Il y a des situations, des petits riens, auxquels les spécialistes bien rémunérés en communication ne pensent jamais. Détails qui peuvent foutre en l’air toute une stratégie de marketing politique. Ils en connaissent un rayon en matière d'habillement, d'image, de lumière, de photos, de plannings, de discours...
Mais ses spécialistes à lui n’ont jamais pensé à ses incompatibilités gastriques!
Il a passé un mois de janvier terrible. Comme prévu il a multiplié ses interventions médiatiques et sur le terrain. Clubs du troisième âge, associations sportives et culturelles, permanences syndicales, marchés... Il est passé par un maximum d’endroits où il est susceptible de pêcher des voix juste avant que ne commence la campagne électorale officielle, de manière à prendre de l’avance sur ses adversaires... Le problème c’est le mois de janvier, le mois où partout on t’offre un morceau de galette des rois. Galettes qui débordent de frangipane, provoquant chez lui une réaction physique de dégoût, qui peut aller jusqu'au vomissement. Et les tourteaux non plus, il ne peut pas les avaler, chaque bouchée se transforme en une boule de pâte qu'il est incapable d'ingurgiter. Son directeur de communication lui répète qu’il ne peut se permettre de refuser de goûter ces portions qu’on lui propose partout, son image en pâtirait et “une mauvaise réputation est vite faite...”
Il a donc dû manger, contraint et forcé, pendant un mois de pré-campagne, des kilos et des kilos de galettes et tourteaux. Chaque soir, en arrivant à la maison, il se laisse aller à son dégoût de toute cette pâtisserie avalée durant les visites, apéritifs, déjeuners, inaugurations et vernissages. Ses sucs gastriques, -délivrés des effets calmants et retardant procurés par les cachets que le médecin du parti lui prescrit- se révoltent furieusement, lui provocant des spasmes qui l'obligent à rester rivé dans les toilettes pendant au moins une heure. Alors, les morceaux de galettes et tourteaux consommés refont le chemin inverse et quittent son corps sous la forme d'une pâte informe et acide. Oui, c’est vraiment pénible l'exercice de la politique, se dit-il à lui même, entre deux spasmes, à genoux et la tête immergée dans la cuvette des w.c.