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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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  • L'archipel contre-attaque !
  • Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 13:01

   " Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut désormais énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut aussi savoir commencer, et commencer par définir les voies susceptibles de conduire à la Voie."

Edgar Morin La Voie: Pour l'avenir de l'humanité (2011) 

 

Ô comédie humaine ! Les soignants d’Elsan jouent enfin leur grande scène de la révolte

Mesdames et messieurs, approchez, approchez ! Le cirque Elsan est de retour dans les Pyrénées-Orientales, et cette fois le numéro s’intitule : « Comment se tirer une balle dans le pied tout en prétendant faire du dialogue social ». 

Vendredi 24 avril 2026, à l’aube, les soignants de la clinique Médipôle Saint-Roch de Cabestany ont décidé, dans un élan de folie furieuse, de ne plus accepter d’être pris pour des cons.

Le soir même, leurs camarades de la clinique Saint-Pierre à Perpignan les ont rejoints. Grève illimitée. On bloque, on déprogramme, on dit stop. 

Le motif ? Une horreur absolue, une injustice qui ferait pleurer les pierres : la direction du groupe Elsan, dans sa grande mansuétude capitaliste, s’apprête à supprimer (ou à rendre aussi aléatoire qu’un tirage du Loto) l’intéressement de 1 500 euros par an. Cette misérable obole qui, pour nombre d’infirmières, d’aides-soignants et de secrétaires, tient lieu de treizième mois, de vacances, et parfois de dignité. 

Car il faut le rappeler, et avec quelle jubilation amère : ces cliniques marchent très bien.

Saint-Roch figure régulièrement parmi les meilleures performances du groupe. Les résultats sont excellents, les actionnaires sourient, les dividendes chantent. Mais voilà : quand tout va bien, chez Elsan, on a une tradition ancestrale… on vient piocher dans la poche de ceux qui font le boulot.  C’est presque touchant de constance.

En 2021 déjà, à Saint-Roch, grève pour la baisse de l’intéressement alors que la clinique était dans le top 10 des plus rentables.

En 2018, à Saint-Pierre, même refrain : baisse de 90 % de la prime, suppression rampante du treizième mois. Le scénario est rodé, la pièce se rejoue à guichets fermés tous les trois ou quatre ans. On pourrait presque en faire un vaudeville à succès : « La Prime et le Mépris », avec Valéry Folcher dans le rôle du directeur « surpris » et « ouvert au dialogue ».

Ah, le dialogue ! Ce mot magique que les directions prononcent toujours avec la même sincérité qu’un député en fin de mandat promettant la baisse des impôts.

« Nous n’avons encore rien décidé… Nous sommes dans une démarche de dialogue… Nous sommes surpris par ce préavis… »  Ben voyons. On est toujours surpris quand les gens qui gagnent 1 300 euros par mois, qui enchaînent les gardes, les week-ends et les fêtes, qui voient leur charge de patients augmenter pendant que les effectifs diminuent, finissent par dire : « Assez. »

Kate Level, déléguée CGT, l’a résumé avec une justesse chirurgicale : « Nos conditions de travail sont inacceptables. »

On les augmente en patients, on ne les augmente pas en salaire, on ne les remplace pas quand ils craquent, et on s’étonne qu’ils n’arrivent plus à recruter ? C’est presque de l’art abstrait, ce niveau de mauvaise foi.

Pendant ce temps, les urgences tournent (parce que même en colère, les soignants restent des soignants), les opérations non urgentes sont reportées, et les patients, comme d’habitude, trinquent.

Mais qui est vraiment responsable du désagrément ? Ceux qui soignent ou ceux qui, année après année, traitent le personnel comme une variable d’ajustement budgétaire ?Les soignants ne demandent pas la lune. Ils demandent simplement que la prime devienne pérenne, qu’on arrête de jouer au yo-yo avec leur pouvoir d’achat, et qu’on reconnaisse enfin qu’on ne peut pas faire tourner une clinique avec des salaires de misère et du mépris en prime.

Alors oui, qu’ils tiennent bon. Qu’ils reconduisent. Qu’ils restent dignes et déterminés. 

Parce que dans ce grand vaudeville contemporain du capitalisme hospitalier, il était temps que les véritables héros montent sur scène et sifflent la fin de la récréation.  Rideau. Et cette fois, messieurs d’Elsan, ce n’est pas vous qui l’abaissez.

 

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