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Nous, les cafoni de la clinique, nous qui lavons les corps, changeons les draps, tenons la main des souffrants , nous n’avons plus de nom.
On nous appelle « le personnel soignant ».
Mais nous savons bien ce que nous sommes : des mains qui travaillent pour rien et des dos qui se courbent jusqu’à la terre.
Depuis le vingt-quatre avril, à Médipôle Saint-Roch de Cabestany, nous avons dit : ça suffit.
Nous avons planté nos piquets comme on plante des croix sur une tombe trop petite.
21 jours déjà.
21 jours que nous marchons sous le soleil et sous la pluie, que nous dormons mal, que nous mangeons peu, que nous nous regardons dans les yeux en nous demandant qui tiendra jusqu’au bout.Ils nous parlent de chiffres, les messieurs d’Elsan. Ils parlent de rentabilité, de productivité, de prime d’intéressement qu’il faut « ajuster ».
Ajuster ! Comme si nos salaires étaient un vêtement trop large qu’on peut rétrécir à volonté. Nous qui voyons les lits pleins, les nuits sans fin, les collègues qui craquent et qu’on ne remplace pas. Nous qui savons que la fatigue tue plus sûrement que certaines maladies.Et pourtant, le village n’est pas mort.
Mardi soir, le dix-neuf mai, au Parc Guilhem, nous ferons ce que les pauvres ont toujours fait quand ils n’ont plus que leur misère à partager : nous nous tiendrons ensemble.
Mardi 19 mai
🕕 De 18h à 22h
📍 Parc Guilhem à Cabestany
Ce ne sera pas une fête. Ce sera une veillée. Une veillée de vivants qui refusent de se laisser enterrer. Il y aura de la musique, parce que le chant est la dernière chose qu’on nous enlève. Il y aura du pain et du vin, parce que le ventre vide ne tient pas longtemps la colère. Il y aura surtout des visages. Des visages de soignants, de voisins, de vieux, de jeunes, de mères qui ont eu peur pour leurs enfants à la clinique. Nous nous regarderons. Nous nous parlerons. Et pour une fois, ce ne sera pas à travers une vitre ou un téléphone.
Tous les sous que nous ramasserons iront directement dans la caisse de solidarité.
Pas un centime pour les beaux discours. Rien que pour ceux qui tiennent le piquet, pour ceux qui ont peur de ne plus pouvoir payer le loyer, pour ceux qui ont déjà les yeux creusés par la fatigue.On nous dit que c’est inutile. Que les cliniques privées sont comme ça maintenant, que le monde est ainsi fait. Nous répondons comme les anciens de Fontamara : « Le monde est ainsi fait… jusqu’à ce qu’on le défasse. »Nous ne sommes pas des héros. Nous sommes seulement des gens qui ne veulent plus courber l’échine jusqu’à terre.
Nous voulons pouvoir soigner sans nous détruire.
Nous voulons un salaire qui ne soit pas une insulte à notre peine.Alors venez. Venez nombreux mardi soir au Parc Guilhem. Pas par pitié. Par dignité. Parce que demain, c’est peut-être votre mère, votre enfant, ou vous-même qui serez dans ce lit, et qu’il vaudra mieux qu’il y ait encore quelqu’un debout à côté, avec des mains qui ne tremblent pas de fatigue et de colère.
On ne lâche rien.
Nous tiendrons.
Comme toujours, nous tiendrons ensemble.
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