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L'archipel Contre-Attaque

  • : L'archipel contre-attaque !
  • : Depuis les émeutes de mai 2005, la situation de Perpignan et son agglomération(que certains appellent l'archipel) n'a fait que glisser de plus en plus vers les abysses: l'archipel contre attaque en fait la chronique!
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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 08:43

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Cette photo a trente ans, comme les trente ans de Ràdio Arrels le 28 mai.

Je ne pourrais pas donner une date exacte, mais, tout au plus, la photo a été faite quelques semaines après le début des émissions clandestines de “La Veu de Catalunya Nord”. C’est moi sur la photo, et oui, pris de dos, avec une chemise à carreaux, les cheveux noirs et pas de chapeau, encore... (de toute ma vie je n'ai eu que cette chemise à carreaux, je le jure!). Mare Mia! comme dirait la padrina si elle était encore en vie...

Je suis face à deux platines disques vinyle (à l'époque on s’en servait pour écouter les disques, pas pour scratcher et produire des bruit plus ou moins harmonieux), une petite console (table de mixage ou comme on disait nous, de micsatge), le tout incrusté dans une palette en bois de celles utilisés pour le transport des cagettes de fruits, un magnétophone et un lecteur cassette (les plus jeunes, vous devez penser que je parle chinois ou que je dis des gros mots!) fournies par certains militants catalans, un micro carré collé sur un bougeoir en bois, des casques qu’on pouvait soupçonner d’être fournis par l'ambassade soviétique... et un disque de Guillermina Motta sur qui je devais fantasmer fort, car elle était la chanteuse la plus canaille de la chanson catalane de l'époque. Et tout cela devant une cheminée en marbre, dans une pièce de chez Bernat et Simona Casals, un appartement de fonction de l'Education Nationale, sur ce qui est aujourd'hui le restaurant Le Sud, près de la place du Puig, en plein quartier gitan. De là sont parti les ondes hertziennes des premières émissions clandestines, illégales ou illicites, en langue catalane en Catalogne Nord (enfin, soyons modestes, les ondes hertziennes ne couvraient qu’un petit rayon sur la ville de Perpignan ... la taille de l’émetteur, semblable à une boîte à chaussures, et l'antenne râteau ne permettaient pas faire des miracles. Les premiers à capter dans des conditions optimales Ràdio Arrels ont été les gitans de Sant Jaume, et pour cause! Je me demande si l’engouement des animateurs et animatrices d’Arrels pour la rumba catalane ne vient pas de là... Et aussi l’accent gitano de son directeur, Pere Manzanares, quand il ls’y met!

Je n'étais pas là le jour de l’émission inaugurale du 28 mai. Je cueillais des cerises, le jour, et faisais mon écrivain malheureux, triste et mal compris, le soir, à Céret. La première émission a été réalisé par Francesc Pougault, Lluis Deixonne, Helios Jordà et Pere Manzanares, avec des entretiens enregistrés de Josep Vidalou, Pere Verdaguer et Josep Deloncle. Quand j'ai su que les émissions avaient commencé, j'ai quitté les cerises, les poésie vallespirenques et la vie de bohème sur Céret pour me planter dans le minuscule studio de Ràdio Arrels. Je n’en suis pas sorti … attendez... laissez moi compter ... que seize ans plus tard, si je ne me trompe pas. Comme je n’avais pas de papiers (et oui, réfugié clandestin même pas demandeur d’asile -à quoi bon, puisque la France n’en donnait plus ni aux catalans ni aux basques) et ne pouvais pas travailler légalement, je passais toute la sainte journée à parler au micro-bougeoir (bonjour la discrétion) et à lancer à l’antenne tous les disques qui me tombaient dans les oreilles -surtout Guillermina et la chanson ou elle disait “quan som al llit no em parlis del partit”.. Heureusement, il n'existent pas d'enregistrements de cette époque (et si quelqu'un en a... je le prie de les détruire, sivuplet!) Toujours a été un mystère, pour moi: comment pouvait-il y avoir un public assez masochiste pour supporter cette bouillie inaudible, avec des rengaines politico-culturelles, sans aucune notion de professionnalisme radiophonique. Évidemment, nous n'étions pas les seuls, et on n’étais pas les pires, non plus. 

C'est cette même année 1981 que je suis arrivé comme un refugié sans-papiers, pénétrant illégalement dans le territoire administratif français à travers les montagnes du Vallespir le mois de janvier, en pleine tempête de neige. N'ayez pas peur, je ne vais pas vous prendre la tête avec un de ces récits d'ancien combattant (combattant catalan, d'accord, mais ancien cammemes!).J’ai atterri a Perpignan chez Dolors et Josep Serra, qui participaient activement à ce moment là, à la création de l'association Arrels. J'ai eu la chance -jeune amateur de radio, littérature et journalisme-, que parmi les projets de cette nouvelle association, -scission de La Bressola- il y ait la création d’une radio catalane, en plus d'une école. Il n'était pas surprenant, dans les années 80 de vouloir créer une radio. Il y avait des radios pirates et des radios libres dans presque chaque quartier, chaque village et chaque coin de rue ... elles naissaient et mueraient comme des champignons. En toute illégalité, oui, mais tout le monde espérait que l'arrivée au pouvoir des socialistes de François Mitterrand allait arranger et changer ça et presque tout ... sainte innocence!

 

Bon, pour revenir à la photo ... çanusrajeunipà, ça! comme on dit dans le bon roussillonais d’aqui. 

Sérieux, ça fait bizarre... une instantanée de votre vie personnelle devient une partie de l'histoire du renouveau de la langue et de l’identité de ce petit morceau -cette llesqueta- de la Catalogne. Et on ne peut pas éviter (avec l’âge on devient un petit peu trop sensible) de ressentir de la fierté d’avoir toujours oeuvré dans ce sens. C’est la raison qui me conduisit, en Janvier 1981, à passer par les montagnes enneigées pour atteindre le Vallespir et, quatre mois plus tard, me trouver devant un micro-bougeoir caché dans une pièce discrète d’un appartement au fin fond du quartier de Sant Jaume de Perpinyà. C’est, encore et toujours, la ligne de conduite de ma vie privé et professionnelle.

Aujourd’hui une nouvelle génération radiophonique a pris le relais et font une radio catalane plus libre, plus vivante et plus jeune que jamais. Joyeux anniversaire!

http://blogs.elpunt.cat/aleixrenye/2011/05/08/radio-arrels-te-30-anys-c/

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