"L'absurde n'a de sens que dans la mesure où il n'est pas accepté."
Albert Camus Artiste, écrivain (1913 - 1960)
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Comment Jacques le fataliste discourait sur les grèves des collèges, et de ce qui s’ensuivit ce mercredi à Perpignan.
« Mon maître, dis-je un jour à mon maître, voilà que les professeurs du collège Saint-Exupéry, à Perpignan, se sont mis en grève ce mercredi 17 juin 2026, juste au moment où ceux d’Albert-Camus relevaient la tête après quarante-huit heures de combat.
– Et qu’est-ce que cela prouve, Jacques ? me répondit mon maître. Que tout est lié par des chaînes nécessaires, comme tu le soutiens toujours. Un collège s’arrête, l’autre repart ; l’un obtient un demi-poste, l’autre le réclame à grands cris. C’est la grande roue qui tourne. »
Je repris : « Vous avez raison, mon maître, et pourtant ces maîtres-là, qui ne sont point fatalistes comme moi, ont leurs raisons bien arrêtées.
Ils disent que leur collège accueille un public qui rencontre “de nombreuses difficultés sociales et scolaires” – ce sont leurs propres termes – et que pourtant l’Institution, dans sa sagesse infinie, refuse de le classer en réseau d’éducation prioritaire. Point de moyens supplémentaires, point de label REP, point de ces indemnités qui adoucissent l’amertume du métier. Ils se plaignent, et non sans apparence de vérité, d’un climat scolaire fort dégradé : vingt-trois conseils de discipline et deux mille deux cent vingt-trois exclusions de cours depuis la rentrée. Deux mille deux cent vingt-trois ! Voilà un chiffre, mon maître, qui ferait réfléchir le plus déterminé des philosophes. »
Mon maître haussa les épaules : « Et que demandent-ils donc, ces braves gens ?
– Des classes limitées à vingt-quatre élèves, afin de mieux suivre chacun. Un poste de conseiller principal d’éducation supplémentaire, pour prévenir, accompagner, dialoguer avec les familles. Et que chaque enseignant reçoive l’indemnité pour mission particulière, comme s’ils étaient en REP.
Bref, de meilleures conditions d’étude et de travail, disent-ils, pour eux et pour les élèves, car leur combat est aussi celui des enfants. »
Je continuai, car j’aime à développer : « Figurez-vous, mon maître, que le ministre lui-même, un certain Édouard Geffray, a promis des moyens supplémentaires à vingt et un établissements de France qui, sans être en REP, en auraient bien le profil selon les indicateurs sociaux.
Saint-Exupéry est du nombre. On leur a donc donné quelque chose… mais pas assez au goût des intéressés. La déléguée syndicale SNES-FSU, nommée Muriel Sabatier, l’a déclaré sans détour : “Les moyens confirmés mardi pour la rentrée prochaine ne sont pas à la hauteur de nos attentes.”
Et le SNALC les soutient. »Ici mon maître m’interrompit : « Jacques, tu deviens gazetier. Où cela va-t-il nous mener ?
– À ce qu’ils ont annoncé, mon maître : un blocage de l’établissement ce jeudi 18 juin dès sept heures et demie du matin.
Le quartier du Moulin-à-Vent en sera tout retourné, et les parents, les élèves, l’administration, tout le monde discutera de ce qui doit être discuté depuis longtemps : comment instruire convenablement un enfant quand la classe est trop nombreuse, le climat trop rude et les soutiens trop maigres. Car, ajouta Jacques en se grattant la tête, il en est des collèges comme des vaisseaux : si la tempête est forte et l’équipage insuffisant, le navire fatigue. Et quand le navire fatigue, les matelots crient, et parfois ils refusent de manœuvrer. C’est la nature des choses. »
Mon maître sourit : « Tu conclus donc, Jacques ?
– Je conclus, mon maître, que tout cela était écrit là-haut. Les uns font grève, les autres promettent, les troisièmes attendent.
Et pendant ce temps, les enfants du Moulin-à-Vent continuent d’aller à l’école… ou de n’y point aller, selon ce qui aura été décidé ce jeudi matin. »Ainsi discourions-nous, mon maître et moi, sur les affaires du collège Saint-Exupéry, en attendant que le destin, ou le recteur, ou le ministre, ou le hasard – car on ne sait jamais – nous apprenne la suite.
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