On dira ce qu'on voudra mais Perpignan est vraiment à la pointe du progrès. De tous les progrès. Sur le plan éducatif par exemple. Nous avons un collège qui est sur le point de devenir un modèle pour la France, le collège La Garrigole. Situé dans le quartier de Saint-Assiscle, jusqu'à présent bel exemple de mixité sociale. Les enfants de quartiers populaires y côtoient ceux de milieux plus favorisés. Aucun problème de violence, des locaux bien entretenus et on peut même y croiser des élèves souriants. On travaille à la Garrigole aussi bien qu'ailleurs, les statistiques en témoignent. Du moins jusqu'à présent. En effet, le chef d'établissement, Nicole Deneux, a décidé de supprimer à partir de l'an prochain le cours de latin. Certains esprits progressistes trouveront l'idée originale, voire courageuse. Il est grand temps d'arrêter de bourrer le crâne de nos enfants avec toutes ces histoires un peu olé-olé tirées de la mythologie. Cessons d'imposer aux adolescents ces moments de silence et de travail que nécessite l'apprentissage du latin. Fort heureusement, cela fait longtemps qu'il n'est plus possible d'étudier le grec ancien. Remplaçons tout cela par des cours de communication, d'instruction civique ou de management. Faisons de la prévention. Voilà ce dont a besoin notre jeunesse. Consciente que sa pensée est à l'épreuve du temps, Nicole Deneux a donc demandé à l'inspecteur académique la suppression du poste de lettres classiques de son collège. Rien que ça. En général, les principaux se battent pour préserver les postes de leurs enseignants, conscients que la disparition des options détourne les meilleurs élèves vers d'autres établissements et transforme le leur en un ghetto: le collège devient alors un piège qui se referme sur les quelques élèves désirant travailler et que leurs parents, insouciants ou mal informés, ont laissés là.
Pour l'an prochain, les horaires d'enseignement sont seulement divisés par deux. En attendant mieux. Le tout a été bien sûr validé par un conseil d'administration obéissant. Les parents réactionnaires qui souhaiteraient continuer d'imposer à leurs enfants un enseignement d'un autre âge peuvent toujours les mettre dans le privé.