"Du Nord au Sud, ils ont été de toutes les batailles, sur tous les fronts. Ils ont été parmi les meilleurs combattants de la nouvelle armée populaire d’Espagne. Ils ont été parmi les Brigades d’élite qui ont à maintes reprises barré victorieusement la mute ou refoulé en désordre les bandes fascistes.
Mais ils ont rendu de plus grands services encore au peuple espagnol, à la cause antifasciste. Quel est, en effet, le secret de l’action victorieuse des Brigades internationales ? Pourquoi ont-elles combattu et combattent-elles avec tant d’efficacité? Elles n’avaient guère de grands spécialistes militaires. Très peu nombreux étaient les anciens officiers de métier. Leur force, leur énorme capacité de combat résidait dans leur organisation et leur absolue unité antifasciste. Ce fut là le secret de leurs victoires."
André Marty, chef des brigades internationales durant la guerre d'Espagne
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André Marty, ou l’antifasciste qu’on préfère ne pas trop regarder en face
Il y a des héros que l’Histoire accueille volontiers dans ses vitrines, et d’autres qu’elle range discrètement dans les réserves, sous une housse grise, en espérant que personne ne demandera à les voir. André Marty appartient à la seconde catégorie.
Né à Perpignan en 1886, fils d’un négociant en vins qui avait un peu trop frayé avec la Commune de Narbonne, Marty commence sa carrière de manière presque romanesque : officier mécanicien, mutin de la mer Noire en 1919, refusant de tirer sur les bolcheviks. On le met en prison, on en fait une légende. Quand il sort, en 1923, le Parti communiste l’attend bras ouverts. Il gravit les échelons avec la régularité d’un homme qui sait exactement où il va : député, Bureau politique, puis secrétaire du Komintern. En 1936, on l’envoie en Espagne. Les Brigades internationales ont besoin d’un organisateur. Marty, qui parle catalan et espagnol, qui a le prestige du mutin et la discipline du cadre, paraît l’homme idéal.
À Albacete, il construit effectivement quelque chose.
Des milliers de volontaires arrivent, enthousiastes, mal équipés, souvent naïfs. Marty les transforme en unités combattantes. Mais il les transforme aussi à son image : méfiant, inflexible, convaincu que l’ennemi est partout, y compris dans les rangs. Déserteurs, défaitistes, anarchistes trop bavards, poumistes suspects… la liste des « problèmes » s’allonge. Les balles aussi. On commence à l’appeler le « boucher d’Albacete ». Le surnom vient d’abord de la presse libertaire, puis il colle. Même certains communistes lèvent les sourcils. Hemingway, qui n’avait pas besoin de beaucoup d’encouragement pour croquer un personnage peu sympathique, en fera un portrait acide. https://www.youtube.com/watch?v=wcWME81KTbA
Après la défaite, Marty rentre dans le rang stalinien. Il défend le pacte germano-soviétique depuis Moscou, représente le parti à Alger, devient officiellement le numéro trois du PCF à la Libération. Puis, en 1952, le parti le jette, comme on jette un outil devenu gênant. Accusations absurdes, isolement, exclusion. Il meurt en 1956, un peu amer, un peu oublié, et on l’enterre au cimetière Saint-Martin de Perpignan, non loin de là où il avait joué enfant.
Et c’est là que la chose devient intéressante.
Car la gauche qui se dit antifasciste aime les Brigades internationales. Elle les aime beaucoup. Elle aime les drapeaux, les chants, les photos de jeunes gens en casquette qui regardent l’objectif avec l’air de ceux qui savent pourquoi ils vont mourir. Elle aime l’idée pure : des hommes venus de partout pour barrer la route au fascisme. C’est une belle idée. Elle a même le mérite d’être en partie vraie.
Mais André Marty, lui, est trop réel.
Il est le rappel permanent que cette épopée avait aussi des commissaires politiques, des exécutions sommaires, une police intérieure, et une conception très particulière de la fraternité. Il est le moment où le mythe commence à grincer. Alors on préfère parler des volontaires anonymes, des poètes, des médecins, des ouvriers enthousiastes.
On préfère les silhouettes nettes. Marty, avec sa mâchoire, ses listes et son surnom gênant, trouble le tableau.
Il est né à Perpignan, il est enterré à Perpignan, il a dirigé l’une des plus grandes entreprises antifascistes du XXe siècle… et pourtant la gauche antifasciste le regarde comme on regarde un parent éloigné dont on a oublié d’effacer le numéro. Pas tout à fait un ennemi, mais certainement pas un portrait à accrocher dans le salon.
C’est peut-être la plus ironique des destins : avoir tant fait pour une cause qu’on finit par en devenir l’illustration involontaire des limites.
André Marty (1886-1956) - Auteur - Ressources de la Bibliothèque nationale de France
Toutes les informations de la Bibliothèque Nationale de France sur : André Marty (1886-1956)
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