Les Oeuvres de Férid Muchir
Bernard Banyuls est architecte émérite, membre de l'atelier d'urbanisme de Perpignan, et sauveur du phare de Port Vendres, s'adresse au maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol et son adjoint à la culture Maurice Halimi pour que le massacre du patrimoine de l'architecte Férid Muchir s'arrête. Hier encore, on abattait un entrepot à St Assiscle dessiné par lui!
L'architecte Bernard Banyuls
Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Perpignan et à Monsieur l’Adjoint à la Culture
Monsieur le Maire, Monsieur le Maire Adjoint, chargé de la Culture,
Le 10 janvier dernier, je vous avais avertis, lors de l’inauguration de l’Exposition « le Design s’expose » au Couvent des Minimes, que, sur le Boulevard Saint Assiscle, les derniers vestiges de l’architecture industrielle de Perpignan du début du XX° siècle et notamment du Quartier Saint Assiscle étaient en grand danger de disparition. Une entreprise démolissait en effet les hangars situés au fond du terrain du Dépôt des Transports Départementaux (bâtiments construits par l’architecte roussillonnais Férid MUCHIR).
Je vous ai signalé qu’il n’y avait aucun affichage de Permis de Démolir et vous m’avez répondu par la suite, qu’il n’y avait aucun permis de démolir ni de permis de construire sur ce terrain.
Or, le 14 Février, le petit pavillon d’entrée du Dépôt a été rasé sans autre forme de procès…
Aujourd’hui, la totalité des bâtiments en dur qui entouraient la cour sont détruits et il ne reste que la façade d’un immeuble sur le Boulevard et le Mur d’entrée en brique, qui lui est accolé (je vous en ai envoyé une photo en Janvier dernier).
Devant ce massacre, nous, Perpignanais, amoureux de l’architecture moderne du Perpignan des année 30, nous ne pouvons que protester et vous demandons d’intervenir rapidement car sinon, nous serions complices de cette action assimilable à un déni du passé industriel et esthétique de notre Ville.
Le Dépôt des transports Départementaux constituait dans les éléments de sa façade d’entrée et du petit pavillon triangulaire qui contrôlait les mouvements des véhicules, un ensemble typique et représentatif de l’architecture industrielle de l’entre deux guerres. Sa qualité et son caractère unique auraient pu constituer un exemple d’intégration pour de futures opérations de construction. Mais, le Propriétaire, la firme KEOLIS, filiale de Véolia, ne s’est pas embarrassée à préserver une architecture historique aussi importante que notre Castillet ou notre Loge de Mer…
Mais, peut être, vos Services ne vous ont-ils pas tenus au courant de ce qui se passait dans votre Ville…
C’est grave!
Par inculture, par négligence, par manque de volonté, on laisse faire…
Quand l’Atelier d’Urbanisme de Perpignan a inauguré l’exposition « Férid MUCHIR, Architecte » en 2007, Jean-Paul ALDUY, dans son discours, a déploré de ne pas avoir connu cet architecte qui a marqué l’architecture perpignanaise de l’époque moderne…
L’exemple de la Villa MIRAILLES, au nord de l’Hôpital, dont les propriétaires occupants sont menacés chaque jour d’expulsion (une villa de Férid MUCHIR, aussi…) parce qu’un conseil d’Administration a jugé bon de démolir une villa de caractère, sur unterrain dont l’Hôpital justifie difficilement sa décision, donne bien le ton à ce mépris de l’Architecture Moderne dont peut s’énorgueillir PERPIGNAN.
Quand l’Atelier d’Urbanisme a tiré la sonnette d’alarme sur le danger qui planait sur cet ensemble, il y a plus d’un mois, ni vous, ni Maître Halimi, n’avez réagi à notre inquiétude, en prenant la moindre mesure tendant à protéger cet ensemble.
Le propriétaire parisien, en l’occurrence, la Société KEOLIS, filiale de la multinationale VEOLIA, a rasé cet ensemble par pur et unique souci de rentabilité. Le futur aménageur confiera à un architecte parisien choisi au moindre prix, un projet « rentable » qui sera aussi médiocre architecturalement parlant que ce qui se fait actuellement sur Perpignan.
Ce qui aurait pu être un atout et un exemple d’intégration à l’architecture locale, va devenir un « parisianisme » supplémentaire, complémentaire des bâtiments dits « contemporains » que constituent la Gare TGV et le Bâtiment de l’Agglo.
Protéger le patrimoine architectural de la Ville consiste certes, à s’intéresser à la protection des immeubles et ensembles des siècles passés (médiévaux, XVII° au XIXème siècles), comme le fait si bien le « Secteur Sauvegardé »; encore faudrait-il ne pas sacrifier au culte du profit immédiat, du banal et du médiocre, en massacrant une architecture moderne du Vingtième siècle, splendide et encore en bon état, dont peut légitimement se glorifier Perpignan, ce que reconnaît le Ministère de la Culture.
Au nom des amoureux de l’architecture Moderne de Perpignan, de la famille MUCHIR, en particulier, des Associations de Quartier de Perpignan, des Architectes membres de l’Atelier, je vous demande de prendre les mesures propres à protéger la Ville d’une telle agression.
Monsieur le Maire, Monsieur l’Adjoint à la Culture, je vous demande de bien vouloir prendre en compte cette protestation. Il ne peut être question que Perpignan subisse une telle atteinte à ses richesses architecturales patrimoniales quelles qu’elles soient.
Il n’est jamais trop tard pour convaincre et arrêter un massacre, il s’agit seulement d’une volonté politique pour qu’il en soit ainsi.
Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, Monsieur l’Adjoint à la Culture, àl’expression de mes sentiments distingués
Bernard BANYULS
Architecte Honoraire,
Membre de l’Atelier d’Urbanisme de Perpignan.