4 février 2012
6
04
/02
/février
/2012
17:03

Dimanche 29 janvier, il est 15h45 quand j’arrive sur le parvis du
Palais des expositions de Perpignan. Une foule importante attend de
voir la vedette de ce dimanche après-midi, j’ai nommé Marine Le Pen.
Ma première impression est que ceux qui attendent comme moi sont des
personnes d’un âge assez avancés. Pendant que j’attends mon tour pour
rentrer, je me demande ce que je fais là bas. En réalité, sur le
moment, je ne le sais pas trop. Je me dis que c’est la première fois
que je participe à un meeting politique. Certes, mais quel meeting
politique !!! Celui d’une candidate à la présidentiel décrit comme le
diable par les partis politiques allant de l’extrême gauche jusqu’à
l’UMP. Mais personnellement, je n’ai jamais vu en Marine Le Pen
l’incarnation du mal absolu. Je ne pense pas, à l’inverse de certains
de ses détracteurs, qu’elle soit la candidate d’un NSDAP à la
française. De même, je n’ai jamais vu en son père, Jean-Marie Le Pen
un Adolf Hitler en puissance. En revanche, j’ai toujours condamné
certains propos de celui ci, comme par exemple, quand il affirme que
les chambres à gaz sont un détail de la Seconde Guerre Mondiale, ainsi
que bon nombre d’autres propos. Non, ce dimanche, je ne suis pas venu
voir un meeting de Jean-Marie Le Pen, mais écouter en tant que citoyen
curieux, ce qu’une des candidates à la Présidentiel propose pour
l’avenir de notre pays.
Il est 15h55 quand viens mon tour de passer le portique de sécurité.
On me demande de poser tous mes objets métalliques dans une petite
boite. Ensuite, le vigil de sécurité m’ordonne d’enlever mon manteau,
puis ma petite veste. En souriant, je lui dit : « Ne vous inquiétez
pas , je ne suis pas un terroriste ! », et il me répond : « Je veux
juste vérifier si vous n’avez pas un tee-shirt de Nicolas Sarkozy sous
votre veste ». C’est la première fois qu’on me prend pour un militant
UMP. L’impression est bizarre je l’avoue. Je me dis que ce sont
peut-être mes cheveux mi-longs…
A 16h, j’accède enfin à la salle. Elle est archi-comble. Ma première
impression concernant l’age des participants au meeting n’était pas du
tout bonne. En effet, je suis étonné de voir autant de jeunes dans la
salle, des jeunes qui, comme dit la chanson, ont entre 7 et 77 ans.
Après avoir payé ma participation de 5 euros (c'est quand même pas
donné), on m’offre un pin’s qui clignote en bleu et rouge, et sur
lequel on peut lire « J’aime Marine ». Je ne l’agrafe pas à mon
manteau, je ne suis pas venu en tant que militant ou sympathisant mais
en tant que curieux. Mais visiblement, il y a plus de sympathisants
dans la salle que de curieux. En effet, en regardant la foule, mes
yeux clignotent en bleu et rouge.
Vers 16h30, arrive enfin le moment tant attendu. Sur une musique digne
d’une entrée de sportifs, la candidate du FN rentre dans l’arène sous
les acclamations de ses supporters. On entend, « Vive Marine », «
Marine Présidente », ou encore « On t’aime Marine ». Je constate une
réelle émotion de la part de la candidate, car comme elle le dit
d’entrée : « Ici, je suis un peu chez moi ! ». Il n’en faut pas plus
pour mettre un public déjà acquis à sa cause en ébullition. Ses
premiers mots politiques sont pour les pieds-noirs. C’est logique,
elle s’assure des applaudissements. En effet, les Pyrénées-Orientales
ont été une terre d’accueil pour tout les pieds noirs qui sont
rentrées en France après la guerre d’Algérie. Après cela, on rentre
vraiment dans le vif du sujet.
