
Comme tant d’autres j’ai connu Jacques pendant de longues années ; nous nous sommes côtoyés lors d’expositions diverses, pendant Confrontation ou le colloque de l’Institut Jean Vigo, où il officiait comme journaliste, dans les bars aussi. Militant, poète, écrivain, esthéticien, l’ambiguïté du terme lui eût plu, historien, même s’il disait ne l’être point, négligeant qu’il avait été plus qu’un passeur lorsque qu’avec Xavier Febre et René Grando il avait ouvert à tous, ici, la mémoire de la Retirada, ce flamboyant était un modeste. Avec une nonchalance teintée d’ironie, il s’exerçait avec bienveillance à la maïeutique socratique, laissant pantois ses interlocuteurs souvent adeptes des positions tranchées. Dans l’ univers intellectuel de notre temps, étrange conglomérat de pédantisme, d’affirmations mal fondées, de parti-pris souvent imbéciles et d’autosatisfaction suffisante, il savait affirmer la solidité de ses convictions, non sans prendre avec elles quelque élégante distance. Jacques Quéralt était un dialecticien rare, qui savait que seule la nuit peut exprimer la splendeur de la lumière, qu’elles lui soient toutes deux douces.