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L'archipel Contre-Attaque

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 12:12
 LES VÊPRES À LA VIERGE par l'écrivain Henri Lhéritier

Mon téléphone fixe était infesté de sollicitations diverses qui devenaient insupportables : isolation, électricité, chauffage au bois ou à la bouse séchée de bétail tibétain, vacances près de l’eau, et même sous l’eau, assurances gratuites.
Lorsqu’un jour, on proposa à mon épouse un homme à marier, je vis rouge, car elle en avait déjà un, en l’occurrence c’était moi, à moins que tellement rêveur je me sois mis à vivre avec la femme d’un autre, ce qui était aussi une possibilité.
Je résolus de m’en débarrasser, pas de mon épouse, du téléphone.
Dès lors ce fut un enfer, je compris que les appels téléphoniques n’étaient pas du marketing, on ne voulait pas nous vendre quelque chose, on avait avant tout la volonté de nous nuire, nous étions victimes d’un complot. Ne pouvant plus nous joindre au bout du fil, nos persécuteurs décidèrent de venir à notre rencontre. Naïfs, nous en laissâmes entrer quelques-uns, puis nous nous barricadâmes, une infernale bacchanale se tint alors sous nos fenêtres, on nous présenta de tout, des automobiles, de la lingerie, des sex toys, bientôt des types à poil et en érection vinrent se proposer pour se marier avec mon épouse ou avec moi, je ne sais plus, des femmes splendides également, au bout du compte, tous acceptaient de ne pas se marier, et se contenteraient, disaient-ils, de coucher avec nous, on ne savait plus ou donner de la tête, nous n’étions pas intéressés, nous résistions mais c’était tentant, hein ! mettez-vous à notre place.
Un matin, ce fut le bouquet, une dame qui ressemblait à Sharon Stone, en mieux, qui avait dû s’introduire chez nous par le garage ou le jardin, s’était mise à danser en se dépouillant de ses vêtements, devant nous qui nous trouvions au lit et avions remonté notre couverture jusqu’au menton. Une musique admirable tombée du ciel accompagnait chacun de ses mouvements, les "Vèpres à la vierge" de Monteverdi. Sur le" Lauda Jérusalem", elle était en train de faire glisser sa culotte, je n’en peux plus, dis-je à M., trop de désir. Me levant, un drap sur ma nudité, un sourire de carnassier sur ma bouche, je me mis à avancer.
Le téléphone sonna soudain, je m’ébrouai, zut ! ne l’avais-je pas coupé celui-là, serais-je donc dans un rêve ?
Une musique s’échappa de l’écouteur, puis des paroles, elles faisaient :
"Ha ! Qu'est-ce qu'on est serré, au fond de cette boite,
Chantent les sardines, chantent les sardines,"

Je suis M., mon mari est tombé, mort, le téléphone à la main, il avait déjà le drap mortuaire sur lui, je viens de reconstituer sa fin devant vous, depuis quelques jours, il paraissait dérangé.

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 12:41
MARGHERITA par l'écrivain Henri Lhéritier

