
Au début, j'avais décidé d'aller écouter François Ruffin à l'issue de la projection de son film dans le cinéma à côté de chez moi, à Perpignan, parce qu’il fait partie des gens dont on se délecte de chaque intervention à l'Assemblée, et parce que c'était à côté de chez moi. Puis j'ai pris une place pour voir, aussi son documentaire, « J'veux du soleil », histoire de voir ce qu'il avait à dire des fameux Gilets jaunes. Finalement c'est le documentaire qui m'a marqué,
bien au-delà du fait de voir Ruffin sur notre place du Castillet. Un docu qui montre les gens, tout simplement, avec les galères de fin de mois, les Noëls à ne pas pouvoir acheter un livre à ses enfants, le maire d'un village qui paye la cantine des gamins de ce couple endetté, cette femme avec un handicap qui a dû placer ses enfants, faute de pouvoir les nourrir... cette saine colère d'être pris pour des cons, mais aussi cet espoir commun de changer les choses, cette lumière qui est apparu à ceux qui ont su se mettre ensemble.
On reconnaît rapidement une personne douée quand on a la chance d'en croiser une et tous les politiciens sont doués. Ce que Ruffin a d'exceptionnel, c'est qu'il sait disparaître derrière ceux qu'il représente. Il se dit député-reporter. Je dirais plutôt un porteur de la parole du peuple. N'est ce pas cela, un vrai politicien ? Nous ne sommes pas habitués à ce qu'un personnage public utilise les projecteurs braqués sur lui pour orienter la lumière vers la foule, celle d'en bas. Pas habitués non plus à ce que les problèmes délicats et complexes de notre pays soient posés de façon claire, avec des éléments d'analyse qui ne prennent pas l'auditoire pour des niais. Non, à cela nous ne sommes pas habitués. Vous êtes un bon, François Ruffin, parce que vous faites exister ce que le politique tente d'éradiquer, l'humain.
Les privatisations de ces derniers jours (aéroport de Paris), la loi pour l'éducation « l'école selon la Macronie » adoptée hier, le sursis du glyphosate voté dans la foulée, les classements sans suite de nos marches pour le climat... Nous en faut-il d'avantage ?
Je retiens une phrase du documentaire : « La honte était cachée chez chacun, dans les appartements. Faisons en sorte que la honte change de camp. »
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