Je vois se dessiner -entre certains d’entrevous, lecteurs roussillonais- un sourire sur votre visage bronzé à la lecture du
titre de l’article et, encore plus, en regardant les photos. Et bé, oui, je sais, vous connaissez aussi l’emplacement de la plage secrète et ça depuis votre enfance. Elle ne serait, donc, pas
tellement “sicreta" comme je le prétend.. . Père, mère, tata -ou la voisine dévouée avec la voiture break- vous y amenaient enfants pour éviter, déjà, l’invasion de “pallagostins” à Canet ou
Cotlliure. Vous conviendrez avec moi, quand même, que cette plage nous la gardons pour nous, de génération en génération. Nous n’en faisons pas de la reclame.
Les amis ou les parents que nous arrivent de Paris (nous avons tous quelqu'un, l’été, qui debarque de Paris, Lyon ou Lille...
de la France française, quoi! ) nous les emmenons sur les sables de Saint-Cyprien ou Le Barcarès. Pour qu’ils bronzent entre eux. Comme ça ils peuvent bien râler, affirmer haut et fort que c’est
mieux chez eux, laisser ses rejetons affreux être encore plus mal élevés que d’habitude, puisqu’ils sont chez les ploucs...On dit rien, on les laisse se plaindre de la tramontane, tout en sachant
qu’ils vont se plaindre aussi de la marinade qui provoquera qu’on agite le drapeau rouge interdisant la baignade....
Avec l'âge, en Roussillon, on apprend à les laisser dire, crier et se plaindre, les “pallagostins”. Et s’ils nous gonflent au
point de nous faire sortir de nos gonds on lance un bon juron en catalan (en “rossillonès” ou en catalan normatif, on s’en fout, puisqu’ils ne comprennent rien) suffisant pour faire comprendre
aux parigots qu’il y a quelque chose qui ne va pas...
Bon, revenons à la plage “sicreta” que toi et moi conaissons
Pendant des générations cette plage a gardé son cachet, son aspect “paradisiaque” (si je peux me permettre de m’exprimer
comme une agence de voyages) réservé aux connaisseurs... Oui, c’est vrai, il faut avouer que pendant un certain temps une tribu de vikings naturistes l’ont squatté, mais on les a bien toléré. Ils
et elles -avec ses blondeurs de partout et sa discrétion bien élevé- ne gâchaient pas le paysage ni polluaient avec ses déchets ni ses cris un environnement précieux.
Il faut en être les gardiens, de nôtre plage “sicreta”. Pour chaque “rossillonesa” et chaque “rossillonès” cette plage fait
partie de son histoire intime, personnelle. Nous devons être vigilants aux tentatives d'en améliorer l'accès, aux promotions du tourisme et de l'immobilier … Notre littoral était riche en plages
et criques magnifiques et vierges. La notre c’est la dernière... allez, disons qu’il en reste encore deux ou trois de plus, en sursis...
Cette année j’y suis allé pour la première fois fin Juin. Ce jour-là la tramontane n’y allait pas de main morte. Sur la
plage, personne. Et sur la mer ridée par le vent, le barque “d’en Janot”. Rien de plus. Pourvu que ça dure!