"Le refus a toujours constitué un rôle essentiel. Les saints, les ermites, mais aussi les intellectuels, le petit nombre d'hommes qui ont fait l'Histoire sont ceux qui ont dit non, et non les courtisans et les valets des cardinaux."
Pier Paolo Pasolini (La Stampa, 8 novembre 1975)
/image%2F0934504%2F20260511%2Fob_d033df_696494537-122102141360344380-502090529.jpg)
Les Écrits corsaires – Médipôle, ou la honte d’une direction de clinique
Ils continuent. Ils continuent à nous voler notre sueur, notre fatigue, notre dignité, comme si tout cela n’était qu’une marchandise parmi d’autres, négociable au plus bas prix.
À Médipôle, en ce mois de mai qui sent déjà la défaite ou la révolte, les salariés tiennent encore debout. Ils tiennent contre la logique la plus cynique du capital : celle qui prend tout et ne rend rien, qui accumule des bénéfices et les reverse au siège comme on verse du sang dans un coffre-fort lointain.On nous avait promis le dialogue.
On nous a donné le mépris froid, l’habituelle rhétorique des puissants : « Nous n’avons pas les moyens. » Mensonge.
L’expert-comptable a vu les comptes. La clinique avait largement les moyens de payer le treizième mois. Elle a fait des bénéfices, cette année encore, et ces bénéfices ont filé vers le haut, vers le centre, vers l’abstraction vorace du groupe. Il n’y a plus d’excuse économique. Il n’y a plus que l’arrogance nue du pouvoir.Les revendications sont simples, presque archaïques à force d’être justes : maintenir le treizième mois, c’est-à-dire ne pas nous voler un mois de vie ; améliorer des conditions de travail devenues insoutenables – changements de services brutaux, absence de remplacements, pression constante, usure organisée des corps et des âmes.
On ne demande pas la lune.
On demande simplement qu’on ne nous traite plus comme du bétail interchangeable.
Et face à cela ? Rien. Le vide. Le silence calculateur de la direction.
Pas un chiffre, pas une proposition, pas un geste. Le dialogue social est mort, étranglé dans les couloirs feutrés où l’on décide du sort des autres sans jamais les regarder dans les yeux. La grève est donc reconduite. Elle doit l’être. Car céder maintenant, ce serait accepter que tout cela – notre fatigue, nos nuits, notre colère – n’ait servi à rien.
Je le dis avec la lucidité amère de celui qui a vu tant de luttes : ils tentent déjà de vous diviser.
C’est leur arme la plus vieille et la plus efficace. Opposer grévistes et non-grévistes, syndicats et salariés, clinique contre clinique. Semer la fatigue, la peur, la responsabilité inversée : « C’est à cause de vous que les patients souffrent. » Classique. Ignoble. Prévisible.Mais vous êtes encore là. Unis. Et c’est cela qui les terrifie. Car une masse qui refuse de se dissoudre, qui reste solidaire malgré les réquisitions abusives, malgré la propagande, malgré la lassitude, devient dangereuse.
Elle devient visible. Elle devient peuple.
Les caisses de solidarité se remplissent, lentement, dignement. Des dons arrivent, des soutiens extérieurs, la mairie de Cabestany qui tente d’aider à sa manière. Petits gestes, mais vrais. Signes que, même dans ce monde pourri par le calcul, quelque chose d’humain résiste encore.Ne lâchez rien. Pas maintenant. Lâcher maintenant, c’est préparer la défaite de dans deux ou trois ans, quand ils reviendront plus voraces encore, forts de votre précédent abandon. https://www.lepotcommun.fr/cagnotte/solidaire/solidarite-grevistes-clinique-medipole-ml1ncph9
La lutte n’est pas seulement pour un treizième mois.
Elle est pour votre dignité de travailleurs de la santé, pour l’idée même qu’un homme ou une femme qui donne sa vie au travail n’est pas une variable d’ajustement.
Restez corsaires. Restez ensemble, soudés, intraitables. La clinique a les moyens. Le siège a l’argent. Il ne manque que la volonté de justice. Cette volonté, c’est vous qui devez l’imposer.On ne lâche rien. Jusqu’au bout.
/image%2F0934504%2F20260511%2Fob_f78f77_694762647-122102024456344380-416189359.jpg)
commenter cet article …
/image%2F0934504%2F20260510%2Fob_990c18_690367222-122101586504344380-900866930.jpg)
/image%2F0934504%2F20260428%2Fob_9db242_p4jowxgj.jpeg)