L'archipel contre attaque a invité et reçu (sur l'initiative de Nicolas Chéradame) Paul Jorion au centre d'art A cent mètres du centre du monde. C'est devant près de 200 personnes que l'ancien ingénieur financier, diplômé d'anthropologie éléve de Claude Lévy Strauss, est venu parler de son nouveau livre "Misère de la pensée économique". Revenant sur l'histoire de cette pensée depuis Aristoste, il nous a décrit la construction moderne d'une pseudo science qui, à base d'équations référentielles, n'a servi qu'à légitimer la "machine à concentrer la richesse", machine qui désormais ne fonctionne plus.
Avant de vous livrez l'intégrale de la conférence animée par moi-même et filmée par Olivier Moulaï, vous trouverez ici quelques photos et le texte d'introduction de la soirée.

Paul Jorion et Nicolas Caudeville
Paul Jorion, bonsoir, nous sommes très heureux de vous accueillir à cent mètres du centre du monde pour cette soirée et nous vous remercions vivement d’avoir accepté notre invitation,
et comme tout le monde dans cette salle ne sait pas forcément très bien qui vous êtes, je vais faire une courte présentation de votre parcours, sous votre contrôle, bien sûr, n’hésitez pas à m’arrêter à la moindre inexactitude :
Vous êtes donc né à Bruxelles, vous êtes de nationalité belge,
diplômé en sociologie et en anthropologie sociale,
vous avez été professeur d’Université, notamment à Cambridge (où vous perdrez votre poste dans la vague des coupes budgétaires décidées par Margaret Thatcher, qui frappèrent particulièrement durement les sciences sociales).
Vous êtes passionné par les modèles mathématiques et vous commencez, avec l’apparition des premiers ordinateurs personnels, à développer des programmes informatiques appliqués aux problématiques mathématiques soulevées par la recherche en anthropologie.
Cet intérêt pour l’informatique vous amène à vous à l’intelligence artificielle et vous allez travailler dans ce domaine, à votre insu, sous couvert de votre employeur British Telecom, pour le ministère britannique de la Défense. Ce secret vous sera révélé lorsque de nouvelles coupes budgétaires, liées cette fois à la fin de la guerre froide, rendront souhaitable votre départ.
C’est à cette époque que, après l’écoute d’émissions de radio que vous aviez produite pour France Culture sur l’intelligence artificielle, un banquier français vous propose de venir travailler comme trader, à ce moment où la finance se trouve en pleine révolution informatique.
Pour l’anthropologue que vous êtes, c’est l’occasion inespérée d’étudier sur le terrain un milieu particulièrement fermé.
Vous travaillerez pour différentes établissements financiers pendant près de 18 ans, en France, en Europe puis aux Etats-Unis, et vous allez vous retrouvez au début des années 2000 en plein milieu de la fabrication du système qui allait donner ce que l’on a appelé la crise des subprimes et que vous appellerez « La crise du capitalisme américain », dans le livre que vous avez écrit entre 2004 et 2005. Ce livre n’a trouvé son éditeur que bien plus tard pour sortir enfin début 2007, c’est-à-dire quelques mois avant le déclenchement de la crise dans ses aspects les plus spectaculaires.
Vous allez dans ces circonstance accéder à une notoriété certaine, on vous entend à la radio, on vous voit à la télé (dans les bonnes émissions), on lit vos chroniques dans la presse, dans Le Monde, notamment, et toute une communauté intellectuelle se créée autour de votre blog, très riche de son contenu et très consulté, et vous publiez rapidement plusieurs ouvrages, dont certains d’ailleurs issus des nombreuses discussions en cours dans les commentaires sur ce blog.
Vous allez ce soir nous parlez de votre nouvel ouvrage, Misère de la pensée économique, que je vais maintenant vous laisser nous présenter, et nous passerons ensuite à un échange avec la salle pour des questions qui seront sans doute nombreuses. Je voudrais seulement remercier auparavant notre hôte de ce soir, Vincent Madramany, Roger Coste, de la librairie Torcatis, et notre ami Olivier Moulaï, de 36 Vues Productions, grâce à qui vous pourrez retrouver cette conférence sur le web."