
Lettre ouverte à M. Manuel Valls,
publiée par le journal barcelonais E-notícies
Monsieur le ministre,
je prends la liberté de vous écrire cette lettre pour vous féliciter de votre nomination à un poste aussi important. Je ne crois pas que vous me connaissiez. Avec vos responsabilités, vous ne devez guère avoir le temps de lire beaucoup de livres en catalan.
J'ai toujours eu de la sympathie pour vous car nous partageons beaucoup de choses. Vous êtes né à Barcelone en 1962 et moi à Perpignan en 1963. Vous êtes maire d'Evry et moi j'ai passé une bonne partie de mon enfance à Massy, à 17 kilomètres de votre ville.
Au delà de l'anecdote, j'ai toujours aimé vos idées. Vous êtes un socialiste qui a renoncé à toutes les vieilles lunes du marxisme. Vous ne souffrez pas de l'angélisme, de la cécité mentale qui affectent tant de vos camarades de parti. Vous êtes un homme pragmatique, ancré dans la réalité. Toutefois, vous n'avez pas renoncé à vos idéaux de jeunesse et à votre volonté d'améliorer la société, de la rendre plus juste.
Comme tous les Français, vous avez été assis sur les bancs de l'école de la République qui nous a donné une éducation solide et une formation culturelle que nous apprécions.
Beaucoup de citoyens français, cependant, sont tristes parce que la République ne leur permet pas de vivre une vie harmonieuse. Je m'explique, Monsieur le ministre. J'aime beaucoup la langue française et je suis heureux de pouvoir comprendre toutes les nuances des chansons de Jacques Brel et Georges Brassens, de pouvoir lire directement Marcel Proust, Balzac ou Flaubert, de connaître tous les films de Louis Jouvet et Jean Gabin.
J'aurais aimé que la douce France respectât et aimât ses petites sœurs catalane, occitane, basque, corse, arpitane, bretonne, flamande, alsacienne. Nous ne sommes plus au XIX ème siècle. L'Europe se construit. Les frontières sont tombées et peut-être serait-il temps que la République ne se sentît pas menacée par sa diversité et reconnût sa richesse linguistique. Monsieur le ministre, vous qui êtes catalan, voulez-vous que la langue que vous parlez avec votre mère disparaisse à jamais du territoire français? La France sans la langue catalane, la langue occitane et toutes leurs sœurs serait un cimetière linguistique, lugubre, desséché, triste comme un été sans soleil et une vie sans amour.