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Ni fleurs, ni néant
En ce 27 juin 2025, le Conseil constitutionnel, dans son implacable majesté, a frappé Christophe Euzet d’inéligibilité pour une année entière. Un retard de cinq jours dans le dépôt d’un compte de campagne, une infime fissure dans la machinerie absurde de la bureaucratie électorale, a suffi à l’exiler du théâtre démocratique. Cinq jours ! Tel est le crime qui le bannit, lui qui, avec ses modestes 3100 euros – dont 1400 pour un comptable exigé par la loi et 1000 pour des affiches officielles – a osé prétendre à une « campagne » qui n’a de campagne que l’étiquette. Sept cents euros restants, pas un zéro de plus, pour nourrir un rêve politique. Et pourtant, le voici jugé, sans appel, sans voix, sans sursis, dans le silence d’une procédure qui méprise la parole et l’humanité.
Nul ne doit croire que Christophe Euzet a trempé dans des scandales opulents, qu’il a distribué des marchés publics à des proches ou sillonné le monde aux frais de l’État.
Non, son péché est d’une banalité désarmante : un dossier posté le 11 septembre 2024, au lieu du 6, examiné avec une lenteur olympienne par les instances, qui ont mis six mois à rendre leur verdict. Six mois pour statuer sur cinq jours de retard ! L’absurde, ce vieil acolyte, lui adresse un sourire narquois.
On évoque souvent une justice à deux vitesses. Christophe Euzet, modeste témoin de cette farce, en porte l’amère preuve. Imagine-t-on un puissant, un de ces intouchables qui valsent dans les couloirs du pouvoir, frappé d’une telle sanction pour si peu ? Non, bien sûr. À eux, les labyrinthes judiciaires où les responsabilités s’effacent comme des ombres ; à lui, un courriel laconique, une sentence froide, sans égard pour les échéances électorales ou l’élan d’une vie. À eux, les clameurs de soutien, les manifestations vibrantes ; à lui, le silence d’une boîte de réception.
À eux, des jugements annoncés avec pompe ; à lui, une décision tombant comme un couperet numérique, sans préavis, sans pitié.
Qu’est-ce donc que cette justice, sinon une loterie cruelle aux dés pipés ? S’il criait à l’injustice, s’il appelait à la révolte contre cette aberration, que dirait-on de lui ? Un agitateur, un ingrat, un homme incapable de plier devant l’ordre absurde des choses. Alors il se tait, ou presque. Il sera spectateur, un spectateur lucide, de la prochaine élection municipale à Perpignan. Exclu du jeu, il contemplera l’arène, où l’on parle davantage de « casting » que de destin pour une ville et ses habitants. Perpignan, cette ville qui mérite mieux qu’un théâtre de postures, un souffle véritable, une vision. Son livre, Il serait une fois Perpignan, jeté dans l’indifférence des presses littéraires, porte peut-être un murmure de cet espoir. Mais qui écoute, dans ce vacarme d’ambitions creuses ?
Il reviendra, après son année de pénitence, après ce purgatoire administratif.
Car l’absurde, aussi pesant soit-il, ne brise pas tout à fait. Il enseigne, il aiguise, il force à regarder le vide en face. Et dans ce vide, Christophe Euzet trouvera peut-être, sinon un sens, du moins une raison de continuer.
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