"Il y a deux façons d'enculer les mouches : avec ou sans leur consentement."
Boris Vian
/image%2F0934504%2F20260308%2Fob_97abaa_5cc2a0d0bd7b8bf9765363722f79cac831a52a.jpg)
Perpignan, mars 2026 : la politique du crachat sans se fatiguer
Mes bons amis, mes chers électeurs catalans, mes braves contribuables des quartiers pourris et ceux plus gâtés , écoutez-moi ce petit air de valse municipale qui monte, qui monte… et qui pue déjà la vieille sueur des campagnes sans honneur.
Autrefois, on rêvait encore. On se levait pour un homme ou une femme, en fin, quelqu'un qui avait du feu dans le ventre, des phrases qui vous emportaient comme la Tram, un programme qui sentait la sueur et le bitume neuf. On croyait encore que la politique, c’était de la poésie appliquée à la vie commune.
Plus aujourd’hui.Les nouveaux candidats ? Des fantômes recyclés, des mites de l’éternel retour.
Des figures déjà vieilles avant même d’avoir été jeunes, des résidus d’anciennes listes, des revenants sortis du formol des années Pujol-Alduy-2014, qui nous reviennent avec le même sourire usé, les mêmes costumes lustrés, les mêmes promesses recuites.
Ils n’arrivent pas : ils reviennent.
Comme ces vieux vêtements qu’on ressort du grenier tous les six ans, avec l’odeur de naphtaline et l’illusion de la nouveauté. « Soyons fiers de Perpignan, elle le mérite », lance Bruno Nougayrède d’une voix de chef d’entreprise fatigué. « Perpignan, changez d’air ! », scande Mickaël Idrac en invitant Mélenchon pour un « Siamo tutti antifascisti ! » qui sent le déjà-vu. Et Aliot, lui, répète inlassablement : « Continuons ensemble avec Louis Aliot » et « Pour nous c’est Louis » – la main bleu-blanc-rouge brandie comme un talisman.
Plus besoin de charisme, mes agneaux.
Plus besoin de vrai programme, de chiffres qui tiennent debout, de visions qui fassent rêver au-delà du prochain PV de stationnement. Non. Il suffit aujourd’hui de disqualifier l’autre. De le salir, de le barbouiller, de le rendre infréquentable comme on jette un mégot dans le caniveau du Têt. Et hop ! On est élu. Ou réélu.
Sans avoir rien démontré de sa propre valeur, sinon celle, immense, d’être moins dégueulasse que le voisin.
Louis Aliot, le pépère intranquille du RN, trône là-haut à 43-44 % dans les sondages Ifop, comme un gros chat qui a déjà bouffé la moitié du pâté. Six ans qu’il gère la plus grande ville de France aux mains du parti : un peu plus de flics municipaux, un peu plus de caméras, un discours « sécurité-propreté » bien rodé, et surtout… surtout, pas de vagues. Il a même récupéré une poignée de ces mêmes mites recyclées – ex-Pujol, ex-Alduy – dans sa liste, histoire de faire « union de la droite raisonnable ».
Son bilan ? Mitigé, disent les méchantes langues. Mais qu’importe : il n’a pas à le défendre. Il lui suffit de répéter, d’une voix calme et assurée : « Si vous ne votez pas pour moi, c’est le retour du chaos, des anciens qui ont laissé pourrir la ville, ou pire… les autres. » Et ses partisans de renchérir : « C’est Louis ou moi », « Touche pas à mon maire ».
Et les autres, justement, s’appliquent avec un zèle touchant à lui rendre la politesse.
Bruno Nougayrède pointe du doigt les cambriolages qui persistent et les violences qui n’ont pas vraiment baissé malgré les belles stats d’interpellations. Il a raison, sans doute. Mais il reste à 13-15 %. Alors il faut bien hausser le ton : « M. Aliot n’a objectivement rien fait ! »Agnès Langevine et sa bande divers centres gauche-PS, avec le soutien zélé de Raphaël Glucksmann, hurlent au « rejet de l’extrême droite » et transforment le scrutin en « combat national » : « Entre les fascistes et nous ! »
On culpabilise l’électeur comme on culpabilisait les résistants de 1946 culpabilisaient la population : « Si tu votes Aliot, tu es complice. Du déclin. Du racisme. Du populisme. Du retour en arrière. Du mal absolu. »
Résultat ? On ne démonte plus les programmes. On ne compare plus les bilans. On ne propose plus rien de neuf. On disqualifie. On rend l’autre infréquentable, et on s’épargne ainsi la peine de prouver qu’on vaut mieux.
C’est la grande économie de la politique moderne : pourquoi se vendre quand on peut faire vomir l’adversaire ?
Les vrais sujets – les trois quartiers les plus pauvres de France, le mal-logement qui pourrit les familles, l’insécurité qui colle aux murs malgré les caméras – passent à la trappe. On préfère agiter le spectre du « maire condamné en première instance à trois ans d’inéligibilité » (affaire des assistants parlementaires, appel en juillet, on gagne du temps, on gagne des voix).
Ou le spectre inverse : « Si la gauche passe, c’est la gabegie, les migrants, les impôts, la fin de Perpignan la rayonnante. »C’est ça, la campagne 2026 à Perpignan. Du grand art du moindre effort moral. Du crachat élégant. Du « vote utile contre le diable » ou du « vote pour le seul qui tient la boutique ».
Et pendant ce temps, la poésie s’est noyée dans le Têt.
Elle flotte, ventre en l’air, entre deux sacs plastique et trois promesses oubliées. On l’a tuée à petit feu, à coups de « l’autre est une ordure ». On l’a remplacée par ce triste commerce : la peur, la haine, la culpabilité. Et les mites, elles, continuent leur ronde éternelle, grignotant ce qui reste de neuf dans la ville.Cynique ? Oui. Efficace ? Les chiffres des sondages qu'on a payé disent oui.
Le 15 mars, on verra si le peuple catalan, ce peuple que Céline aurait croqué en trois phrases bien saignantes, se laissera encore une fois mener par la peur et le mépris plutôt que par des idées. Ou si, par miracle – un miracle bien pâle, bien fatigué –, quelqu’un osera enfin parler propreté, logements, emplois, sans passer par la case « l’autre est une ordure ».
En attendant, on continue la danse.Et on se bouche le nez.Parce que même l’odeur de la poésie morte, ça finit par prendre à la gorge.
/image%2F0934504%2F20210405%2Fob_1e5607_166069222-1960269990780482-37046259784.jpg)
la societe du chaos - L'archipel contre-attaque !
Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel ...
https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/tag/la%20societe%20du%20chaos/
/image%2F0934504%2F20210405%2Fob_1e5607_166069222-1960269990780482-37046259784.jpg)
chronique du chaos - L'archipel contre-attaque !
Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel ...
https://l-archipel-contre-attaque.over-blog.fr/tag/chronique%20du%20chaos/
commenter cet article …