On le surnommait « Pichet de rosé », car il fréquentait les pizzerias pour le seul plaisir de commander du rosé en pichet. En dehors de ça, il n’aimait ni la pâte, ni les champignons, ni les tomates, ni les anchois, ni les artichauts, et d’une manière générale, il détestait les pizzas et les olives noires.
Il aimait seulement le rosé en pichet, c’était ainsi.
J’avais beau lui dire que le soir, après le service, on reprenait tous les fonds, pour faire les nouveaux pichets du lendemain, il n’en démordait pas, il était accro au pichet de rosé. Moi, monsieur, je l’ai vu entrer dans les pizzerias les plus sordides, j’essayais à chaque fois de l’en empêcher, en vain, il était ensorcelé et tel un marin au port tirant des bords dans les bars louches, il serrait le flanc de ses pichets entre ses mains comme on serre la taille de ces filles de la nuit qui nous font oublier le crachin, l’air salé du dehors, les échecs d’hier et ceux de demain.
Quel plaisir trouves-tu donc à cette décoction anonyme ?
À chaque fois, il me répondait :
- D’abord, c’est frais, ensuite….
- La fraîcheur n’est tout de même pas réservée au rosé en pichet.
-…ensuite, un pichet c’est ventru, stable, ses flancs dégoulinent de gouttelettes de rosée, c’est toujours une peu éventé, en un mot, c’est sexuel et même canaille !
C’était un esthète du rosé en pichet oxydé, tout le monde n’a pas la malchance de tomber sur un type comme lui.
J’ai fini par me fâcher avec mon ami, c’était trop dur pour moi, et je suis trop faible, j’avais peur de sombrer aussi dans le rosé en pichet, on se vautre dans l’infamie plus facilement que l’on plane dans l’excellence, nos pulsions nous font visiter les bas-fonds plutôt que la pureté vivifiante mais austère des sommets.
Et puis, cette addiction de mon ami me rappelait trop une collection que l’on trouvait dans les gares, les salles d’attentes, ou que l’on recevait par abonnement : « Sélection du reader’s digest ». C’était de la littérature en pichet, des extraits de romans qui au départ n’étaient pas bons et qui, découpés, devenaient exécrables.
Je me demande si les concepteurs de cette collection ne faisaient pas comme les patrons de pizzeria, composant des extraits à l’aide de plusieurs extraits.
D’ailleurs moi-même…

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 13:08
LED ZEPPELIN ! par l'écrivain Henri Lhéritier

Il avait réussi à ouvrir la porte en la crochetant, on ne venait pas souvent ici, la serrure était grippée, il put entrer, le vent entra aussi. Il se hâta de fermer derrière lui, en tirant un gros barreau, cela sentait le sel, il respira profondément, et le poisson séché également, pensa-t-il. Pas un seul bruit, comme s’il avait pénétré à l’intérieur d’une huître tapie au fond d’une bourriche.

Il se mit à monter, les marches étaient hautes, de temps en temps il fallait qu’il se repose, c’était un tube étroit, sans palier, avec une lumière pâle distribuée sur les flancs de l’escalier par des hublots vitrés qu’une buée presque solidifiée obscurcissait.
Des centaines de marches, se lamenta-t-il, des centaines ! Mais il continuait de monter, s’arrêtant parfois, et s’appuyant alors au mur pour reprendre sa respiration, il montait, montait, il avait le sentiment qu’il n’arriverait jamais en haut. Quelques notes de musique d’un groupe anglais lui parvenaient, pas à ses oreilles car celles-ci n’étaient sollicitées que par le silence, mais à son cerveau, il chercha un moment dans sa mémoire, Stairway to heaven, oui c’était ça, Stairway to heaven, au fond il montait au ciel lui aussi, cet escalier ne conduisait qu’au ciel ou alors à rien, bizarrement il s’agissait des deux destinations espérées par lui. Il continua, montant, montant, le son métallique d’une guitare électrique l’accompagnant, Jimmy Page peut-être, peu importe, il devait aller jusqu’au bout, son destin se jouait maintenant, la musique n’avait rien à voir dans cette histoire.
Reprenant son souffle, il s’assit sur la dernière marche, il était arrivé, il se releva, poussa la porte, une puissante lumière l’aveugla, un éclair, comme s’il avait ouvert un haut fourneau et glissé sa tête dedans.
Alors il se jeta dans les airs.
Il croyait s’aplatir sur le sol, en bas, or il tomba, plouf ! du côté maritime de ce phare du bout du monde. Dans l’eau il se gela, du coup il n’eut plus aucune envie de se suicider, il voulait seulement se sécher et se réchauffer.
L’épave d’un bateau de pêche passa à côté de lui, il s’y accrocha.
On le retrouve dans l’île de Man où il loue ses bras au plus offrant pour la récolte de pommes de terre.
Dans tout le Royaume uni, il est considéré comme le meilleur ramasseur de patates de tous les temps, la reine l’a anobli et le soir, au pub, la moustache toute mousseuse, jouant aux fléchettes, il s’enfile bières brunes sur bières brunes jusqu’au bout de la nuit.