Pour ma part, je divise son intervention en deux phases. La première,
qui a duré assez longtemps d’ailleurs, est une phase ou elle assène
quelques coups à ses principaux adversaires. Le premier est François
Hollande, pour lequel elle dénonce « une semaine politique à la sauce
hollandaise ». Ensuite, vient le tour de Nicolas Sarkozy en disant «
qu’il lui faut bien neuf chaînes de télévisions pour augmenter son
niveau de popularité dans les sondages ». Jean Sarkozy est ensuite
raillé pour ses compétences à diriger l’EPAD. Après s’être justifié
aussi sur son voyage en Autriche, elle fustige l’extrême gauche
française qui selon elle « essaye d’obtenir par la violence ce qu’elle
n’arrive pas à obtenir par les urnes » . Viens ensuite le temps des
propositions de la candidate. Rien de nouveau depuis ses dernières
interventions radiophoniques et télévisuelles. Je m’ennuie ferme,
d’ailleurs, on sent que la salle s’endort un peu.
C’est alors que viens la deuxième phase, celle ou le public est en
ébullition. Viens pour elle le temps de citer Rocard à la sauce FN: «
La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Avec ses
mots à elle, elle fait exploser de joie la foule. Je ne suis pas naïf,
je sais ou je suis. Mais ce qui me met le plus mal à l’aise à ce
moment là, c’est quand derrière moi j’entends une personne tenir des
propos antisémites. Je me rappelle subitement ce qu’un homme d’une
cinquantaine d’année avait dit à un couple de sexagénaire en attendant
de passer le portique de sécurité : « Vous savez moi, je suis pour
expulser les étrangers. Je n’ai rien à perdre. En ce qui me concerne,
je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfants. Je n’ai rien à
transmettre moi ! ». A ce moment, le doute s’était emparé de moi. Il
se confirme quand l’homme prononce ses propos antisémites. D’ailleurs,
quand Marine Le Pen entonna la Marseillaise, je ne peut la chanter en
chœur. Je ne peux pas chanter la Marseillaise avec un type de ce
genre. La cerise sur le gâteau, ou plutôt devrais-je dire la boulette
sur le couscous, a lieu quand à la fin du meeting, je surprend la
conversation entre deux personnes. Les deux voyait déjà leur candidate
présidente de la République. L’un d’entre eux dit à son camarade : «
Peut-être que je serais élu député. Alors la, ce serait couscous
merguez avec supplément boulettes si tu vois ce que je veux dire ».
Humour douteux, s’en est trop.
En arrivant chez moi, je fais un bilan de ce meeting. La première chose que je fais ressortir que je suis un peu déçu. Marine Le Pen n’a
pratiquement pas évoqué l’Université française et ses étudiants, à
part une fois, pour parler des fraudeurs à la bourse. Le sujet mérite
d’être traité autrement. Ensuite, sur la forme, je dois avouer que
j’ai trouvé en elle une oratrice parfaite et qui à fait preuve deux ou
trois fois d’une excellente rhétorique. C’est plutôt sur le fond que
le bas blesse. Mais ce soir là, ce n’est pas vraiment le discours de
Marine Le Pen qui m’a marqué, mais bien certains spectateurs du
meeting, et je ré-entends les propos nauséabonds. Loin de moi l’idée de
stigmatiser tout l’électorat du FN. Je ne pense pas que tous soit
racistes ou antisémites. Mais dans une maison qu’on nous dit nettoyée,
il reste certains cafards. Et je pense qu’il est important de le dénoncer aussi. C’est cela que je retiens le plus de ce dimanche après-midi. Je suis venu en curieux, je suis ressorti avec beaucoup de certitudes, dont une. Nous n’avons visiblement pas la même France !
voir aussi:
http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-la-fievre-du-front-national-interview-de-l-historien-nicolas-lebourg-et-du-politologue-dominique-sistach-par-nicolas-caudeville-69950488.html
et encore:
http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-marine-lepen-en-catalogne-nord-entretien-par-nicolas-caudeville-69055845.html