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De temps en temps, il faut savoir sortir de la pensée en silo, il faut savoir lier des éléments disparates, il faut savoir écouter et comprendre les forces telluriques. En clair, il faut faire de l’analyse.
De la vraie !
Pas de la fausse, à la manière des post-adolescents narcissiques qui voudraient être, sans jamais bosser, et, qui pullulent dans le coin.
Et la pseudo-polémique sur les restaurants halal de la rue de la Cloche d’Or est un excellent exemple à étudier.
La rue de la Cloche d’Or a vu bon nombre de ses commerces fermer ces dernières années. Le marasme économique du centre-ancien, provoqué par une paupérisation de la population et la création de centaines d’hectares de zones commerciales périphériques, cumulé à la pandémie sont venus à bout de ces commerces, au modèle économique fragile.
Un promoteur a bien essayé de relancer la rue, avec un projet de « rue gourmande ». Mais des problèmes techniques ont fait capoter le projet. Le promoteur a donc décidé de vendre les 11 commerces.
Un groupe d’investisseur se serait porté acquéreur, pour un montant de l’ordre de 1 035 000 €. Sans être élevée, c’est une somme coquette.
Dans le lot, une franchise G La Dalle ouvrirait. Et comme il s’agit d’une chaîne de restaurant halal, la mairie voit rouge.
On a donc eu droit à une sortie contre les enseignes G La Dalle et Phuket Wok, accusées d’utiliser des capitaux étrangers pour saccager l’identité catalane de Perpignan.
Lors du même conseil municipal, Louis Aliot a aussi qualifié la NUPES « d’islamofasciste ». On le savait puéril par moment, on le découvre mauvais gagnant. On reviendra plus loin sur ce point.
Une rapide recherche sur le web (merci l’INPI, merci Infogreffe) permet de se rendre compte que les entreprises derrières ce projet ne dispose pas d’une grosse surface financière. On est loin des fonds d’investissement américains qui déferlent dans le sport professionnel français. On est plutôt face à des petites boîtes, assez bien gérées à priori, dont les chiffres d’affaires ne doivent pas tellement dépasser les dix millions d’euros.
Dix millions, pour une entreprise « nationale », c’est très peu. Le département compte plus de 170 entreprises dépassant ce niveau de chiffre d’affaires, et pourtant il est pauvre. Donc au niveau national, ces entreprises ne sont rien. On est très loin des grands groupes financiers menaçant la ville qui hantent les cauchemars du conseil municipal.
https://www.verif.com/Hit-parade/01-CA/01-Par-departement/66-Pyrenees-Orientales/
Revenons sur l’aspect mauvais perdant. Louis Aliot se plaint, tout à la fois, de l’opacité des transactions financières et immobilières, et, de la libre circulation des capitaux.
D’abord sur la circulation des capitaux, le RN n’est pas très vindicatif. De même sur l’opacité des affaires.
De plus, avec 4 députées dans les PO, et un groupe de 89 députés à l’Assemblée, Louis Aliot pourrait tenter de faire passer des lois qui durcissent les contrôles. Mais, en bon petit soldat du Capital, le RN n’ira jamais dans cette direction. Le secret des affaires passe avant la France.
C’est bien connu.
Mais le vrai problème n’est pas dans l’opacité, ni dans la cuisine halal.
Il ne s’agit que d’alibis.
Il ne s’agit que d’une simple réduction de dissonance cognitive.
Le vrai problème c’est que Louis Aliot s’est cogné dans le réel.
Et ça fait mal !
En une semaine seulement la mairie de Perpignan a quitté l’agence d’attractivité de Perpignan Méditerranée Métropole (en ayant pour projet de créer la sienne) et a demandé à récupérer la compétence tourisme, dans le cadre de la loi 3DS.
Dans les deux cas, ni Louis Aliot, ni aucun de ses élus, n’ont exposé clairement leurs projets. Aucun document stratégique n’a été publié. Ni vision, ni budget prévisionnel, rien de fonctionnel.
Pourtant la municipalité s’est payé un « développeur de centre-ville ».
Mais celui-ci est d’une incroyable discrétion. En 8 mois, il n’a fait aucune apparition publique, ni conférence de presse, ni interview. Il serait bon qu’il s’exprime au sujet de la Cloche d’Or. Il a touché de l’argent public pour éviter que les restos de junk food pullulent en ville.
Cette polémique, stérile, illustre l’incapacité de la classe politique locale a développé une vision pour le département. Louis Aliot n’a pas plus d’ambition qu’Hermeline Malherbe. Sauf que, elle, au moins, assume de vivre dans la « quatrième dimension ».
Personne au sein du conseil municipal ne parle économie. Personne ne parle de développement. Personne ne parle de l’avenir.
Ça vivote bien tranquillement, en tablant sur la médiocrité de ceux d’en face pour être réélu.
Ça ne parle pas de capital risque, qu’il faudrait développer. Ça ne parle pas formation de cadres, dont les entreprises locales manquent cruellement. Ça ne parle pas de stratégie, et pourtant il en faut une, de toute urgence.
Dans « La lie de la terre », Arthur Koestler explique qu’il existe 3 types de fascismes : le fascisme grande gueule (Mussolini), le fascisme militariste (Hitler), et, le fascisme sénile (Pétain).
Il en va de même pour le Capitalisme.
Il existe un Capitalisme sénile, incapable de penser, incapable de s’adapter, incapable de trouver des solutions au moindre problème. Un capitalisme sénile, juste bon à vivre de « l’économie de la rente ».
Louis Aliot vient de comprendre qu’il existe d’autres formes de capitalisme, notamment le Capitalisme financier, que son parti soutient, et qui, outre son amoralité, se caractérise par une voracité et une violence sans limite.
Lorsque l’on se croit fort, parce que l’on a gagné une élection, tomber nez à nez face au Capitalisme financier, sans y être préparé, c’est l’assurance de voir mourir ses illusions.
Et comme le dit si bien Arthur Koestler : « Aucune mort n'est aussi triste et définitive que la mort d'une illusion. »
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