Voir aussi:

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 16:04
 ÉLECTIONS par l'écrivain Henri Lhéritier

Bientôt, nous devrons poster un homme en armes à la porte de notre cuisine.
Nos chats nous pillent et ne nous laissent que des os à ronger
Ce matin, le noir s’est jeté sur ma tartine de confiture, à midi, le roux ne nous a rien laissé du foie de veau persillé et le soir, le grand blanc tacheté et à poils longs a dévoré notre pot au feu, tandis que l’escroc noir et blanc sautait de la table, une sardine entre les dents.
À la fenêtre, grattant au carreau, ils nous font signe qu’ils veulent entrer et dès qu’ils sont à l’intérieur ils réclament sortir. Nous nous demandons s’ils ne s’entendent pas entre eux, si un accord secret ne les lie pas dans le but de nous déstabiliser, si nous ne sommes pas menacés par une conjuration de chats intéressés à prendre le pouvoir. Ils sont caressants, chauds, parfois émouvants, mais ils terrorisent les plus petits qu’eux et je ne connais rien de plus odieux que leur satisfaction lorsqu’un oiseau tombé du nid s’agite encore dans leur gueule et que le déposant à nos pieds, tout désarticulé et expirant, ils attendent de nous que nous les félicitions. Nos chats se plaignent tout le temps, réclament sans cesse, marchent comme des chanoines, miaulent à la manière de chanteuses de variétés, méfiants ils nous regardent du coin de l’œil, rôdant autour de nous, avec l’air de nous en vouloir comme si nous étions en situation irrégulière et le soir, couchés sur nos lits, ils dorment à notre place tandis que nous restons éveillés de peur de les déranger.
Par bonheur ils n’ont pas découvert le plaisir de boire du vin, qu’ils se mettent à finir mes bouteilles et mon sort sera scellé, j’en serai réduit à ne boire que de l’eau, c’est en ce sens qu’ils ne sont que des animaux, et que nous leur sommes supérieurs, ils ne connaissent pas les plaisirs de l’ivresse.
Nous avons de la tendresse pour eux mais nous n’accepterons jamais qu’ils s’installent aux commandes, depuis trop longtemps les hommes ont fait le pari de l’intelligence, rejetant l’instinct et la violence, plaidant pour des solidarités et de l’hospitalité, œuvrant pour l’utile comme pour l’inutile et plaçant le beau, la dignité et le respect de tous au service de tous.
Il n’est pas question de leur céder quoique ce soit.
Plutôt nous mettre au whiskas.

Le tout meilleur d'Henri Lhéritier

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 12:39
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maximilien_de_Robespierre

