YES WE CAT
Yes we cat … Le journal Le Monde a repris ce détournement du slogan de Barak Obama pour caractériser l’évènement majeur qu’a été la diada (la « journée »), la fête de la Catalunya du 11 septembre … Cela n’est guère surprenant et confirme la présence au monde géopolitique d’une Catalunya transnationale et cosmopolite comme je l’écrivais ICI en janvier 2009. Il n’est pas sans intérêt de se pencher un instant sur le fonctionnement sémiotique de ce détournement, une pratique largement utilisée autant par les politiques que par les publicitaires.
Charge et surcharge
Yes we can … C’était l’affirmation d’un pouvoir sur le monde … le pouvoir de le changer … une proclamation de volontarisme qui commence par une affirmation péremptoire qui élimine par avance toute interrogation, qui balaie la moindre réticence, qui exclut toute restriction, même mentale. Le nous désigne le sujet de cette volonté, celui qui va le réaliser : l’émetteur bien sûr et tous les récepteurs du message qui la capteront … a priori un peuple tout entier … C’est en cela que consiste la charge de ce message. La campagne de Barak Obama suivi de la résonance planétaire de son élection l’ont imprimée dans les esprits. L’empreinte est telle que dans la chaine parlée les deux premiers mots « yes we » convoquent déjà la presque totalité de la charge de sorte que tous les messages construits avec cette entame en sont affectés et produisent à l’esprit la présence d’une volonté conquérante partagée. C’est en cela précisément que consiste ce que l’on appelle habituellement un « détournement » : cette charge va être détournée et va surcharger la suite du message avec plus ou moins de bonheur, c’est-à-dire d’acceptabilité par ses récepteurs.
C’est donc le troisième terme qui doit avoir cette capacité à recevoir la charge pour une communication réussie (c’est-à-dire qui produit la présence dans un esprit de ce que l’on souhaite y mettre). Le troisième terme peut collaborer à la production de sens à trois niveaux non exclusifs : par l’émotion qu’il produit, par ses qualités propres ou par sa proximité sémantique. Comme exemple du premier on peut imaginer : « yes we suffer » (oui, nous souffrons) ; pour le second " yes oui cat " est parfait (nous y revenons ci-dessous) et pour le troisième " yes we agree" (oui nous consentons) convient assez bien. On peut jouer à commuter systématiquement une ou plusieurs lettres de "cat" et tenter des "yes we mat" pour des joueurs d'échec, "yes we cab" pour des taxis, "yes we cac" (40) et un improbable "yes we con" …
Cat is perfect
Le mot "cat" est parfait ; il porte la charge de façon optimale. D’abord par la proximité phonétique car de "cat" à "can" il n’y a qu’une faible différence, on ne sort pas du champ de la volonté qui reste présente et investit en la surchargeant la signification propre de cat , a condition qu'elle soit connue du locuteur. Cette dernière condition est largement remplie notamment depuis la création sur internet des noms de domaine en ".cat" et l'apposition d'autocollants "CAT" sur les véhicules. De plus le contexte de l'énonciation conduit le plus souvent la personne qui l'ignorerait à inférer, selon sa nationalité, le début de "CATalunya" ou de "CATaluña", CATalogne, CATalonia, KATalonien.
S'il porte une charge émotionnelle a priori assez faible, il indique sans ambiguïté l'objet sur lequel porte cette volonté en pointant sur ce territoire dont par ailleurs il évoque tous les caractères socioculturels, politiques, historiques, économiques auquel il est attaché.
Le message ainsi construit est donc très clair, très fort, très large (il est d'emblée mondialisé), très complet, très compact aussi (on ne peut guère faire mieux) et parfaitement conforme à la volonté exprimée par 1 million et demi de manifestants :
"OUI, nous voulons qu'existe une CATalunya indépendante"