"Lorsque les bagnoles exécrables sont remplacées par des armées d’individus grimpés sur rollers, par des intermittents sur des échasses, par des cracheurs de feu et autres adeptes des « circulations douces », il est loisible de constater que l’on n’assiste pas au retour de l’ancienne humanité sur des territoires reconquis, mais au déferlement sans frein de l’espèce post-humaine sur des territoires sans cesse plus invivables ; et pour qu’elle ne sache pas qu’elle est ‘espèce post-humaine, on lui fait croire qu’elle revient sur des territoires dont elle aurait été dépossédée, et qu’elle les reconquiert ou se les réapproprie ; mais elle ne saurait reconquérir ou se réapproprier quoi que ce soit puisqu’elle ne possédait rien […]."
Festivus Festivus
Philippe Muray
/image%2F0934504%2F20250821%2Fob_80b43d_image.jpg)
Bienvenue dans les Pyrénées-Orientales, où le soleil méditerranéen grille les espoirs comme il dore les peaux, où Perpignan, capitale administrative du Roussillon, se fait le miroir fêlé d’un monde en pleine « perpignanisation ». Ici, dans ce laboratoire a-culturel, l’Homo festivus de Philippe Muray parade en tongs, entre deux hausses de prix de l’essence et des discours électoraux aussi vides qu’un rosé tiède en fin d’été. La « perpignanisation du monde », c’est l’histoire d’une dérive où la substance s’évapore, où l’identité catalane s’effiloche sous les néons de la fête obligatoire, et où les partis politiques, tous bords confondus, transforment les électeurs en parts de marché pour mieux s’accrocher à leurs privilèges. Suivez-moi dans ce voyage au cœur d’un département qui, loin d’être une exception, préfigure l’effondrement intellectuel et culturel de notre époque.
Perpignan, épicentre du glissement intellectuel
Perpignan, avec ses 120 000 âmes tassées dans la plaine du Roussillon, n’est pas seulement une ville : c’est un symptôme. Depuis 2020, sous la baguette du Rassemblement National, la mairie de Louis Aliot a continué de transformer la cité en une vitrine de ce que Muray aurait appelé le triomphe de l’*Empire du Bien (de son point de vue) : une gestion où le spectacle l’emporte sur le sens, où les conférences idéologiques aux relents de croisade (comme celles dénoncées par Mediapart en mai 2024, qui lui-même est une autre version de "l'empire du bien") remplacent le débat public, et où le « Printemps de la liberté d’expression » 2025, organisé à la sauvette par Éric Naulleau, n’est qu’une coquille vide, un « festibus festibus » qui mime la réflexion sans jamais l’incarner. Ces événements, drapés dans l’étendard de la liberté, ne sont que des feux d’artifice pour détourner l’attention des vrais maux : un chômage endémique (autour de 10-12 %, bien au-dessus de la moyenne nationale), des quartiers parmi les plus pauvres de France, et une pression foncière qui fait grimper les loyers, (même s'ils restent plus bas qu'ailleurs) tandis que les salaires stagnent.[](https://www.insee.fr/fr/statistiques/7657257)
Le glissement intellectuel est partout. Là où l’on pourrait attendre une célébration de l’héritage catalan –(voir la foirade de l'anniversaire discret des mille ans de la ville https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/2025/07/perpignan-en-gland-un-anniversaire-de-mille-ans-qui-fait-pschitt-sans-s-evanter-de-bulles.par-nicolas-caudeville.html) cette langue, cette histoire, cette fierté d’un peuple à la croisée de la France et de l’Espagne – on assiste à son instrumentalisation. Le RN, maître des lieux, brandit la sardane et les castells comme des trophées électoraux, mais les vide de leur substance pour mieux les aligner sur un narratif franchisé. Pendant ce temps, les partis d’opposition, de la gauche au centre, se contentent de promesses recyclées ou de critiques stériles, incapables de proposer une alternative qui ne soit pas un autre avatar du « festibus ». L’abstention, qui frôle les 33 % aux législatives 2024 dans le département, hurle cette vérité : les habitants, écrasés par la hausse des prix de la nourriture (+50 % pour certains, selon des témoignages sur X en 2025), de l’essence et de l’électricité, ne croient plus en ces saltimbanques politiques qui les courtisent comme des consommateurs à la foire.