Entre Robespierre et Savonarole qui choisiriez-vous ?
J’hoquetai. Nous étions chez Pierre Gagnaire et le serveur avait successivement posé devant nous, repus, les yeux emplis d’étoiles et plissés d’émerveillement, la caravane du menu dégustation.
Corolle de Saint-Jacques au gingembre frais, mangue jaune et verte, kaki, pamplemousse thaï, sirop d’oignon doux des Cévennes parfumé au curry Madras, barquette à l’encre de seiche, langues d’oursin, et rouget de roche au potimarron, gousse d’ail de Lautrec, bar St. Germain du chef qui, chez nous, est un loup, pas le chef, le bar, qui n’est pas un bar non plus.
J’étais amoureux de la langue d’oursin dont je prétendis qu’elle était supérieure à la langue d’Esope mais aussi, je fis alors le malin, à celle de Savonarole ou de Robespierre dont je me demandai aussitôt ce qu’ils venaient bien faire chez Gagnaire.
Au dessert, le type qui m’avait invité me pose donc cette question. C’était lui qui payait, je n’aurais pas aimé être à sa place. Me maudissant d’avoir cité ces deux excités, je me mis en quête de répondre.
Qu’auriez vous fait d’autre ? me dit-il.
Moi ? Rien ! Répondis-je, car on ne me payait jamais à bouffer chez Pierre Gagnaire, je me contentais d’un sandwich à midi, d’une soupe le soir, du bar des Allées avant et après (le seul bar connu par moi) et je me foutais de Savonarole et de Robespierre comme de l’an quarante.
Eh bien ! Entre l’illuminé de Florence et celui d’Arras, figurez-vous que je choisis Robespierre alors que le serveur nous fournissait en desserts aussi fastueux que nombreux pour la raison simple que je n’aime pas les desserts et que Robespierre va bien avec eux, (comprenne qui pourra) et aussi parce que je me souvins subitement que lors de mon voyage de noces, à Florence, ma voiture fut mise en fourrière au petit matin, et la fourrière, en Italie, à cette époque, c’était l’antre des Gorgones. Cette fâcheuse aventure post maritale jeta le discrédit sur le jeune marié que j’étais, mon épouse ayant compris, dès le lendemain du mariage, mais c’était top tard, à quel imbécile elle avait affaire. Je suis l’ultime victime de Savonarole.
Ayant fait ce choix sans doute néfaste, j’avalai alors le fond de la bouteille de Côte rôtie, la Landonne de Guigual, en catimini, car mon vis à vis aimant les gâteaux mais pas Robespierre, je craignais fort qu’il ne changeât d’avis sur la note qu’on ne tarderait pas à nous présenter.

Voir aussi:

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Le travailleur Catalan,André Marty: toute une histoire!interview de l'historien Michel Cadé par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-le-travailleur-catalan-andre-marty-toute-une-histoire-interview-de-l-historien-michel-cade-par-nico-78010778.html

Lorsque les Pyrénées-Orientales étaient révolutionnaires, récit par l'historien Michel Cadé! interview par Nicolas Caudeville

http://l.archipel.contre-attaque.over-blog.fr/article-lorsque-les-pyrenees-orientales-etaient-revolutionnaires-recit-par-l-historien-michel-cade-intervi-107337232.html

ROBESPIERRE ET SAVONAROLE par l'écrivain Henri Lhéritier
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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 15:06
Une sorte de Tartares des écrivains:"Toi qui pénètre abandonne toute espérances" Dante l'enfer
Une sorte de Tartares des écrivains:"Toi qui pénètre abandonne toute espérances" Dante l'enfer

