière les flûtes de champagne, quel goût a vraiment cette liberté ? En 2024, Reporters sans frontières classait la France 24e sur 180 pour la liberté de la presse, plombée par les pressions économiques et les violences contre les journalistes lors des manifestations. À Perpignan, on préfère fermer les yeux, célébrer l’image sans interroger le système qui l’étouffe. Les politiques, si prompts à louer *Visa pour l’Image*, sont les mêmes qui votent des budgets faméliques pour la culture ou laissent les rédactions se vider. La liberté de la presse ? Une belle formule pour un apéritif mondain.[](https://www.artistikrezo.com/agenda/visa-pour-limage-2025-lessence-du-photojournalisme-a-decouvrir-a-partir-du-30-aout-a-perpignan.html)[](https://www.2e-bureau.com/projets/37e-visa-pour-limage-perpignan/)
Une anecdote révélatrice : en 2014, un photoreporter anonyme, exclu du festival pour avoir critiqué son « élitisme », racontait dans un blog avoir vu un député local s’extasier devant une photo de guerre… avant de demander si elle était « retouchée sur Photoshop ». Cette année-là, le festival avait déjà frôlé la polémique lorsque des sponsors privés, dont une marque de matériel photo, avaient tenté d’influer sur la sélection des exposants. Jean-François Leroy avait dû monter au créneau pour défendre l’indépendance du festival. Mais en 2025, avec des partenaires comme la Fnac ou Canon, la question reste : *Visa* est-il un bastion de la vérité ou une vitrine bien huilée pour les industriels de l’image ?[](https://leclaireur.fnac.com/evenement/cp67843-la-fnac-aime-le-festival-international-du-photojournalisme-visa-pour-limage/)
Tourisme et silence complice
Perpignan, ville de 120 000 habitants, s’anime chaque septembre grâce à *Visa pour l’Image*. Les 240 000 visiteurs attendus en 2025 rempliront les hôtels, les restaurants et les ruelles du centre historique. L’office de tourisme ne s’y trompe pas : le festival est une manne, un argument pour vendre la « rayonnante » Catalogne française. Mais à quel prix ? Critiquer l’utilité publique de *Visa*, c’est risquer de froisser les élus locaux, qui brandissent l’événement comme un totem de prestige. En 2022, un conseiller municipal d’opposition avait osé suggérer de réduire le budget du festival pour financer des écoles. La réponse ? Un tollé, et des accusations de « mépris pour la culture ». Depuis, silence radio. Questionner *Visa*, c’est toucher à l’économie touristique, à l’image d’une ville qui se rêve en capitale culturelle. Alors on se tait, et les images, si dérangeantes soient-elles, deviennent un décor inoffensif, une attraction comme une autre.[](https://www.perpignantourisme.com/agenda/37%25E1%25B5%2589-edition-festival-visa-pour-limage/)
Un sursaut d’espoir ?
Pourtant, *Visa pour l’Image* résiste. Les expositions, gratuites et ouvertes de 10h à 20h, continuent d’attirer un public fidèle, des scolaires aux passionnés. Les rencontres avec les photoreporters, comme celles prévues du 15 au 26 septembre pour 20 000 élèves, rappellent que l’image peut encore éduquer, bousculer. Des travaux comme celui de Cynthia Boll sur la migration de la capitale indonésienne ou de Jean-Louis Courtinat sur 40 ans de photographie sociale prouvent que le photoreportage sait encore raconter le monde avec une profondeur que l’IA ne peut égaler. Mais pour combien de temps ? Dans un univers où la vérité se dilue dans les algorithmes et où les politiques jouent les mécènes d’un soir, le photoreporter risque de devenir un totem folklorique, applaudi mais ignoré.[](https://www.mairie-perpignan.fr/lettre-information/articles/visa-pour-limage-37eme-festival-international-du-photojournalisme)[](https://www.2e-bureau.com/projets/37e-visa-pour-limage-perpignan/)
À Perpignan, *Visa pour l’Image* 2025 sera une fête de l’image, mais aussi un miroir des contradictions de notre époque. Entre courage des reporters et récupération politique, entre vérité crue et tourisme opportuniste, le festival oscille. Le photoreporter, lui, reste un artisan du réel, mais un artisan fragilisé, cerné par l’IA, la crise des médias et l’indifférence des masses. Alors, levons nos verres à la liberté de la presse, mais gardons un œil ouvert : dans ce monde saturé d’images, la vérité est un luxe qui se paie cher.
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