Les Pyrénées-Orientales, miroir d’un monde a-culturel
Si Perpignan est le cœur battant de cette « perpignanisation », le département tout entier en est la chair. Les Pyrénées-Orientales, avec leurs 491 000 habitants en 2023, attirent toujours, séduites par le soleil et la mer. Mais cette attractivité est un mirage décroissant (voir la dernière saison d'été:https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/2025/07/mais-esperiez-quoi-la-saison-touristique-2025-dans-les-pyrenees-orientales-s-effondre-face-a-l-espagne-et-son-attractivite-imbattable-par-robert-trigana.html. La croissance démographique (+0,6 % par an depuis 2014) repose sur un solde migratoire positif, souvent de retraités aisés venant gonfler les rangs des seniors (27 % de la population a plus de 65 ans, contre 21 % au niveau national) :si les jeunes s'en vont, ils ne feront pas d'enfant ici, s'ils en font!
Pendant ce temps, les jeunes, eux, s’asphyxient dans des villages ruraux où l’essence à prix d’or rend chaque trajet vers Perpignan une odyssée financière. Les communes littorales comme Saint-Cyprien ou Canet-en-Roussillon, « attractives » selon l’Insee, se transforment en résidences pour seniors, avec 41 % de plus de 65 ans à Saint-Cyprien, tandis que les moins de 20 ans se font rares (13 %). C’est l’image d’un département qui vieillit, se fige, et perd sa vitalité sous le poids d’une économie saisonnière, touristique et agricole, où la précarité est la règle.[](https://www.insee.fr/fr/statistiques/7657257)[](https://www.insee.fr/fr/statistiques/7657257)[](https://madeinperpignan.com/perpignan-pyrnenees-orientales-ville-moyenne-chiffre-demographie-precarite/)
L’économie des Pyrénées-Orientales, structurée autour de l’agriculture, du tourisme et d’une industrie en déclin, est un parfait reflet de cette a-culturalité. Le port de Port-Vendres, vanté pour ses 200 000 tonnes de fruits et légumes transitant vers l’Europe, reste une exception dans un tissu économique fragile, où les emplois saisonniers dominent et où la « culture de la rente » décrite par Henri Solans privilégie l’exploitation rapide des ressources au détriment d’une vision à long terme. Les habitants, eux, affrontent des factures d’électricité qui s’envolent (témoignages sur X en août 2025 parlent d’une « insoutenabilité » face à des salaires stagnants) et un coût de la nourriture qui transforme le marché hebdomadaire en luxe. Les partis politiques, qu’ils soient RN, Ensemble ou Nouveau Front Populaire, se contentent de surfer sur ces frustrations, promettant des baisses de taxes ou des aides sociales sans jamais s’attaquer aux racines du problèmes. Leur seule ambition : capter les suffrages, comme on vendrait des billets pour un spectacle de fin d’année.[](https://fr.wikipedia.org/wiki/%25C3%2589conomie_des_Pyr%25C3%25A9n%25C3%25A9es-Orientales)[](https://books.openedition.org/pulm/3711?lang=fr)
Le festibus festibus, ou la fête comme anesthésie
/image%2F0934504%2F20250821%2Fob_0d4356_image-1.jpg)
C’est ici que l’esprit de Philippe Muray prend tout son sens. Dans les Pyrénées-Orientales, le « festibus festibus » n’est pas seulement une métaphore : il est une réalité tangible. Les festivals, les animations touristiques, les discours affamés des campagnes électorales – tout cela sert à masquer l’effondrement.