J’en étais là de mes commentaires, m’interrogeant depuis quelques jours sur l’avantage d’être un sot et sur celui d’être un homme d’esprit, pour en fin de compte considérer que souvent le sot s’acharne à avoir de l’esprit, c’est pathétique et l’homme d’esprit veut séduire, ce ne l’est pas moins, et qu’à tout prendre il vaut mieux tenter de n’être ni l’un, ni l’autre, mais a-t-on le choix, lorsqu’un matin j’entendis sonner à ma porte.
Je sursautai.
En ce temps de téléphone et de mail, les visites domiciliaires ne sont plus ce qu’elles étaient. Seul un facteur peut se planter sur le seuil de votre porte ou un huissier.
C’était lui ! L’homojuridicus, éblouissant de la splendeur du bon droit, au regard légaliste et signifiant. Sa tête d’accipitriforme m’empêche de voir, à l’horizon, cachée par ses oreilles et son bec, la ligne bleue des Corbières, douce comme une femme qui s’étire dans le soleil.
Ce type me tend un papier. Depuis l’invention du papier, nombre d’humains lui ont donné des lettres de noblesse, d’autres le déshonorent. Bien que je sois assez inquiet au sujet de la température de mon café que ce fâcheux intempestif m’a fait abandonner sur un coin de table, je m’aventure à demander des explications.
La profession d’huissier n’ayant pas encore accédé à l’oralité, son mode d’expression est uniquement écrit :
- Vous trouverez tout sur le papier.
Bon.
Je ne me préoccupe pas de lui dire que j’ai bien d’autres choses à lire. Dois-je le faire entrer ? Non. Je récupère son écrit, puisqu’il y tient. Je me demande un instant s’il est d’usage de le remercier. Ne risque-t-il pas de le prendre mal ? Nous sommes statutairement des ennemis, nous devons nous en tenir à un état de belligérance convenable. Je demeure un peu stupide sur le pas de la porte, lui aussi, mais lui n’avait qu’à pas se trouver là. Son œil gauche s’attendrit et son droit lui emboîte le cil, il me lance un :
- Vous savez, ce n’est pas bien méchant. Et puis que diable, défendez-vous, vous avez des droits.
Il n’y a pas deux minutes qu’il est là, il me prend déjà pour un imbécile. Sa tête bouge et me laisse apercevoir un gigantesque téton des Corbières, celui de la tour de Tautavel érigée sur la forme ronde d’une colline. Je dois avoir pris un air rêveur, il me croit à la dérive :
- Qu’avez-vous ?
- Moi, rien.
- Pourtant !
- Bah, c’est ce téton, veuillez m’excuser, jusqu’à ce matin, voyez-vous, je n’avais jamais remarqué que cela formait un sein parfait.
Ma main dessine dans l’espace la rondeur d’une sphère.
Il se retourne, affolé.
Je pointe mon doigt sur la tour de Tautavel, le ciel est à peine plus bleu que les Corbières, quelques oiseaux migrateurs passent en descendant le cours de l’Agly, le vent les chahute, il existe des matins où le ciel est un océan dans lequel les oiseaux chavirent.
Il les scrute un moment, puis moi, je veux dire il me scrute à mon tour, il plisse les yeux, il dit :
- Vous m’avez fait peur, pendant un moment j’ai cru…
Bon, on ne va pas passer la matinée là-dessus. Tant pis, je me décide à lui tendre la main, celle qui ne tient pas le papier qu’il m’a remis, ce n’est pas un signe de paix, c’est le signe qu’il doit partir, il le comprend, il ne se précipite pas, on dirait qu’il s’est attaché à moi, c’est bien ma veine. Allez, mon vieux, salut ! Les seuls amis que je fréquente, je les trouve entre les pages d’un livre.
Il regarde une fois de plus le téton, le ciel, les Corbières, les oiseaux qui prennent du gîte, l’Agly qu’on aperçoit à deux pas, sèche. On voit les cailloux. Il s’en va à regret, pas un mauvais bougre à proprement parler, il fait son travail, mais aucun travail n’est innocent.
Je pose le papier sur son lieu d’enfouissement progressif, un coiffeur placé dans l’entrée qui récupère tout ce qui a un rapport avec le monde extérieur et ses contingences, les clefs, les pièces de monnaie, la carte bleue lorsqu’elle fonctionne, ou désamorcée, les impôts dus ou impayés, les publicités pour la viande hachée menue. Il va entamer là un stage d’éradication de l’urgence. Puis je retrouve mon café, pas ma tartine de beurre que mon chat Gauguin finit de bouffer sans aucune mauvaise conscience.
J’étais en robe de chambre, mauve.

Voir aussi:

Prix Méditerranée Roussillon:l'écrivain Henri Lhéritier a reçu son prix! interview par Nicolas Caudeville

http://www.larchipelcontreattaque.eu/2014/04/prix-mediterranee-roussillon-l-ecrivain-henri-lheritier-a-recu-son-prix-interview-par-nicolas-caudeville.html

Michel Onfray préface le dernier roman d'Henri Lhéritier! interview par Nicolas Caudeville

http://www.larchipelcontreattaque.eu/article-michel-onfray-preface-le-dernier-roman-d-henri-lheritier-interview-par-nicolas-caudeville-115998627.html

Librairie/culture: Figures et territoires Textes d'Henri Lhéritier Collages et dessins de Claude Massé, conférence animée par Nicolas Caudeville

http://www.larchipelcontreattaque.eu/article-librairie-culture-figures-et-territoires-textes-d-henri-lheritier-collages-et-dessins-de-claude-m-121814647.html

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