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« Ah, Perpignan la rayonnante !
La voilà devenue le théâtre ambulant de la grande kermesse nationale à deux doigts du premier tour. D'un côté Bardella, venu poser pour la postérité en sauveur de la propreté et de la sécurité, avec son cortège de militants pavoisés ; de l'autre Mélenchon, en grand prêtre du front antifasciste, haranguant la foule comme au bon vieux temps des meetings où l'on croyait encore que l'Histoire avançait.
Et bientôt Glucksmann, escorté de la présidente Delga, viendra ajouter sa touche de social-démocratie bien-pensante, avec ce petit air de vertu outragée qui sied si bien à l'Empire du Bien.
Tout cela, bien sûr, sous le signe du festivus festivus le plus achevé : meetings géants, banderoles, selfies, invectives rituelles, accusations symétriques de fascisme ou de trahison républicaine, et cette joie obligatoire de se retrouver entre soi pour mieux haïr l'autre camp. Les Perpignanais, eux, regardent ce cirque national atterrir sur leur place, se demandant vaguement pourquoi on leur impose ce chassé-croisé de stars parisiennes pour élire un maire qui gérera les poubelles, la voirie et les piscines municipales.
Mais c'est précisément là que triomphe l'Homo festivus : la campagne refuse de décoller localement parce qu'elle a déjà décollé ailleurs, dans l'hyperespace médiatique et symbolique.
Plus besoin de parler tramway, loyers ou chômage des jeunes ; il suffit d'importer le grand affrontement civilisationnel, de faire semblant que Perpignan est le laboratoire de 2027, et hop ! la fête est complète. On fraternise dans la haine, on communie dans la polarisation, on célèbre la division comme un rite païen. Festivus festivus, en effet : la politique est devenue une rave party permanente où l'on danse sur les ruines de l'Histoire, avec des DJ qui s'appellent successivement Bardella, Mélenchon et Glucksmann.
Et quand tous ces grands enfants seront repartis en TGV vers leurs écrans et leurs plateaux, il restera aux Perpignanais leurs vrais problèmes
– ceux que personne n'a vraiment envie de résoudre parce qu'ils sont trop triviaux, trop peu festifs. Muray conclurait sans doute : "Ils ont fait de la cité catalane un ring national, mais le ring est vide. Il ne reste que les confettis et l'odeur fade de la bonne conscience collective. Bienvenue dans la post-Histoire, mes amis. Et joyeuses fêtes." »Bref, il y verrait l'illustration parfaite de sa thèse : la sortie de l'Histoire au profit d'une perpétuelle célébration agonistique, où le local est écrasé par le national-spectaculaire, et où la campagne électorale n'est plus qu'un prétexte à la grande parade festive des ego et des tribus. Triste, lucide, et hélas prophétique.