Prenez les tensions communautaires, comme ces menaces racistes rapportées en juillet 2024 contre une commerçante perpignanaise, sommée de quitter la ville https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/2024/07/perpignan-lettre-a-brigitte-a-l-usage-de-ceux-qui-revent-de-guerre-civile-par-nicolas-caudeville-featuring-maurice.html. Au lieu d’un débat sérieux sur la mixité culturelle, on préfère organiser des événements « fédérateurs », des fêtes de quartier ou des célébrations catalanes vidées de leur sens, où l’on danse pour oublier que le département est le deuxième plus pauvre de France métropolitaine. Quant à l'opposition Langevinesque, "messi dominici" de l'impératrice d'Occitanie, elle fait salon de l'anti-racisme avec son festival "Nostra Mar" façon gauche "Terra nova", autant dire la droite honteuse https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/2022/06/mairie-de-perpignan/sos-racisme-si-la-mediterranee-etait-un-cadavre-ils-en-seraient-les-vers-par-nicolas-caudeville.html . Le RN, avec ses 57,39 % aux législatives 2024, excelle dans cet art du détournement : il promet la « priorité nationale » pour flatter les colères, mais ne propose rien pour contrer l’inflation ou la précarité énergétique.[](https://madeinperpignan.com/perpignan-pyrnenees-orientales-ville-moyenne-chiffre-demographie-precarite/)
Ce glissement intellectuel, c’est aussi l’incapacité des partis à penser le département comme un tout cohérent. Les zones rurales, comme le Conflent ou le Vallespir, asphyxiées par le coût de l’essence et les restrictions écologiques (interdiction des véhicules anciens), sont laissées à l’abandon, tandis que les villes littorales deviennent des ghettos dorés pour retraités. L’Université de Perpignan, avec ses travaux sur l’écopoétique ou les études méditerranéennes, pourrait être un phare intellectuel, mais elle reste déconnectée des priorités municipales, engluée dans une bulle académique que personne n’entend. Tout cela participe d’une a-culturalité galopante : la richesse catalane, méditerranéenne, rurale, est sacrifiée sur l’autel d’une modernité qui n’a que la fête et la polémique à offrir.[](https://www.lindependant.fr/2021/11/07/demographie-la-revanche-du-rural-dans-les-pyrenees-orientales-9914062.php)
Vers une perpignanisation du monde
Perpignan et ses Pyrénées-Orientales ne sont pas une anomalie : elles sont un avant-goût. La « perpignanisation du monde », c’est ce moment où les sociétés, partout, se laissent engloutir par l’Homo festivus, où les difficultés économiques (nourriture, énergie, mobilité) sont reléguées au second plan derrière des spectacles électoraux et des identités instrumentalisées. C’est un monde où les partis politiques, transformés en camelots, vendent des rêves de grandeur ou de justice sociale sans jamais les concrétiser, où les citoyens, épuisés, se réfugient dans l’abstention ou le vote protestataire. C’est un monde où la culture, qu’elle soit catalane ou autre, devient un décor pour selfies, un prétexte pour des festivals qui ne disent plus rien, un « festibus festibus » généralisé.
Dans ce miroir fêlé qu’est Perpignan, on voit se dessiner les contours d’une modernité a-culturelle, où l’intellect s’efface devant la facilité, où la fête obligatoire remplace la réflexion, et où les privilèges des puissants tiennent lieu de projet collectif. Les Pyrénées-Orientales, avec leur soleil trompeur et leurs colères rentrées, ne sont pas une exception : elles sont un avertissement. Comme le dirait Muray, nous sommes tous des locataires sur notre propre territoire, et la facture arrive, toujours plus salée.
/image%2F0934504%2F20210405%2Fob_1e5607_166069222-1960269990780482-37046259784.jpg)
chronique d'un citoyen engage (1) - L'archipel contre-attaque !
Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel ...
https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/tag/chronique%20d%27un%20citoyen%20engage%20%281%29/
/image%2F0934504%2F20210405%2Fob_1e5607_166069222-1960269990780482-37046259784.jpg)
la societe du chaos - L'archipel contre-attaque !
Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel ...
https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/
commenter cet article …
/https%3A%2F%2Fwww.cinemutins.com%2Frails%2Factive_storage%2Fblobs%2Fredirect%2FeyJfcmFpbHMiOnsiZGF0YSI6NTEwMywicHVyIjoiYmxvYl9pZCJ9fQ%3D%3D--7e265ff128d63b5433dd69bca8d0f5ec834b3950%2Faffiche-gare-a-perpignan.jpg)
/image%2F0934504%2F20240522%2Fob_3c80c2_2vudj04ovgmainvvhlc4-grid.jpg)
/image%2F0934504%2F20250609%2Fob_523614_image-1.jpg)