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L'écrivain et archéologue Pascal Alliot était en direct Au Cochon Hardi pour l'archipel contre attaque info pour présenter 5 livres auprès de Martine Paradis et son cercle littéraire Perpignanais
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Pascal Alliot : De l’argile à la cendre, l’obsession de la terre
Dans un autre temps, il aurait été un moine copiste, enfermé dans un scriptorium où l’odeur du parchemin se mêle à celle des cierges consumés. Ou un fossoyeur, courbé sur la glaise, les mains enfoncées dans une boue gorgée de secrets. Pascal Alliot est un archéologue, céramologue de son état, c'est-à-dire un homme qui passe sa vie à exhumer ce que la terre a voulu avaler. Il creuse, il fouille, il interroge. Comme d’autres traquent un assassin. Comme un flic à la retraite qui refuse de ranger son carnet de notes. Sauf que lui, il ne cherche pas la vérité, juste des morceaux d’histoire éparpillés, ébréchés, témoins d’un passé que le présent a jugé bon d’enterrer.
Il a quitté sa Picardie natale, ces terres grasses qui collent aux semelles, où le vent racle les plaines et où l’histoire a toujours eu un goût de sang et de cendres. Il vit désormais en Espagne, du côté de Barcelone, comme un exilé sans drapeau, un homme qui a fui ses origines mais qui, au fond, n’échappera jamais à cette fascination pour la terre. Celle qui garde la mémoire des hommes, qui les recouvre, qui les efface. L’archéologie, c’est l’art de déterrer les morts, de leur redonner une voix, même brisée. Et c’est aussi l’art du meurtre : savoir où creuser pour cacher un corps, comprendre comment la poussière l’avale, comment elle digère la chair, les os, les histoires.
Alors, il écrit.
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D’une archéologie à l’autre : fouiller les âmes, fouiller la terre
Il commence avec *Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire*. Un titre qui aurait pu servir à une rubrique dans un journal de faits divers, entre une guerre oubliée et un scandale politique. L’histoire d’un tueur, méthodique, précis. Pas un fou furieux, pas un amateur, pas un simple criminel sanguinaire. Non, un artisan du meurtre, un type qui tue comme d’autres restaurent des céramiques antiques : avec patience, minutie, une certaine élégance morbide. Face à lui, un juge, obsessionnel, traquant les indices comme un archéologue traque les vestiges. Une confrontation à distance, où chacun tente de percer l’autre à jour.
Mais Alliot ne s’arrête pas là. Il change de décor avec *Dies iræ – Jour de colère*, où il abandonne le scalpel chirurgical du crime pour plonger dans une autre forme de fureur. Quatre gamins montés sur scène comme on monte à l’échafaud, brûlant leur jeunesse dans le rock, dans les cris, dans l’illusion d’une liberté arrachée à coups de guitare saturée. L’ascension, la chute, toujours la chute. Parce que la terre réclame toujours son dû. Parce qu’on finit toujours par revenir à elle, que ce soit dans l’ivresse ou dans la tombe.
Avec *Terre, mange tes morts*, le titre dit tout. Une malédiction, une injonction, une fatalité. Un village perdu, sans nom, comme une cicatrice sur une carte. Un trou à rats où viennent se réfugier ceux qui n’ont plus d’ailleurs, ceux qui traînent derrière eux des fautes trop lourdes pour être pardonnées. Ici, la terre ne recouvre pas seulement les morts, elle les appelle, les réclame, les engloutit. On pourrait croire que c’est une légende, mais ce serait oublier que les légendes ne naissent jamais de rien.
Enfin, *Jusqu’à l’os*. Cette fois, Alliot s’enfonce encore plus loin, au-delà de la simple tragédie humaine. Un camp, un monde où la terre ne recouvre plus, où elle exhibe, où elle étouffe. La barbarie d’État, la violence froide et méthodique d’un système qui ne cherche même plus à cacher ses crimes. Ici, la terre ne se contente plus d’absorber, elle devient complice, elle sert de décor à une mécanique implacable où l’homme est réduit à ce qu’il a toujours été : une poignée de chair et d’os, une matière à décomposer.
L’archéologue du désastre
Pascal Alliot ne raconte pas des histoires. Il exhume. Il fouille. Il nous oblige à regarder ce que nous préférerions oublier. Il a troqué la truelle du céramologue pour la plume du chroniqueur des abîmes. Ses personnages sont des âmes errantes, des ombres qui savent que la terre est leur destin ultime, qu’elle les réclamera tôt ou tard.
Car au fond, que reste-t-il de nous, sinon quelques fragments à moitié brisés, enterrés quelque part, en attendant qu’un autre vienne les déterrer ?
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