Quel beau pays phallocrate et respectueux de ses propres lois que celui où l’on demande aux femmes de cacher leurs seins pour ne pas choquer les enfants (alors que nos générations ont bien survécu au gentil monstre nudiste Casimir ) ou susciter le désir de l’homme (hétéro bien entendu) !
Comme s’il était toujours impossible d’éduquer les petits garçons ,autrement dit les futurs hommes, au respect du corps de l’autre, en l’occurence la fille, la femme, sa semblable, son égale.
Comme si les seins étaient encore coupables de quelque traître forfait qu’ils porteraient en germe comme une atteinte à la vue masculine , un sacrilège d’exister en dehors et à d’autres fins que de satisfaire le désir masculin, une insidieuse réminiscence d’Eve tentatrice…
Saintes décapitées mais seins voilés. A chacun sa notion de l’ostentatoire et du vulgaire ... Les seins, symboles de féminité que les Amazones se coupaient pour plus de commodité dans le maniement du tir à l’arc et une supposée recrudescence de testostérone propice en ces temps agités de guerre (Péloponnèse, Troie, Covid1…)
Et que dit Tartuffe en creux , et en arrondi ?
Sinon que Par de pareils objets les âmes sont blessées.
Si la guerrière peut se passer d’un sein plus blessant que la tige affûté d’une flèche ( vulnerant omnes, ultima necat ) , la femme lascive, elle, c’est bien connu, les montre sans complexe à l’instar de la servante Dorine “forte en gueule et fort impertinente”, soit en s’étalant sur les places ombragées ( pardon : minérales) de la ville , comme le font sans vergogne les statues de Maillol à Perpignan (qu’attend-on pour les déboulonner d’ailleurs et que fait la police prétendûment trop occupée à surveiller les arbres à dealer?) mais également les vacancières et locales impudentes sur les plages ensoleillées de la Mare Nostrum , laquelle, nostalgique elle aussi du clos jardin d’Eden, commence à en avoir marre de bercer ces lolos de sirènes de pacotille dans ses flots et préférait de loin s’identifier aux mentions livresques et nostalgiques de Claude Simon3 ?
Et toujours personne pour s’interroger sur la charge - dont la femme serait l’unique dépositaire- de “montrer l’exemple” sur la scène de la vie devant un public infantile et infantilisé. Et pourquoi diable cette exigence d’exemplarité dont les “femen” ont l’air génétiquement démunies ?
Monsieur le Ministre de la Justice, une idée peut-être? Monsieur Darmanin et Griveaux ? non, toujours pas ?
Ben si, quand même -et vous allez voir que c’est bien plus simple que le théorème de Fermat ou la mise en équation de la suite de Fibonacci- et que les questions seront vite répondues : les hommes, à la grande différence des femmes corsetées par les boudoirs et le Code Civil , seraient incapables de tenir en laisse leurs pulsions. Et la pulsion n’est pas, mille fois hélas, la meilleure amie de l’homme.
Ainsi conseille -t-on aux filles, en 2020, de renoncer à leurs jupes courtes et leurs décolletés suggestifs (ou non) tandis que les garçons eux peuvent continuer à les garder et les montrer, leurs idées courtes moulant leurs cervelets anesthésiés. Normal : eux c’est dans un élan christique qu’ils égarent leurs mains baladeuses sur les attributs féminins et se soulagent sur les lampadaires les soirs de victoire du Psg sous l’emprise de la joie, de l’alcool et de leur atavisme chevillé au corps comme une ébauche de circonstance atténuante pour le procès verbal vespéral (“et vous êtes sûre qu’il s’agit d’une agression, parce que dans la liesse générale, hein...et puis quand même, cette tenue hein ” … le lampadaire reste stoïque bien entendu).
A quand la naissance du bébé OGM, vêtu de pied en cap aux couleurs catalanes (sem catalan tant qu’à faire) qui réconciliera nature et culture dans un élan progressiste de réconciliation nationale ?
“Vous êtes donc bien tendre à la tentation
Et la chair sur vos sens fait grande impression
Certes, je ne sais par quelle chaleur vous monte,
Mais à vous convoiter, moi je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrai nu du haut jusques en bas
Que toute votre peau ne me tenterait pas”
Je sais que vous êtes sûrement en train de vous dire que Dorine au Cap d’Adge aurait endigué la seconde vague!
Mais convenez que si la tirade de Tartuffe est seule restée célèbre, la réplique de l’excellente servante est pourtant bien la plus intéressante car à bien y regarder, combien de femmes d’aujourd’hui, fussent-elles politiciennes, ont-elles eu le courage de se mesurer aux Tartuffes et pseudo-mentors rencontrés sur leur chemin comme autant de mâles alpha susceptibles de booster ou stopper leurs carrières ?
Évidemment, on ne peut totalement exclure que Dorine ait lu la fin de la pièce et forte de son spoiler, sait qu’il ne lui en cuira point de vilipender ainsi hypocrite Tartuffe et naïf maître Orgon. C’est vrai. On peut aussi saluer son travail de sape salvateur qui nous rappelle une évidence trop oubliée : la nudité originelle n’est cause de concupiscence ou de censure que parce que nous le souhaitons encore et qu’il dépend en conséquence de nous de les faire cesser.
3. Le Tramway Editions de Minuit Claude Simon
4. Monsieur Darmanin vient de reconnaitre une “maladresse” de la gendarmerie sans s’étonner que les dits gendarmes censés appliquer la loi la méconnaissent.